Du 4. Juillet 1666 (Robinet
Le Destin , sujet à Caprice , 100 Arrête encor I'Impératrice , A ce qu'on dit , à Gandia , Aux environs de Dénia ; Or c'est un cas qui beaucoup touche Son Epous, qui n'est pas de Souche, 103 Et, quand de tous ces longs Delays Il reçoit les avis trop vrais , Sa peine est certe nompareille, Il ouvre tant qu'il peut l'Oreille A de si funestes Discours , 1 10 Et n'est point du tout de nos Sourds.
Des Portugais le jeune Sire, Lequel présentement n'aspire Qu'à l'aimable possession De sa belle Inclination ,
115 Est sans cesse à l'erte sans doute , Ayant sceu qu'elle a pris la route De ses vastes & beaux Estats , Avec tous ses charmants Appas ; Et lors qu'il en a des nouvelles ,
120 Qui pour son Cœur sont les plus
[belles , Ah ! charmé de pareils Discours , Il n'est pas du nombre des Sourds.
des Ursins L'iUuStre MaRIE HENRIETTE ,
Qui fut une Beauté complette ,
125 Et Veuve pleine de Souci
Du preux Duc de Montmorancy , A vu terminer ses Journées Après soixante & six Années.
Ce fut à Moulins que Qloton
130 En arrêta le Peloton , Les Fiues Daus uu vertucux Monastère \?ie*' Dont Elle étoit première Mère , Ou Supérieure autrement , Depuis le triste Evénement
135 Qui la réduisit au Veuvage , La Princesse , après cet Outrage , N'ayant pu que dans ce saint Lieu Pleurer sa Perte & prier Dieu , Tant que son Ame sage & belle
140 Pût aller se rejoindre à celle
De son cher Epous dans les Cieux , Et que son Corps, en ces bas Lieux, Pût aussi reposer de même ( O Miroir de vertu suprême ! )
j 45 Auprès du sien , dans le Tombeau Tout-à-fait magnifique & beau ,
Où son Cœur, pour lui toujours ten- Avoitfait renfermer sa Cendre, [dre, Et l'a, jusques au dernier Jour,
130 Aimé d'une constante amour.
Il n'est Personne en la Province , • Du plus Grand jusques au plus
[Mince, Qui ne montre sur son Cercueil Beaucoup de tendresse & de deuil ;
133 Mais ils perdent soupirs & larmes , Qui sont ailleurs de puissans char-
[mes, Et vains sont leurs plaintifs Discours:
La Parque & les Destins sont Sourds.
Du Havre nous avons nouvelle
160 Que la Duchesse , ou Caravelle , Qu'à la Cour on estime fort , Ayant rencontré près d'un Fort Certaine Frégate légère , Avec sa vigueur ordinaire
163 L'ataqua , la bâtit , la prit , Et même onze Prisonniers fit.
On ajoute qu'avecque joye D'avoir enlevé cette proye , Elle a pris avec un bon Vent
170 Sa route encore plus avant Et du côté de I'Angleterre , Où l'on void plus d'eau que de terre, Pour y rencontrer les Débris Des Vaisseaux que l'on n'a pas pris
173 Et, sans nul doute, pour les prendre, Car c'est ainsi qu'on doit l'entendre.
Mais on est surpris , tout de bon , Qu'un Vaisseau qui n'a qu'un Canon Fasse tous ces Explois notables ,
180 Ou, pour le mieux dire, incroyables, Et l'on trouve à de tels Discours Des Incrédules & des Sourds.
Mais ça, poursuivons nôtre Epître Par un autre charmant Chapitre.
185 Le jour de la grand' Feste-Dieu , Qu'on doit célébrer en tout Lieu , La Procession fut fort belle , Fort auguste & fort solennelle Au Séjour de Fontainebleau ;
190 Mais quoi? cela n'est pas nouveau : Louis, le plus grand des Monarques, Donne toujours d'illustres marques Qu'il est Monarque Tres-Chrêtien,