Du 10. Juillet i666 (Robinet
De cet Astre de la Lumière ,
20 Je n'ay dedans cette Carrière Rencontré nule nouveauté Digne de curiosité.
Tout s'y retrouve en même place Et , rien n'ayant changé de face ,
23 Les Affaires , je ne mens point , Y sont encor au même Point Que l'ont chanté mes petits Métrés Dans la dernière de mes Lettres , Hors qu'à Naples les Mécontans
30 Y font tres-mal passer le temps p?dio ^ ^^^^ nouveau Vice-Monarque; d'Aragon] Que l'homicide & laide Parque A , dans son An soixante & six , Pris I'Eminence Médicis ,
^^ Doyenne du Sacré Collège , Sans croire faire un Sacrilège ; Que Gennes a réduit à deux Les huit Ambassadeurs fameux Qui , d'une façon triomphante ,
40 Devoyent complimenter 1' Infante , Epouse du Sire Allemand , Qui de son beau cœur est l'aimant ; Et que la même République , Qui tranche de la magnifique
45 Tout autant que le plus grand Roy, Envoyé , en un tres-bel arroy , A sa Hautesse Impériale ( Et ne croyez pas que j'embale ) Des Regales & des Présens ,
30 Valans six fois cent mille francs , Sur lesquels aura sa Prébande (II ne faut pas qu'on le demande) Le Premier Ministre, ou Vizir, Qui même pourra bien choisir.
33 Les Célestins, tres-braves Péres, Dans l'un de leurs sacrez Repaires , En Savoye , à Villerfalet , Se sont signalez tout-à-fait , Et c'est à dire d'importance ,
60 Sur la bien-heureuse Naissance Du beau Prince Piémontois, Que l'on feste depuis deux mois.
Comme ils ont l'ame toute noble , Ils envoyèrent à Grenoble ,
63 Non sans le coût de maints Doublons, Quérir l'Elite des Violons Et les meilleurs Entonneurs même, Pour, en cette alaigresse extrême Qui lorstriomphoit dans leurs cœurs,
70 En rendre Grâces à deux ChcEURs.
Après , désirans d'en découdre , Avec deux gros Barils de poudre Et des Feux Artificiels , En pareil cas essentiels ,
-j^ Ils firent retentir leur joye Dans ce Canton de la Savoye ; Et je croirois bien mêmement Qu'ils purent fort honêtement , Quoi que le Mémoire s'en taise ,
80 Encore signaler leur aise Par quelque agréable Festin , Car un petit de Chère enfin N'est pas aussi moins de l'essence De semblable réjouissance ;
83 Puis , quand la Musique a chanté , Elle a grand' soif en vérité.
A propos de Feux d'Artifice, Je ne sçaurois, sans injustice.
En obmettre un des plus galans ,
90 Des plus bruyans, des plus brillans, Que, sans de Poudre être Econome, On fit à r HÔTEL de Vandôme , Lundy, quand la Nuit se fit voir Et nous vint donner le bon soir.
93 Tout au moins, plus d'une grosse
[heure ( Si je ne dis vrai que je meure ) , Il remplit la Terre & les Airs Et de Tonnerres & d'Eclairs , Et de Serpenteaux & d'Etoiles ,
100 Qui , de la Nuit rompans les Toiles Et faisans renaître le Jour , Contraignoyent dans tout le Con- La pauvre Nocturne Brunette [tour De jouer à Cligne-Mussette.
103 Or ces Artifices bruyans ,
Par leur bruit, alloyent publians Jusques dans les Célestes Sphères , Qui de Joye en sembloyent plus clai- Que la charmante de Nemours [res ,
1 10 Venoit , au milieu des Amours , Par une illustre Destinée , De conclure son Hyménée Avec le Roy des Portugais , Qui, sans doute, en seront bien gais,
113 Car, enfin , cette Affaire est faite , Et je m'en vais tout d'une traite Vous en mettre Ici le Récit , Vous racontant comment se fit Ces jours passez , à la Rochelle ,