I^u 10. Juillet ib66 (Robinet
Madame
la Duchesse
de iVaudôme
Une Solemnité si belle.
L'Ambassadeur de Portugal , En un Carrosse sans égal Et brillant comme celui-même De Phœbus , quand il n'est pas blê- Se rendit , le soir, au Palais [me , Qui récéloit les grands Attrais De la Souveraine future , Etant tout couvert de dorure , Avec un Train brave & pimpant , Où rien ne paroissoit rempant.
Il avoit jusqu'à douze Pages , Tous Adolescens beaux & sages , Qui sembloyent des Amours Co-
[quets , Mais verts comme des Perroquets , Et des Estafiers en bon nombre , En pareille étofe peu sombre , Qui plus que des Paons se carroyent Et dans leurs Plumes se miroyent , Etans tous fiers de leurs Livrées , De riche galon chamarrées.
Un Cortège de Chars pompeux , Dont la beauté charmoit les yeux , Et remplis de fort galans Hommes , Je croy, Portugais Gentils-hommes , Le suivoit honorablement , En l'escortant conjointement Avec une Troupe bien leste De cent Hommes & tout le reste.
De Vandôme le Duc accort , Aine du Héros de Beaufort , Le receut avec une Suite De Gentils-hommes, tous d'élite, Et le conduisit galamment Dedans le propre Appartement Où la Princesse , étant ornée Comme en sa plus belle Journée , Faisoit voir mille Appas nouveaux Qui sembloyent n'avoir point d'é-
[gaux , Et tous nais à cette heure même Pour la grandeur du Diadème.
Cette future Majesté Avoit à lors à son côté Sa grand' Maman , rare Princesse Qu'on prend pour la même Sagesse; Et , si tôt que I'Ambassadeur, Qui certe agit là de bon cœur.
Eut dit ce qu'il avoit à dire De la part de son jeune Sire ,
Et la Princesse répondu
170 Ce qui d'Elle étoit attendu , On passa dans une Chapelle Tout exprés parée & fort belle , Où de Laon le digne Prélat Accomplit avec grand éclat
175 De I'Hymen la Cérémonie , Au plaisir de la Compagnie.
La Princesse , dés ce moment Etant Reyne certainement, Sur un Trône alla prendre place ,
180 Et , bref, avecque tant de grâce De ce haut Rang fit les Essais , Recevant les premiers Respects , Que l'on auroit jugé sans peine Qu'elle avoit toujours esté Reyne.
185 L'Ambassadeur de son Epous , Pliant tout bas l'un des genoux , Luy fut en même temps remettre , De sa part , une belle Lettre , Où , sans doute , l'illustre Amant
190 Luy parloit passionnément De la noble <& charmante flâme Qu'Elle avoit fait naistre en son Ame, Et des beaux transports qu'il aura En l'embrassant , & cœtera.
195 Sans m'amuser à la moutarde , Je dois ajouter que la Garde Dés lors à son Palais monta , Et , dés le soir, qu'on la traita En Souveraine véritable ,
200 Le Fauteuil au bout de la Table , Et le Cadenas : en un mot , Comme aux Majestez il le faut.
A propos , parlons de la Nôtre A qui semblable n'est nule autre ,
205J'enten le merveilleux Louis, De qui les Fais sont inouis.
Comme il a I'Ame belliqueuse Et des beaux Explois amoureuse , Si bien qu'au défaut des Combas,
210 Qui feroyent ses plus chers ébas , Il se plaist dans les Exercices De ses florissantes Milices , L'autre jour, ce brillant Héros Veid deux mille sept cens Chevaux
215 Dedans une verte Carrière , Devant Trevers , sur la Rivière.
Ayans tous passé sous ses yeux , Honneur pour eux bien glorieux , Ce charmant Porte-Diadênie
[César d'Estrées
à trois
lieues
de Foata
nebleai