‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 52 sur 317 · Du 10. Juillet i666 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 10. Juillet i666 (Robinet

220 Donna l'ordre, en Personne même , Pour établir leur Campement, Ce qui se fit si promptement Qu'on veid à l'instant mille Tantes, Dont plusieurs estoyent éclatantes ,

225 Former comme une Ville ou Bourg; Et , dessus le déclin du Jour, Ces Troupes firent trois décharges , Par Escadrons fort beaux & larges , Puis le Roy les veid défiler

230 Auparavant que s'en aller.

Le lendemain , ce digne Sire , Comme on a daigné me l'écrire , Reprit ce Divertissement Et régala royalement [les ,

235 Monsieur , Madame & maintes Bel- Qui , faisans un peu les Cruelles , Paressoyent là sous le Harnois Des Amazones d'autres-fois.

Ce fut au beau milieu des Tantes

240 Que ces friandes Combatantes Trouvèrent dequoy festiner Et des mieux collationner, Dans un gay Salon de Feuillée , Avec symmétrie assamblée

245 Par le fameux Vigarani , Et le Tout de Lustres garni.

Après la Chère grande & belle , On fit sonner le Boute-selle Et l'on revint toute la Nuit ,

250 Non pas sans doute à petit bruit , Au Camp que nôtre auguste Reyne , Cette divine Souveraine , Avoit, pour donner son Cadeau , Fait faire aussi prés le Château.

255 Car, à la fin de la journée , Qui fut encore terminée Par l'Exercice Martial Des mêmes Troupes à Cheval , Et qui se fit , pour l'amour d'Elle ,

260 Avec grande addresse & grand zélé , Ainsi que pour son beau Dauphin Qui mérite un amour sans fin , Elle fit un si grand Régale A toute la Troupe Royale

265 Que Banquetans & Spectateurs Furent ensemble Admirateurs , Et dirent qu'après Chère telle 11 falloit qu'on tirât l'échelle.

Je n'en veux nulement douter, 270 Et , sur ce , je m'en vais dater, A dessein de r'ouvrir ma Veine Pour ma belle Patronne, à l'Octave pro-

[chaine.

Le dixième Juillet ceci fut achevé Sans avoir grandement resvé.

A Paris, Che^ F. Muguet, rue de la Harpe, aux trois Rois, Avec Privilège du Roy.

(Biblioth. nat., Lc^, 22. Rés. — Biblioth. Mazarine , 296, A2. — Biblioth. de l'Arsenal , B. L. 1 1802.)

LA MUSE DE LA COUR

[Par PERDOU de SUBLIGNY. ]

VHP SEMAINE.

Du Jeudy quinzième Juillet 1666.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

Je ne vous vis pas Vendredy ,

Comme j'avois promis Jeudy,

Car, j'eus beau vous dire & beau faire ,

Vous voulûtes absolument 3 Estre en personne au Campement

Avecque le Roy vostre Père ,

Et j'en eusse parlé, je croy,

A qui l'avoit veu mieux que moy ;

Mais , après tout , que vous en semble ? 10 Les gens du Roy sont-ils galans?

Et croyez vous que ces Vaillans ,

Estant neuf ou dix mille ensemble ,

Fussent capables d'estonner

Ceux qui voudroient trop raisonner ?

15 A vous en dire avec franchise

Et nettement ce que j'en crois ,

S'il s'agissoit d'une entreprise ,

Ils n'en feroient point à deux fois.

On m'a dit ce qu'ils observèrent 20 Dans leurs Exercices divers

Et l'ordre auquel ils se trouvèrent , Soit à FoNTAiNE-BLEAU , soit auprés de Trevers. D'abord , un vray Dragon , dont l'audace est connue , A la teste de tous , occupoit l'avenue , 25 Comme pour la garde du Camp ,

Et c'est Peguillin qu'on le nomme.

Je raisonnay fort sur le champ Quand je sceus que c'étoit ce Maistre Gentilhomme ,

Et dis , au nom de Pequillin :

30 L'Adage n'est plus qu'une beste ,

Qui dit qu'en queue est le venin :

Il est maintenant à la teste.

S'il sçavoit ce que j'ay dit là ,

Il seroit peut-estre en colère ; 35 Mais dequoy serviroit cela ?

B C portent simplement VII. Semaine.

55 145. — Du i5. Juillet i666 (Subligny). 56

Je ne pretens pas luy déplaire :

Il n'est qu'un venin en effet , Et le plus dangereux que la Nature ait fait. On se plaint dans quelques ruelles 40 Que quelques cœurs atteints en sont prests à mourir,

Et, si l'Estat avoit à vanger des querelles , On en verroit encor nos Ennemis périr.

Mais passons. La Cavalerie Qui sert à la Garde du Roy , 43 Et qui seule est égale à soy,

Estoit sur une ligne, en posture aguerrie ; Rien ne sentoit mieux la grandeur D'un si redoutable Monarque.

La pompe , la taille , l'ardeur De cent jeunes Seigneurs de marque.

Qui sont les Gardes de son Corps , Pour tous les Estrangers estoient de vrays trésors ; Mais les Broilles , dit-on , entr' autres Y paroissoient superbement.

Les vites-vous , Dauphin charmant ?

Toujours ceux de leur race ont secondé les Nostres , Et je croy bien , entre nous deux , Qu'on fera quelque chose d'eux.

Ce beau Monde avoit bonne grâce 60 A camper avec la cuirace ,

Et c'estoit un objet fort beau Que de voir tant d'Illustres Gardes Avec les diverses coquardes Qu'ils portoient tous à leur chappeau. 63 On m'a rapporté que les Tentes ,

Toutes de diverses façons , Estoient de la couleur des plumes différentes Qui distinguoient les Escadrons ; Qu'elles estoient fort bien rangées -o Et la pluspart bien ouvragées ;

Que la Tente du Roy, toute pleine au dedans De bijoux & de broderie , Avoit esté prise en Hongrie Sur un Bassa des Ottomans , ^3 Et que son Altesse Royale

En avoit une encor qui n'avoit point d'égale. Pour la vostre aussi , Monseigneur , Vous pûtes vous en faire honneur , Car, comme vous estiez tres-leste , 80 Je croy que son éclat a deu répondre au reste.

Une Tente servoit à deux communément , Assez souvent à trois , à quatre rarement ; Et chacun à ses frais faisoit son tripotage Et faisoit aller au Fourage.

g. Que j'aurois eu là de plaisir

De me voir au nombre des Belles

52 A estoient là de vrais sorts. 1 67 ^ Et toutes de couleur des plumes différentes.

^^ A Mais les Broglio. — (^ A Estoient de. | 76 ii C encore.

Sy 145. — Du i5. Juillet 1666 (Subligny). 58

Que Louis avoit sceu choisir,

Pour aller au Camp avec Elles !

Si j'eusse eu sur vous ce pouvoir, 90 Si j'avois un Amant comme il faudroit que j'eusse ,

J'aurois esté par tout , vous m'eussiez fait tout voir. Et rien ne se feroit , Prince , que je n'y fusse.

On n'avoit pas dressé de Fort,

Et le bruit en couroit à tort ; 95 Seulement , pour plaire à la Reine

Qui voulut voir un Campement,

Le Roy, qui vit qu'un armement Ne se tiendroit par là que d'autant en haleine , Fit mettre tout son Monde en ordre de combat 100 Devant cette Reine admirable ,

Et c'est ce qu'en luy seul on trouve incomparable Que jusqu'en ses plaisirs il pense à son Estât.

Il fit au beau Sexe un regale

Dans la campagne de Trevers , 105 Sous de riants feuillages vers

Qu'on avoit adjustez en Sale ,

Et puis il hasta son retour , Le lendemain matin , dés la pointe du jour. Mais on dit que , piquant cent pas devant ces Belles iio Qui voy oient défiler les Trouppes après Elles ,

Sans soucy de se voir mouiller , A cheval qu'il estoit marchant en diligence ,

Il tint un Conseil d'importance

Avecque Monsieur le Tellier.

1 15 Hélas ! on a tout sceu , mon Prince ,

On en a deviné fort bien le résultat , Et l'on s'en va sçavoir de Province en Province Qu'il veut du Monde entier ne faire qu'un Estât.

J'apprens d'une Nimphe que j'aime 120 Que vous n'allastes pas au premier Campement,

Mais en revanche aussi vous fustes doublement A celuy que l'on fit dans Fontaine-Bleau mesme.

Rien n'estoit si charmant que vous ;

Vous aviez endossé les armes , 125 Vous portiez un Buffle dessous

Et vous marchiez ainsi , suivy de vos Gens-d'armes ,

Monté sur un cheval encor A housse d'écarlatte & presque toute d'or.

De plaisir je serois pasmée 130 En vous voyant dans cet estât ,

Et sur tout vous m'eussiez charmée A vous voir saluer nostre grand Potentat,

Car vous le fistes de l'espée

Mieux que n'auroit fait un Pompée.

135 On admira vos gens de l'un à l'autre bout ,

Et vos Chevaux-Legers sur-tout.

Que dittes vous de la Recreue

Qu'en a fait Monsieur de Louvoy ?

89 A du pouvoir. | 104 A Dedans la plaine.

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