‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 55 sur 317 · A II est vray qu'un Seigneur d'une valeur · texte numérisé non relu

A II est vray qu'un Seigneur d'une valeur

Le Gouverneur FrançoIs y fut aussi pour soy. 212-213 -^ Tant en grands que petits Vaisseaux , Qui se carrent dessus les Eaux.

i\^ A N'ayant, dit-on, trouvé personne à qui parler.

220-222 A Que pour déboucher ce grand fleuve Il faut qu'on se batte ou qu'on crève, Et qu'il y va du point d'honneur.

223 A Douze vaisseaux marchands qui sont armez

[en guerre.

63 145. Du l5. Juillet 1666 (SUBLIGNYJ. 64

Six Vaisseaux Marchands aux Anglois, 230 ^ Et , le penultiesme Dimanche ,

Trois autres furent pris par un de nos François.

On prend par force en Angleterre Toutes sortes de gens pour aller à la guerre. On dit encor cent nouveautez :

235 Le feu se met de tous costez ;

Il brûla , ces jours-cy, vingt maisons à Gorbie , Et , cette nuit mesme , il s'est pris Chez un Orfèvre de Paris , Dont la famille entière alloit estre rôtie 240 Sans un bon Augustin , le Frère Nicolas.

Le Roy vostre Père en fait cas :

C'est un homme à qui Dieu découvre Le secret d'arrester viste un embrasement ,

Et luy mesme , au grand feu du Louvre , 245 L'éteignit seul en un moment.

Après le feu vient l'Eau. Je reçois un mémoire Qui me dit, tout à l'heure , une terrible Histoire. Vous connoissez assez le Marquis de Pisieux , Car, soit de renom , soit de veue , 250 II est de ces guerriers d'une valeur connue

Qui se font paroistre des mieux.

Comme il voulut passer le bac dans son Carrosse , Prés d'un certain Village où la rivière est grosse , Les six chevaux à peine y furent à bon port 255 Que , le reste du train faisant sauter la corde ,

La bacule abaissa , le bac perdit le bort , Et les alloit noyer tous sans miséricorde. Voyez ce qu'on auroit perdu , S'il n'estoit pas sorty d'affaire , 260 Car ses efforts nous ont rendu

Et sa charmante Sœur & son illustre Mère , Que ce chien de carrosse alloit faire noyer Et qui ne pouvoient plus crier.

Hé , Dieu ! si cette belle fille , 265 L'incomparable Sillery,

Avoit de la sorte pery, Qu'en auroit-on dit dans la ville ?

A s'embarquer, mon Prince , elle doit craindre un peu , Car, se noyant , on diroit d'elle ayo Que Dieu la puniroit d'une mort si cruelle

Pour avoir fait mourir les autres dans le feu.

A Paris , Che^ Alexandre Lesselin , au coin de la rue Dauphine , devant le Pont neuf Avec Privilège du Roy.

La signature de V auteur et l'adresse du libraire ne se trouvent que dans A. — B C placent ici la date.

261-262 A Son admirable Sœur & son illustre Mère, Que ce chien de carrosse aydoit à se noyer.

{A La Muse de Cour 1666 (voy. tome I , col. 909) pp. 57-6.1. B La Muse Dauphine 1667 — pp. 65-73.

C La Muse Dauphine ib6S — pp. 65-73.)

LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS

Du 18. Juillet 1666.

Duchesse , Altesse , de Nemours , Pour qui je travaille toujours , Ma MuzE jamais ne s'absente ; Sans cesse vous êtes prezente A son œil , à son souvenir :

Quand il faut vous entretenir, Soit aux champs ou bien à la ville , Je ne rabaisse point mon slile ; Soit aux champs ou bien à Paris , Une Lettre je vous écris.

Rien n'augmente ny diminue Son afection continue ; En quelque-part que vous soyez , Telle qu'elle est vous la voyez.

15 La choze est assez surprenante De voir la Flote trionfante Des victorieux Holandois , Dessus les orgueilleux Anglois , Etre si-tôt en état mize

30 De voltiger sur la Tamize , Aussi vite comme le vent , Nombreuze comme auparavant , Et de nouveau se trouver prête A faire quelqu'autre conquête.

25 Pendant que le grand Ruiter , A la Rolande bien-fort cher , Dans Amsterdam & dans la Haye , Voyoit les gens , rangez en haye , Ou courans de tous les cotez

30 Aux plus importantes Citez , Le congratuler sur la gloire De cette dernière Victoire , Louans tous d'un ton général Ce bon Chef & brave Amiral ,

35 Ainsi que Tromp , dont la vaillance Au combat parut d'importance ; Pendant , dis-je , qu'à leurs Etats , Aux Sénateurs & Magistrats , Ils rendoient un compte fidèle 40 De leur trionfe & de leur zélé ,

Recevans d'eux incessamment Un très-juste aplaudissement , On travailloit de telle sorte A multiplier la Cohorte ,

45 Que les noyez ou les blessez Furent doublement remplacez ; De mâts , de voiles , de cordages , De Mariniers adroits & sages On fit encor provizion ;

50 De diverse munition ,

De vivres , d'armes & de poudre , Fort rézolus d'en bien découdre ; De plumes , d'encre & de papier, En cas qu'il faille historier ;

^^ De vaisseaux , brûlots & chaloupes , Commandez par de bonnes Troupes, Tant radoubiez que nouveaux faits , Non assurément sans grands frais.

La Flote , si bien assortie ,

60 Du Port de Vilinch est sortie , Ou , si vous voulez , du Téxel , Car ce n'est pas un Port tel-quel , Pour mieux combatre l'Angleterre , Qui semble assez aimer la guerre ;

63 Mais on pouroit bien l'en saouler , Trouvant par-tout à qui parler.

Les François, avec quelques Nègres, Qui sont aussi vaillants que maigres, Comme vous l'avez pu sçavoir,

70 Ne firent pas mal leur devoir Vers les Isles Christopholmes , Car, par leurs armes & machines , Chacun si-bien fit & frapa Qu'aucun Anglois n'en échapa ;

75 II fut pris ou réduit en cendre Par ceux qu'il prétendoit surprendre.

A propos , depuis plus d'un jour,

76 Par ceux qui prétendoient.

67 H^. — Du 18. Juillet 1666 (Mayolas).

Ils nous vouloient jouer un tour, Croyans décendre en nôtre terre , 80 La veille du puissant Saint Pierre , Où l'on fait coûtumiéremant Des Feux de joye au Bord Normant.

Deux Frégates d'humeur gaillarde , Croyans qu'on êtoit hors de garde ,

85 Vouloient , avec un bateau plat , Prés du Havre faire dégât ; Mais le Gouverneur de la Place , Dont la vigilance outrepasse Les surprizes des Ennemis ,

90 Dans les environs avoit mis Sentinelles & bien du monde, Qui tenoient l'œil au guet sur l'onde, Et défendu pareillement Ce brillant divertissement.

95 Aussi-tôt donc que maint Gendarme Vid l'Anglois , il donne l'alarme A ses Voizins trés-vigilans Pour acueillir les Assaillans , Qui , voyans bien sur nôtre Côte

100 Qu'ils avoient pvi conter sans l'hôte, S'en êtoient vite retournez Avec , au moins, un pié-de-nez.

Le Duc de Saint-Aignan, trés-Brave, Courageux , vigilant & grave ,

105 Couroit vers eux fort promptement, Vaillamment , agréablement ; Mais la nouvelle luy fut dite ,' Et son seul nom les mit en fuite.

Si par-tout on trionfe d'eux ,

iioNe sont-ils pas bien mal-heureux?

On me l'a dit , ou bien je rêve , Que le Polonois a fait trêve , Ou la fera dans quelque-temps , Pour treize, quatorze ou quinze ans,

ii5Avéque le Duc Moscovite?

Et l'afaire n'est pas petite , S'il est vray cju'il ait fait la paix , Car il pourra mieux dézormais Combatre & ranger les Rebelles

120 Qui forment des Ligues nouvelles ; Mesme on dit que les Otomans , Fâchez de ces événemans , A ce Roy font sans artifice De grandes ofres de service.

125 Monsieur Colbert se porte bien Et son mal à prézent n'est rien.

La Cour, qui l'estime & qui l'aime ,

En ayant un regret extrême, Voit avec grande gayeté 130 L'heureux retour de sa santé , Qu'il employé avec zélé immance A l'utilité de la France , Et nous voyons incessamment Qu'il veille infatigablement.

135 On balye , on pare Vinceine Pour nôtre Roy, pour nôtre Reine Et les principaux de la Cour, Qui feront là quelque séjour , Dans le mois d'Août ou de Septem-

'40 Jusques à celuy de Décembre, [bre ,

Les habitans de Magdebourg Pour l'Electeur de Brandebourg Ont telle estime & déférance Que , sans être plus en balance ,

145 Ils reçoivent, avec raizon ,

Illec très-bonne Garnizon , [mes , Jusques au nombre de mille hom- Soldats , Oficiers , Gentils-hommes , Qu'à propos aussi-tôt on mît

150 Sous les Loix du Colonel Smit.

L'Impératrice est à Gandie Et va bien-souvent à Dénie Prendre le passe-temps fort beau , Tant sur la terre que sur l'eau , ^53 A la chasse , à la promenade ; [iade. Mais , Dieux , on dit qu'elle est ma- Ce bruit , véritable ou trompeur, Pour l'Empereur m'a fait bien peur.

Au moment qu'on faizoit , à Pra- 160 Une réjouyssance vague [g^^^»

Et que les Alemans joyeux De tous cotez faizoient des feux.

Dans les places & dans les rues Et sur toutes les avenues , 1^5 Pour cet Hymen Impérial Qui rend leur cœur plus jovial , Des poudres , êtans transportées Par des personnes trop hâtées , Eurent un funeste destin.

«70 Avant que d'être au magazin, Des susdits feux trois étincelles , Prenans promptement en icelles , Luy servans comme d'ameçon , Acrurent de telle façon

Ï75 La première flâme joyeuse , Qu'elle devint tres-désastreuze.

Quarante hommes furent brûlez , Ou du moins rôtis & grillez , Y compris les garçons & filles ,

180 Au regret de pluzieurs familles ; Maint plaizant & beau bâtiment Receut notable détriment ; L'un sentit brûler sa moustache , L'autre vit flamber son panache ,

»85 Et quelques autres leurs habits , Changeans en pleurs & cris leurs ris.

Les Violons d'abord cessèrent , Les Danseuzes plus ne dansèrent , Chacun s'en alla , non sans bruit ,

'90 Plus triste qu'un bonnet de nuit.

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