‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 57 sur 317 · Du 17. Juillet 1666 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 17. Juillet 1666 (Robinet

Et , si le Ciel mes Vœux écoute , Nous pourrons voir à Vauderoute 43 Ce LuBOMiRSKi soubçonné De vouloir être couronné.

Ignace , qui le favorise , Devroit quitter cette entreprise Et s'appliquer, plus que jamais ,

30 A maintenir chez lui la Paix, Car, de la façon qu'on en cause , L'Otoman ne cherche autre chose Qu'un sujet de le quereller.

Pour avoir lieu de la troubler

55 Et de r'établir sur sa Terre L'ample Théâtre de la Guerre.

Vrangel , Suédois belliqueux , Contre Brémen fait le fougueux Et désire , avec plomb & poudre ,

60 Tout de bon contr'elle en découdre, Pour la réduire , s'il se peut Et si son Magistrat ne veut Consentir à plus d'une chose Qu'avec chaleur il lui propose ,

6^ Et dont je vous informeray

Quand un peu mieux je le sçauray.

La célèbre Reyne Christine De Rome à Stokolm s'achemine, Mais à petit pas , ce dit-on ,

70 Afin de décliner son nom Et prendre place en la Diète , Qui dans cette Ville s'apprête Ou , disons mieux , qui s'apprêtoit ; Car, ayans sceu qu'elle y venoit ,

73 Non pas pour enfiler des Perles , Les Ministres, comme fins Merles, L'ont différée adrétement , Et voila , bonne foy, comment Fin contre Fin , dit l'Ecriture ,

80 N'est pas bon à faire doublure.

' Les Portugais, toujours guerriers, Aux Myrthes mêlans les Lauriers , Pour en faire avecque alaigresse Des Guirlandes à leur Princesse , 83 Se sont, d'un air assez gaillard , Rendus maîtres de San Lucar , De Trigeros <& d'autres Places ,

Dont ils n'ont laissé que les Traces, Dans le Comté de Niébla.

90 En suite , ils sont passez de là Vers le beau Poste d'AvAMONTE , Qu'ils faisoyent , ce dit-on , leur

D'emporter encor en jouant ; Néantmoins , comme a bon escient

93 La Garnison , un peu mutine , A se bien défendre s'obstine , Il leur faudra , par la morbleu , Agir là bien plus fort que Jeu.

Mais, pour revenir à leur Reyne, 100 Qui d'en parler vaut bien la peine , Après que le Grand Sacrement Eut fait de cet Objet charmant Une Majesté Portugaise , On l'embarqua bien à son aise 103 Sur le Vandôme , grand Vaisseau Construit à merveille & fort beau , Pour l'acheminer à Lisbonne , Vers son Epous , Porte-Couronne , Qui sera , je n'en doute point , no Dans ses bras heureux de tout point. Pour moy, si j'étois jeune Sire (Ce petit mot soit dit pour rire"»

Je crois qu'une telle Beauté Feroit bien ma Félicité.

115 Dedans I'Isle de Saint Cristophe Il s'est fait certaine Apostrophe , Non avec la Langue vraiment.

Mais , las ! hélas ! bien autrement.

Avec des Flûtes & Rapières ,

120 Plus que la Parque meurtrières , Entre le François & I'Anglois , Qui paressent à cette fois Ennemis du tout implacables , ÏD est irréconciliables ,

123 Encor que sans cesse mes vœux Soyent pour les rabienner tous deux.

Cependant, pour compter l'Histoire, Le François avec la Victoire , Dans cette Apostrophe de Mars ,

130 A triomphé de toutes parts.

Selon son ordinaire stile , Et s'est rendu maître de I'Isle.

Il est bien vrai que ce Bon-heur Lui coûte son cher Gouverneur ,

133 L'illustre Commandeur de Sales ,

— Du 17. Juillet 1666 (Robinet).

Qui , dans ces Ataques fatales , A receu le Coup de Gloton ; Mais l'on peut dire tout de bon , Et sans que les nôtres on flate , 140 Que , comme il étoit un Béate , Voire petit Neveu d'un Saint Qui dans le Ciel n'est pas succint, Il pourra, du Lieu de sa Gloire Les maintenir dans leur Victoire.

La Caravelle de renom , Qui fait tant de bruit d'un Canon , Est dans le Havre revenue , Où Dieu sçait comme on l'a receue , Après tant de galans Explois

130 Qu'on en publie à haute voix , Entre lesquels beaucoup on prise Sa dernière & gentille Prise ; Car c'est un petit Bâtiment Orné partout fort joliment ,

153 Tant à la Poupe qu'à la Proue , Où certains Lions font la moue , Et qui peut servir quelque Jour A ce vrai Miracle d'AMOUR , Nôtre sage & brillante Reyne ,

160 Pour se promener sur la Seine , Ou bien ailleurs , dessus les Eaux Que renferment divers Canaux , Où les Zéphirs , par un beau zélé , Tracent cent Chifres autour d'Elle.

165 La Veille de Sanctus Petrus , Qu'en l'absence du clair Phœbus , Le Havre En ce Lieu , selon la coutume , Des Feux à l'entour on allume , Deux Frégates vinrent lorgner

170 Pour essayer de butiner ; De s. Mais le Duc , qui toujours y veille , Ou tres-peu, du moins, y sommeille, Avoit de tels ordres donnez Qu'elles n'eurent qu'un pied de nez.

Agnsin

Disons , poursuivans nôtre Epître Par un autre assez beau Chapitre , Que l'on attend Ici le Corps De l'un de nos illustres Morts , Du célèbre René des Cartes , 180 Lequel , bien qu'il jouât aux cartes , Etoit pourtant , on le sçait bien , Habile Mathématicien

Et Philosophe fort solide.

Il opposoit le Plain au Vuide

185 Du Docte Monsieur Gassandi Et nioit , comme Esprit hardi , D'autres Points de Philosophie , Dont maints Disciples de Sophie , De la vieille & nouvelle Loy ,

190 Faisoyent des Articles de Foy.

Les Sectateurs de ce rare Homme , Natif de Paris , non de Rome, Ayans grande amitié pour Lui , Le font, dit-on, peindre aujourd'hui

193 Foulant à ses pieds Aristote Par le Moule de sa Calote ; Mais leur zélé est un peu trop fort Et j'en condamne le transport , Comme de celui des Lullistes

200 Qui font marcher dessus les Pistes De leur Philosophe Raymond ( Cela me semble Rodomont) Tous les Anciens & Modernes , Pour lesquels ils n'ont que des ber-

203 Chacun a sceu ce qu'il a sceu , [nés. Mais à tous quelqu'honneur est dû, Et l'on ne peut , en conscience , Perdre ainsi pour eux révérence.

Au reste , au Comte de Treslon ,

210 Personnage d'un beau renom , Nous devons grâce toute entière , Car c'est lui qui du Cimetière , Qui de Stokolm garde les Morts , A fait retirer ce cher Corps

215 Que bien-tôt donc avec liesse Nous recevrons dedans Lutéce.

Amba;

deu de Fra en ' Suédr.

A Soleure , belle Cité Et Ville à Catholicité , On porta dans la Cathédrale

220 Un joli Panier en Ovale ,

Panier construit d'ozier tout vert , Avec un Linge blanc couvert , Et l'on le mit , dit le Mémoire Duquel j'ay tiré cette Histoire ,

225 Sur le Maître Autel proprement , Comme on fait coûtumièrement Les Offrandes qu'IUec on porte.

Or le Sacristain s'y transporte En même temps pour s'en saisir ;

230 Mais , par un curieux désir,

Voulant voir quelle étoit I'Offrande, Sa surprise certes fut grande De trouver un beau Populo

en Sui 1

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Dans ce Panier faisant dodo.

235 Non sans sujet camus & blême , le^chef ^^ ^^ porte , dans l'instant même , de ce Droit au Logis de 1' Avoyer ,

Ganton-la a r '-ii- i^^i'

Ann qu il lui plut 1 envoyer En quelque Hôpital de la Ville ;

240 Mais , d'une façon bien civile , Voici comme il lui repartit :

« Non , non , » lui dit-il , « ce Petit, » Monsieur le Sacristain , est vôtre » Et ne sçauroit être à nul autre.

245 » Quoi ! voudriez-vous à cette fois » Abandonner ainsi vos Droits ?

» Car toutes les Offrandes vives , » Selon nos anciennes Archives , » Sont à vous , vous le sçavez bien ,

250 » Sans qu'on vous en puisse ôter rien. » Remportez donc à la bonne heure » Ce Poupart en vôtre Demeure , » Et le pourvoyez avec soin » De tout ce qui lui fait besoin. »

235 Ainsi lui demeure I'Offrande , Quoi qu'il en gronde & s'en défende, Pource qu'en effet , cher Lecteur (Et ne me croi pas un Menteur) , Toutes Offrandes ayans vie ,

260 Comme Pigeon , volaille , Pie , Caille , Cochon de lait , Agneau , Perdri , Dindon , ou Passereau , Dont, suivant la coutume en Suisse, A r Eglise on fait Sacrifice ,

265 Est de plein droit , il est certain , A mondit Sieur le Sacristain.

Mais quelque Pointilleur sans doute, Qui lit ce Chapitre ou l'écoute , Me dira qu'un petit Chrétien

270 N'est pas , non da , je le sçai bien , Une Offrande qui soit semblable.

Cette Pointillé est raisonnable , Mais je répond au Pointilleur, Sauf ici son avis meilleur,

275 Que c'est au Sacristain à faire Une distinction si claire.

Trois jours après la Saint Henry, Sainct par moy certes fort chery.

Etant Patron de l'Héroïne 280 A qui mes Lettres je destine , Je finis encor celle-ci Pour sa Royale Altesse aussi.

A Paris , Chez F. Muguet, rue de la Harpe , aux trois Rois. Avec Privilège du Roy.

(Biblioth. nat. Lc2, 22. Rés, — Biblioth. Mazarine, 296, A^. Biblioth. de l'Arsenal, B. L. 11802.)

LA MUSE DE COUR

[Par PERDOU de SUBLIGNY.]

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