‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 66 sur 317 · A Pour la préparer de tout point · texte numérisé non relu

A Pour la préparer de tout point

Il leur donnoit les Mats de ces Suédois mesme.

193 ^ La bravoure m'en semble belle.

ii5 i5i. — Du 29. Juillet 1666 (Subligny). 116

C'est la première fois qu'il entre dans la chaire ;

Mais Corneille , qui l'entendit

Prescher en homme extr'ordinaire , 215 Dit pour luy les deux Vers que son Cm avoit dit :

Qu'a deux fois ses pareils ne se font pas connoistre

Et pour leurs coups d'essay veulent des coups de Maistre.

Il n'employa , dans son discours ,

Qu'amour tout pur & pures fiâmes , 220 Et je ne doute pas qu'il n'ait gagné plus d'ames

Qu'il n'eut fait , sans prescher, le reste de ses jours.

Il faut aussi que l'on confesse Qu'à voir ainsi parler contre la vanité

Un jeune homme de qualité , 335 Qu'à le voir déplorer, avec tant de tendresse ,

Ce que le monde à Dieu fait d'infidélité ,

C'est , Monseigneur, un bien doux charme

Et qui puissamment nous desarme.

Mais je n'ay pas dessein de vous faire un Sermon 230 Pour dire que luy-mesme en fit un au Calvaire ,

Devant la Divine Allençon ,

Qui , comme moy, ne s'en peut taire.

Je dis seulement , pour finir, Que , si la Magdelaine , en son discours bien peinte , 235 Pouvoit plus grande devenir ,

Il l'eut faite sans doute une plus grande Sainte.

Au reste , faites-moy donner mon passe-port ;

En dépit de toute la guerre ,

Quelque curieux d'ANGLETERRE 240 Veut que j'aille chez luy publier vostre sort.

N'en appréhendez pas d'intrigue ,

D'intelligence , ny de ligue ; Je vay, tous les Jeudys , chez tous les Potentats

Qui sont voisins de nos Estats , 345 ' Où , tranchant fort de l'entendue ,

Je dis à Messieurs leurs Agens

Que c'est de la peine perdue Que de chercher en France à séduire des gens ,

Et que , les secrets d'importance 23,0 N'estant sceus que du Roy seulement, aujourd'huy,

Pour y former intelligence ,

Il faut que ce soit avec luy.

A Paris, Cke:( Alexandre Lesselin, au coin de la rue Dauphine, devant le Pont neuf. Avec Privilège du Roy.

1^7. A ne s'en pût taire. 1 L'adresse du libraire ne se trouve que dans A.

I — BC placent ici la date.

{A La Muse de Cour 1666 (voy. tome I , coL 909) , pp. 75-80. B La Muse Dauphine 1667 — 83-91.

C La Muse Dauphine 1668 — 83-91.)

ii8

LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS

[Par la GRAVETTE de MAYOLAS. ]

Du 1. Aoust 1666.

Princesse , voicy, sans mentir, Un Prézent propre à divertir, Et tout ce que je puis atendre Ou de mes Vers jamais prétendre , Je le donnerois , peu s'en faut , Pour la moitié de ce qu'il vaut.

La manificence Génoize , A l'exemple de la Françoize , Paroît en cet Ambassadeur

10 Que Gène envoyé au Grand-Seigneur, Vêtu de la même manière Que l'êtoit sa Nation fiére , Lors qu'elle eut , jadis cy-devant , Conquis grand Pays au Levant ,

15 C'est-à-dire, ayant une Veste, Pour le métré en un état leste , De veloux rouge cramoizy, Sans oublier encor cecy, Qu'elle est double de zibeline ,

20 Et d'hermine trés-blanche & fine.

Pour abréger ce discours-cy.

En Turquie il porte cecy ; Deux miroirs de cristal de roche , Non de petits miroirs de poche ,

25 Mais en grandeur très-singuliers , Garnis de deux beaux chandeliers , Avec encore divers Lustres Qui sont pourvus de mêmes lustres; Un fauteuil d'argent figuré ,

30 Argenté , cizelé , doré ,

Où pourra s'asseoir Sa Hautesse En y métant quelque molesse , Acompagné du pié d'estal , Compozé de même métal ;

35 Une argentine cassolette Pour essence de violette , D'eau d'ange , de naffe & jasmin ,

19 doublée — Cf. v. $8.

De semblable travail enfin ; De corail rouge une écritoire ,

40 Où l'or, l'argent , au lieu d'yvoire , Luy servent d'un beau paremant Réhaussant son éclat charmant ; Deux grandes corbeilles encore , Pour y métré les fleurs de Flore

45 Ou de Pomone le cher fruit , Et l'argent en icelles luit ; Quantité de montres brillantes , Soit muëtes ou bien sonantes , . Avec des lettres & quadrans

50 A la mode des Otomans ; Une table d'or octogone Qui peut servir d'un petit trône , A qui l'on en ajoute six , Et chacun a son beau châssis ;

55 Seize caisses de confitures ,

Qu'on doit métré en déconfitures (Et lesdites caisses encor Sont doubles d'une toile d'or) ; Six toilétes ,fort estimées ,

60 Excélemment bien parfumées (Et l'étofe est d'un beau brocart Où l'or reluit de part en part) , Avec brosses , peignes , pincette , Cure-dens , poudre de civette ;

6^ De corail pluzieurs bracelets ,

Garnis d'or, qui ne sont point laids, Pour lier les bras des pucelles Et , peut-être , les coeurs des belles ; Une cave pareillement ,

70 Et très-grande infailliblement , Faite d'écaillé de tortue , Des plus belles que l'on ayt vue , Chaude en Hyver, froide en Eté , Suivant ce que l'on m'a conté ;

75 D'un fort cristal douze bouteilles , Non pleines du vin de nos treilles , Mais de quelques eaux de senteur

i52. — Du 1. Aoust 1666 (Mayolas)

Et de la plus suave odeur ; Des careaux environ quarante ,

80 Couvers d'une êtofe luizante , Le brocard d'or et de velous , Et la broderie est sur tous ; Au surplus , quantité de vestes Illec seront trés-manifestes ;

85 Six-vingts pièces de tafetas , Brocard , satin , tabis , damas :

Voilà , franchement , ce que porte Cet Ambassadeur à la Porte , Pour régaler de ces prézans

90 Le Grand-Turc & ses Gourtizans.

Ce fameux Général d'Armée , Ce Prince , dont la renommée D'un bout du monde à l'autre court, En un mot , le Comte d'HARCouRx , 95 De qui l'invincible vaillance Et la merveilleuze prudance Ont fait d'admirables Exploits Pour le service de nos Rois , De Caron a passé la Barque

100 Et payé son droit à la Parque ; Mais , allant aux Cieux tout de bon, Mars n'est plus-là sans compagnon.

Son Epouze est inconsolable , Sa douleur est inexpliquable;

105 La raizon , le deuil & l'amour Combatent son cœur nuit & jour.

Les qualilez de ce grand Prince , En qui l'on ne vit rien de mince , Font que nôtre Cour le plaint fort

iioEt l'aime encor après sa mort.

Elle seroit moins tolérable, Si d'ARMAGNAC le Comte aimable , Que la France estime aujourd'huy , Ne le faizoit revivre en luy

1 15 Par sa clémence et son courage (Il nous m.ontre sa vive image Et toutes ses perfections Par ses charmantes actions) ; Si le chevalier de Loraine ,

120 Qui semble à ce grand Capitaine , Ne nous faizoit voir, par son bras , Qu'il va renaître sous ses pas.

Ces Enfans , dignes d'un tel Père , Que j'estime et que je révère ,

1 25 Dans Fexcez d'un si grand mal-heur, Flatent un peu nôtre douleur.

Ces Héros & grands Personnages , Qui sont aussi vaillans que sages , Devroient être exempts de mourir ;

130 Mais ma Muze a beau discourir,

La mort étant universelle ,

C'est en vain qu'on peste contre elle.

Leurs Majestez firent l'honneur

De viziter, dans sa douleur, 135 La Veuve, très-grande Princesse ,

D'Armagnac le Comte & Comtesse ,

Ainsi que le charmant Daufin ,

Sur le sujet de leur chagrin ;

Et toute la Cour, qui les aime, 140 Sur ce sujet en fait de même.

Le trionfant Duc de Beaufort,

Pour le Roy s'intéressant fort ,

Jaloux de l'honneur de la France ,

Dont on a bonne expériance , î 45 Ayant sceu que quelque Espagnol

Auprès de luy prenoit le vol ,

Avec une petite Flote ,

Qui sur la Mer ou cingle ou trote ,

Sans avoir mis pavillon bas 130 Ou salué ses bons Soldats ,

Il fit sçavoir au Capitaine

Qu'il jfalloit qu'il prit cette peine ,

Si cela ne Tincommodoit ,

Ou sinon qu'il l'ataqueroit 135 Et, par force , luy feroit faire

La saluade nécessaire ,

Due à nôtre Roy Trés-Chrétien :

L'Espagnol le fit , & fit bien.

Du Roy Portugais le cher Frère , ^^H

160 Prince très-brave & débonnaire , Bragw Qui ne craint le feu ny le fer, A douze milles de la Mer, Alla prendre l'Auguste Reine , Du Portugal la Souveraine , l^o'j!

165 Et , de la part de son Epoux , France

Luy fit des complimens bien doux, d^'sa^ Cette Princesse belle & bonne Par luy fut conduite à Lisbonne , Et puis entra dans le Palais ,

170 Plus paré qu'il ne fut jamais.

Le Roy, rempli d'impatiance , Et d'amour & de vigilance , Pour l'acueillir fit plusieurs pas Et fut charmé de ses apas ;

173 II luy dit (si l'on ne me trompe) , Au milieu de toute sa pompe , Qu'il s'estimoit beaucoup heureux De voir l'Objet de ses beaux feux ;

139 Portugal.

i52. — Du 1. Aoust 1666 (Mayolas).

Qu'il métoit son Sceptre & Couronne

180 Entre les mains de sa Personne , Et que sa beauté valloit mieux Que son Royaume glorieux ; A quoy cet esprit angélique Ne demeura pas sans réplique ,

185 Et , luy parlant modestement, Galamment & sincèrement , Son discours augmenta la flâme Que son œil jétoit dans son ame.

Je n'en dis plus... & cetera ;

190 Pensez-en ce qu'il vous plaira.

Pendant trois entières journées , Matinées , aprés-dînées , Le soir ainsi que le matin , Ballet , Comédie & Festin ,

i95Carozel, chasse & promenade, Et Feu de joye & Mascarade , Courses de taureaux mémement , Regnoient universellement.

Le renommé Prince Maurice , 200 Qui sçait bien régir sa milice , A fait prézent de deux Canons Au plus trionfant des Bourbons , Qui tirent avec certitude , Avec si grande promptitude , 205 Que pistolets ny mousquetons A tirer ne sont pas si prompts.

Sans rien feindre ny rien rabatre , Ils tirent six coups contre quatre.

Ces jours passez , le Roy charmant

I 210 En eut le divertissemant.

; On les charge par la culasse ,

Et poudre & baies on y place , Puis, on les ferme avec des coins , Avec de grands ou petits soins.

1 215 De là l'on voit comme on s'empresse

j A plaire au Prince de Lutéce.

M- Rey] L'Ambassadeur des Polonois Vers le Monarque des François , Arivé dans nôtre Contrée , 220 Dix jours après fit son Entrée Dans le divertissant Château Du superbe Fontainebleau.

Il avoit vingt-deux Gentils-hommes Et trois chars portoient tous ces

[Hommes ;

225 Dix Pages encor à cheval , Ce qui ne leur séoit pas mal ; De Valets-de-pié prés de seize , Qui faizoit un par dessus treize ; Et deux Trompétes mémement ,

230 Qui sonnoient admirablement.

De la part de nôtre Monarque , Beaucoup plus sage que Plutarque , Le preux Maréchal de Grancey, Pour qui beaucoup d'estime j'ay,

235 Et l'Introducteur de Berlize Allèrent , sans nulle remize , Le trouver jusqu'à la Forêt (Ce qui , sans doute , bien luy plait) Dans un carosse magnifique

240 De nôtre Louis Héroïque ,

Et ceux des plus Grands de la Cour Y roulèrent tous en ce jour.

Pluzieurs Gens le complimentèrent Et de leur part Tacompagnèrent

245 Jusques dedans l'Hôtel d'Albret , Qu'il trouva fort riche , fort net.

Il receut , dans ce domicile , De beaux complimens file-à-file :

Le Duc de Créquy, pour le Roy,

250 Luy parla fort-bien , sur ma-foy ; Pour nôtre aimable & belle Reine , Qui de vertus a l'ame pleine , Il fut bien harangué d'abord Par le Marquis de Hautefort;

235 Pour Monsieur, Prince que j'honore, Le Comte du Plessis encore Le salua bien comme il faut , Et le Marquis de Clérambaut, Pour Madame , toute admirable ,

260 Porta la parole agréable ;

Pour le grand Prince de Condé , Qui de son Fils est secondé , Le Comte de Guitaud , qu'il ayme , Luy fit civilité de même ,

265 Et le Comte de Langeron Pour le Duc parla tout-de-bon.

Princesse , j'achève & je coupe , Car il est bien temps que je soupe.

Ecrit le dernier de Juillet , 270 Dans un fauteuil assez douillet.

A Paris, Che^ Ch. Ckenault , Imp. & Lih., Aux Armes du Roy , rue de ia Huchette, Avec Priv.

de S. M. Et à Lyon, Che:( M. Mathevet , à S. Thomas d'Acguin.

(Biblioth. de M. le baron James de RothschiW. — Cet exemplaire porte la date du 4 ' août ; nous avons rétabli la date que devaient porter les exemplaires destinés à être * vendus à Paris.)

LETTRE EN VERS A MADAME

Du 1. Aoilst l666.

C'est à ma Lettre Hebdomadaire , Que je puis nommer Circulaire , Puis^ qu'elle court en tant de Lieux ; C'est à cette heureuse Missive , Dont on ayme la Narrative , Qu'il faut , en ce moment , m'appliquer de mon mieux.

lO

Sa Royale Altesse Madame , Du grand Damier première Dame , L'attend comme un juste Tribut , Et , sous son Nom , son Nom illustre , Toute éclatante d'un beau lustre , Elle passe par tout , sans craindre aucun rebut.

Mais, pour conserver des Auspices Si glorieux & si propices , Muse , en Attrais croissez toujours , Et , montrant des grâces nouvelles Dans le Récit de vos Nouvelles , De tous les beaux Espris devenez les Amours.

Dimanche, cette Altesse Auguste,

2o Que d'encenser il est si juste , Cette DÉESSE de mes Vers , Qui pourroit charmer l'Univers Par sa beauté presque divine , Dont je dis moins qu'on n'en devine,

25 Vint ici , de Fontainebleau , Dans sa Berge , petit Vaisseau Cent fois plus beau que ne fut onque De Venus naissante la Conque , Sur qui dans Cypre elle surgit.

30 L'Héroïne dont il s'agit

Parut aussi cent fois plus belle Que cette Amoureuse Immortelle , Voguant sur la Seine aisément, Dedans ce mignard Bâtiment.

35 Au milieu de toutes sesDAM^s,[mes, Ses Yeux , ces deux Sources de flâ-

Semoyent sur l'Eau de plus beaux

[Feux , Et , comme le Flambeau des Cieux , Pour redonner le Jour au Monde ,

40 Ne faisoit que sortir de l'Onde , On l'eust prise , à son air riant , Pour la Beauté de I'Orient Qui vient , avec tant de lumière , Luy r'ouvrir sa vaste Carrière ,

45 Lors qu'il éteint , quittant Thétys , Les Astres & grands & petits.

Monsieur , premier Monsieur de

[France , Ce HÉROS beau par excellence Et , par un Destin des plus doux ,

50 De Madame l'heureux Epoux , Etant dans la Nef avec Elle , Je dis , en Narrateur fidelle ,

i53. — Du 1. Aoust 1666 (Robinet).

Qu'on crût aussi voir le Chasseur Qui de l'AuRORE avoit le cœur,

55 Et que I'Amour , qui tout accouple , One ne lit voir un si beau Couple Sur l'humide & flotant Séjour , D'où sa Mère sortit au Jour, Ni plus digne du doux Empire

60 De cet aymable & petit Sire.

A la descente du Vaisseau , Laissans mille Charmes dans l'Eau, Monsieur monta dans son Carrosse, Où l'on ne voit aucune Rosse ,

65 Et vint dans le Palais Royal (Ci-devant Palais Cardinal), Et Madame , au sien tout de mesme, Avec une vitesse extrême , Tout droit à Colombes alla',

70 Ou , pour le mieux dire , vola , Pour y voir la Reyne sa Mère , [re.

Qui luy fit grand'feste & grand'ché-

Le Lundi , ce Prince charmant Assista douloureusement

75 (Car son deuil toujours se retrace) Au Service qu'au Val de Grâce On fait , le vingtième des mois , Pour la Reyne dont les François , Depuis la Saison Hyémale ,

80 Souffrent la perte si fatale.

Ce mesme jour, devers le soir.

Pareillement il alla voir La Majesté sa Belle-Mére , Que de tout son cœur il révère ,

85 Comme de tout le sien aussi Elle le chérit , Dieu-merci ; Et de ce Lieu-là , ce me semble , Ayans soupe , dit-on , ensemble , Il fut coucher à son Saint Clou

90 Qui , certe , est un joli Bijou.

Le Mardi , son Epouse aimable , De Lui presques inséparable , L'alla joindre en ce beau Pourpris , Aussi ravissant, prix pour prix ,

95 Que celui que le Premier Homme Perdit pour un Morceau de Pomme.

C'est là qu'avec leurs chers Enfans , Déjà si beaux , si triomphans , Et si dignes de leurs tendresses

100 Sont ces deux Royales Altesses Qui charment les cœurs & les yeux Encore pour un jour ou deux.

[Lubomirski]

Ce Séditieux de remarque

Qui prétendoit à son Monarque

105 Insolemment donner la Loy Et se rendre le Roy du Roy N'a plus cette belle espérance , Et , venant à recipiscence , Par un sentiment bien plus sain ,

MO II met de l'eau dedans son vin.

Ayant la Conscience large , Il abandonne toute Charge Et réduit (Dieux ! le croiroit-on ?) Toute sa haute Ambition

1 15 A vivre en simple Gentil-homme , Ne demandant au Prince, en somme.

Tant il borne ses appétits Et rend ses grands désirs petits , Pour son Fils , qu'une Starostie ,

i2oSçavoir, celle de Cracovie.

Comme il a l'esprit bien remis (Car il l'avoit un peu démis) , Il a décompté de la sorte (La raison est honneste & forte ,

125 Et n'en soyez point ébahis) , Pour mettre en repos son Pais Et mériter Grâce du Prince.

Ça donc , ça , qu'un verre on me Et que j'en boive à sa santé , [rince

130 Car je l'en aime , en vérité !

Mais non , ainsi l'on ne m'affine , Voici , sans que je le devine , La raison de son changement Et si soudain amandement :

155 C'est que le Monarque de 1' Aigle , Qui promettoit à cet Espiègle De prompts & notables secours , Ne songeant plus qu'à ses Amours , Dont l'esclandre fort le soucie ,

140 Manque à sa Promesse & l'oublie ; C'est , d'autre part , que Cazimir , Qui jure de ne point dormir Qu'il n'ait , en ordre de Bataille , Défait la mutine Canaille , [breux ,

145 Marche avecque deux Osts nom- Remplis de Soldats des plus preux , Dont Celuy de Lithuanie Peut , seul , faire une Létanie D'Esclaves , de Blessez , de Morts

150 De tous les Rebelles Consors.

Voila le grand Motif, vous dis-je , Qui leur Chef à plier oblige , Et , quoy qu'il fist tant le Méchant , Luy fait faire le Chien-couchant ,

135 Mais, quoy qu'il en soit, il n'importe:

I 55 il m'importe.

i53. — Du 1. Aoust 1666 (Robinet).

Qu'il bouque , ou le Diantre l'em-

[porte !

[M. Rey] Le POLONOIS AMBASSADEUR ,

Ayant sagesse , esprit, candeur, A fait , avec belle Livrée , 160 A Fontainebleau son Entrée Dans les Coches des Majestez , De plusieurs autres escortez.

M ^^h 1 Gï^^NCÉ , Seigneur plein d'accortise,

de Grancé Et I'InTRODUCTEUR de BeRLIZE ,

165 Qui l'avoient été recevoir Selon l'ordinaire devoir, A l'Hôtel d'Albret l'amenèrent , Où maints Seigneurs le haranguèrent Et luy firent des Complimens

170 Et bien troussez & bien charmans , De par le Roy, de par la Reyne , Comme aussi , la chose est certaine.

De par Madame & par Monsieur , Dont il fut ravi dans son cœur.

175 II a depuis eu I'Audiance De ce cher Sire de la France , De son adorable Moitié Et du Fruit de leur Amitié , Ce beau Dauphin, qui leur ressemble

180 Et leurs beaux sangs en luy r'as- Mais de qui l'éducation [semble , ( Soit dit sans adulation ) Luy parut chose surprenante , Madame Qi-^ce à sa digne Gouvernante , Maréciiaie Et même à Monsieur Perigny, De belles Lettres bien muni.

Ajoutons , ce qu'on ne peut taire , Qu'à ce Ministre on a fait Chère Quatre jours , si splendidement ,

190 Si noblement , si galamment.

Avec tant de Fruits & de Viandes , Des plus exquis , des plus friandes , Et tant de Vins & de Liqueurs , Qui du Nectar ont les douceurs ,

195 Qu'il en fut souvent en extase , Et j'en ateste ici Pégase.

Bon jour, bonne œuvre , comme

[on dit.

Dimanche , hélas ! Cloton occit ^d'Ha?^ Le fameux Henry de Lorraine , court Ce Mars qui, sans reprendre haleine, Ayant commancé dès quinze ans D'exercer I'Art des Combatans ,

de la Motlxe

En consuma quarante entières Dans les Occasions Guerrières ,

205 Entassant Explois sur Explois A la gloire du Nom François , Et, faisant par tout des Merveilles, Lesquelles ont peu de pareilles. A ce grand Siège de Pisca ,

210 Qu'en la Hongrie on ataqua.

Essayant sa valeur naissante , Dés lors elle fut surprenante , Et l'on peut dire , sans mentir, Qu'Alexandre , à l'assaut de Thyr

215 Ne fit vraiment pas davantage Que, là, son jeune & grand Courage Le Languedoc , I'Isle de Ré , Dont je passe ici le narré , La Rochelle , le Pas de Suze ,

220 Où point aussi je ne m'amuse , L'IsLE , encor, de Saint Honorât , Où ce HÉROS fit tant d'éclat , Celle de Sainte Marguerite , Qui prouva si bien son mérite ,

225 Furent les Théâtres d'HoNNEUR Des Progrez de cette Valeur.

Ici , la Matière me gagne ; Je laisse I'Isle de Sardaigne , D'où sa Retraite mêmement

230 Le fit louer extrêmement ; Je tais le Combat de la Route , Qui l'èternisera , sans doute ; 1

Les deux beaux Secours de Cazal , I Dont LÉGANEZ se trouva mal ;

235 La Reprise de la Savoye ,

Qui comble encor son Duc de joye ; Apr Et le grand Choc de Liorens , ^%

Où , parlant tout franc , je me rens , ^^ Découvrant , à perte de vue ,

240 Un Enchaînement sans issue D'autres pareilles Actions , Qui passeront pour Fictions A nos Neveux , à qui 1' Histoire En conservera la Mémoire, [veaux ,

245 D'ailleurs , un de nos grands Cer- Que l'on nomme le Sieur de Meaux, Et Gentil-homme de Marseille , Sur ce Sujet a fait merveille Par un Docte Eloge imprimé ,

[Panégyrique du comte d'Harcourt après la pr risie de Sainte-Marguerite et de Saint-Honorat Jean de Meaux , avocat. Aix, 1637, in-fol.]

250 Qui m'a ravi , qui m'a charmé , Et m'oste , en un mot , le courage De pousser plus loin mon ramage.

àQi

i53. — Du 1. Aoust 1666 (Robinet).

Je doi trop justement un Trait A la Gloire du Duc d'ALBRET

235 Pour ne lui pas , dans cette Epitre , Exprés consacrer un Chapitre.

En nôtre Sorbonne , aujourd'huy On n'entend parler que de Lui , Et jusqu'aux Maîtres Barbons même

260 Sont touchez d'une crainte extrême Qu'il ne fasse la Figue à tous.

En effet , parlant entre-nous , D'un si bel air il sçait s'y prendre Qu'il peut , en vérité , prétendre

263 A l'honneur d'en sçavoir autant , Seul , que tout ce Corps éclatant.

Vendredy, dans sa Sorbonique (Acte où tout un jour on s'applique)»

A la Compagnie il fit voir

270 Un si rare & profond Sçavoir, Pendant cette longue Carrière ,.

En disputant d'une manière

Galante & pleine de vigueur, Qu'il étonna chaque Auditeur.

275 Mais qui n'auroit de la surprise , Voyant sa jeune Ame soumise A ces Veilles & ces Travaux Qui font peur à tous ses Rivaux , Dans la poursuite légitime

280 Du Doctorat , qui les anime ?

Concluons , & disons qu'un Jour, Au grand honneur de nôtre Cour , Nous verrons en ce Prince illustre , Par un docte & belliqueux lustre ,

283 Un HÉROS , avec un Docteur , Plein de Science & de Valeur.

Je ne puis mieux finir ma Lettre ; Je m'en vais donc la date y mettre :

Elle est , le cas est bien certain , 290 Du propre jour de Saint Germain.

A Paris , Che:( F. Muguet , rue de la Harpe , aux trois Rois. Avec Privilège du Roy.

(Biblioth. nat., Lc^, 22. Rés. - Biblioth. Mazarine, 296. A^.)

LA MUSE DE LA COUR

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