Du 5. Aoust 1666 (Subligny
» Depuis quand estes-vous de retour en ce lieu ?
» Qu'à vous revoir icy ma joye est infinie ! » Et puis , bras dessus , bras dessous : « Allons » , dirent-ils , « suivez-nous. » — « Je ne puis pas » , leur répondis-je ; « Comme il est Mercredy matin , » Le soin d'écrire à mon Dauphin » A vous quitter icy m'oblige. »
Mais en vain je crûs m'excuser :
Si longuement ils raisonnèrent , Et firent tant pour m'amuser Qu'au Cabaret ils m'entraînèrent.
Je croy qu'au nom de Cabaret Mon beau petit Amant s'estonne Et va penser, Dieu me pardonne , Que sa Muse ayme le clairet.
Mais , par bonté , je luy demande De songer que j'estois en main De gens revenus de Hollande , Qui n'entreprennent rien en vain , Et que jamais on ne rebute Des Mousquetaires bien armez Et par la guerre accoustumez D'emporter tout de haute lute.
Nous allâmes donc au Raisin , Où pour égayer le Festin , Avec eux , s'il vous faut tout dire , Je dis mille contes pour rire.
D'abord, ils firent un bon plat
D'un mal- heureux jeune Avocat
Et d'une belle Meurtrière ,
Qui , par un coup de desespoir , Le tua l'autre jour, à la Croix-du-Tiroir.
Cette Belle estoit Tapissière ; Je ne sçay si quelqu'un vous en a fait récit , Mais , quoy qu'elle ait passé pour avoir de l'esprit ,
Ils ]a trouvèrent fort grossière.
En effet , dans cette saison ,
Poignarder les gens de la sorte
Pour une frivole raisofi ,
En est une preuve assez forte.
Le plus grand mal que luy faisoit Ce gentil Avocat, qu'a détruit sa furie , Estoit de travailler, alors qu'il luy plaisoit,
Avec elle en Tapisserie ,
Et l'on dit qu'il ne fut puny , Par cette criminelle , au plus beau de son âge , Que parce que , croyant faire un ouvrage uny,
18 5 C raisonnent.
27 A De Mousquetaires de Hollande.
30 A Des gens comme eux i bien armez.
40-42 A Qu'à LA Croix-du-Tiroir tua la Tapissière. ^^ A Par elle au plus beau de son âge.