Du 5. Aoust 1666 (Subligny
Il l'avoit fait à personnage.
Nous parlâmes de la Beau-lieu , Qu'on pendit hier en effigie, 60 Et dîmes que c'estoit un jugement de Dieu
Que toute fausse-Mere ainsi finit sa vie. Faisans mesme entre-nous plusieurs réflexions Sur ce procez de conséquence Qui , suspendant toute la France , 53 A nommé Saint-Geran à tant de Nations.
Nous remarquâmes une chose :
Qu'il sembloit que le Ciel eut toujours différé
De luy faire gagner sa cause , Jusqu'à ce que luy-mesme il se fut déclaré. 70 La Beau-lieu paroissoit coupable
Par une preuve indubitable :
Le Sang , l'Amour, les Traits , les Yeux De l'Enfant supposé découvroient la naissance ; Il ne restoit qu'à voir si sa rare vaillance 75 Ne dementiroit pas celle de ses Ayeux ;
Or, Dieu mercy, dans la Hongrie Elle parut , sans flatterie ; Et c'est surquoy rouloient nos profonds Argumens, Qu'il ne pouvoit manquer d'emporter la balance , 80 Ayant eu pour témoin du vol de sa Naissance
Un Camp de cent mille Ottomans.
En parlant de ces Infidelles , Nous entrâmes sur leurs Nouvelles.
Mes Demy-Hollandois firent presque serment 85 Que Candia-Neufve estoit prise
Et qu'on leur mandoit de Venise Que Ton n'en doutoit nullement. Au gré de ma libre boutade , Je disois qu'il n'en estoit rien , Qo Lors qu'un Soldat Vénitien
Vint demander la Caristade.
Il nous surprit , à parler franc , Et nous pensâmes croire , en cette conjoncture , Qu'un Diable familier avoit pris sa figure , 93 Pour venir se mesler de nostre différent.
Estans hors de cette surprise, On ne laissa pas toutefois De s'informer en quels endrois Il avoit servy pour Venise , 100 Et nous sceumes par son discours
Que , pour venir en cette Ville , Il avoit déserté le Camp du Marquis- Ville Depuis deux mois & quelques jours.
A Dessus ce procez d'importance. ' \ 7^ -^ Elle a paru. — 103 A un mois.
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Il nous asseura que ce Brave »o5 Assiegeoit Candia , d'une telle façon ,
Que l'on n'avoit aucun soupçon
Que le Turc n'y devint esclave ;
Que la pluspart des habitans ,
Prévoyant bien leur Destinée , "o Avoient sauvé dans la Cajiée
Leurs meubles les, plus importans , Et qu'au mesme moment qu'il disoit ces Nouvelles ,
Il ne doutoit aucunement
Qu'il n'en eut vigoureusement
Déjà bannis les Infidelles.
Ce mesme Soldat nous apprit Que , depuis qu'on a fait ce Siège , Toujours ce grand Marquis a dormy sur un Siège , Dont , asseurément , bien lijy prit :
1 20 Sans cette rare vigilance ,
Un de ses Esclaves séduit Par le lâche Bassa de ce lieu d'importance;, L'auroit assassiné la nuit.
Il adjousta qu'une Amazonne , »25 Qu'on nomme au Camp la Damalt?!,
Allant tous les jours en party, Y faisoit admirer son cœur & sa personne ;
Qu'il avoit esté le témoin Du sang dont son espée avoit fait rougir l'herbe ; 130 Mais , à tout cela le Proverbe :
A beau mentir qui vient de loiui.
En suitte , j'ouvris un^ lettre Qu'en mes mains l'on venoit de mettre , Et qui , par des termes plaisans , '35 Me rendoit conte d'une chasse
Qu'Amiens voit faire tous les ans , Tant par ses Gouverneurs que par sa Populace. Peu de monde est peut-estre instruit De cette Chasse sans seconde , MO Qui , dans Paris , feroit un bruit
A remplir bien-tost tout le monde.
Le premier Mardy du mois d'Aoust , On voit , pour cette grande feste. , Les habitans du lieu , de l'un à l'autre bout , •45 Tenir chacun sa Barque preste ;
Chacun l'ajuste , à qui mieux mieux , De chiffres & de banderolles , Et , quand je conteray plus de mille gondolles ' Qui , ce jour-là , frappent les yeux
J50 Par leurs différentes bannières ,
117 A que l'on fit ce Siège. j ii8 /^ dormit dessus un siège. ~ 144 BC l'une.
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