‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres (1665-1689) (volume 2)Chapitre 69 sur 317 · Du 5. Aoust 1666 (Subligny · texte numérisé non relu

Du 5. Aoust 1666 (Subligny

Il l'avoit fait à personnage.

Nous parlâmes de la Beau-lieu , Qu'on pendit hier en effigie, 60 Et dîmes que c'estoit un jugement de Dieu

Que toute fausse-Mere ainsi finit sa vie. Faisans mesme entre-nous plusieurs réflexions Sur ce procez de conséquence Qui , suspendant toute la France , 53 A nommé Saint-Geran à tant de Nations.

Nous remarquâmes une chose :

Qu'il sembloit que le Ciel eut toujours différé

De luy faire gagner sa cause , Jusqu'à ce que luy-mesme il se fut déclaré. 70 La Beau-lieu paroissoit coupable

Par une preuve indubitable :

Le Sang , l'Amour, les Traits , les Yeux De l'Enfant supposé découvroient la naissance ; Il ne restoit qu'à voir si sa rare vaillance 75 Ne dementiroit pas celle de ses Ayeux ;

Or, Dieu mercy, dans la Hongrie Elle parut , sans flatterie ; Et c'est surquoy rouloient nos profonds Argumens, Qu'il ne pouvoit manquer d'emporter la balance , 80 Ayant eu pour témoin du vol de sa Naissance

Un Camp de cent mille Ottomans.

En parlant de ces Infidelles , Nous entrâmes sur leurs Nouvelles.

Mes Demy-Hollandois firent presque serment 85 Que Candia-Neufve estoit prise

Et qu'on leur mandoit de Venise Que Ton n'en doutoit nullement. Au gré de ma libre boutade , Je disois qu'il n'en estoit rien , Qo Lors qu'un Soldat Vénitien

Vint demander la Caristade.

Il nous surprit , à parler franc , Et nous pensâmes croire , en cette conjoncture , Qu'un Diable familier avoit pris sa figure , 93 Pour venir se mesler de nostre différent.

Estans hors de cette surprise, On ne laissa pas toutefois De s'informer en quels endrois Il avoit servy pour Venise , 100 Et nous sceumes par son discours

Que , pour venir en cette Ville , Il avoit déserté le Camp du Marquis- Ville Depuis deux mois & quelques jours.

A Dessus ce procez d'importance. ' \ 7^ -^ Elle a paru. — 103 A un mois.

i35 154. — Du 5. Aoust 1666 (Subligny). i36

Il nous asseura que ce Brave »o5 Assiegeoit Candia , d'une telle façon ,

Que l'on n'avoit aucun soupçon

Que le Turc n'y devint esclave ;

Que la pluspart des habitans ,

Prévoyant bien leur Destinée , "o Avoient sauvé dans la Cajiée

Leurs meubles les, plus importans , Et qu'au mesme moment qu'il disoit ces Nouvelles ,

Il ne doutoit aucunement

Qu'il n'en eut vigoureusement

Déjà bannis les Infidelles.

Ce mesme Soldat nous apprit Que , depuis qu'on a fait ce Siège , Toujours ce grand Marquis a dormy sur un Siège , Dont , asseurément , bien lijy prit :

1 20 Sans cette rare vigilance ,

Un de ses Esclaves séduit Par le lâche Bassa de ce lieu d'importance;, L'auroit assassiné la nuit.

Il adjousta qu'une Amazonne , »25 Qu'on nomme au Camp la Damalt?!,

Allant tous les jours en party, Y faisoit admirer son cœur & sa personne ;

Qu'il avoit esté le témoin Du sang dont son espée avoit fait rougir l'herbe ; 130 Mais , à tout cela le Proverbe :

A beau mentir qui vient de loiui.

En suitte , j'ouvris un^ lettre Qu'en mes mains l'on venoit de mettre , Et qui , par des termes plaisans , '35 Me rendoit conte d'une chasse

Qu'Amiens voit faire tous les ans , Tant par ses Gouverneurs que par sa Populace. Peu de monde est peut-estre instruit De cette Chasse sans seconde , MO Qui , dans Paris , feroit un bruit

A remplir bien-tost tout le monde.

Le premier Mardy du mois d'Aoust , On voit , pour cette grande feste. , Les habitans du lieu , de l'un à l'autre bout , •45 Tenir chacun sa Barque preste ;

Chacun l'ajuste , à qui mieux mieux , De chiffres & de banderolles , Et , quand je conteray plus de mille gondolles ' Qui , ce jour-là , frappent les yeux

J50 Par leurs différentes bannières ,

117 A que l'on fit ce Siège. j ii8 /^ dormit dessus un siège. ~ 144 BC l'une.

iSy

IbO

Page 1