Du 5. Aoust 1666 (Subligny
Je ne vous mentiray de gueres.
Depuis que le Soleil a commencé son cours
Jusqu'à la nuit presque passée , On entend que haut-bois , que flûtes , que tambours . Que violon touché , que mandore pincée
Que luts , que voix & que concerts ,
Qui par tout remplissent les airs.
Dans chaque Barque est une table ,
Que l'on ne dégarnit jamais ,
Et que l'on sert de friands mets
Et du vin le plus délectable.
Je me suis trouvée une fois ,
Ce jour-là , dans cette Province ,
Et je vous jure bien , mon Prince , Qu'Aoust est dans Amiens un agréable mois. Avec tous les concerts que je vous viens de dire ,
On a des canons, que Ton tire ,
Chaque fois qu'on boit la santé
De Vous ou de Sa Majesté.
Vous verriez cent batteaux , se suivant à la file ,
A rangs doubles & prés à prés ,
S'entrecouper souvent exprés , Pour faire voir d'entr'eux quel est le plus habile ; Et le moindre plaisir que l'on ait sur les eaux N'est pas celuy d'aller loin de plus de deux mille
Des murailles de cette ville , Sur un canal couvert de superbes rameaux. Cette Chasse qu'on fait tous les ans pour les Cignes
Fut encor faite , devant hier,
Avecque l'ordre singulier
Qu'on observe aux festes insignes :
Mille feux d'artifice éclairèrent la nuit ,
Et meslerent leur charme au bruit Qu'y faisoit une aimable & douce mélodie ; De sorte qu'on peut. dire , après cet entretien,
Que le peuple de Picardie
N'est pas si sot qu'on croiroit bien.
De là , nous vinsmes à la guerre.
Nous discourûmes des Combats , Que les Victorieux Estats Vouloient livrer à l'Angleterre.
L'un dit qu'on luy donnoit avis Que dix-huit Vaisseaux dans Harvis
Seroient pour les Anglois un secours inutile , Et que I'Amiral de Ruyter , Les faisant sans cesse guetter,
Leur ostoit les moyens de quitter cette Ville ;
ï^\ A guieres.
155 A mandole.
\()2 A Je me rencontray plusieurs fois.
\6} A Ce jour la dedans la Province.
1 64 A Que r Aoust est 174 A ces Eaux
190-191 A Que cherchent Messieurs les Estats A rendre contre 1' Angleterre.
i39 154. — Du 5. Aoust 1666 (SublignyI. 140
Que , dés le vingt-six du passé , Les ennemis devans sortir de la Tamise , 200 II estimoit que , sans remise ,
Le Combat seroit commencé , Et que , si la chose estoit telle, Nous en aurions bien-tost Nouvelle.
L'autre assura qu'il estoit vray 205 Que devant Harwis & Nortbay
RuYTER avoit si bien occupé les passages Que les Anglois feroient un inutile effort , Et mesme ne seroient pas sages S'ils tentoient de sortir du Port ; 210 Mais qu'il n'estimoit pas de mise
Ce que l'on disoit des Anglois , Qu'ils estoient hors de la Tamise Dès le vingt-six de l'autre Mois.
Ce n'est pas aussi ma pensée 215 Que cette Flotte soit passée ;
Je sçay bien qu'elle est en estât De sortir pour rendre Combat , Et que la Vedette Hollandoise Peut , de son poste , à tout moment 220 Conter assez facilement
Les voiles de la flotte Angloise ; Mais elle n'ose s'avancer, De peur que , devant qu estre au large , L'Amiral Ruyter ne la charge 235 Au point qu'elle voudroit passer.
Elle a raison , Prince , sans doute, De craindre une telle déroute Et de ne se jamais frotter A ce dangereux de Ruyter :
2^0 II est encor suivi du Diable ^
Qui les emporta tous, dans le dernier Combat , De Tromp , dont l'audace effroyable Les mit en si fâcheux estât ; Et Ion m'a dit encor , pour Nouvelle certaine , 335 Que le Chevalier de Lorraine
Et le Chevalier de Coaslin Avoient à sa Victoire engagé le Destin.
On les vit monter sur sa Flotte , Le vingtième du dernier mois ; 240 Nous aprendrons leurs beaux exploits
Si la Flotte Angloise s'y frotte.
Le premier est un enragé , Qui , se tenant fort outragé
232 A Autrement dit de Tromp. j 240 A de beaux exploits.
238 /4 Ils montèrent dessus sa Flotte. 1
i54- — Du 5. Aoust i666 (Subligny).
Que la Mort ait surpris son invincible Père , Exilant pour jamais du party des François Cette cruelle sanguinaire , La chassera chez les Anglois ; Et le second , qui suit la trace De cent Cavaliers glorieux , Qu'a produit sa fameuse Race , Ne pourra pas manquer d'estre victorieux.
Après avoir dit ces Nouvelles ,
A quoy nous n'adjoustâmes rien , Sinon que la Pologne estoit toute aux Rebelles ,
Nous finismes notre entretien.
L'un & l'autre Amy Mousquetaire
Me demanda que , quelque fois ,
Je vous contasse ses Explois ,
Et je leur promis de le faire.
Vous sçaurez donc , Prince , en un mot , Qu'après m'avoir priée avec cérémonie
De manger en leur compagnie ,
Ils me firent payer l'écot.
de SUBLIGNY.
A Paris , Che:( Alexandre Lesselin , au coin de la rue Dauphine , devant le Pont-neuf. Avec Privilège du Roy.
La signature de l'auteur et l'adresse du libraire ne se trouvent que dans A. — BC placent ici la date , qui est par erreur celle du vingi-neufiéme juillet 1666.
(A La Muse de Cour 1666 (voy. tome I , col. 909) pp. 81-88. B La Muse Dauphine 1667 — 92-100.
C La Muse Dauphine 1668 — 92-100.)
LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS
Du 8. Aoust 1666.
Princesse , à ce coup , je parie Que plus d'une personne rie , Pour peu qu'elle soit en humeur, Car la Lectrice & le Lecteur, A qui tout bon-heur je dézire , Ne sçauroient s'empêcher de rire
En oyant , voyant ou lizant Cet accident assez plaizant , Qui ne doit point passer pour fable , 10 Puis que l'histoire est véritable.
i55. — Du 8. Aoust 1666 (Mayolas).
Sur les dix heures du matin , Dimanche , poussant mon chemin Vers la Grève , place marchande , Quoy que quelques gens on y pande,
15 Etant allé 'dans ce quartier Avec un homme du Métier, J'aperceus une Populace Amassée en icelle place, Qui regardoit avec plaizir,
20 En ayant alors le loizir,
Deux fiers combatans &deux drôles, Qui se donnoient des croquignolles Et , tous-deux étans bien ferrez , Se portoient des coups bien serrez.
25 L'un êtoit de couleur rougeâtre Et l'autre de couleur blanchâtre ; Ce n'êtoit pas petits Bidets , Mais bien deux fantasques Mulets Qui , se trouvans liez fort proche ,
30 S'entrebatirent sans reproche, [mens Leurs beaux premiers commence- Furent quelques hannissemens , Et les secondes saluades Poursuivirent par des ruades ;
33 Dans les troiziémes incidens , Se mordirent à belles dens.
Un, plus méchant qu'un âne rouge, Mangea l'oreille à l'autre , d'où je Conjecture , dans cet instant ,
40 Que c'êtoit-là le plus méchant.
Cependant , la foule s'augmante , La troupe devient importante , Et les grands comme les petits S'arêtoient pour voir ces conflits :
45 Fenêtres , balcons & boutiques , Les plus rares , les plus modiques , S'emplissoient de bonne-façon , Les places valans un teston.
Les Maistres de ces bonnes-bêtes ,
50 Qui peut-être êtoient à des Fêtes , Au bruit de ces deuy. champions Et de leurs belles actions , Plus intéressez , s'aprochérent , Les flatérent , puis les grondèrent ,
^^ Mais enfin , réconoissans bien Que sur eux ils ne gaignoient rien , Avec le fer un chacun tâche De rompre leur grossière atache , Croyant , les éloignans d'un pas ,
60 Qu'après ils ne se mordroient pas ; Mais ces animaux , de plus belle , Lors , continuans leur querelle ,
36 Ils se mordirent.
Ne se sentatis plus enchaînez , Furent cent fois plus éfrenez :
d^ Se mordent & se font la guerre ; Ils se jétent d'abord par terre , Les quatre pies ou fers en haut , En se cul-butans comme il faut.
En vain , avec de grosses barres
70 On veut apaizer leurs bagarres ; En vain , on met flamberge au vant :
Ils sont plus fougueux que devant , Et les armes dont ils se parent Vont droit à ceux qui les séparent.
73 Les grands combats , plaizans ou
[beaux , Des lions , des coqs , des taureaux , N'ont point causé plus de délice Que ces deux Mulets dans leur lice ; Deux mille témoins de ce jeu ,
80 Qui ne dura pas pour un peu , Pouront dire la même choze Qu'en rimes icyje compoze.
Je croy qu'encor il dureroit , Ou qu'à grand'peine il finiroit
85 Et leur victoire & leur injure , Si d'avoine quelque mézure , Qu'on leur prézenta devant tous , N'ût enfin finy leur couroux.
Par l'ardeur qu'ils ont fait paroître ,
90 Ils ont pu donner à conoître , Tant à leur Maître qu'au Valet , Qu'il fait bon garder le Mulet.
En certains lieux de la Hongrie ,
La Gent y semble assez aigrie , 95 Car, de temps en temps, les Hongrois
A maints Turcs donnent sur les
[doigts ,
Qui , dés qu'ils peuvent , se revan-
[chent ,
Tuent, pillent, rognent & tranchent.
Ils ont mis mêmes , depuis peu , 100 La Ville de Turnav^ en feu ,
Ou , du moins , on les en acuze.
Je ne sçay si le Turc s'excuze ,
Mais je sçay-bien , de ce côté ,
Qu'on brûla toute la Cité , 105 Horsmis l'Eglize principale ,
C'est-à-dire la Catédrale.
Des Jèzuistes la maizon ,
Par bon-heur, miracle ou raizon ,
Fut heureuzement garantie 1 10 D'une si cruelle partie.
i55. — Du 8. Aoust 1666 (Mayolas).
En Eté principalement On doit hayr l'embrazement , Et brûler une Ville entière C'est agir d'étrange manière.
113 Le Sieur Trubert a prézentë A nôtre Auguste Majesté Le Traité de la Paix conclue Et par la France rézolue Avec le Royaume d'Alger,
120 Qui nous laisse libre la Mer.
Il ne faut pas que nôtre Plume Obméte la bonne coutume Qu'en ce temps elle a chacun an ; Ecrivons-donc comme Gusman ,
12 "5 Tragédie en tout achevée ,
Fut reprézentée ou jouée Dans le Colége de Clermont, Où de grands Personnages sont Enseignans , instruizans sans cesse 130 La plus florissante jeunesse.
Les Danseurs du Balet du Temps Donnèrent bien du passe-temps ; Ils dansèrent tous d'importance , Et le Maître de cette dance ,
13 L'adroit Chicaneau , qu'on vanta-, Fort dignement s'en aquita.
Les Violons & les Trompettes Touchoient d'aimables chansonnet- Et force Gens de qualité [tes ,
140 De la Cour & de la Cité ,
Mardy dernier, là se trouvèrent , Et divers plaizirs y goûtèrent , Admirans tous , sans fiction , La riche décoration
145 De ce Tèaire manifique
Où parut l'Ouvrage Héroïque.
Il sufit de dire le nom De cet Auteur de grand renom Pour scavoir si la Pièce est belle :
150 C'est l'éloquent Père Ridelle , Qui n'est pas moins grand Orateur, Qu'il est bon Versificateur, De qui le génie & le stile Ne doivent rien à feu Virgile.
153 Les Acteurs , richement parez Et tout-à-fait bien préparez , Avec pompe , avec grâce extrême , Récitèrent ce beau Poëme.
1 18 Avec la France. — 119 Entre le Royaume.
Brequigny, qui faizoit le Roy, des
160 Le faizoit fort bien , sur-ma-foy ;
Le second joua bien son rôle fus
Et du geste & de la parole : ^"^ R°y
C'êtoit l'aimable de Breteuil ,
Qu'on voit en tous lieux de bon œil; 163 Ce Fils d'un très-illustre Pèr£
Et d'une tréjs-par faite Mère ,
Le septième de leurs Enfans màies
Qui sont en vertus trianfans,,
Dont l'ame se voit ocupée 170 Et dans la Robe & dans l'Epée ,
Ce Fils emporta les cinq Prix ,
Récompense des beaux Esprits ,
Et ces cinq en font ving-&-qaiatre ,
Dont il n'en faut que deux rabatre , 173 Qu'il a dignement moissonnez ,
Dont ses travaux sont couronnez.
De La ferté , dans son jeune âge , Senecterre
Y fît fort bien son personnage ,
Dansa de plus fort galament 180 Et receut un Prix justement ;
On voit bien par ce qu'il sçait faire
Que c'est le Modèle du Père ,
Comme Manican & Poncet,
Qui ; sans mentir, ont fort bien fait, 183 Et tous enfin , que dans ma Lettre
Entièrement je ne puis mettre :
RouvROY, Langeron & Crissé ,
Et de ViLÉNE ont bien dansé.
Quantité d'autres , que j'honore , 190 Eurent alors des prix encore ,
Quoy qu'Acteurs ils ne fussent pas
Dans cet Acte remply d'apas ,
Dont j'êtois le témoin à l'ombre ;
Et ,• parmy ce rang & ce nombre , 193 En ce beau champ si bien ouvert ,
J'ouys nommer Seignelay-Colbert,
Digne Fils d'un Père sublime ,
Qui s'aquiert une haute estime,
Et les Trompetes à ce Nom 200 Rehaussans leur ton & leur son ,
Jouans & faizans des merveilles ,
Flatoient doucement les oreilles
De ce grand nombre d'Assistans
Qui s'en allèrent fort contans.
203 Thereze , ma Grande Princesse.
Se porte bien dans sa grossesse.
Le Roy, qui fait tout justement ,
i55. — Du 8. Aoust i
Reconnoissant le jugement , L'esprit & le sçavoir insigne 2IO De l'Abbé de Grignan , trés-digne , Et les services merveilleux De ses deux Oncles vertueux , Assavoir, d'Arles l'Archévesque ,
[François Adhémar de Monteil de Grignan]
Et d'Uzez encore l'Evesque ,
[Jacques Adhémar de Monteil de Grignan]
215 A choisy pour Goadjuteur d'Aries De la Sorbone ce Docteur , Dequoy content est tout le monde , Gonoissant sa vertu profonde.
Dois-je croire ce que l'on dit , 220 Que la Princesse de Madrid , G'est-à-dire l'Impératrice , Qui ne fait rien qu'avec justice , Doit diférer son partement , Son voyage & débarquement 225 Jusques à la fin de Septembre ?
Si c'êtoit jusques en Novembre , Tant d'Envoyez, tant de Seigneurs , Légats , Princes , Ambassadeurs , Ayans fait beaucoup de dépence , 230 Mourroient , je croy, d'impatience , Et l'Empereur, qui m'est fort cher, Iroit luy-même la chercher, Mais , étant à prézent fort seine, Elle épargnera cette peine.
235 Le charmant Prince Piémontois ,
[Victor-Amédée-François de Savoie]
Encore qu'il n'ait que deux mois , Semble qu'il en ait plus de quatre :
666 (Mayolas). 148
Son teint est plus blanc que l'albâtre; Il est dëja si gros , si gras , Et l'on voit en luy tant d'apas , Que toute la Gour de Savoye Nage dans une mer de joye.
Je vous le dis pour le certain , Gar je le tiens de bonne-main , Et même bien-tôt on espère Qu'il sera secondé d'un Frère.
Monsieur le Procureur du Roy, Qui fait sa Gharge , en bonne-foy.
Aussi-bien qu'Homme du Royaume, Agissant en juste Econome , Alla , d'un air fort jovial , Jusqu'à l'Hôpital général ; [geoizes , Devant vingt Bourgeois & Bour- Qui sont bons François & Francoi- Fit faire à divers Boulangers , [zes , Entendus , gaillards & légers , L'essay du pain , de la farine , Qu'on cuit, qu'on paîtrit, qu'on
[r'afine.
Par son soin, on trouve au Marché Tout le pain à meilleur marché , Et son zélé en tout se remarque Pour le Peuple & pour son M onarque .
Altesse , ces Vers fort récens Iront vous récréer aux champs.
J'ay fait mon Epître historique Trois jours après saint Dominique.
[Jér Tr
A Paris , Che^C. Chenault, Imp. & Lib., Aux Armes du Roy, rue delà Huchette. Avec Priv. de S. M.
(Biblioth. de l'Arsenal , B. L. 11 800. — Biblioth. de M. le baron James de Rothschild. — Ce dernier exemplaire porte la date du 1 1 août , mais l'adresse du libraire n'a pas été changée.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET.]
Du 8. Aoust 1666.
Les Philosophes l'ont bien dit , Il est certain , en conscience , Que l'Objet émeut la Puissance :
L'Axiome ne peut souffrir de contredit.
Oui , cet Objet émeut sans peine , Soit pour l'Amour, soit pour la Haine , Selon qu'il se peint à nos yeux ; Et quand la belle Gloire on aime , Elle passionne bien mieux
Dans un divin Sujet qui semble être Elle-même.
Ah ! ma Muse , qui n'a d'ardeur
Ni ne fait de Vœux que pour Elle ,
Le reconest bien à ce zèle
Qui croît sans cesse dans son cœur.
C'est que la charmante Déesse
Se peint en sa Royale Altesse
Avec tant de brillans Attrais , Qu'en Elle on jugeroit qu'Elle soit Incarnée ,
Ou que Madame , ayant ses Trais , Soit sa Cadette , au moins d'autant d'Appas ornée.
Parlant dans un autre jargon Et d'un Epistolaire ton , En pouvoit-on dire autre chose Quand , plus vermeille que la Rose Et plus blanche aussi que le Lys , .
Dont sur son Teint des plus polis Il se fait un si beau mélange , On la veid briller comme un Ange, En ce Grand Cercle de Lundy, Où Monsieur Rey, tout ébaudy , Eut de son Altesse Audiance ?
Non , je le dis en conscience , On ne pouvoit en dire moins ; Et j'aurois entre mes Témoins Cet Ambassadeur de Pologne , Mortel , certes , de grave Trogne , Pour vous assurer qu'on crut voir, Non sans en sentir le pouvoir,
I Ce ver% , omis à V impression , a été rétabli par une main du temps sur l'exemplaire de la Bibliothèque nationale.
La Gloire Elle-même en Personne ,
40 Avec l'éclat qui l'environne.
Autour d'Elle , maintes Beautez , Ou subalternes Déitez , [mes ,
Faisoyent un doux Assaut de char- Qui mettoyent les Cœurs en allar-
45 Et mes licentieux Regards , [mes ; S'émancipans de toutes pars , Tombèrent sur plus de vingt Gorges Où I'Amour sçait faire ses Orges , Je n'en doute point , à gogo.
50 La Princesse de Monacho Etoit l'une de tant de Belles Qu'ainsi lorgnoyent mes deux Pru- Item, la mignarde d'Elbeuf , [nelles ; Objet encor tout chnquant neuf,
55 Et l'éclatante de Soubise ,
Qui n'est , ma foy, nulement bise :
Item , Madame d'ARPAJON ,
De I'Amour autre beau Donjon ;
i56 — Du 8. Aoust 1666 (Robinet).
Et de Grammont, gente Comtesse , Ayant la taille d'une Altesse ;
Dame ItEM, MaDAME de GoURDON , d'Atour de r\ ' j /^ • ^ tn
Madame Qui des CiEUx a reccu maint Don , Et du Bellay, l'Illustre Fille, Dont le visage & l'esprit brille ; Item, du LuDRE...ah ! non vraiment, ^soXiïs^ La Belle étoit en ce moment FDies Dedans sa Chambre retenue
d'honneur -pw i ' ' j ^
de son Pour légère déconvenue ,
Royal?. ^^ *î^^ ^^'^^^ asseurément
70 A ce Cercle quelque Ornement ; Mais enfin d'AMPiERRE & de Fienne, Par qui maint cœur encor s'allienne En faveur du plus beau des Dieux , Montroyent aussi là leuîs fins Yeux.
75 L'Ambassadeur trouva ce Cercle (Et laissons là la Rime en ercle) Eclatant & beau tout à fait , Et s'en alla fort satisfait , A quelque trouble près, dans l'Ame, 80 Et d' Amour un petit de flâme , Car, à vrai-dire , helas ! comment S'échaper de son Elément Sans en sentir quelque étincelle , Eust-on l'Ame la plus rebelle ?
85 II avoit eu pareillement , Honestement , civilement .
De Monsieur publique Audiance , Avec un concours d'importance De ceux qui composent la Cour
90 De ce Prince digne d'amour, Lequel , d'obligeante manière , Entendit la harangue entière Qu'il lui fit dessus le Déceds Qui nous cause encor des regretz ;
93 Car c'estoit , parmi d'autres choses , Qui pour moy sont des Lettres clo- Le sujet qui de son Païs [ses ,
L'amenoit en celui des Lys , Pour faire la Condoléance 100 Aux deux Majestez de la France , De la part de ses Souverains (Avec , je croi , leurs Baise-mains) Sur la Mort de la Reyne Mère , Qui nous sera long-temps amére.
39 L'imprimé porte Duchesse. Nous adoptons
la correction faite par une main du temps (^proha-
, blement par Robinet lui-même') sur V exemplaire
de la Bibliothèque nationale, f^oy. la Table
alphabétique , article Gramont.
103 De Chaune , habile & sage Duc , Dont les Discours sont pleins de Suc, A fait fort belle Entrée à Rome Et même , de par le Saint Homme , Du bel air été régalé ;
110 Mais c'est en gros ce que j'en sçai, Et dedans la prochaine Lettre Tout le Détail s'en pourra mettre.
Nous n'avons pas encore sceu Qu'à L1SB0NE l'on ait receu
1 13 La jeune Reyne Portugaise , Et , comme ce seroit fadaise D'en aller , dessus de faux bruits , Faire des récits mal construits , Il en faut la Nouvelle attendre
120 Pour en parler sans se méprendre : Je juge , Lecteur curieux , Que vous direz que c'est le mieux.
A l'égard de 1' Impératrice , FJlle éprouve encor le Caprice
123 De l'incirconspecte Fébris , Qui chasse les Jeux & les Ris D'autour de sa belle Personne , A présent dedans Barcelone.
Cela met , je pense , en fureur
130 Son illustre Epous , I'Empereur , Et c'est avec raison , sans doute.
Quoi ? tandis qu'il est à l'écoute Et qu'il attend entre ses bras , Depuis si long-temps , ses Appas ,
133 II faut que Madame la Fièvre , A ce point insolente & mièvre .
En jouisse en dépit de lui Et la lui retienne aujourd'hui !
Ah ! daignez vous mettre en la place
140 De l'infortuné Prince Ignace, Et vous sentirez la douleur Que lui peut causer ce malheur ; Mais il n'est vraiment pas en chance, Et Dieu lui donne patiance !
143 Un Feu cruel, un Feu goulu, Beaucoup plus qu'on auroit voulu , Dévora de Turnau , n'aguére , La Cité , dit-on , toute entière ; Bravant , par ses brandons épars ,
130 Grand nombre d'HEYoucs & Hussars Qui tâchoyent de lui couper broche.
\S6. — Du 8. Aoust 1666 (RoBiNETi.
Il fricassa Bois , Pierre & Roche ; Sa Dent ardante fut par tout , Et rien , de l'un à l'autre bout ,
155 De s'en sauver n'eut privilège Qu'un Docte & célèbre Collège Des Associez de Jésus , Et la Cathédrale de plus.
Or ce feu , qui si bien dévore ,
lôoN'estoit de Sodome ou Gomore , Ni, ma foy, non plus Feu Grégeois, Mais , helas ! un vrai Feu Turcois ; Car des Turcs la maudite Engeance L'avoit mis exprés par vangeance
165 Et pour le refus , ce dit-on , De quelque Contribution.
Au Collège des Jésuites , Pères Sçavans , bons Casuites , Bref, Artisans des beaux Esprists , 170MARDY, l'on délivra les Prix Fondez par le Roy nôtre Sire , Qui des Lettres chérit l'Empire , Pour animer les Studieux , sman] Qui se fout grands Hommes chez j 175 Une Tragédie excellente , [Eux. Dont la Scène étoit fort brillante , Et même le Balet du Temps , Des plus moraux & plus galans , Cette Action accompagnèrent 180 Et tous les Spectateurs charmèrent.
.mmis- Le Sieur Trubert, & non Ro^er,
re des . ^ 1 >t-, / 1 > o '
•mées Présenta le Traite d Alger , l^Roy N'aguére , à ce rare Monarque , Etant , comme Acte de remarque 185 Et pour les Marchands de grand En Arabe, Turc & François ; [poids, Et , de manière tres-civile , Au nom du Bassa de la Ville , Il receut , entr'autres Présens , 190 Deux Lions robustes & grans ,
Une Autruche, &, pour faire brindes, - Force Chocolaté des Indes , Avec un Bassin bien mignard , Fait de Filigrane avec Art.
193 Je brûle que je ne raconte
lie
Une Histoire , & non pas un Conte , Que j'ay sceu d'une belle Iris , Dont le mérite est de grand Prix.
Si vous l'entendiez d'elle-même ,
Gornle Robert
200 Vôtre plaisir seroit extrême , Tant cette Pucelle d'Esprit Dit des mieux tout ce qu'elle dit.
Mais , quoi qu'avec bien moins de Cette Histoire je vous retrace, [grâce
205 S"il vous plaît , vous l'ècouterez , Ou la ferez lire ou lirez.
Deux Religieux des Minimes , Ordre digne de nos estimes , Retournans, l'un des derniers jours,
210 Un peu par delà nos Fauxbourgs ,
En l'un de leurs sacrez Repaires abiîo (Ce qui veut dire Monastères) , Quatre francs Détrousseurs de Gens, Deux desquels sembloyent Païsans ,
215 Ayans entendu , dans leur manche , Sonner Monoye , ou jaune ou blan- Qu'ils avoient receue à Paris , [che , Comme l'on croid , pour des Obits , Se proposèrent , je vous jure ,
220 D'en faire promptement capture , Pensans que la Bource ils rendroyent D'abord qu'ils la demanderoyent.
Mais ces deux Minimes, non Pérès, Ains, sur mon ame, deux bons Fré-
225 Encor fraîchement émoulus , [res Hauts-taillez & tres-résolus , Jugeans bien , à leur contenance , Qu'ils étoyent Gens sans Conscience Et qui , sans doute , avoyent dessein
230 De les décharger du Dindin , Bien loin d'en changer de visage , Amassèrent tout leur courage , Et résolurent , en courroux , De bien recevoir les Filoux.
235 En effet , lesdits quatre Hères , Qui les avoyent pris pour des Pères A l'ombre sous leurs grands Cha-
[peaux , Bien plus doux à tondre qu'Agneaux, Et qui s'ètoyent dit en leur stile :
240 « Ce sont de pauvres mangeurs
[d'huile » Qui vont leur argent nous donner » Sans aucunement barguigner » , A peine eurent ouvert la bouche , Avec un ton assez farouche ,
245 Pour leur demander le Magot , Qu'eux , faisans ferme sur l'argot , Dirent à ces félons Apôtres :
« Si vous voulez des Patenôtres ,
i56. — Du 8. Aoust 1666 i Robinet],
» C'est deqeux de nôtre estoc ,uoci 250 » Qui n'avons de plus que le Froc , » Un peu de Bure & la Sandale , » Peuvent vous faire ample régale ; » Mais , si vous n'en estes contans , » Messieurs , nous sommes peu vos
[Gens , Et partant , pour de la Pecune , Quelqu'autre part busquez For-
[tune. »
Les Sieurs Escrocs, un peu camus, Ayant oui tel Orémus , Montrent deux Pistolets de poche , 260 Par qui la Mort son Trait décoche, A dessein de leur faire peur; Mais ces grands Fratres , pleins de En faisans une raillerie [cœur,
De leur petite artillerie , 265 Se jettent dessus le Collet Des deux Filoux à Pistolet ,
Les desarment & s'en saisissent.
Leurs Camarades , qui frémissent De voir des Moines si vaillans ,
270 Cessans aussi d'être Assaillans , Tâchent d'enfiler la venelle ; Mais , oui da , pure bagatelle.
L'un des bons Frères court après , Et , sans se mettre en fort grands
273 Pareillement il les arreste ; [frais , Puis , tous deux , l'esprit en grand'-
[feste , Mennent, comme de francs Archers, En triomphe leurs Prisonniers , Que l'on met à l'instant en cage
280 Dedans le plus prochain Village.
C'est , ce m'a-t'on dit , à Gros-Bois , Où bien-tôt à quelque Haut Bois , Et croyez-le sur ma parole , Ils pourront terminer leur rôle.
J'ay fait cecy trois jours avant la Saint-Laurens , A qui l'on fait des vœux pour la douleur de Dents.
A Paris, Che^ F. Muguet, rue de la Harpe , aux trois Rois Avec Privilège du Roy.
(Biblioth. nat, Lc^, 22. Rés. — Biblioth. Mazarine, 296. A^.)
LA MUSE DE LA COUR