XXI. SEMAINE
Du quatorziesme Octobre 1666.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
Dieu-mercy, je n'ay plus la fièvre.
Le coup de pistolet que , d'un air martial , Elle vous vit tirer l'autre jour, à cheval , La fit fuir plus viste qu'un lièvre.
$ L'excellent Monsieur du Moulin ,
Qui m'en vit le lendemain quitte , A crû toutefois , cher Dauphin , Que son secret tout seul avoit causé sa fuite , Et je ne veux pas amoindrir 10 La gloire de ce fameux homme
Qui Médecin d'Amiens se nomme ; Mais sans le pistollet j'en eusse pu mourir. Vous fistes grande peur à Maman Mareschalle En luy criant : € a vous ! » quand le coup s'entendit. 15 Gardez de la tuer ; elle est , sans contredit »
Une personne sans égale , Et nous chercherions plus d'un an Devant que de trouver une telle Maman.
Vous estiez , dit-on , bien superbe ao Sur ce charmant petit cheval
Qui , sous un grand Dauphin faisant le Bucephal ,
B C portent limplemunt XX. Semaine.
377 ito. — Du 14. Octobre 1666 (Sobugny). 378
- N'estoit qu'un pied phis haut que l'herbe. Vous frisiez encor des leçons Touchant vos pistolets» qui plaisoient à merveilles, 25 Et disiez qu'un cheval , outre ceux des arçons ,
Pouvoit commodément en porter aux oreilles. C'estoit bien faire honte aux Escuyers fameux Qui n'avoient pu trouver ce secret d'importance 1 Allez , Mon Prince , avant qu'il soit un an ou deux , jo Vous en verrez la mode en France.
Mais parlons du Papa , le meilleur de nos Rois. Bbnsbrade est en vogue , Prince ; Le Sonnet qu'il fit autre-fois Passe de Province en Province 15 Et jusques, chez ses Envieux ,
A toute heure on n'y fait qu'entendre : € ah 1 nous nx sçavions pas que le roy fut si tendre ; » Quel Trésor n'est-ce pas pour.tous les mal-heureux ? » Sçavez-vous pour quelle avanture 40 Je fais cette digression ? *
Louis estoit allé voir la Manufacture Des Points de nôtre Nation ; On luy vint donner un mémoire De plusieurs pauvres Prisonniers 45 Détenus pour quelques deniers
Dans la Prison de sainct Magloirb ; Son cœur Royal en fut touché Et , laissant agir sa tendresse , Paye le créancier, qui se désintéresse , 50 Et veut que chacun d'eux soit soudain relâché.
Premier Président de Thoulousb , Berthier de Mont-rave , où gis-tu ?
Ta prompte mort fut bien jalouse Du plaisir qu'à présent ta grande Ame auroit eu. 55 On m'a dit mille fois le présage admirable
Que tu fis, estant à la Cour , Dés que tu sceus l'heure & le jour Qu'estoit né ce Monarque aimable.
Ravy dans 1-extaze à demy, 6c J'av sceu cent fois qu'on t'ouit dire
A r Abbé Lucas , ton Amy, Que , quand le grand Louis seroit né sans Empire »
La force de son Ascendant , Qui dans le plein midy luy fit voir la lumière , 65 Par un destin tout évident ,
L'auroit couronné Roy d'une ou d'autre manière. Tu verrois maintenant ses qualitez de Roy Qui n'estoient que dans ton idée ;
1 1-96 Ces 66 vers sont supprimés dmu B C.
379 l8*- — Du 44- Octobre 1666 (Stmuoirr). 38o
Tu verrais par iuv seul la terre possédée , 70 Car c'est la posséder que d'en estre 1'effroyj
Tu publierais encor qu'enfin sa destinée Seroit tellement enchaisnée A des bon-heurs perpétuels Que , quand il pourroit mesme éprouver quelque orage , 75 II tireroit dequoy s'agrandir d'avantage
Des desordres les plus cruels.
Mais vous demandes des nouvelles, Je le voy bien , Dauphin charmant ; Encore , de grâce , un moment 80 Et vous en apprendrez de belles.
Laissez moy dire encore A nos Peuples François Ce que je croy leur devoir dire.
Patience pour quelques mois , Peuples , & vous serez sous un fort doux Empire 85 Loua est fier, jeune » vaillant ,
Actif , robuste , vigilant , Pénétrant & grand Politique ; Il aime l'honneur & s'en pique »
Il est puissant & tres-heureux , 90 II est juste , bon , généreux ,
Et nous venons mesme d'apprendre Qu'aux mal-heureux son cœur est tendre : Sous un semblable Potentat On doit avoir ce qu'on souhaite.
95 Laissez-le guérir vostre Estât,
Vous sçaurez ce que c'est qu'une santé parfaite.
Vous a-t'on dit , Dauphin charmant , Que , cette dernière semaine , Lie fier Gendarme Trois Fontaine 100 Eut sa grâce assez galamment ?
Comme le Prévost des Gend'armes AUoit le dégrader des armes Pour l'exiler, conformément A l'Arrest prononcé de son bannissement , 105 Arriva Monsieur db la Salb ,
Sujet tres-innocent de ce qui s'estoit fait, Qui luy dit que le Roy, par sa bonté Royale * Luy faisoit grâce tout-à-fait.
Quelque temps après , le Roy mesme 1 10 Luy vint dire luy-mesme aussi
Que ce brave la Salb , avec instance extrême» L'avoit cent fois prié de la luy faire ainsi ; Qu'il luy devoit toute sa grâce , Et qu'au reste il reprit sa place , 1 15 Adjoustant ces mots : « va , sers moy,
» Et croy que j'auray soin de toy. »
L'envie ne fait pas mon vice
97-98 A Cela toit dît suffisamment. | On m'apprend que , cette semaine
38 1 18a. — Du 14- Octobre 1666 (Sobugmy). 38a
Et je voy sans rtgret Tm>is Fontaine content ; Mais je voudrais, sans préjudice , ao Que le Roy m'en eut eut autant*
On dit qu'une aimable Personne , Dont le mal va vous allarmer, Partit cet jours passez pour aller à la Mer : C'est la Comtesse de Vivonne.
tas Elle est de ces femmes sans pris
Qui choississent plutost , dans le siècle où nous sommes , D'aimer des chiens que d'autres hommes»
En l'absence de leurs Maris.
Elle en aimoit un à l'extrême , 130 Qu'elle mitonnoit dans son lit
Avec plus de soin qu'elle-mesme , Et cet enragé la mordit.
En vérité , Dauphin , l'on ne sçait comment faire : Aimez un homme , il peut changer ; 135 Un chien vous peut mettre en danger ;
Et , de quelque fajon qu'on fasse cette affaire , On court risque d'en enrager.
Rien n'est plus vrây, sur ma parole , Et voicy l'exemple tout frais 140 De l'illustre Anna Bonaroixe ,
Qui , peut-estre , en enrage à présent pour jamais. Je vous parle , Dauphin , d'une Vénitienne Qu'on pouvoit appeller une aimable Chrestienne Et dont les yeux, à tout moment»
145 Prenoient un cœur très hardiment.
Elle estoit Noble de Venise , Quaqt aux escus femme de bien ; Quant au reste • je n'en dis rien , A cause qu'un Galant luy donnoit sa chemise. 150 On dit qu'elle aimoit ce Galant ,
Et mesme d'un feu violent Et tel qu'enfin le veut Venise ou I'Itaue , Où , n'estant pas des plus permis De faire impunément folie , 155 On aime ainsi , dit-on, ceux qu'on s'est fait amis ;
Encor ce que je dis n'est-il que pour les femmes ,
Car pour les hommes, Dieu-mercy, Y pouvant sans péril se prendre en d'autre fiâmes , Us y sont inconstans autant ou plus qu'icy, 160 Celuy dont je parle , le preuve.
Il fut inconstant , & si bien , Qu'Anna n'estant pas à l'épreuve D'un changement tel que le sien , Elle en cacha ai mal sa haine & sa colère
1 s8 A Pouvant facilement.
383 182. — Du 14. Octobre 1666 (Subugny). 384
165 Que le sieur Bonarollk apprit toute l'affaire.
On se doute , je croy, de ce ou'il fit après ; Il choisit un poignard ou le nt faire exprés , Et dans le sein dolent de sa femme inndelle Fit une blessure mortelle.
170 Ce procédé seroit condamnable à Paris ,
On y plaindrait fort cette Dame ; Mais , comme dans Venise il sied bien aux Maris , On n'y dit rien , sinon : « Dieu veuille avoir son ame ! »
Ailleurs tous les Vénitiens 175 Ne tuent pas ainsi leurs femmes ,
Mais plutost jettent feux & fiâmes A battre en leur païs les Turcs comme des chiens.
Cette Nation tres-damnée ,
Estant fiere dans la Cannée 180 D'avoir veu le siège levé
De devant la Neufve-Candie ,
Et par un secours arrivé
Se rendant deux fois plus hardie ,
Entreprit , dit-on , un beau jour 185 D'attaquer la Vieille à son tour.
On l'y receut de bonne grâce
Avec grande joye & bon feu ,
Et si bon que , n'estant pas jeu , On y coucha du moins mille Turcs sur la place , 190 Y tuant encor à plaisir
Un des Neveux du Grand Visir.
Un autre que moy pourrait dire
Que ce grand Visir , prenant feu En apprenant la Mort de Monsieur son Neveu , 195 Aura beau sujet de maudire ;
Mais j'ayme mieux n'avancer rien.
Pour peu qu'un Turc ait d'opulence ,
Il luy naist je ne sçay combien
De Neveux de cette importance ; aoo Et , comme il faudrait du loisir
Pour connoistre une graine en tant de gens féconde ,
Peut-estre que le grand Visir
N'a jamais sceu qu'il fut au monde.
Ce grand Ottoman est toujours 305 A Thebes, avec son armée ,
Et mainte Ville est allumée , Ne sçachant en quel lieu ce torrent prendra cours. On ne sçait si la Dalmatie , Si Cerigo , Cbphalonie , aïo Ou Zantb en doit estre l'Objet.
Douze mille Chevaux font sa Cavallerie , Vingt & deux mille Turcs forment l'Infanterie Et doivent en tout cas commencer le Projet.
1 70 B C eomdamnable.
385 18a. — Du 14. Octobre 1666 (Subuont). 386
Au reste , j'ay sceu la Nouvelle 315 Que l'Amiral Rutter , incommodé de l'Eau
Qui rend sa langueur plus cruelle , Partit pour Amsterdam , de la Meuse, en bateau. Les Estats ont mis en sa place Ls Pensionnaire de Wrr , 3*> Sous lequel la Flotte obéit
Jusques au jour qu'elle repasse.
Elle tient encore les flots , • Et la Flotte de I'Angleterre , Qui , malgré le mal-heur qui se mesle en sa guerre , 2J5 Met encor son espoir en ses bons Matelots ,
Plus fiere que ses infortunes , Veut sortir encor de ses Dunes.
Je luy conseille , toutefois , De retourner plutost au fond de la Tamise ajo Jusqu'à ce que sa Ville en estât se soit mise
De la remettre en Mer une seconde fois ,
Car, dans un destin si funeste , Elle feroit tres-mal de jouer de son reste. Je finis & ne dy plus rien , 935 Sinon que Brème est assiégée ,
Mais qu'elle se deffendra bien • Avant que Wrangel l'ait rangée, Et qu'on dit que , dans peu de jours , Elle attend un puissant secours.
340 Adieu donc , Dauphin que j'adore ;
Mon sang s'échauffe en écrivant , Et je craindrois qu'en poursuivant Ma Fièvre ne revint encore
de SUBLIGNY.
A Psris , Cher Alexandre Usseltn , au coin de la rue Dauphin , devant le Pont-neuf. Avec Privilège d* Ro?
Extraict du Privilège du Roy.
Par Lettres Patentes du Roy signées & scellées du grand Sceau de cire jaune, en datte du quatorziesme Avril 1666, il est permis [voy. tome I, col. çoç.)
316 Ce vers m, dans B C 231 A Dessous qui.
La signature de l'auteur, l'adresse 'du Libraire et /'Extraict du Privilège ne se trattvent que dans A. — B C placent ici la date
(A La Muse de Cour 1666 (voy. tome 1, col. 909) pp. 165-172. B La Muse Dauphine 1667 — 185- 191.
C La Muse Dauphine 1668 — 1 85 191.)
U ij
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET.]
Du 17. Octobre 1666.
Objet brillant & glorieux Pour qui je fais rouler la Presse , Je doi préparer vôtre Altesse A prendre tout son Sérieux , Car je débute , en cette Epître , Certainement par un Chapitre Qui sera plein de gravité.
Mais je suis prié de le mettre , Et même Ton a crû que vôtre Pieté
Le pourroit bien permettre.
Madame , je n'en doute point ,
Je n'ay nule peine à le croire
Et je sçai que vous faites gloire
De vous signaler sur ce Point ;
Mais je dis , moy, que ces Matières
Ne sont nulement Gazetiéres
Et qu'on doit les traiter ailleurs.
Nonobstant pourtant tout scrupule , Et quoi qu'en puissent dire & maints & maints Lecteurs , La chose va passer sans plus long Préambule.
A Roye , au Climat des Picards , Qui la pluspart sont de francs Gars , Et de Conscience sans fraude, Hors-mis qu'ils ont la teste chaude , Un Soldat de la Garnison Etant, ce dit-on. sans raison Condamné , par un fâcheux rôle , De faire en 1 Air la capriole ,
Madame Une Dame de probité
ctYoye Et d'une haute pieté ,
Bien instruite de son Affaire , Lui fit prendre le Scapulaire , Dont l'on ne peut trop la louer, Et l'obligea de se vouer, Tenant lors en sa main un Cierge , Avec confiance à la Vierge.
En suite , cet Infortuné Sans grâce au Supplice est mené .
Et le Carnifex , certe habile
40 Autant q^ulaucun d'une autre Ville , Fait si bien sur lui son devoir Que mort à tous il le fait voir.
De plus , le pauvre Corps demeure Au Bois funeste plus d'une heure ,
45 Tandis que , pour entièrement Exécuter son Jugement, On s'en va quenr une Claye (Cette circonstance est tres-vraye ) Pour le traîner par la Cité
50 En Duéliste détesté , Puis le jetter à la Voirie, Où finit la Cérémonie.
Néantmoins , trois heures après , Quelques Soldats allans exprés
55 Pour lui donner la Sépulture ( O la merveilleuse Avanturel)
i83. — Du 17. Octobre 1666 (Robinet).
Apperçoivent dans ce moment Encore en Lui du mouvement , Et , dedans le plus proche Giste
60 Le portans ensemble au plus viste , Il n'est pas là si-tôt saigné Qu'à la Vie il est ramené ; Et, dés le lendemain , Dimanche, Ayant pris sa Chemise blanche ,
65 II fut à la Messe , en santé , Comme si de rien n'eust esté.
Chacun là dessus l'apostrophe , Notaire, Avocat, Philosophe, Officier, Soldat & Bourgeois ,
70 L'interroge cent & cent fois ,
d« Mont Et , lui , répond que nôtre Dame ,
Cirmel Que toujours depuis il réclame ,
Etant entrée en sa Prison ,
Comme il étoit en Oraison
75 Et revêtu du Scapulaire , L'avoit, d'une voii haute & claire, Asseuré qu'il n'en mourroit point.
On dit même que, sur ce Point , Dont je croi que le Prêche endesve , teïî Les Prélats a Amiens & Glandesve jmd-do- L ont exactement entendu , 'raSrf Et le Miracle reconnu.
On écrit encor , de Corbfe , Qu'un épouvantable Incendie ,
85 Qui s'en alloit mettre en Tisons D'un bout à l'autre les Maisons , S'étoit éteint aussi, n'aguére, Par la Vertu du Scapulaire Qu'un Soldat de cette Cité
90 Avoit dans les fiâmes jette , Et qui fut , après l'Avanture , Retrouvé mêmes en nature.
Je le croy, mais le croira-t'on Chez nos Messieurs de Charenton
95 Et parmi nos fortes Cervelles ?
Diable-sot , ouida , bagatelles !
Mais, à propos d'embrasement, On va travailler promtement ( De cela je puis vous répondre }
100 A remettre sur les pieds Londre , Et bien plus belle , en vérité , Qu'elle n'a point encor été.
Tout sera de Pierre & de Brique , Tant pour faire à tel Feu la nique
105 Que pour la pompe & pour l'éclat ,
Et c'est de quoi l'on fait état Dans une tres-ample Ordonnance , Où parêt beaucoup de prudance , Ainsi que beaucoup de bonté ,
110 De 1* Anglicane Majesté
Pour ses Peuples, dans leur desastre, Qu'on attribue à ce faux Astre , A ce grand Comète dernier , Dont l'Aspect flamboyant & fier
1 15 Lorgnoit plus qu'aucune autre Terre Tout le Canton de I'Angleterre.
Quoi qu'il en soit , je suis d'avis ( Et de bon cœur ceci je dis ) Que , pour r'édifier à l'aise
1 30 Cette Ville qu'on void en braise Et pour en mieux trouver les frais , L'Anglois fasse avec nous la Paix , Y compris , afin qu'on l'entende , Nos chers Alliez de Holande.
ia5 Mais , sur ce , j'entends certain bruit Qui , bonne foy, me réjouit; Oui , j'en tire un aimable augure Qu'on pourra cette Paix conclure Et que , cessans d'être Ennemis ,
130 Nous vivrons enfin bons Amis.
A regret je vais vous apprendre Qu'une Belle à rendre un Cœur ten- Fut-il Turc ou je ne sçai Qui [dre ,
t C'est la Duchesse de Créqui , .^ )e tant de doux Appas pourvue ), Est des Eaux tres-mal revenue , Avec ce Mal des plus malins Lequel déteint les plus beaux Teints.
Quelle funeste Compagnie !
140 A quoi, dites-moy, je vous prie , Pensiez-vous lors , beau petit Dieu , Qui la suiviez en chaque Lieu , D'avoir laissé libre passage A ce Mal sur son beau Visage ?
145 Ah! du moins , mon petit Amour, Si vous voulez plaire à la Cour , Prenez garde que rien ne reste De ce Mal cruel & funeste ; Défendez-en sur tout ses Yeux ,
150 Où vôtre Feu brilloit des mieux , En Ami , je vous le conseille , Comme aussi sa Bouche vermeille Et si petite que rien plus ; Enfin , sans discours superflus ,
155 Défendez-en tout son Visage , Ou l'on fera contre vous rage ,
la Petite Vérole
i83. — Du 17. Octobre 1666 (Robinet).
S'il lui manque un seul des Appas Qu'elle eut avant ce fâcheux cas , Et s'il faut que l'on dise d'Elle 160 Qu'auparavant Elle étoit Belle.
Mais partageons nôtre Soucy :
J'en dois une partie aussi Au beau Chevalier de Lorraine , Qu'on m'a dit être en même peine.
165 Ha 1 auelle Disgrâce pour Luy 1 Quel Déplaisir oc quel Ennuy, S'il faut qu'après sa Maladie On chante la Palinodie ,
Mouleur Et C\Ut l'APOLLON de la COUR ,
Benserade Qui donne aux Vers un si beau tour, En fesse en sa noble Ecriture Une moins flateuse Peinture I Mais si la chose arrive enfin , Plusieurs rendront grâce au Destin
175 D'une telle Métamorphose , Et vous en devinez la cause.
C'est qu'il faisoit trop de Jalous , Et que , tant Galans comme Epous, N'étoyent jamais en asseurance
180 Contre son aimable influance.
En foule viennent les Mal-heurs Et les tristes Sujets de Pleurs.
J'en vais dire un dont je frissonne :
C'est que Madame de Vivonne
185 A vu son beau Corps outragé Par son petit Chien enragé , Si que la belle Désolée Est à la Mer bien viste allée Pour y plonger tous ses Appas
190 Et se garentir d'un Trépas, Des Trépas le plus redoutable , Ainsi que le plus éfroyable.
Les Dieux l'en gardent par bonté Et veillent qu'en pleine Santé ,
195 Pour nous épargner bien des larmes, Ayant à nud montré ses Charmes Aux Néréides & Tritons , Promptement nous la revoyons !
L'autre Jour, nôtre belle Reyne , 200 Dans le Petit Parc de Vinçenne Ayant assamblé les Beadtez Qui sont toujours a ses cotez , Les fit danser sur les Fleurettes ,
pnisdtf
Madame la
Au Concert des douces Muzettes , 205 Et la charmante de Toussi ,
Déjà de maints Cœurs le Souci ,
De ses beaux Pieds fit des Merveffles6h*£lSi,a
Qui passèrent pour nompareilles.
Jugez ce que ne feront pas 210 Ses Yeux & ses autres Appas.
Hier, nos deux Porte-Couronnes, Qui sont d'admirables Personnes , Prirent ensemble le Chemin De leur Château de Saint-Germain , 215 Et Monsieur avecque Madame , Bien assortis de Corps & d'Ame , Vinrent ici dans leur Palais , Où bien-tôt les voir je m'en vais.
Un certain Collecteur de Taille,
220 Ayant Femme de belle taille Et de visage assez mignon , En étoit Jalous tout de bon , Comme un Gueux l'est de sa Besace, La suivant par tout à la trace.
225 Néantmoins I'Officier fiscal , Féru de cet Objet rural , • Lui poussant par ibis des Fleurettes, Fit tant dedans ses amourettes Qu'elle voulut bien 9 par pitié ,
230 De son mal prendre la moitié Et souffrir, en cette Avanture , Qu'ensemble ils en fissent la Cure.
Mais , désirans , d'un soin pareil , Poser le premier Appareil ,
235 D'un Onguent, non miton-mitaine, Ains excellent , chose certaine , Pour la Brûlure de l'Amour, Il se passa maint & maint jour Sans que Madame la Fortune
240 A leur dessein fut opportune ,
L'Epous, plus clair-voyant qu'ARGUs Avec tous ses cent yeux aigus , Empeschant , par sa Vigilance , Qu'ds entrassent en Conférance.
245 Mais enfin l'Officier fiscal ,
Ne pouvant plus souffrir son mal , Qu'un si long-temps rendoit extrê- S'avisa de ce Stratagème. [me ,
A minuit , l'Amoureux menteur
250 Va heurter chez le Collecteur Et finement luy fait entendre
Qu'un Tel a dessein de le prendre , Et ce Tel est l'un des Huissiers Chargez de faire Prisonniers
255 Ceux qu'on employé à la Collecte, A qui leur Race est fort suspecte.
Le pauvre Diable épouvante , Croyant que c'est la vérité .
Sans croupir au Lit davantage ,
260 Déniche vtste du Village ,
Un pied nud & l'autre chaussé , Et presqu'à demi trépassé , Tant il craint de jouer le rôle D'un Homme logé dans la Geôle.
365 Cependant , le Donneur d'avis Et la Collectrice , ravis De pouvoir commancer leur Cure , Y travaillent selon Nature , [mieux ; N'en doutez point, tout de leur
27c Mais , foin ! le Destin , envieux Des plaisirs naissans de ce Couple , Au doux Manège alors si souple , Ne les laisse guère durer, Et les en vient ainsi sevrer.
375 Le susdit Sergent de la Taille , Ayant toute nuit fait gogaille , S'avise , dans sa belle humeur ,
i83. — Du 17. Octobre 1666 (Robinet).
D'aller chercher le Collecteur, Deux heures avant que 1' Aurore
280 Eust fait le Point du Jour éclore , Afin de ne le manquer pas.
Il y va donc tout de ce pas , Et d'abord , avec sa Cohorte , Ayant mis bas la foible Porte ,
285 Tout de plein-pied s'avance au Lit Et du Vice-Epous se saisit.
Le Gaillard a beau se défendre Et lui faire le Cas entendre , Comme de Nuit tous Chats sont gris,
29a Pour Dupe à son tour il est pris , Et , sans qu'on lui fasse de grâce , Pour s'être ainsi mis en la place Du pauvre cornu Collecteur, Il faut que de belle hauteur
295 II paye ] dont bien on le raille ) Son Plaisir furtif & la Taille, A cet effet , il est , dit-on , Encor coffré dans la Prison , Où contre qui voudra je gage
300 Qu'il a bien changé de langage , Et qu'il n'y dit pas , comme nous ,
Que les Plaisirs dérobez sont bien dous.
Celui qui m'est permis , d'écrire à ma Princesse , Me comble tous les jours de gloire & de liesse.
J'ay fait cette Légende , en remuant les doigts , Justement au milieu du dixième des Mois.
bien est suppléé.
A Paris, Cher F» Mugit, ru* de la Harpe, aux trois Rois, Avec Privilège dm Ray.
(Bibliot. nit., Le», 22. Rés. — Biblioth. Mazarine, 296. A*. - — Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)
LA MUSE DE LA COUR
[Par PERDOU de SUBLIGNY.J
XXJI. SEMAINE.
Du vingt-uniesme Octobre 1666.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
Quand vous partistes de Vincennes
Pour retourner à Saint Germain ,
Mon cœur vous suivit en chemin.
Ne l'y vites-vous pas qui traversoit les plaines 5 Et oui passoit mesme avec vous
Le Èac que l'on passe à Chatous ?
Peut-estre , parmy le grand nombre
Qui vous suit ordinairement , Ne l'avez-vous pu voir assez distinctement , 10 Car , quand vous allez loin f il est mesme un peu sombre.
Quoy qu'il en soit , il vous suivit :
Plus d'une personne le vit.
Il est avecque vous encore ,
Et , si vous ne Yj trouvez pas 15 Dans quelque coin de vos appas
Ou dans vostre Esprit qu'il adore ,
Allez visiter un moment
Vostre Mareschalle fidelle ;
Elle l'aura certainement :
20 Lors qu'il n'est point chez vous , c'est qu'il est avec elle.
Que faites-vous à Saint Germain ?
Vous y voit-on aussi les armes à la main ? Sans doute „ car ce sont des charmes Pour vous tres-puissans que les Armes.
25 Mais qu'y disent les curieux ?
Y prise-t'on du Roy la tendresse Royale Du soin qu'elle a des mal-heureux , Comme on fait dans sa Capitale ?
Je voudrais, Prince, sur ma foy, 30 Que pour un jour ou deux vous fussiez invisible ,
Afin d'aller ainsi , s'il vous estoit possible , Dans les lieux differens où l'on parle du Roy ; Vous auriez le plaisir qu'au moins , sans complaisance ,
B C portent umpUmtnt XXI. Semaine. | ij A II est mesme cbes tous encore.
397 l84- — Do **• Octobre 1666 (Subughy.) 3ç8
On dirait son «vis mesme an vostrc présence. h Dés qu'on sceut par quelle bonté
Et de quelle tendre manière Il avoit fait agir sa libéralité Pour les Pestotrkz qui sont sur la Frontière ,
Vous croyez assez que Paris 40 Mit ce bon Roy sur le tapis.
Selon qu'on s'y trouva sensible ,
Chacun en dit son sentiment ,
Et c'est ce qu'estant invisible
Vous auriez appris plaisamment.
45 Hé ! que vous ririez , mon beau Pwwce ,
D'entendre ainsi louer le plus grand de nos Rois Ou par un Artisan, ou par un bon Bourgeois ,
Ou par un Noble de Province!
L'un dit : « quand il bstott petit,
$0 » Cb BON NATUREL FUT PREDIT ; »
L'autre : « il est, parbleu, grand Monarque ; »
L'autre dit : € en voila la marque ; »
Un autre boit à sa santé ,
Un autre jure une Mordienne 55 Qu'il a , jusqu'à la mort, une épée au costé
Pour le servir, quoy qu'il avienne ; Et , tout présentement , une fille des champs
Me demande , quand je le nomme ,
S'il est fait comme d'autres gens , 60 Ou s'il est un Géant, puisqu'il est si grand Homme.
Vous me direz que ces propos
Sont ridicules aux oreilles ;
Mais qu'heureux est un grand Héros . Quand il donne matière à des choses pareilles !
De quelque forme que chez soy, Pour ignorant qu'il soit , un peuple le figure , Il en a toujours fait assez bien la peinture
Quand il dit qu'il est un bon Roy.
Madame de Vivonne , à la fin arrivée , 70 Cher Dauphin , n'enragera pas ,
Et Monsieur son Mary, depuis qu'elle est lavée , Peut , sans estre mordu , visiter ses appas. C'eust esté vrayment grand dommage Que cette Dame eût eu la rage , 75 Car, comme on l'aime tendrement ,
Il est seur qu'en cette occurrence Elle eut 9 dans le mesme moment , Fait enrager toute la France.
Dites-luy, si vous la voyez , 80 Qu'elle vous conte la Nouvelle
39 A Vous ne doutez pas que Pasjs.
40 A Ne l'ait bien mis.
63 A Maie fceny toujours ue Héros.
68 A Qutndil croit 74 Que cette Belle.
399 l84- — Du 21. Octobre 1666 (Subugnt.) 400
Des Marchands Indiens noyez.
C'est au Vu qu'arriva cette affaire cruelle , Et , comme elle revient fraischement de nos Ports, Qui dans ceux du Vu mesme ont leurs correspondances , 85 Elle aura pu sçavoir toutes ses circonstances
Par les gens mesme de, dehors.
De mon costé, pour vous en dire Tout ce que j'en sçais à la fois , Voicy ce qu'on vient de m'écrire, 90 Du septième jour de ce mois.
Le Vu fut attaqué d'une tempeste horrible Et la Mer de long-temps n'y parut si terrible ; Le choc endommagea quantité de Vaisseaux , Sans parler de celuy de I'Inde Orientale 9* Qui , comme il abordoit , se mit en cent morceaux.
Dans cette bourasque fatale , De tous les passagers , Marchands ou Matelots , Qui dans ce Vaisseau se trouvèrent , La pluspart périt sous les flots , too Et vingt & deux seuls se sauvèrent.
Encore fallut-il qu'ils eussent le secours D'une Femme Indienne , à mon gré Femme forte ,
Qui nagea de si bonne sorte Que , seule , d'onze ou douze elle sauva les jours. 105 Ce ne seroit jamais Madame de Vivonne
Qui feroit un coup si nouveau , Car, qui crie au voleur quand on la met dans l'eau , Est bien loin d'en sauver personne.
A Propos d'eau , Dauphin , quand je songe à cela . 110 Celles de Bourbon sont plaisantes.
Quelles pestes d'eaux sont-ce là Qui ramènent îcy nos Beautez languissantes ? Mademoiselle d'Hoquincour En est revenue à la Cour 1 15 Mourir de petite Verollb ,
Et cela veut dire y laisser Un regret tel qu'on peut penser Et que rien du tout ne console.
Madame de Crequy souffre dans ses appas , 120 Depuis qu'elle en a beu , pareille maladie,
Hormis qu'elle n'en mourra pas , Ou la Mort seroit bien hardie.
Ce mal tient encor sans pitié Le beau Chevalier de Loraine , 125 Qui se verra réduit la semaine prochaine
A ne prendre plus que le quart ou moitié Des cœurs qu'il gagnoit à centaine.
Cette peste , en un mot , se craint pour les Beautez ,
109 A d'eaux. I 120 A A son retour aussi , pareille maladie.
1 19 A Souffre en sea doux appas. | 1 38 A Et l'on le craint enfin pour toute* les Beautés.
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