‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 100 sur 257 · Du 10. Octobre 1666 (RoBWiT · texte numérisé non relu

Du 10. Octobre 1666 (RoBWiT

95 Font chez-eux d'étranges ravages.

Elles rongent leurs Vers-Bocages , Grugent leurs Fruits & leurs Raisins, Et , comme Animaux tres-malins , .

Mangent même leur Bled en herbe,

100 Sans qu'elles sçachent le Proverbe.

On leur donne la chasse en vain , Le Fer & le Feu dans la main , Et Ton croid que, sans se méprendre, Elles renaissent de leur cendre ,

105 Tant on en revoid fourmiller Plus au'on n'en peut écheniller.

Or le Sénat, par sa prudence , Comme en Affaire d'importance , A fait chois d'un Provéditeur ,

1 10 Tout rempli de zélé & de cœur, Pour derechef donner la Chasse A cette Sautillante Race , Et , s'il n'en peut venir à bout, On est prest à croire par tout

1 15 Que ces Insectes enragées Ont dans l'Enfer esté forgées , Ou que ce sont les Otomans Qui par, quelques Enchantemens, Se sont déguisez de la sorte ,

120 Afin de mieux servir la Porte.

fttotre illustre Routier de Mer, Qu'on ne peut assez estimer, 'toraSti ^e Héros qui tant se renomme

Qu'on le con net sans qu'on le nomme,

125 De Diépe à Brest est allé , Et sa Flote, avant là mouillé, S'y trouve à 1 abri des Bourrasques , Des Esprits brouillons & fantasques Qui , troublans le calme des Flots ,

130 Déconcertent les Matelots.

Passant de Belle-Ilê en la Man-

fcHE

Un jour ouvrable ou de Dimanche , Ces Vents, contre lui mutinez, Firent écart , même à son nez , 135 De neuf de ses meilleurs Navires , Dont l'un, qui n'estoit pas des pires, Que Ton appelle le Rubi , Ayans leur Examen subi , *jj Tomba dans une Escadre Angloise, Btanc" Qu'il crût d'abord être Françoise , Le Pavillon , pour son mal-heur, Etant de semblable couleur.

Or , son généreux Capitaine N'eut pas vu son erreur à peine

145 Que , pestant , sans être ébahi , Contre le Sort qui l'a trahi , Il se met dedans la posture De signaler son Avanture Et , s'atachant à 1' Amiral ,

150 Montre un Courage sans égal Et qui , charmant l'Ennemi même , Fait que , dans sa disgrâce extrême , Il épargne un si grand Guerrier Et ne le veut que Prisonnier ,

155 Comme il le fait tout à son aise , Contre un Navire en ayant seize.

Les Aholois & les Holandoib Se $ont batus une autre fois (Je vous le di sans menterie) ,

160 Avec la dernière furie.

Jamais on ne veid un tel jeu , Tant par le Fer que par le Feu.

Leurs pauvres Flotes , désolées , Ont été toutes mutilées ,

165 Et leurs grands débris engloutis Dans les Flots profonds de Thétis.

Je vous voi , Lecteur, ert cervelle, Du débit de cette Nouvelle Qu'aucun n'aura dite avant Moy ;

170 Elle est pourtant digne de foy.

Mais cette Bataille si grande S'est donnée en l'Air vers Ostende :

Ce n'est rien qu'une Vision»

Où paroissoit même un Lion ,

175 Qui , tenant demi-quart de Lieue , Se batoit les Flancs de sa Queue Afin d'exciter son courroux Et d'en porter les plus grands coups Vous jugez bien ce qu'on augure

180 De ce beau Combat en figure

Qui, peut-estre, est un conte en l'air; Mais , Lecteur bénévole A cher, Pour moy, j'aime mieux en prédire Que le ressentiment & Tire

185 De ces chauds Combatans de Mer Se seront dissipez en l'Air , Et qu'en bref la noble Concorde Bannira toute leur Discorde.

Le Roy Breton mande aux Estats

190 Que son Cœur n'y répugne pas.

Et j'ay lu moy-meme la Lettre Qu'il leur a fait sur ce transmettre , Ecrite en Latin aussi bon

Le Sieur de le Roche

3j3 181. — Du 10. Octobre 1666 (Robimbt).

Que de feu Maître Cisbron.

195 L'autre Jour, nôtre digne Auguste , Que de chérir il est si juste .

Etant par divertissement Venu voir son beau Bâtiment , Fut en r Hôtel , je vous assure , rm De la belle Manufacture [François .

q^^îtx Des Points de France ou Points Qu'il admira plus de dix fois , Efaçans, soit dit sans louanges , Les plus beaux des Pays étranges.

2o$ Ce URAND Sire en fit des Présens A plusieurs de ses Courtisans , Et fit là provision grande Des Glands de façon de Holande , De la Manufacture aussi

RnrHôpi-Par son ordre établie Ici.

m&£ P^ là» scs Su)ets inutiles Ftanfcoo* Sont rendus Ouvriers habiles ; Par là , l'on leur donne moyen De pouvoir subsister fort bien

215 Et , pour un troisième Avantage D'un Etablissement si sage , Par là , Ton aura tout chez soy , Grâce à notre providant Roy, Mais , grâce encore à ce rare Homme

220 Qui , d'ici cette jusqu'à Rome , Ni même ailleurs sous le Soleil , Ne sçauroit avoir son Pareil :

On entend bien que je veux dire , Sans qu'il soit besoin de l'écrire ,

225 Ce célèbre Monsieur Colbbrt Qui la Majesté si bien sert.

De Sérj , Comte jeune & brave , Ayant plus d'effet que de bave , Comme , parmi les Alemans , sa ia II le fit voir aux Otomans , ^«T &* Avec le Chevalier , son Frère , God»rt Depuis Dimanche est dans la Bière. M'estant bien informé du Mal Qui causa son Trépas fatal , 235 J'ay sceu que des Chaleurs au Foye De la Mort l'avoyent fiait la Proye , Ayans ce Viscère allumé Et totalement consumé ; D'où ie pourrais, sans nul sophisme, 240 Conclure, par bon Syllogisme, Qu'il n'est mort que de trop de Feu Et faute d'avoir trouvé lieu

De l'exhaler avecque gloire

Dans le beau Champ de la Victoire.

a45 Un Homme de bonne Maison ,

Ayant deux Filles en saison De pouvoir goûter les Délices Qu avec les Dinvz propices On goûte après que bien a point

a$0A la Femme I'Homme est conjoint, Dans Tordre , avoit pourvu l'AhréB La première par I'Hyménée , Et , comme il le croyoit, fort bien , L'Épous ayant beaucoup de Bien.

255 Mais la principale Monoye Qui devoit produire sa ioye Ne se rencontrent pas de poids , Elle en tomba presqu'aux abois , Et de langueur & de tristesse

a6o Exhalant des soupirs sans cesse , Faute d'avoir dans son Tourment Le plus petit allégement , Si qu'il fallut, en fin finale , Rompre I'Union conjugale

26} Et la séparer, un beau Jour, De son faux Monnoyeur d'AMOUR.

Or, dit le Conte , sa Cadette , Un peu plus fine & plus adrette , Désirant jouer à jeu seur

27o Et se sauver d'un tel mal-heur.

Comme un honnête Personnage La recherchoit en Mariage , Elle en fit l'Essay, par plaisir.

Et , lui , contenta son désir,

375 Aussi par plaisir, je vous jure , Et vous lui remplit sa Ceinture.

Mais , helas 1 ce fut à son Dam , Car, au bout des trois quarts d'un N'ayant pas la force de rendre [An ,

280 Ce qu'elle avoit sceu si bien prendre, Elle en trépassa de douleur Et, par cet étrange mal-heur, A son Enfant , au Cimetière , Servit elle-même de Biejle.

285 Mais sur deux Sœurs , en vérité , C'est bien de la fatalité ; Toutes deux sont bien mal menées De nos Dames les Destinées.

Le Père aussi ne l'est pas moins ,

190 Qui se void , malgré tous ses soins , Si mal-heureux en chois de Gendre (Ah 1 c'en est assez pour se pendre j

ijb 181. — Du 10. Octobre 1666 (Robinet). 376

Que l'un fiait sa Femme jûner, N'ayant pas dequoi lui donner, Et que 1 autre , tout au contraire ,

395 ea que

Fait à la sienne trop grand'chère , En lui fourrant de tels Morceaux Qu'ils l'étouffent, étans trop gros.

Mais nôtre Lettre est plus que

[pleine ; 300 Sus ! barrons vite nôtre Veine.

Elle est du neufiéme October , Proche Parent de Décembbr.

4 Paru, Ck*i F. Mmgutt, méâela Harpe, aux Trois Rois. Avec PrMligt du Ap.

(Biblîoth. lut., Le», ss. Rés. — Biblioth. Mazarine . 296. À». — Bîblioth. de l'Arsenal» B. L. 1180a,)

LA MUSE DE LA COUR

[Par PERDOU de SUBLIGNY.]

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