Du 2. Décembre 1 666 Subligmy
Ils ont fait cessation d'armes ,
Aussi bien que les Suédois , En suitte d'un combat qui se fit l'autre mois , Où le Palatin eut de cruelles allarmes.
Nous n'avons parlé que fort peu,
Jusques icy, de cette guerre Que nous n'estimions pas des grandes de la terre ;
Mais , mon Prince , ce n'est pas jeu ,
Et , lors que vous sçaurez l'histoire
De ce combat que je vous dy, Vous trouverez que c'est le coup le plus hardy Qui se soit de long-temps trouvé sur mon mémoire.
L'Electeur Palatin voulant , le mois passé , Assiéger un Chasteau de l'Evesque de Spire , Par deux Princes Lorrains fut soudain repoussé ; Mais ce n'est pas encor ce que je vous veux dire. Ces Princes , dés le mesme jour Luy voulant rendre le retour, Commandèrent un gentil-homme , Qui Monsieur de Salin se nomme , Pour en investir un de ce mesme Electeur ; Ce gentilhomme fit ce qu'il crût nécessaire
Pour cette entreprise d'honneur, Et c est là le récit que je prétens vous faire.
Quand , l'ayant investy, ce brave se fut mis
Entre le camp des ennemis
Et le chemin creux du village ,
Comme il observoit leurs desseins Pendant que le Chasteau , pris avec avantage ,
S'attaqueroit par les Lorrains , Cent-cinquante Dragons de l'armée ennemie
Et cent Mousquetaires encor, Commandez par Chauvet, leur gênerai Major, Vinrent fondre sur luy, tous remplis de furie ;
L'Electeur mesme s'avança ,
Suivy d'un nombre de Noblesse
Qui fit aue Salin rebroussa : Il pouvoit reculer sans honte & sans fbiblesse ,
N'ayant alors pour tout appuy,
Que quarante hommes avec luy;
Mais pourtant ce fut par addresse :
Il recula pour mieux sauter ; ,
Ce ne fut que pour se poster
Dans le chemin creux du village , *
Où , tout à coup tournant visage
Et chargeant ses fiers Ennemis ,
Il eut pour luy tout l'avantage
Que I'Electeur s'estoit promis.
85 A Vous a-t'on raconté l'histoire.
87 A C'est bien le coup le plus hardy. 91 A Par le» Lorains Ait repoussé.
La
93 A Les Lorrains.
115 A Qui tout d'abord le repoussa
1 14 jî Salin put reculer.
5n ' 196. — Du a. Décembre 1666 (Subughy). 5aa
125 II deffit à plane couture
Et ses Gardes & ses Dragons , Ses Braves & ses Escadrons.
Deux Comtes ont pery mesme dans l'avanture , Dont l'un Anglois , l'autre Allemant , mo Combattaient , dit-on, vaillamment.
Chauvet, General de l'armée »
Qui peu de jours devant , au quartier de Zeskain , Avoit fait tout trembler sous les coups de sa main , A la victoire accoustumée , 135 Y receut un coup dans le bras
Qui pourra bien aussi luy causer le trépas. Et , cette victoire gaignée , Salin revint vers le Chasteau , Où l'attaque par luy fut encore donnée 140 Et luy fit un sujet de Triomphe nouveau.
Le prétexte du Roy de France , Qui demanda la surseance Entre Messieurs les Electeurs , Tandis qu'on agiroit par ses Ambassadeurs , 145 Au Palatin fut favorable.
S'il ne s'en fut servy comme il fit sur le champ , Le brave de Salin , fier d'un succez semblable . L'auroit esté forcer au milieu de son camp.
C'en est là-dessus assez dire ; 150 Discourons des autres aussi.
Tous les Electeurs de I'Empire Ne se querellent pas ainsi, Et , tandis que l'un veut combattre .
L'autre ne cherche qu'à s'ébatre.
155 Je vous dis , je croy, l'autre fois ,
Ce qu'on fit chez Je Roy Danois Durant la pompeuse journée Que le Prince de Saxe en épousa l'aisnée. On a recommencé , dit-on , sur nouveaux frais 160 Et Ion y fait une dépence
Plus somptueuse que jamais Pour conduire ce Prince avec magnificence. Il s'embarqua , le dernier mois , Avec son aimable Compagne , 165 Pour retourner en Allemagne ,
Et l'on dit qu'elle a bien regretté les Danois. Mais ce n'est pas estre avisée :
Je ne pleureray nullement , Si jamais je suis Epousée , 170 Lorsque l'on me fera mettre la voile au vent.
L'Impératrice enfin , malgré le sort contraire , Arrivera bien-tost au Siège Impérial.
. Que Dieu la préserve de mal !
167-170 Ces quatre vers sont supprimés dans BC. | 1 73 A Hé I que Dieu la garde de mal.
5a3 196. — Du a. Décembre 1666 (Sumjgny). 524
Après un an , mon Prince, il est temps de le faire.
175 Le General de 1' Archipel ,
Qui croise la Mer pour Venise ,
A fait une fort belle prise
Dessus son Ennemy mortel.
Par une action tres-hardie , iSo II a pris sept grands Bastimens,
De douze que les Ottomans
Pretendoient passer en Candis ,
Et , pour des Exploits si nouveaux
Il n'avoit rien que huit vaisseaux.
185 Mais sans raison , Dauphin aimable *
J'appelle nouveaux ces Explois ;
A peine ay-je conté six mois
Depuis qu'il en fit un semblable.
Si l'on en croit le grand Vism , 190 Nous verrons la prochaine année
Messieurs les Candiots soumis à la Canée ; Mais tel n'est pas nostre plaisir, Et je croy plutost , au contraire , Que , si tous les apprests nouveaux 195 Qu'à ce dessein l'on pourra faire
N'y peuvent mieux passer que les douze Vaisseaux , On pourra voir la mesme année Les Candiots dans la Can£e.
Ouy, si les Turcs font de grands frais ' joo Pour entreprendre la Candie ,
Venise , quoy que l'on en die , Seca pour lors aussi plus forte que jamais. L'amour aue chacun porte à cette Republique
Et les prodigues traittemens v
205 Dont son noble Sénat se picque
Envers ses généreux Amans
ICar Venise en cela n'eut jamais de seconde) -uy respond au besoin du bras de tout le monde.
Le Duc de Saint-Aignan est , dit-on , de retour a 10 Pour passer l'Hyver à la Cour ;
La Cour en est donc bien contente , Car Saint-Aignan est son Amour.
En le voyant au premier jour, Dites-luy que je suis sa tres-humble servante.
215 A Loches , aussi bien qu'à Tours ,
On fait encore tous les jours
Pour son fils des Pompes funèbres.
Ah! bon Dieu , que jel'ay chery,
Ce jeune Héros de oery, aïo Qui devoit égaler bien-tost les plus célèbres I
5*5 196. — Du a. Décembre 1666 (Subligny). 5*6
N'en dites rien au Duc, qui l'aimoit tendrement ,
Ou dites , au mesme moment ,
Que , dans Loches , un Barnabite Y fit une Oraison pour cet Illustre Mort , 225 Qui réppndoit si bien à son rare mérite.
Que cela puisse au moins le résoudre à son sort I
Quand nous parlons de ce bon Père ,
Il me souvient , à ce propos ,
Qu'icy le Reugionnaire ajo A furieusement un Barnabite à dos.
On dit que Don Thomas du Chesne ,
Le Supérieur de Paris ,
Ne leur en a seulement pris
Que deux la dernière semaine.
235 J* n'auray pas le démenty
De ma dernière Prophétie ,
Et , devant que finit sa vie , Ce Dom Thomas sans doute aura tout converty.
Adieu; j'ay si mal à la teste 240 Que je ne sçais où me tourner
Et que le mal icy m'arreste.
On ordonne de me saigner,
Mais je suis peu pour la saignée ;
J'ayme mieux prendre du Kavé , 245 Qui guérit en moins d'un Ave ,
Quand le reste ne peut guérir en une année.
Ce mot de Kavé vous surprend :
C'est une liqueur Arabesque ,
Ou bien , si vous voulez , Turquesque , 250 Que dans le Levant chacun prend ;
On s'en sert en Affrique , on s'en sert en Asie ,
Elle a passé dans I'Italib ,
En Hollande & chez les Anolois ,
Où l'on la trouve fort utile ; 255 ' Et des Arméniens , qui sont en cette ville ,
L'apportent encore aux François.
Sa vertu n'a point de pareille ,
Tout le monde s'en apperçoit , Et sur tout pour la femme elle opère merveille
Quand c'est le mary qui le boit.
de SUBLIGNY.
A Paris , Cher Alexandre Lesselin , au coin de lame Dauphin* , devant le Pont-neuf. Avec Privilège du Roy.
Lu signature de Fauteur et V adresse du libraire ne se trouvent que dans A. — BC placent ici la date
240 A Que je ne sçay pas où tourner.
{A La Muse de Cour 1666 (voy. tome I , col. 909) , pp. 221-328. B La Muse Daupbine 1667 — 252-261.
C La Muse Daupbine 1668 — 252-261.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Cnaklis ROBINET]
Du 5. Décembre 1666.
ie
Beau Pôle que toujours regarde ma Clion , Lors qu'elle r'entre en sa Carrière , Astre de sa Protection Doqt elle adore la Lumière , Illustre Composé du cher Sang de nos Dieux , Dont le Nom triomphant . dont le Nom glorieux Guide en cent & cent lieux mes Historiques Rimes ; Grande Altesse , si digne & d'Hommage & d'Amour, Par bonté daignez voir si celles de ce Jour Passeront à la Montre ainsi que légitimes.
Il faut que je dise, parbleu, Tout en fin & beau premier lieu , Ouy, les Nouvelles de I'Ecole, Et , sans que je fiche la Cole ,
15 C'est de Celle des Médecins, Les Bien-Aimez des Gens mal-sains.
Jeudy donc , & sans parentése , On y soûtenoit une Thèse , Dont le Sujet est curieux ,
10 A sçavoir : qui l'on conêt mieux , D'une Vierge ou Femelle enceinte?
Question qui n'est pas succinte , Et sur qui le Raisonnement Rencontre à s'étendre amplement.
25 J*ay vu le Plan de ce Problême , Tant en Latin comme en Grec même, Proposé par le Sieur Guérin , Et je l'ay lu sans nul chagrin , Contenant mainte belle chose,
yo Qu'ici pourtant dire je n'ose , Quoy que tout soit , il est certain , L'Ouvrage d'un Ouvrier Divin , Ou de l'admirable Nature , Qui de Luy prend sa Tablature.
35 On y montre , dans le Début , Quel de Celle-cy fut le But , Rendant la Femme si charmante , Si mignonne & si ravissante , Et l'on dit que ce fut exprés Pour inspirer par ses Attirais
A I'Homme cette ardeur féconde Par qui se conserve le Monde.
On dit qu'aussi , de son côté , Elle a le cœur fort emporté
45 Dans ce Dessein de la Nature , Et de là l'on ose conclure Qu'il n'est pas de Vierges beaucoup, Et qu'à grand'peine, encor un coup, On en trouveroit Onze mille
50 Comme Celles de l'ancien stile , C'est-à-dire Vierges de cœur, [teur.
Car, c'est comme on l'eptend , Lec-
De là l'on passe sur les Signes Ausquels les Médecins insignes ,
55 Les peuvent conêtre aisément , Mais on n'en convient nulement , Pource que souvent la Nature Rend ces Signes pleins d'imposture.
En suite on examine aussi ,
60 Ce qu'il faut que j'ajoute Ici Sans le moindre terme qui blesse , Toutes les Marques de Grossesse , Et , comme la Nature à lors Se peint mieux dedans les Dehors.
65 Le Proposant croid bien conclure :
Que la Grossesse est moins obscure Que non pas la Virginité , Et c'est , je croy, la Vérité.
Ainsi le gaillard Diogéne
70 Reconût . sans aucune peine ,
5 aç
*97* — Du S- Décembre 1666 (Robinet).
Qu'une Fille depuis un jour S'estoit jouée avec I'Amour , Et que , dans icelle Avanture t Elle avoit rempli sa Ceinture.
75 Au reste, j'estois invité (Honneur par moy non mérité) De me trouver dans la Carrière Où s'agitoit cette Matière ; Mais je ne le pus nulement
80 Et j'en fus triste étrangement , Car, en un mot , grande Princesse , ^flST Lc Médecin de Vôtre Altesse prafc* Etoit là , de belle hauteur, de Le tres-digne Modérateur.
Mais passons aux autres Nouvelles Qui repaissent maintes Cervelles.
A la fin , un beau Compromis Desarme ces deux Ennemis Qui se batoyent à toute outrance ,
90 Monsieur IIElbctecr de Mayance Et son Voisin , le Palatin , Chacun , bonne foy, tres-mutin.
Sur le déclin de leurs vacarmes , Jettans tout le Feu de leurs Armes ,
95 Le dernier, certe Homme d'effet , Vinst , tout franc , planter le Piquet Vers un Château de sa Partie , Mais , par une contre-partie, Le preux Prince de Vaudem on ,
1 00 Qui fait en Guerre le Demoh , Et le Comte de Lilebonnb , Qu'anime aussi des mieux Belîonne, Furent le luy faire lever, Ce qu'il fit sans beaucoup rêver.
105 Ces Princes , excellens Papistes , Alors marchèrent sur ses pistes , Et quoy qu'ils le veissent posté Dedans un Lieu de seureté , D'accez terrible & difficile ,
no Echauffez d'une noble Bile , Ils IV voulurent relancer, Et c est-à-dire l'agacer.
Pour l'engager à quelque chose , Sentant le Laurier , non la Rose.
115 Ayans donc reconû les Lieux Et pris leurs mesures des mieux , Ils entrèrent dans un Village , Où , se trouvant à leur passage Un Château d'où l'on les morguoit
1 30 Et les montrait du bout du doigt , Salin , des plus grands Militaires ,
Qui commandoit les Mousquetaires De la Garde du Duc Lorrain , L'alla faire bloquer soudain.
125 Ensuite , avec quarante Gardes , Qui n'estoyent point Ames couardes.
Il s'avança dans un chemin Où ne crût jamais le Jasmin , * Ni le Thin , ni la Marjolaine *
130 C'estoit une petite Plaine
Qu'une Vigne & certain Lieu creux Bornoit d'un air assez affreux Pour qui n'eust point eu de Courage.
Etant entre ledit Village
135 Et le Camp des Gens Palatins , De cette Plaine très-prochains , Il n'eut pas fait là sa Demeure Environ , je croy, demie-heure , Tandis que les Princes d'ailleurs
140 Faisoyent avancer tous les Leurs Pour du Château l'Ataaue faire , Qu'il se veid assailli belle erre Par deux très-nombreux Escadrons, Cent cinquante horrible Dragons
145 Et deux fois trente Mousquetaires , Gens bien-fais & non chétifo Hères, Et tous conduis en cet Essor Par le Général & Major De cette Palatine Armée ,
150 Qui se veid bien-tôt animée Par son Prince , des plus vaillans , Et suivi des plus braves Gens.
Saun , poussé par ces Cohortes Et si nombreuses & si fortes ,
155 Sans être soutenu d'aucun ,
Sinon de son Cœur non commun , Fit en se bâtant sa retraite , D'une assez diligente traite , Jusques vers ledit Chemin creux
160 Ayant , dans ce pas hazardeux , Eu de ses Gens demi-Douzaine Occis , blessez , ou hors d'haleine , Certe pour Luy très-mauvais Jeu , En ayant de reste si peu.
165 Alors les Palatins , sans doute , Croyans qu'il poursuivrait sa route, Allèrent sur Luy d'un pas prompt ; Mais ce Brave, leur faisant Front, Les receut de la belle sorte ,
170 Et l'escarmouche fut tres-forte.
Il y demeura plusieurs Gens De ces Messieurs les Assaillans , Et , voire , encore tous de marque , Entre lesquels on nous remarque ,
le Sieur Ghaaret