APOSTILLE
Je donne Avis que chez Ribou , 275Qui demeure vous voyez où ,
An Pliais, ris-à-ria la sainte Chapelle, et a rimafe Saint Louis
On débite le Licantrope , Non , c'est l'amoureux Misantrope , Lequel fronde si bien les Gens Sur les honteux Vices du Temps , 280 Qu'il n'est point d'Ecole de Sage Où l'on profite davantage Que dans son merveilleux Chagrin ,
De fine Morale tout plein ,
Et , si sur la Scène on l'admire ,
385 II n'est pas moins charmant à lire. Le Médecin fait malgré luy, L'un des habiles d'aujourd'huy, Notamment pour le Mal de Rate, Qu'il guérit mieux qu'un Hypocrate
390 Avec son admirable Jeu ,
Se trouve encor au même Lieu , Et l'on conêt par sa Lecture Que dans tout Genre d'Ecriture , Molière , de tous deux l'Autheur,
395 Est un admirable Docteur.
A Psris , Cher F. Muguet, rut de la Harpe, aux Trou Rois, Ame
du Roy.
(Biblioth. nat., Le3, 23. Rés. — Biblioth. Maiarine. 396. A3.
— Biblioth. de l'Amenai , B. L. 11802.
— Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)
6oi
LETTRE EN VERS A MADAME
Du 9. Janvier 1667.
Madame , avec plaisir j'ay sceu que Vôtre Altesse Avoit repris son rang au Balet des neuf Sœurs Et qu'avecque des Pas triomphans & vainqueurs D'autour de vous enfin vous chassiez la Triste O que vous faites bien de la licencier
Et de ne pas l'associer
Avec vos Appas davantage !
Qu'elle s'en aille ailleurs faire société
Et qu'en vôtre florissant âge Vôtre grand Cœur jamais n'en soit inquiété I
Ce n'est pas un Poste pour Elle Et , si je l'y revoy » je luy feray querelle.
Mais, pour revenir au Balet, Le Tour galant assez me plaît
15 De nôtre nouvelle Héroïne , Qui , survenant à la sourdine , Comme on dançoit ledit Balet , Fit défiler le Chapelet Et cesser toutes les Entrées
*> Qu'on avoit si bien préparées , Afin qu'on l'allftt recevoir Ainsi qu'il étoit du devoir.
' C'est ce qu'on fit aussi , je pense , Avec beaucoup de diligence
*5 Et non moins d'exultation.
Mais , pour en faire mention Dans un stile plus historique , Au Lecteur ainsi je m'explique.
Dimanche , second jour de I'An , 50 Apres quelque amoureux Elan , C est à dire douce Tranchée , La Reyne se veid accouchée Presque* dedans un tourne-main Et par un tres-heureux Destin , TjM*2J"dê D'une gracieuse Princesse , Franœ] Qui remplit la Cour de liesse.
Il faisoit , certes , beau la voir ; Et, comme Elle naquit le soir, On eût dit , aux douces lumières
40 Quepoussoyent ses tendres paupières Et mêmes à son air riant , Que c'estoit un Astre Oriant Qui venoit , dans la Nuit obscure , Rendre le Jour à la Nature.
45 C'estoit une Grâce du moins (Au rapport de plusieurs Témoins) Qui découvrait , dés sa Naissance .
Qu'EUe établirait sa Puissance Dessus les plus Illustres Cœurs
5° Par ses Charmes déjà vainqueurs ; Si bien que la divine Reyne Ne pouvoit faire aucune Etreine Plus agréable à nôtre Rot ( Et l'on en peut jurer sa foy )
55 Que d'une si charmante Fille , Où déjà tant de beauté brille , Après avoir ses Vœux remplis Par le plus beau de tous les Fils.
Or, toutes choses préparées ,
60 Comme on commançoit les Entrées Du Balet des Sœurs d'ApoLLON , Où l'on oid maint bon Violon %
La Belle rompit la Et voulut faire sa Sortie
65 Tellement que son cher Papa , L'ayant appris , laissa tout là Et courut avecque alaigresse Pour luy témoigner sa tendresse , Dont , par de! beaux petits Ou-ais ,
70 Sans se mettre autrement en frais , Elle rendit grâce au grand Sire , Et c'est tout ce que j en puis dire.
Sans attendre le lendemain , On en fit par tout Saikt Germain »
75 Dés le soir, de beaux Feux de Joyc , Dont beaucoup de bois fut la projt , Et des mieux aussi l'on sonna »
Ou plutôt l'on carillonna.
Le jour d'après, Princes, Prince*»
80 Grandes & petites Altesses , [sna % Et tous les Gens de qualité A la suprême Majesté , Ayant bien affilé leurs langues »
Sur ce point firent des Harangue*.
*5 Divers Ambassadeurs depuis t Comme en leur Devoir bien instruits, Ont été sur le pareil Thème Complimenter le Roy de même.
Nos Magistrat* ont pria aussi ,
9° A ïaavi , semblable souci »
Ex dans nôtfc Parmi , si nette* Avecque grand bruit d'Escopette Et Tintamarre de Canon , Qui parte un peu d'un plus haut ton,
$5 Bref, par des Feux & des Lanternes, Taftt suprêmes que subalternes , On a fait la solemuit* D* l'illustre Nativité, Laquelle s'en v* , d'asatwance %
100 Mettre par tout eu Feu ta F
ao5. — Du 9. Janvier 1667 (Robinet).
Mercredi t le cas est certain , Le Bakt fut cta mieux son Train , rJtti* Mélangé d'une Pastoral* cMtft»] Qu'on dit tout à fait joviafe 105 Et par Mouérb faite exprès., Avecque beaucoup de pxogrfc.
Esta»! aUé voir* ce jour même , Nôtre Grato poajs^DiAo&i» t Je jus vrayment sollicité 1 10 Par «ne obligeante BsAvtf
98 D* Qf*e Niftfrité.
De demeurer à ce Spectacle ;
Mais, par un mal-heureux Obstacle,
Ayant des Affaires Ici ,
Il m'en fallut sevrer ainsi.
1 15 Mais j'appris de la même Belle ,
Comme un Ange spirituelle ,
Que l'excellente d'ÊunicouRT,
L'un des beaux Astres de la Cour,
Dedans ce Balet escarpine 1 90 D'une manière tres-poupine.
Du mois courant le Jour premier, Le sçavant Abbjé le Tellier , Faisant son Essay de la Chaire Dessus l'adorable Mystère
»t5 Qu'on solamnise en ce jour-là , Montra les beaux Talens qu'il a Dans la pieux Art Oratoire , Et t se couvrant à lors de Gloire , Fît d'uoâ foule d'Auditeurs
U»Ui* foule d'Admirateurs , [ces , Doitt u'estjoyent aucunes Gens min- Mats* avecque nos premiers Princes, Força Préi^t* & Ddcs-&-Pairs , Et des Prédicateurs experts ,
135 Qui furent ravis en extaze
De son Sermon rempli d'emfaze , De maints Passages excellens , Et de vrais , non de faux Krillans ; D'où je puis tirer ce Présage ,
140 Qu'étant d'ailleurs tout-Mait sage , On en peut faire un grand Prélat, Pour servir l'Eau** « I'Estat.
Je ne pus en mon autre Epître Inaérer un fort beau Chapitre ;
145 Mais » mon cher Lecteur, le voici Et vous pourrez le lire Ici.
Le charmant Pwum de France , Nommé Mesura* pav excellence , Qui remplit l'un des premiers Rangs,
i5oTinst l'autre jour, à Saint Laurens, Un Juif sur les Fonts de Batême Et , par un Bon-heur tout extrême , Le nomma Phiupfç- Louis.
Mais ce plus fortuné des Juife,
155 Avec Parrain de telle gama • Eut , pour sa Marraine » une Dame Dont à la Gant on fait grand cas Pour se* Vertus & wa Appas 1 C'est la Dvchbkk <fe Nfttkm»
2o5. — • Du 9« Janvier 1667 (Rownit).
>*> Qui , ce dk-ron » jamais ne piaille, Et de chacun gaigne le cœur Par une attrayante douceur.
Mais poursuivons nôtre Carrière Par quelque Nouvelle étrangère ,
>65 Pour satisfaire à maintes Gens Qui de parqils Mets sont frians.
Le Mo6Govrni » enfin finale , Estant d'humeur moins martiale , Préfère à tous douteux Explois >7<> La Paix avec le Polonois ; Et l'Affaire s'est consommée , A ce que dit la Renommée , Par un fort ample & beau Trait* , Qu'on a meurement concerté.
175 L'Exerotb dé la Pologne , Lassé de Guerrière Besogne , A pris ses Quartiers doucement Pour v vivre tranquilement.
Attendant, sans que rien l'inquiète ,
» 9o Son Payement après la Dofcn.
S'il a cette constance-là , O Dieux, quel changement voilà 1
Mais cette Dibte, peu docile , Des Diéteurs échauffe la Bile :
185 Et , par un excez de chaleur.
Leur cause un Esprit querelleur, Qui pensa , comme on me l'assure , N'aguére en faire la rupture Et mit que l'on en craint encor,
«9° A la fin , un fâcheux Transport.
De I'Imperatricb I'Entree Fut d'une si longue durée Qu'à grand peine la pût-on voir Terminer du matin au soir,
> 95 Tant, en équipage fort riche ( Car, là , Personne ne fut chiche ) , Il s'y rencontra des Seigneurs Pour luy rendre de pleins honneurs.
Tout ce que I'Inoe Orientale
200 Dessus ses Bords pompeux étale Relevoit de sa Majesté La jeune & la fiére beauté , Sur une Machine roulante , De Plaques d'Or toute éclatante.
305 L'Empereur , environ deux pas ,
Marchoit devant ses doux Appas ,
Monté, certes, à l'avantage
Dedans un superbe équipage,
Et, pour tout vous dire ep deux mots, a 10 Ce Couple , aux Augustins D£ghaus
Receut d'une Main Cardinale u
La BBNiucnoN Nuptiale ; SâmSL
Puis il fut conduit au Festin ,
Et , par un amoureux Destin , 315 De là , dans le Lrr d'HymÎn4e ,
Pour travailler à leur Lhin*e.
Sus achevons, & prestement,
Par un gaillard Evénement.