L'HERMITE
Un de ces vagabonds Hermites
220 Qui font si bien les Chatemite* Et passent l'Espiègle en bons tours, Estant venu les derniers jours Prés cette Ville , en un Village Où l'on festoit le Patronage ,
2*5 Et sçachant que chez le Curé Tout étoit dea mieux préparé Pour traiter bonne Compagnie , Au bout de la Cérémonie , Se propose très-bien & beau
230 De prendre sa part au Cadeau Et d'en tirer ou Pied ou Aile Par une ruse assez nouvelle.
Chacun étant lors au Sermon Que faisoit donc du Saint Patron
335 Un Coroeuer ambulatoire, Qu'admiroit son bel Auditoire , Celuy-ci va chez le Pasteur En guise du Prédicateur, Et dit au Valet qu'il rencontre
mo Que tout à l'instant il luy montre L'endroit où Monsieur le Curé Loge son Cidre & son Poiré ; Pour rafraîchir un peu sa langue Toute sèche de sa Harangue.
345 Le Valet , sotement séduit , Prend un grand Pot ; il le conduit.
Luy, qui de saints Propos le berce , Ayant tasté du Cidre en Perce , Dit qu'on voit bien à la Couleur
*5° Que ce n'est pas là le meilleur, Et , pour exécuter sa pièce , Il vous en perce une autre Pièce.
io5. — Du 9, Janvier 1667 (Robdist).
Mais , si-tôt qu'il en a goûté , Faisant cncor le dégoûté ,
*55 Branle la Teste , crache , tousse Et luy fait mettre au trou le poulce , Tandis que , d'une habile main , Il perce te Tonneau voisin Et vous en tire Tasse pleine ,
360 Dont il rafraîchit sa Bedaine.
En suite , tenant le Foret :
c Ah 1 je n'ay point fait de fosset , » Ce dit le franc Fourbe d'Hermite ; « Mettez-là l'autre poulce vite ,
a65 » Et j'en vais faire promtement. » Mais , au lieu de ce , prestement Il emporte le Poulet d'Inde Qu'on destinoit à faire Blinde , Avec l'Eclanche » l'Aloyau
*7<> Et mêmes iusques au Gâteau , Sans rien laisser pour le Convive.
Alors le vray Prescheur arrive , Qui fortement entend crier
Le Valet du fends du
*75 II y court & le pauvre Hère , Ne démêlant pas le bon Père D'avec celuy qui l'a duppé, Pour être trop préoccupé v L'apostrophe avec mainte injure.
380 L'autre , le voyant en posture Fort plaisante à s'imaginer, N'a pas de peine à deviner Que c'est le Tour d'un faux Hermite Et luy fait des Fossets bien vîte ,
**5 Tandis aue le pauvre Garçon Luy dit la Pièce tout du long.
Là- dessus , la Grand'Messe dite , Le Curé s'en revient au Gîte , Avec ceux qu'il a semonnez ,
*9° Lesquels sont tous moult étonnez De voir, par le Fil de l'Histoire , Qu'on leur a laissé dequoy boire .
Mais qu'ils sortiront de Léans Sans nul besoin de Cure-dents.
JOO
Madame , c'est assez écrire ; Je m'en vais dorre mon Cornet , Car, si je vous faisois trop lire , On pourroit m'appeller un plaisant Robynet.
Je fis ceci deux jours après l'Epiphanie , Où l'on fait des Gâteaux la bachique harmonie.
A Paru, Cher F. Muguet, rut dt U Harpe, aux trois Rets. Avtc Privilège eu Roy.
(Biblioth. nat., Lca, aa. Rés. — BibliotlL Muarine, 296. A*
— Biblioth. de l'Arsenal , B. L. 1 180a.
— Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Chailii ROBINET.]
Du 16. Janvier 1667.
Que le Froid rigoureux change les Eaux en Marbres, Qu'il fasse des Jardins mourir les tendres Fleurs , Que de Feuillages verds il dépouille les Arbres Et que du Dieu du Jour il glace les Chaleurs ; Que même , s'il se peut , il éteigne les Fiâmes Que le fils de Cypris allume dans les Ames , Et qu'au Centre du Cœur il gèle les Soupirs , Son austère rigueur sur mon Devoir est vaine : Il faut que pour Madame il cède à mes Désirs Et qu'elle ait malgré luy les Tributs de ma Veine.
Si , dans ma Lettre prétérite , On a leu que le Moscovite Préférait aux douteux Explois La Paix avec le Polonois ,
<5 C'est, Lecteur, qu'on a, par méprise, Une Rime pour l'autre prise, En laissant passer Polonois En la place de Suédois; Et, comme Historien fidèle,
*o Pour la vérité plein de zélé , Je veux bien vous en avertir.
Car, pour ne vous en point mentir, A peine croit-on qu'une Trêve, Quelle qu'elle soit, longue ou brève,
35 Se puisse faire à cette fois Entre le Peuple Polonois Et ce finet de Moscovite, Qui ne va vraiment pas si vîte , Croyant, comme ailleurs je l'ay dit,
30 Tirer un notable Profit De cette intestine Bellone Qui trouble encor cette Couronne.
Sa Diétb, hélas I rien ne produit Que du grabuge & que du bruit 35 Après des Jours plus de Trentaine , Et Ton croit, pour chose certaine ,
Qu'elle pourra se terminer Sans cju on vove par là borner Les tristes Mal-heurs duSAïuuRTHE,
40 Qui du repos plus ne se flate.
Les Mutins , reprenans l'essor, Vont réveiller le Chat qui dort Et tâchent d'échaufer 1 Armée , Qui tant soit peu s'étoit calmée ,
45 Pour la faire rentrer, dit-on , Dans la Confédération.
Ainsi vainement l'on besogne A pacifier la Pologne, Et c'est , sans aucune vertu ,
5° Ressembler au Cogne-Fétu.
Le Suédois , trouvant aux Armes Tous ses plaisirs & tous ses charmes.
Comme Amateur des beaux Explois, Est demeuré sous le Harnois ,
55 Depuis son grand Blocus de Brème, Et les Nouvelles disent même Que son Conétable Vrangel , Qui ne craint ni Gel ni Dégel, A receu ordre en bonne forme
&> De ne faire aucune Réforme Des preux & des hardis Soudars
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