‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 157 sur 257 · Du 3o. Janvier 1667 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 3o. Janvier 1667 (Robinet

Et si pleine d'Autorité

40 La Polonoise Majesté , Tout-à-fait courageuse & sage , Montra quel seroit le Dommage De ne lui pas redonner cours , Qu'on la prolongea pour trois jours,

45 Malgré de certains Émissaires Qui, voulans brouiller les Affaires , Refusoyenf leur consentement , Sous le prétexte d'un Serment Quede rompre ils faisoyent scrupule.

y> Mais le Roy, sans long préambule, Leur ayant dit d'un accent doux :

« De ce Serment je vous absous , 9 Ils changèrent tous de langage Et , bref, donnèrent leur Suffrage.

55 J3e joye on en fit des Banquets , Où plusieurs se firent Roquets , Beuvans alors , d'une ame quiète , A la santé de cette Diète ; Et neantmoins, Lecteur, hélas 1

60 Plus saine icelle n'en fut pas , Car à la deuxième Journée La Chance se trouva tournée.

. Elle aigrît si fort les humeurs Des Nonces , terribles Messieurs •

65 Qu'ils grondèrent , qu'ils trépigné-

[rent , Qu'ils jurèrent , qu'ils fulminèrent , Et se dirent des Mots si forts , Dedans leurs bilieux Transports , Qu'on eut peur que cette Boutade

70 Aboûtist à quelque gourmade.

Un sur tous des plus furibonds , Faisant de dépit divers bonds [siéte, Comme un homme en mauvaise As* Dist à l'autre qu'après la Diète

75 Ils pourroyent se voir autre-part.

Je ne sçai pas si le Gaillard , Qui paressoit tout flambant d'Ire , Par ces paroles vouloit dire Qu'ils pourroyent se voir sur le Pré,

80 Ou si c'estoit Jeu préparé Afin de rompre l'Assemblée ; Mais , d'icelle toute troublée , Le Menacé sortit soudain Sans retourner le lendemain ,

85 Si bien que la Diète fut crue Absolument par là rompue.

On a , dit-on , accommodé Et de tout point déjà vuidé La Noise , Querelle , ou Castille

90 De 1' Ambassadeur de Castille Et du Comte Kévenhuler , Lequel fit sa Cane voler, D'une façon un peu lustique , Sur un sien certain Domestique • 95 Lequel aussi , trop curieux , Voulpit entrer deaans les Lieux Où lors 1'1mp£rator Ignace Prenoit le plaisir de la Chasse.

Or le Comte , par le Traité ,

too Devoit , avec sincérité

Et d'une manière authentique , S'excuser audit Domestique De ces Coups dont il eut l'honneur D'estre en son endroit le Donneur,

105 Déclarant , pour chose certaine , Qu'il n'en auroit pas pris la peine S'il eût conû ce qu'il étoit.

Puis, comme hier on me le contoit , Ce Comte encor, par pénitence ,

1 10 Nonobstant toute répentance , Devoit aller hors de la Cour Se promener un petit tour.

D'ailleurs , I'Ambassadeur d'EsPA- Au susdit Comte d'AJemagne [gne

115 Devoit protester que ses Gens De cela se tiendroient contans , Sans aucune Dent ni Rancune , Ni penser à Vengeance aucune , Et l'on devoit enfin encor

120 Défendre , sous peine de mort , De tourner cette Baterie Aucunement en raillerie Ni des Batus faire mépris , A quoi volontiers je souscris.

125 Mais je dois ici me dédire De ce que l'on m'a fait écrire :

Que le Viceroy du Pérou , Par un tour d'Espiègle ou de Fou , Avoit , comme un malin Cosaque ,

ijo Contre son Roy tourné Casaque.

Depuis, j ay sceu de Gens d'Honneur Que ce n'est que le Gouverneur De quatre Villes sur la Plate .

Dont la claire Onde se dilate ,

135 Par un cours prompt & diligent .

Sur un lit de sable d'Argent ; Mais ce n'est pas ui\ Avantage , Et c'est toujours perte & dommage.

Rivière, •insi

•ppeléeà

cau^e que

l'on y

tromro de

r Argent.

Suivant autre Avis de Maorit .

so8. — Du 3o. Janvier 1667 Robtntt;.

■40 Que voici tel qu'on nous l'écrit , Toute I'Espagne est allarmée , Non par auelque éfroyable Armée , Quelque Déluge , Tremblement , Peste, Famine , Embrasement, *U5 Ou telle autre triste Avanture , Qui même éfraye en sa Peinture , Mais tout simplement , ce dit-on , Par le Son & le Carillon D'une Cloche qui , d'elle-même

«5° Et sans nul humain stratagème , S'est fait entendre par deux fois , L'un des jours de ce présent mois , D'abord seule, puis secondée D'une manière dégondée

«55 Par deux Camarades qu'elle a , Dans la Ville de Vatilla.

Or ce qui'cause l'épouvante Est que des Ans sont bien cinquante Que , la première ainsi sonnant

160 D'un ton tout à fait étonnant

Et comme quelque Voix des Astres.

L'Espagne essuya maints désastres , Et qu'au jourd'huy qu'avec ces Deux Elle rend un son plus affreux ,

,65 On craint aussi qu'elle menace D'une extr'ordinaire Disgrâce.

Mais , le Cas soit ou non certain , Le Présage peut être vain.

Le Carnaval dans la Savoye

'7° Se fait avec beaucoup de joye Et , par un Prélude si beau , Et si galant & si nouveau , Son Duc en à fait l'ouverture , .

Qu'il mérite , je vous assure ,

«75 Qu'on vous en donne en racourci Une légère Idée Ici.

C'estoit, sans qu'au Récit j'ajoute, Une délicieuse Joute t

De 1' Amour & de la Vertu ,

tSoOù ce Nabot fier & testu ,

Sur un Char triomphant de Gloire Et tout bouffi de sa Victoire, Qui lui faisoit voir à ses pieds Maints Potentats humiliez ,

185 Défioit au Combat ceux & celles Dont à son Joug les Cœurs rebelles Lui voudroyent contester l'honneur D'estre I'universel Vainqueur.

En ce Défi de conséquence,

» 90 Ses Seconds , Braves d'importance ,

Etoyent toutes les Passions , Qui des plus vaillans Champions Font bien souvent dans ses Entraves De honteux & chetifs Esclaves.

195 Mais , d'une autre part, la Vertu,

« En dépit du Siècle tortu

Où peu la Belle l'on contemple , Sur un autre Char , dans son Tem- Parut , ayant à ses costez [ple

300 Les Grâces & d'autres Beautez , Sous des Atours Amazoniques , Avec des Dards , Lances & Piques , Et l'on la veid si vaillamment Assaillir le beau Garnement,.

*>5 Qu'avecqufe toute sa Séquelle Il en eut, bonne foy, dans l'aile.

Mais , pour tout dire , la Vertu , Alors qu il en fut abatu , Parut avecque tant de Charmes

2,0 Qu'il lui fallut rendre les Armes , Car enfin la Vertu pour lors Etoit logée en ce beau Corps Dont la Duchesse de Savoye De son Epous comble la joye.

315 On se divertit chaque jour

Aussi des mieux en nôtre Cour.

Mardi, dans le charmant Versail-

L'on fut encor faire gogailles. [les .

Là , par le mouvement des Eaux "o Qui coulent en divers Tuyaux ,

On entendit une belle Orgue

Qui fait à toute autre la morgue.

Je pense aussi qu'on y bafla ;

Que veut-on plus après cela ?

225 Les autres jours delà Semaine, • Ainsi de Plaisirs toute pleine ,

On a des Muses le Balet.

Mais ne croyez pas, s'il vous plaît, Que Louis . dedans ces Délices ,

23° Laissa ses nobles Exercices.

Comme Infatigable toujours , Il fut encor, l'un de ces Jours , Voir ses Troupes , dans une Plaine, Les tenans sans cesse en haleine

235 Et choisissant des Officiers Qu'il conêt frians de Lauriers Et propres aux Faits militaires. ^^

A la Teste des Mousquetaires premier*

Il a mis pour leur Lieutenant £j£ie

ao8. — Du 3o. Janvier 1667 Robwet.

H* Un de ces Preux de maintenant, QueleSieurd'AxTAONAN Ton nomme, Ainsi qu'un autre galant Homme , De Coeur haut autant que de Corps, Enseigne en ses Gardes du Coeps ,

M5 Et cet Officier plein de zélé En son nom Duvisi s'appelle.

Il était avpanvtnt pramtor Capltalm» & Major du ttéflmept de Monsieur.

Nom à la Cour assez semé Et par les Employs renommé.

Mais retournons à nôtre Sire , >5° Dont je dois detix mots encor dire.

Ce véritable Potentat, Voulant faire de son Estât Un Séjour de bonne .Fortune Où plus rien ne nous importune ,

*55 Apres avoir porté ses soins Sur la phispart de nos Besoins , Va détruire 1' Hydre fatale Qui se retranche en un Dédale De Formalitez & de Loix ,

**° C'est à dire , en meilleur François , Cette Chicane monstrueuse A Procédure tortueuse Et capable de faire peur, Qui , s'acharnant sur le Plaideur,

>*5 Dans ses longueurs ronge & mutile La pauvre Veuve & le Pupille.

O que ce charmant Couronné Est un vrai Louis-Dieu-Donné 1

Quand au Grand Prieuré de Fran- 270 U est déjà hors de vacance , [ce ; Et le Commandeur de Souvrat , De grand mérite , à dire vray, Le remplit depuis la huitaine.

Le Ciel en santé l'y maintienne • »75 Avecque l'heureux & beau cours De plus de sept mil six cent jours !

Déjà fort pleine est cette Epître , Mais il faut encor un Chapitre.

Un grand Homme est mort depuis 380 Tout rempli de ce divin Feu [peu • Que l'Esntrr Saint met 'dans Tes

[Ames,

Les sanctifiant par ses Fiâmes.

Son Nom est fameux dans Québec , Où l'on ne va point à pied sec :

«85 U s'appelloit Simon le Motne • Religieux & non Chanoine v Et fut de la Socitré Par qui I'Enfbr est surmonté , Qu'on appelle des Jésuites ,

*9° Plus utiles que les Hermites , Evangélisans en tout lieu Le Nom & la Gloire de Dieu.

Un Célestin , bon Géographe ,

(La P. Carneeo. Voy. d-eprèa la lettre du 18 Mrrtar.T

Lui consacra cette Epitaphb :

Le Moyne git Ici , qui par son Ministère Fit triompher la Fov dans des Pais affreux. Si des Moines pareils formoient un Monastère , On pourroit le nommer le Ciel des Bien-heureux. Aux Climats des Démons il porta le Baleine ; Il veid cent fois la Mort sans avoir le Teint blême , N'ayant que Dieu par tout pour Guide & pour Appui. Mourir en vrai Martyr fut sa plus forte envie ; Mais, ayant sur Xavier toujours réglé sa Vie , L'ordre du Ciel portoit qu'il mourroit comme lui.

j°* Après ces Doctes Vers dont j'honore ma Lettre ,

Je vais viste le Date y mettre.

Je la fis , plus pleine qu'un œuf, Au mois de Janvier le vingt-neuf.

A Paru . Ck$f F. Muguet , rue d$ la Harpe , aux trois Rois. Avec Privilège eu Roy. !

^(Biblioth. nat. , Le2, 22 Kèê. — Biblioth. Mawmne , 296. A*. Biblioth. de M. le ba*on James de Rothschild.)

LA MUSE DAUPHINE

[Par PERDOU db SUBL1GNY.J PREMIERE SEMAINE.

[Du Jeudy 3. Février 1667.]

A MONSEIGNEUR LÉ DAUPHIN

Quand j'estois , l'An passé , la Muse db ul Cour ,' Si l'Europe fut étonnée De me voir prendre de l'amour,

Que dira-t'on , Seigneur , apprenant cette Année * Que c'est aujourd'huy l'heureux jour

De nôtre Royal Hymenée ?

N06 Poètes , accoutumez D'avoir à leur secours neuf sçavantes Pucelles Et qui ne peuvent rien s'ils ne sont animez »o Par ce nombre complet de Belles ,

Vont , je pense , faire un beau bruit Quand ils n'en verront plus que huit, Et la médisance » féconde En termes railleurs & piquans , 15 Dira bien pour ce coup qu'on n est plus dans le temps

De voir des Pucelles au monde.

Si pourtant les Beautez qui se laissent aller De la même façon cessoient toutes de l'estre • Cette médisance peut-estre *» N'auroit pas tant de quoy parla:.

Mais , Seigneur , méprisons cet odieux langage ; Puisque nôtre grand Roy vient de faire un Edit

Avantageux au Mariage»

Il nous en faut tous deux faire nôtre profit.

*5 II est vray que la chose est tout à fait nouvelle :

Qu'une Muse, qu'on croit une Vierge immortelle , Contre son vœu s'engage en des liens si doux ; Mais elle est encor moins étrange Que de voir marier un Ange , 10 Et la belle Colbert a bien pris un Espoux !

635 209. — Du 3. Février 1667 (Subug^y). 636

Vous connotssez , je croy, cette illustre Personne. Son Père v qui fait à la Cour Des miracle* pour la Couronne, N'en fit pas un petit de lui donner le jour.

)5 N'est-il pas vray. Seigneur, que c'est un Ange aimable ?

Mais ne changeons point de propos ; Elle est donc d'aujourd'huy l'Espouse d'un Héros , Petit fils d'un illustre & fameux Connestable.

Lb Duc de Chevreuse estaon nom.

4s Nous autres, pour quelle raison

Serions-nous Vierges , je vous prie , ' Puisque cet Ange se marie ?

C'est bien pis : sa charmante Sœur , Qui ne touche qu'à peine à sa dixième année , 45 Se veut mêler aussi dégoûter la douceur

Que l'on trouve dans l'Hymenée, Et son Fiancé, Saint Aignan , La doit épouser dans un An.

Ce Comte , fils d'un Duc , les délices des Nôtres » 50 Par parentésV, est un Héros aussi ;

La France le verra dans quelque temps d'ici.

Le Duc de Saint-Aignan n'en a jamais fait d'autres.

Pour vous en parler franchement , Mon Prince , je suis fort trompée 55 Si, depuis que son Frère est dans le monument.

Ce Comte a du regret de s'estre fait d'Espée. Je sçay que quelques-uns de nos graves humains Diront qu'un Bénéfice est une bonne affaire ; Mais telle Femme est un Bréviaire 60 Qui vaut bien quelquefois les bréviaires Romains.

A l'heure que je parle, on rit , on fait dépence , On fait la nopce encore, avec magnificence , De l'accomply Chevreuse & de I'Objet divin Qui porte au plus haut point son glorieux Destin. 65 Tout I'Hostel de Colbert est en réjouissance :

On tient le bal , on fait festin.

Dans une mesme Salle on fait mesme , je pense, La Feste de l'Illustre & superbe Alliance De l'aimable de Luynb avecque Lavardin , 70 L'un des nobles Marquis de France •

Et Monsieur Colbert mesme y dance.

Le croiriez-vous donc , cher Dauphin, Qu'on le voit aller en cadence Presqu'aussi bien qu'un beau blondin ?

75 Cela passe un peu la croyance.

Nous serions pourtant bons de ne le croire pas ;

637 209* — Du 3. Février 1667 (Subligny). 638

L'Art n'a rien de parfait dont son esprit n'abonde : C'est luy qui remet mesme en cadence le Monde

So

Sous le plus grand des Potentats , Et qui l'empesche bien de faire de faux pas

Tout parle enfin de Mariage ; Ce Nom remplit tous les discours.

Depuis la pension & le grand avantage Que I'Edit donne au fruit de ses chastes amours , *' Il n'est point de fille* si sage

Qui , si j'ose nommer icy le pucelage , N'ait regret de l'avoir trop long-temps retenu. Ce n'est plus à son gré qu'une fort sotte Idole , Qui luy diffère ou qui lui vole 9° Deux mille francs de revenu.

Esponsons donc , je vous suplie ; Nous ne pouvons pas mieux choisir Pour nous unir selon nostre désir Que ce temps où Chevrbuse à son Ange s'allie. 95 C'est toujours une compagnie

Dont la jeunesse & les beaux jours Nourriront à la Cour les jeux et les Amours , Et qui nous fournira pour toute nôtre vie Dequoy ne point manquer de plaisirs tous les jours.

lo> - D'ailleurs la recompense est solide & réelle

Pour ceux qui feront dix enfans.

Qui vous dit que dans peu de temps Nous ne serons point dignes d'elle ?

Dix semaines pour mojr sont autant que dix ans ,05 Pour une expédition telle ,

Et je vous apprens , cher Dauphin , Qu'un Objet qui tient du Divin Porte bien moins long-temps son fruit qu'une Mortelle ; Témoin vostre Maman qui , la dernière fois , 1 lo Pour faire une Fille fort belle

Et que rechercheront un jour les plus grands Roys , Ne fut point obligée à la porter neuf mois.

Mais qui prierons-nous de la Nopce ?

La troupe , à mon avis , qui seroit la plus grosse • 1 5 Augmenterait d'autant nostre contentement.

Il faut du moins tâcher que la Maison Royale

Nous donne son consentement , Sur tout ayons pour nous Maman la Mareschalle, Dans le commerce où nous entrons.

13 Si, comme elle a le soin des beaux Enfans de France,

Elle en avoit aussi de ceux que nous ferons , Nous aurions , Monseigneur, des biens en abondance.

Ah ! que j'étendray loin le Nom de mon Espous ! Qu'on verra des effets bien dignes de ma flamme,

639 2°9- — Du 3. Février 1667 (Srauomrj. 640

135 Puisque je tus estre la Femme

D'un Prince charmant comme tous I

Approchant de pins prés vôtre Auguste personne , Ainsi qu'une Femme le doit , C'est pour lors , beau Fleuron d'une Illustre Couronne, 1 J° Que , sçachant sur le bout du doit ,

Les vertus que déjà la naissance vous donne , Je pourray bien mieux dans mes Vers En faire part a l'Univers.

Ce sera pour lors , Mon beau Pantci , 135 Que j'iray bien plus librement

Vous chercher dans chaque Province Quelque digne sujet de divertissement.

Ce sera par cet Hymenée Que ce que je promis de foire l'autre Année , 140 Dans celle où nous vivons se fera galamment ,

Et qu'il ne sera point à Paris de Ruelles, Point de secret appartement,»

Dont , pour un Mary si charmant, Je ne tire quelques Nouvelles.

145 Achevons donc , voicy le temps

Où les Plaisirs viennent en foule Présenter à mes Vers des sujets éclatans. Ne permettons point qu'il s'écoule Sans conclure un Hymen si doux; «5* Donnez-moi vôtre foy , je vous donne la mienne ,

Et , dés Jkudy prochain , que rien ner nous retienne De nous mettre en estât de causer en Espoux.

Du Jeudi 3. Février 1667.

U H Mute II Dauphine. || Par le Sieur De Subuomy. || A Paru , || Che^ Pierre Le Momier, rue \\ des Moikurins , ou Feu Divin. || m.dc.lzvii [1667.] |! Avec Privilège du Roy. Ir-12 de no pp. — pp. y\ a.

(Biblioth. de l'ArèeRal ,B.L.i 1799.)

LETTRE EN VERS A MADAME

; Pai Chulis ROBINET.]

Du 6. Février 1667.

Quel Feu s'allume dans mon Ame , Donc je ressens Tardant Transport , Et par quel ordre , par quel Sort , Sui-je en cet instant tout de Flâme ?

Quel Objet ai-je vu , si rare & si parfait , De qui ce Feu soit un effet»

Et seroi-je tombé dans de nouvelles Chaînes ? Non . ce Feu n'est pas de l'Amour

Qui produit des Soupirs, des Chagrins & des Gelnes

Et qui dans le Cœur seul établit son Séjour;

C'est le Feu que Clion me donne

En cet ordinaire Début

De mon Poétique Tribut

A mon adorable Patrône.

La Belle vient toujours au-devant de mes Vœux

Quand , pour cet Objet glorieux , Le Jour est arrivé de composer ma Lettre.

Profitant donc de son Secours , Je vais en ce moment à ma Tâche me mettre Et donner à mes Vers leur Historique Cours.

Monseigneur le Sophy de Perse , Du Grand Seigneur Partie averse , Avoit r'assamblé ses Soudards Sous un grand nombre d'Etendards,

35 Pour revenir vers Babilone Faire voir aux Turcs leur Bec-jaune ; Mais , avant que de rien tanter, Au Divan il a fait porter Quelques Articles de Concorde ,

*o Avec un long & bel Exorde Contenant que , sur leur Refus , De la Paix il ne parle plus Et qu'il s'en va taire la Guerre A sa Hautbsse , tant que terre ,

15 Dût-il , en ces nouveaux Efforts ,

Tarir ses Indiens Trésors.

Mais, dessus ce Point, sa Hautbsse Ne se hausse nv ne se baisse , Et ne pense qu aux grands Projets

40 Que contre Saint Marc Elle a faits ,i#v4ou««

Désirant , quoi que l'on en die , ' Avoir la Clef de la Candie. îaiatio-

C'est pour accomplir ce désir v****»

Que Monsieur son Premier Visir ,

45 Que l'on tient un maître Astronome, Est passé dedans ce Royaume Avecque tant de Musulmans , Et tous des plus francs Garnemens.

2io. — Du 6. Février 1667 (Robinet).

Deux Patriarches à grand'barbes,

5<>Etans montez dessus des Barbes, Sont arrivez dedans Moscou , Capitale vous sçavez d'où , Et si vous ne le sçavez mie , Je vous dis que c'est de Russie.

55 Or ces deux Vénérables là Ont été fort bien receus là, Et de manière tres-civile, Par le Clergé d'icelle Ville , Où , ce dit-on , ils sont allez

60 Pour assoupir des Démeslez Sur le Sujet de la Créance (Et, par conséquent, d'importance), Ayans été mandez exprés , Non , je vous jure , d Ici-prés ,

*5 Mais , sans aucune menterie ,

D'ANTIOCHE & d'ALEXANDRIE.

La Diète du Polonois , Dont je vous parlay l'autre-fois , Fut effectivement rompue

7° Dans le bruit & dans la Cohue , Par la Querelle d'Allemant Qu'un Nonce fit expressément , Comme je devinay la Chose , Par un guet-append & pour cause.

75 Mais je ne sçavois pas le tout. [bout. Comme aujourd'huy, de bout en

O que le Genre humain est fourbe I Lubomirsqui , cette Ame courbe , Qui , disoit-on , ne brouilloit plus ,

80 Avoit donné deux mille Ecus , Avec un Cheval, pour salaire A ce Nonce , son Emissaire , A dessein qu'il fist ce beau coup , Qu'on n'estimera pas beaucoup.

85 C'est avoir l'ame bien vénale De trahir, pour un tel Régale , Les Interests de son Pays , Et pareils Traîtres sont haïs Tant du Ciel comme de la Terre

9° Et djgnes des coups du Tonnerre.

Au reste, on doit, le premier Mars, Temps à manger des Epinars , Dequoi maint Douillet s'inquiète , Commancer une autre Diète; 95 Mais les* Cosaques, cependant, Le Tartare les secondant , Donnent assez de Tablature ,

Et , naguère, en déconfiture ,

Ils mirent I'Ost des Polonois 'o° Sans en faire à plus de deux fois,

Car ces Maudits , avec furie ,

En bâtirent une Partie ,

Dans un Lieu , Sciano nommé ,

Qui par là sera renommé ; (°5 Puis , allans dedans la Russie

Ainsi que dans la Volinie ,

Us y défirent le surplus,

Et le Prince Démétrius

Se veid tout prés d'estre leur Proye ; 1 »° Mais (dont il eut beaucoup de joye)

Il évita ce mauvais pas ,

Car il ne les attendit pas.

Des Aigles le jeune & beau Sire , Dont r Amour partage l'Empire ,

"5 Divertissant, mais du bel air, L'Objet à son Cœur le plus cher.

Cette belle Infante d'EsPAGNE , A présent sa digne Compagne , Après les Feux , Chasses , Cadeaux ,

|2° La fait courir sur les Traîneaux, Et ce Plaisir Elle eut naguère D'une fort galante manière.

Auprès de son aimable Epous , Qui des mieux lui fait les yeux doux,

,25 Elle étoit sur un magnifique , Atournée à la Germanique , Ayant un Bouquet ample & beau De Plumes vertes au Chapeau , Tout brillant des Trésors qu'étale

»3o La superbe Inde Orientale.

Plus de soixante autres Traineaux, Des plus galans & plus nouveaux , Qui tenoyent presqu'un quart de

[lieue , Rouloyent en bon ordre à sa Queue,

135 Avec l'Elite de la Cour ,

Tout-à-fait pimpante en ce Jour.

On y voyoit les deux Princesses I^jJJïJ1** Que Ion appelle Archiduchesses , et Marie Derrière les deux Majestez , jo^*ph«

M© Chacune ayant à ses Costéz , £*£.

Pour Conducteur, un Seigneur grave fuii» Que l'on appelle Illec Marckgrave , n^ Ce qui veut dire Ici Marquis , Et tous deux d'un mérite exquis.

M5 Quarante-six Dames en suite , Et chacune d'EUes conduite Aussi par un leste Galant

trico Douairière

2io. — Du 6. Février 1667 'Robinet).

En un Equipage brillant , Faisoyent la plus belle partie.

»5<> Et certes la mieux assortie De tout ce qui venoit après.

Or cet Ebat ♦ qu'on prit au frais , Fut suivi d'un Bal d'importance , Où juste parut la Cadance

■55 Du noble Couple couronné , Et ce Bal fut assaisonné D'un très délicieux Régale Qu'on servit à l'Impériale.

Hé bien ! dites, mon cher Lecteur,

160 L'entend-il ce brave Empereur , Et peut-il dé meilleure sorte Réjouir sa noble Consorte , Faisant, pour tout dire, entre-nous, Si bien tous les Devoirs d'Epous ,

,65 Qu'on publie avec alaigresse Déjà dans Vienne sa Grossesse.

Je brûle de dire à mon tour Que , dedans la Papale Cour , Le Duc de Chaune & la Duchesse

f7° Reçoivent des honneurs sans cesse Qui font voir de belle hauteur Combien ce Sage Ambassadeur Sçait faire estimer sa Personne Au grand Porte-Triple-Couronne

!75 Et par toute cette Cité

Où régente sa Sainteté. [cle

Vous avez sceu comme à son Cerf Et laissons-là la Rime en ercle) Il accueillit dernièrement

180 La Duchesse honorablement , Et , l'ayant au sortir bénie Avec grande Cérémonie , Il la régala d'un Jésus Qui sembloit un naissant Crésus ,

l8*Tant sa Crèche étoit enrichie, Et puis, dans une Galerie , Lui fit , avec profusion , Présenter la Collation.

Après cela jugez vous-même

'9° Si de 1' Alexandre Septième Notre excellent Ambassadeur N'a pas gagné le fonds du Cœur.

Un bruit de Paix court en Campa- Du Portugal avec 1' Espagne , [gne , «95 Mais ce n'est qu'un aliment creux Pour le Cerveau des Curieux ,

152 aux frais.

A qui , pour de bonnes Nouvelles , On débite des bagatelles.

A Brest, au Pays des Bretons ,

200 On ne parle que de Tritons ,

Que de Tridents , que de Neptunes , De Lys , de Fleurons , de Fortunes , Et c'est à dire de Vaisseaux Dont voila les noms baptismaux ,

205 Que nôtre Héros maritime , Si digne de gloire & d'estime , Sçavoir l'illustre de Beaufort, Fait là construire dans le Port , Avecque tant de vigilance ,

210 Et même tant d'expériance , Qu'on s'en promet avec raison , En la Printaniére Saison, [Monde Grand nombre des plus beaux du Et qu'on ait encor vus sur l'Onde.

a » 5 Ainsi, montez d'Hommes fort bons Et de quantité de Canons , Comme ils le seront sans nul doute , Quelque part qu'ils prennent leur

[route , Sous leur vaillant & brave Chef,

32o Us feront des Progrés en bref.

Mais je voudrais qu'en Angleterre , Voyant cet Appareil de Guerre , On embrassât viste la Paix :

Ce seront toujours mes souhais ,

«5 Et qu'entre-nous il ne s'exerce Désormais qu'un heureux Commerce.

Cependant Messieurs les Anglois Epreuvent toujours des François Les Armes , envers eux fatales ,

230 Dans les Indes Occidentales.

Le dix de Novembre dernier, Ces Affriolez de Laurier , De bonne guerre & sans intrigue , Leur otèrent I'Isle d'Antigue

235 Et depuis , tout à leur gogo , Ont pris celle de Tabago Et moment de Saint Eustache ; Mais c'est tout aussi , que je sçache.

Un Bruit couroit ces derniers Jours, 240 Qui n'a plus maintenant de cours , Que de fa Parque tyrannique La jeune Reyne Britanique

aïo. — Du 6. Février 1667 (Robinet).

Avoit senti le mortel Dard , .[part.

Dont ne nous couvre aucun Rem-

245 Son Mal , qui venoit d'OnDiNAiRE , Petit à petit , dégénère , Si que dans peu sa Majesté Aura sa pristine Santé Et pourra bien , par avanture ,

250 Au gré de Madame Nature , Augmenter par de doux efforts Les Vivants & non pas les Morts.

Jeudy, nôtre adorable Auguste , Où tout est grand , tout est auguste,

255 Ayant sans doute dans le Sein Quelque magnanime Dessein , Vint encor en Campagne unie , Suivant son Martial Génie , Voir les Troupes de sa Maison ,

260 Que l'on croid sans comparaison Et propres à toute Conqueste , Ayant ce Monarque à leur Teste , Tant Elles ont de fierté A l'aspect de sa Majesté.

De Dqo et

265 Mercredy , le Duc de Chevreuse , Couronnant sa Flftme amoureuse , Fiança cet Objet charmant Qui de son Cœur étoit l'aimant , C'est à sçavoir la Fille AÎKée

270 Que l'on tient tout-à-fait bien née , De l'illustre Monsieur Colbert Qui le Roy si sagement sert, [me , En même temps , & chez lui-mê- Par un autre bon-heur extrême ,

375 Le cher Marquis de Lavardin , Qui ne manque pas de Dindin , Fiança la belle de Luynbs »

Pucblle à lors des plus poupines, Et nôtre admirable Prélat ,

280 Qui fait tout avec tant d'éclat .

Fit la belle Cérémonie , Devant nombreuse Compagnie Qui n 'étoit toute que de Grands Tant des Amis que des Parans , .

285 Comme vous le voyez en marge , Et tout du long & tout du large.

la Duchesse de Luynes, la Duchesse de Charnue, la Priacesse de Guymené, le Duo et la Duchesse de Soubise, la Duchesse de Pequlgnl, la Princesse de Bade, le Doc et la Duchesse Manrin. le Duc et la Duchesse de Saint Agnan , le Chancelier de 'Fnnoe , l'Evesque du Mans [Philibert -Emmanuel de Beaamanoir de Lavardin] et plusieurs autres Personnes de marque.

Après , vinst la Collation Qui , sans amplification , Aux plus belles étoit égale ,

290 Et Lambert, dedans ce Régale , Mêlant un Plat de son Métier, Sceut si noblement marier Sa Voix & son Théorbe ensemble ( Et je croi rouir, ce me semble) , .

295 Que ses Auditeurs ébaudis

Se creurent dans le Paradis. [Ange, Mais en ce Lieu , non plus qu'un Aucun ne boit , aucun ne mange , Au lieu qu'Ici , sur nouveaux frais ,

300 L'on se repût de friands Mets [mes Qu'en un Souper fait dans les For- On servit en maints Plats énormes ; Pendant quoi divers Instrumens Faisoyent par leurs Accords char-

w Une excellente Mélodie. [mans

Après , on eut la Comédie , Et lors , étant plus de Minuit , Le Dieu d'Hymen enfin unit Ces deux jeunes & brillans Couples, 310 Aux Loix de I'Amour des plus sou- Qui s'en allèrent prestement [pies , Chacun en son Appartement Pour exécuter ces Paroles , Qui n'ont point certe été frivoles :

315 CrESCITE , MULTIPLICATB.

Or, pour dire la Vérité, Ils s'en seront tous , que je pense , Acquitez en leur conscience , Voire mêmes comme à l'envi (< jioDequoi , pour moy, je suis ravi.

Souhaitons que deux beaux Chefs*

[d'cbuvrbs

Dans neuf mois sortent de leurs aro-

[VRBS

Là-dessus je clos mon Ecrit Et dit Bonjour à l'Héroïne 5*5 A qui de coeur je le destine ,

315 CRESCITI & MUITIPLICATE.

649 **°- — Du 6« Féviw 1667 (Robinet;. 65o

Et je voudrais qu'il fut digne de son Esprit.

Tel qu'il est , Février étoit au jour cinquième Quand il eut l'Onction extrême.

A Péris , Cher F. Muguet , rue de U Harpe , aux irais Rais. Avec Privilège eu Ray.

(Biblioth. nat., Le2, 22. Réf. — Biblioth. Mazarine, 296. A*. — Biblioth. de l'Arsenal , B. L. 11802. — Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charles ROBINET]

Du i3. Février 1667.

Je n'oserois me rien promettre ;

Mais quoy ? selon que je me sens ,

Je croirois quasi que ma Lettre

Ne sera pas de mauvais sens ; 5 Qu'on y verra flame & lumière

Et quelque nouvelle manière

Qui chatouillera le Lecteur , Et que , quoi qu'on ait dit de mes derniers Ouvrages,

Qu'on dira , de belle hauteur , 10 Qu'ils doivent tous céder à ces nouvelles Pages.

Toutesfois , je ne veux rien croire , De crainte de me voir trompé Et puis que , sur ma sote gloire , Je ne sois justement drapé.

15 Clion , qui me fait bon visage ,

Peut , comme un Cosaque volage , Me tourner le Dos en chemin.

Ah ! je me dédis donc & croi que mon Epitre De beauté n'aura pas le brin ,

20 Et qu'on n'y verra pas un passable Chapitre.

Mais je vais faire mon possible Pour empescher un tel mal'heur.

Grands Dieux , qu'il me seroit sensible ! J'en mourrais vraiment de douleur.

« Quoy ? j'aurais écrit à Madame

Une fois sans esprit , & sans grâce , & sans flâme ,

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