Du 6. Mars 1667 [Robinet
Goûté lés Plaisirs innocens , Et donné carrière aux cinq Sens Dans la belle Ménagerie ,
*° Les Jardins & l'Orangerie.,
Les Dames , pendant tous ces jours , Ayans encor leurs beaux Atours , A sçavoir leurs Vestes brillantes Et leurs Capelines galantes ;
25 Si bien qu'on eut pris ces Beautez Pour autant de Divinitez , Notamment dans cette Demeure
. Où l'on ne peut croire qu'on meure, Tant il semble certainement
30 Que des Dieux ce soit 1* Elément.
Mais, à propos des chers Mystères , Des Courses , des Bals fit des Chères Qu'on a fais en ce Lieu charmant , J'ay sceu bien des Choses vraiment
35 Que des Gens , faute de mémoire , Ont fait échaper à Ï'Histoire , Et que par conséquent Ici Je dois placer d'abord aussi.
Le brave Marquis de Fuante ,
40 Dont beaucoup le mérite on vante Et qui s'acquite avec splendeur De son Employ d'AMBASSADEUR , Mieux que pas une autre Excellence Qu'on ait d Espagne vue en France ,
45 Parut sous trois Déguisemens A ces beaux Divertissemens.
Sous le premier, bizarre & drôle , D'un Pellerin il fit le rôle , Ayant & Calbace & Bourdon ,
5° Avec Capot & Hoqueton , Couvers de quantité de Plaques Et de Coquilles de Saint Jacques.
Mais il creut se cacher en vain v Chacun l'apostrophant soudain ,
tt Mêmes les Dames plus gentilles :
c A qui vendez-vous vos Coquilles ? »
Lui cria-t'on de tous costez , Dans le Séjour des Majestez ; « A d'autres , car, en conscience ,
*° » On connét bien vôtre Excellence ; * Vous êtes un bon Pellerin. »
Ainsi , sans plus faire le fin , Monsieur le Marquis de Fuante , D'une manière tres-galante ,
65 Le jour suivant , se revestit
35 Qp* de Gen«.
Comme l'on se vest à Madrit , Et l'on pouvoit à lors lui dire , Tout de bon autant que pour rire , Qu'il étoit , en ce Changement ,
70 Déguisé sans déguisement.
Mais , en la troisième journée Où se trouvoit enfin bornée L'Alaigresse du Carnaval , Il fut à Versaille à cheval ,
75 En illustre Courier d'EsPAGNE , Demander , pour chère Compagne De son jeune & beau Souverain , La Sobur du ravissant Dauphin , Cette Grâce encore naissante
•8o Qui n'a des jours que deux fois trente. Il fit tout-à-fait galamment Sur ce sujet son Compliment , Et nôtre Cour , toute ravie D'une telle galanterie ,
85 La prit pour augure qu'un Jour Les Dieux d' Hymen & de 1' Amour Uniroyent par cette Alliance Derechef TEspagne & la France , Et par là , suivant nos Souhais ,
90 Immortaliseroyent leur Paix.
C'est par un augure semblable Que d'AMBRUN , Prélat admirable Et nôtre Ministre à Madrit, Ainsi que d'illec on l'écrit ,
95 Y signalant son alaigresse En faveur de nôtre Princesse Par le bruit & l'éclat de Feux , Certe , des plus ingénieux , En fit embellir les Machines
100 D'Inscriptions doctes & fines Sur le futur Evénement Des Nœuds de ce Couple charmant.
Mais , remettant à ma Prochaine A répandre sur ce ma Veine ,
105 Pour faire voir dans son éclat Le zélé de ce grand Prélat , Je retourne à Versaille encore.
Le Galant Duc de Roquelaure Y fut plus couvert , ce dit-on , 1 10 Que le bel Oyseau de Junon N'en étale dessus sa plume , De Miroirs en petit volume , Si bien que l'on eust dit d' Argus , Avecque ses cent Yeux aigus ;
[Georges (TAubusson
de la FMiUade]
217, — Du 6. Mars 1667 (Robinet).
> "5 Mais on le pouvoit aussi dire , Sans peur de se voir contredire , Car ce Duc est , selon mon sens , Un Argus des plus clair-voyans.
Entr'autres Momons d'importance
120 Qu'on ne peut passer sous silence , Le Souverain de Méclebourg Et I'Objet de tout son Amour , Comme Lui d'assez haute Taille , Allèrent de même à Vbr&aille ,
1*5 Sous de magnifiques Atours , Croître des Masques le concours , Pour lesquels , sans en rien rabatre , Plus de vingt Tables, & non quatre , Comme on le dist dernièrement •
130 Estoyent couvertes amplement , C'est à dire avec opulance , Ainsi qu'en très-belle Ordonnance , Par le beau soin , & non tel auel , De Messieurs les Maîtres d'HÔTEL.
JjJJgk C'est ce qu'avec plaisir extrême toiae «tDessus les Lieux j ay sccu moy-même, rou Avec le Narré ci-dessus ,
Qui vous doit, Lecteurs , plaire plus Que quantité d'autres Nouvelles
1 40 Dont vous nourrissez vos Cervelles. Mais néantmoins vous en voulez , Et des Endroits plus reculez ; Hé bien ! je désire vous plaire Et voici pour vous satisfaire.
M5 L'Otoman, maussade & rebours, Avance son Siège toujours Devers la Clef de la Candie Que , même au péril de sa vie , Le Visir , se piquant d'honneur,
■5° A promise à son Grand Seigneur.
Mais cette importante Conqueste N'est pas pour lui viande encor Et c'est un étrange Embarras [preste, Qu'il s'est mis là dessus les Bras.
155 II en est malade à Rettime Par un chagrin bien légitime , Car, primo , ,1'on jûne en son Camp Contre les Loix de I'Alcoran , Faute (ce qui beaucoup le touche]
160 De pouvoir mettre Balle en Bouche.
D'ailleurs , il void bien qu'il n'a
Pour son Siège assez de Soldats, [pas
Et sçait , qui plus est , que la Ville
Que défend le preux Marquis Ville
165 Est en si parfait Embon-point
Qu'elle ne le craint du tout point.
Enfin il apprend que sur l'Onde L'Ost Vénitien fait la Ronde Pour couper Passage aux Secours
w Qu'il espère en vain tous les jours. Or, ne sçachant à qui s'en prendre, N'ignorant pas qu'il doit se pendre Ou porter sa Teste au Sultan , Qui dans Andrinople l'attend ,
«75 S'il ne soumet à sa Hautesse Ce Poste , selon sa Promesse , Il vous a fait passer le pas Aux deux Infortunez Bassas De Candie * & et de la Canée.
i3oq quelle injuste Destinée !
Ce Proverbe est bien des plus vrais :
Tel en pattt qui n'en peut mais.
Les Cosaques & les Tartares , Pour enfler leurs Exploits si rares ,
l85 Avoyent assiégé Miedzibor ; Mais , ayans là mal pris l'essor, Car leur teste est tant soit peu verte, Us l'ont levé , non pas sans perte.
D'ailleurs, on compte deux milliers
"9° De leurs plus courageux Guerriers Echenillez , prés cette ville , De deux Partis de douze mille , Et l'on dit que ce double Echet Leur rabat beaucoup le caquet.
«95 Outre ce petit Avantage , Ce oui relevé le Courage Au aARMATHE tout consterné , Son différant est terminé Enfin avec le Moscovite ,
200 Ou, du moins, de Guerre il est quite Avec le Grand Duc pour douze ans Par une Trêve de ce temps , Et tous deux , dont je les estime , Par une Ligue légitime
ao5 Vont s'opposer aux Armemens De nos superbes Musulmans Qui veulent , ainsi qu'il le semble , Les envahir tous deux ensemble.
Lubomirski , dit-on , est mort , aïo Mais les bruits ne sont pas d'accord Touchant cette Mort prétendue :
Les uns disent qu'il 1 a receue
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