‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 176 sur 257 · II · texte numérisé non relu

II

771 224. — Du 3i. Mars 1667 (Subugny). 77a

Que , sans se soucier si , durant son absence, 85 Paris regreteroit sa Cour §l sa présence f

Elle l'a sans façon quitté pour S. Fargeau. A ce nom , Madame , on devine Que l'auguste De Mont-Pensier Est cette Princesse Divine :

9° C'est elle dont je parle & qui partit hier.

J'ay leu dans un Autheur d'impression nouvelle Une comparaison du Soleil avec elle :

Il n'en disoit point les raisons ; Mais pour moy je les sçay, sans m'estre trop peinée : 95 Cet Astre tous les ans fait ses douze maisons ;

Elle en change d'autant pour le moins chaque année.

Voila les malheurs differens Dont Paris sent la violence ; Mais aussi, pour sa recompense , 100 Ses bonheurs ne sont pas moins grands.

Le Lieutenant Civil , digne héritier d'un Père Qui , sans cesse intrépide & fidelle à son Roy, Dans les temps orageux d'un trouble populaire , Remplit jusqu'à sa mort ce glorieux employ, 105 Commença de tenir, la semaine passée ,

Le sacré Tribunal des Lois , Où , par son Père , tant de fois La Justice fut dispensée.

Jamais , dans les Réceptions 1 10 D'aucuns Magistrats de sa sorte ,

Le Chastelet ne fit tant d'acclamations Et n'avoit témoigné d'allégresse si forte : Au seul nom d'OFFEMONT , elle estoit dans les yeux Et dans le cœur de tout le monde.

1 15 Aussi , Madame , un Chef si grand , si glorieux ,

Est pour un corps si vertueux Une fortune sans seconde.

On receut , l'autre jour encor, Pour Lieutenant de la Pouce , 120 Un vray pillier de la Justice ,

Qui vaut, dit-on , son pesant d'or :

C'est T Illustre de la Reynie»

Si pour un employ de ce poids , Il falloir une ame hardie , 135 Un ferme soustien de nos Lois ,

Un jugement profond , -une science égale , Un esprit plein d'honneur & fort laborieux , Incomparable Mareschalle , On ne pouvoit point choisir mieux.

130 Mais j'apprens bien une autre Histoire ;

7?3 M4» — Du 3i. Mars 166^ (Subugnt). 774

Changeons promptement de discours.

La Pestb est , dît-on , à la Foire , Et bien du monde y meurt depuis quinze ou vingt jours. Pour un soir seulement on compte deux cens Ames U5 Qui , presqu'en un moment , s'y sentirent fraper

De ces impitoyables flammes ,

Sans qu'aucune en pût échaper.

Le pauvre Duc de Roquelaure , En quelque lieu qu'il traisne ou qu'il porte ses pas , Mo Sent luy-mesme ce feu oui si fort le dévore

Qu'on ne sçait sil n'en mourra pas.

Je vous vois toute épouventée

De cette estrange nouveauté :

Vous serez moins inquiétée 145 Quand vous sçaurez que c'est une jeune Beauté

Qui , sous un beau nom , de la Mothe ,

Qu'elle porte aussi bien que vous ,

Ne voit point de cœurs qu'elle n'oste.

On dit que ce sont des yeux doux , >5° Que Monsieur son illustre Père ,

Lieutenant General de Caen , Depuis quinze ans en ça , luy fit chez sa Maman , /

Qui luy font faire cette affaire ; Mais , ces yeux eussent-ils mille charmes vainqueurs ■55 Pour en empester tout de langueur & de flame ,

Sans vostre nom , je croy , Madame , Qu'ils ne gagneroient point peut-estre tant de cœurs.

Comme la jalousie est une chose étrange 1 Quand ce Tendron parut , on fit tout son pouvoir 160 A bien dire en raillant que qui se laissoit voir

N'estoit point tout à fait un Ange ; Demandez pourtant , s'il vous plaist , Au paland Duc de Roquelore Qu'il vous dise ce qu'il en est ; 165 II s'en peut souvenir encore.

Apres avoir causé dans la Foire , un moment , Avec un Objet si charmant , Quand il fut pour voir cette Belle , Le lendemain , dans sa maison , »7<> Il trouva , par bonne raison ,

Que rien n estoit plus Ange qu'elle.

Il est temps de finir par quelques nouveautez Qui ne soient point de nos Provinces , Et dont les singularitez <75 Regardent quelques autres Princes.

On dit que deux puissans Bassas , Qui sont révoltez dans I'Asie , Ont encore un nouveau Messie Dont ils suivent oar tout les pas ;

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1*0 Qu'ils ont en diverses contrées

Tant de troupes confédérées Que , la Porte s'en allarmant , On va rappeller de Candie Le Grand Vizir asseurement , l85 Afin que Ton y remédie.

Les Juifs sont cent fois plus badauts Que les badauts de Paris mesme , De vouloir croire encor une sottise extrême , Apres avoir suivy tant de Prophètes faux. 190 Depuis qu'une imposture noire

Trompe leur espnt ingénu , Les grands marauts qu'ils sont , ne devroient-ils pas croire Que le vray Messie est venu ?

Le Marquis de Duraz, Ambassadeur de Gènes , 195 Se prosterna , dit-on , aux piez du Grand Seigneur .

L'une des dernières semaines , Et luy demanda la faveur De conclure avec luy le dessein du commerce Dont depuis si long-temps l'espérance le berce ; 300 Mais sa Hautesse , à ce qu'on dit ,

A toute sa belle harangue Autre chose ne répondit Que x « Va te promener t » en sa turquesque langue. Je plains fort ce pauvre Envoyé :

305 Après avoir donné tant de Damas de Gènes ,

Il me semble fort mal payé Et mal reconnu de ses peines.

C'est comme en use le Sultan Avec les Souverains de la petite estofe , a 10 Qui , ne se doutans point de telle catastrofe ,

Pensent de leur Satin éblouir le Divan. Maispassons à d'autres affaires :

Les Turcs , sur terre & sur les Eaux , Font tous les jours encor des Arméniens nouveaux ; 315 Rach-Bey, l'un des fameux Corsaires ,

Est dans le Negrepont avec tous ses Vaisseaux Et plus de soixante Galères ; Un corps de dix mille Soldats L'y suit encor pas k pas ; 330 Un autre corps de six mille Hommes

Est dans la Romanie au près de Napoly ; Un autre de dix mille , avec de grandes sommes , Tient un autre PaSs remply, Et cette force est destinée 935 Pour se rendre dans la Canée.

Adieu, Madame; permettez

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