Du 3. Avril 1667 (Robinet
Que ce ne fût sur les Rapports De ces Esprits malins & torts.
Je leus et releus ces Epîtres ,
30 J'en critiquay tous les Chapitres , J'en examinay chaque Vers , Et , belle Altesse , que je sers , Jusqu'au Point , jusqu'à la Virgule , Tout passa dessous ma Férule ;
-35 Mais , dans cet Examen pressant , Tout me parut fort innocent.
Aussi, dessus ce Point, Madame , Dont j'ay bien de la joye en l'Ame , Je n'ay rien appris du depuis 40 Et, de la sorte , je poursuis Gayement ma petite Tasche , Où de vous divertir je tasche , Et , je le dis sans vanité , Avecque toute honnesteté.
45 La Muze, ayant par tout Corn-
fmerce , A sceu qu'au beau Sophi de Perse Un Envoyé du Grand Mogor , Qui possède maints Lingots d'Or, Estoit venu faire , en sa Langue ,
50 La souscrite bourrue Harangue :
« Sophi , je suis venu vers Toy, » De par le Grand Mogor, mon Roy, * Arbitre de la Terre & l'Onde , » Et le Seigneur de tout le Monde ,
55 » Te demander brièvement
» Que tu lui rendes promptement , » Sans Car, ni Si, bref, sans Remise, » Ces grandes Villes sur lui prises , » Sçavoir celle de Candahar
60 » Et celle de Calbezaar , » Ou qu'autrement dessus ta Terre Il vient fondre comme un Ton- Et que tes Sujets, à ton nez, [nerre, En payeront les Pots cassez: »
65 La Harangue est assez jolie Et mérite bien qu'on en rie ; Aussi , dit-on que le Sophi , Sans émotion , en a ri Et que telle fut sa Réponse
70 A l'Envoyé , sur sa Semonce :
« Noble Envoyé , venu vers moy » De par le Grand Mogor, ton Roy, » Arbitre de la Terre & l'Onde , » Et le Seigneur de tout le Monde ,
75 » Sans doute , imaginairement , » C'est à dire plus clairement ,
» Le Seigneur des Espaces vuides , » Propres pour ses Désirs avides , » Va lui reporter, de ma part ,
80» Que je lui proteste, sans fard, » Que je sçai bien comme il faut
[prendre , » Mais nulement comme 11 faut
[rendre , » Et que je vais , dés aujourd'huv, » En Personne, au devant de Lui. »
85 L'Envoyé , les mains dans ses
[Poches , Plus penaut qu'un fondeur de Clo-
[ches De ce brusque & piquant Repart , Laissa là le Sophi gaillard Et tira viste ses Naquettes ,
90 Etant régalé de Moquettes Et de Quolibets peu plaisans , Par grands & petits uourtisans.
Le Premier Visir , en Candie , A du chagrin , quoi qu'il en die ,
95 De ne pouvoir nen avancer, Et , si c'était à commancer, Il lairroit , la chose est certaine , En paix la Métropolitaine.
En ayant lorgné les Dehors ,
100 H les a reconnus si forts, [foire
Qu'il craint, comme on dit, de n'y Sinon que de l'eau toute claire.
Car, quoi qu'il ait conduite & cœur Et qu'il agisse avec vigueur,
105 II n a pas la force bastante
Pour cette Entreprise importante , Et le peu d'Hommes qu'il a là (C'est pour enrager que cela), La maie Peste & la Famine
1 10 Les étoufe & les extermine.
Derechef, le Peuple , à Moscou , S'échigne & joue à casse cou , Touchant les Points de la Créance .
Chacun voulant que ce qu'il pense
i 15 Sur ce sujet , ou juste ou non , Par les autres soit trouvé bon Et que , suivant son beau Tariffe , Tout le reste soit apocrife ; [Lieu , Et c'est comme , en maint & maint
120 On se mange, au nom du bon Dieu.
aa5. — Du 3. Avril 1667 (Robinet).
La Joye aujourd'huy se dilate ie Poioocto Par tout , au Pays du Sarmathe , Non pas sans beaucoup de raison , Depuis l'entière Guérison 135 De son aimable Souveraine , Dont le Mal le mit fort en peine ; Tellement qu'aux derniers jours Gras On en redoubla les Repas Et l'on fit plusieurs Mascarades , 130 Avec quantité de Gambades , Où même on apprend que le Rot, Tout transporté , prit tant sur soy,
laSalp* QU»U fallut que PhléBOTOMIE ,
Qui n'est pas trop ma bonne Amie , 1 35 Le secourût , le lendemain , Pour le rendre gaillard & sain.
Qui plus est , toutes les Diètes Ont été tout à fait quiètes , Car Messieurs les Lubomirsquins , M<>Saignans du nez & tous chagrins , Ont de leur Chef de Confrairie Quité l'Esprit de broùillerie.
La Beste morte , c'est ainsi Que le Venin est mort aussi.
145 Du Portugal & de I'Espagne , Divers Bruits bâtent la Campagne :
Les uns sont qu'enfin leur Traité Est absolument avorté , Malgré toute Angloise Entremise ,
15° Sans aucun espoir de reprise , D'autant que ledit Portugal Veut traiter avec un Egal ; Les autres sont que , d'asseurance , On a renoué Conpérance ,
>55 Mais , pour tout dire rie à rie , As°^M~ Sans que le Comte de Sandvic , «fAngto- Négociateur de l'Affaire , èMaSrit Plus qu'auparavantven espère.
En effet , pendant tous ses soins ,
160 Leurs Apprêts sont de bons Témoins Qu'ils pensent à quelqu'autre chose Qu'à cotte Paix qu'on leur propose.
A propos d'EsPAGNE, on écrit, De la grand' Cité de Madrit, 165 Que l'illustre Dom Jean d'AusnucHE, N'étant plus un Seigneur en friche , Y parêt comme en son vrai Jour, Et reçoit de toute la Cour Et les Respects & les Visites
170 Qu'on peut devoir à ses Mérites ; D'où l'on augure asseurement Qu'il aura le Commandement En cette Campagne prochaine.
Mais quoi ? qu'en dira Caracéne ?
175 La Britanique Majesté
Ne veut point , dit-on , de Traité En nul autre Lieu qu'à la Haye , Si bien que , si la chose est vraye , C'est de la Paix désormais fait ;
180 La voila, sans doute , au Filet , Et , sur la vaste Onde salée , On va voir la Guerre étalée , Avec un superbe Appareil , Leauel jamais n'eut de pareil.
185 Nôtre Flote , bien assortie , Y tiendra des mieux sa Partie , Avec plus de soixante Nefs , Dessous le plus hardi des Chefs , ^e110 Le grand Duc à Perruque blonde , Bmfcrt]
19° Et grand Cousin du Dieu de I'Onde. Mais , las ! 6 trop fiers Ennemis , S'il se peut , devenez Amis Et pensez, bref, que la Victoire Ne vous sçauroit couvrir de gloire
195 Que parmi les Meurtres épais D'un Tas affreux de Vos Sujets !
Mais , après avoir fait la Ronde Par ces divers Climats du Monde, Le Levant, le Midy, le Nord, 200 Ramenons chez nous nôtre Essor :
Nous y trouverons des Nouvelles Qui ne seront pas les moins belles , Afin.de donner, de tout Point • A nôtre Ecrit son Embonpoint.
205 Deux tres-excellens Personnages , Qui sont zélez , éclairez , sages Et d'une haute Probité , Grâces à nôtre Majesté [d'Elle
(Dont tous les Chois sont dignes
210 Et rendent sa gloire immortelle) , Cette Semaine, ont été mis En deux beaux Postes de Thémis :
L'un pour y rendre la Justice , L'autre pour faire la Pouce.
215 Ces deux illustres Magistrats , De qui Ton fait beaucoup de cas ,
aa5. — Du 3. Avril 1667 (Romnst).
Sont d'OFFBMOMT & la Réyicib ,
Chacun pourvu d'un beau Génie , Et , le premier, tres-digne Fils 220 De ce bon Serviteur des Lys , Du grand d'AraitAY, duquel , sans
[doute , Suivant louablement la Route , Il va remplir, dans son Employ, Les Vœux & du Peuple & du Rot.
225 Je ne sçai ce que l'on me conte De Gens d'une Chambre de Compte Qui , pour la Séance ou le Pas , Sont devenus Gens à Combas , Non pas à Combas de l'Epée ,
230 Qui chez eux n'est guère occupée , Mais d'Armes qui ne percent point.
Quoi donc , seroit-ce à coups de
[Poing î Seroient-ils Héros de la sorte ? ' A qui le sçait je m'en rapporte