IX. SEMAINE
Du Jeudy 7. Avril 1667.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
J'ay haste & vay viste vous dire Tout ce que je sçay de nouveau , Car, charmant Prince , je désire D'adorer, ces jours-cy , mon Dieu dans le Tombeau; 5 Dans le juste dessein de donner quelque chose
A ce Dieu qui me donne en Vous Un aimable & Royal Espous , Sur qui mon espoir se repose , A ce Rédempteur des Mortels , 10 De qui l'amour pour tous les hommes
Semble exiger qu'au moins dans le temps où nous sommes On n'ait point d'autres soins que ceux de ses Autels , J'avois résolu que ma veine N'interromproit point l'Univers 15 Durant cette Sainte Semaine ;
Mais j'ay trop de quoy, dans mes Vers , Publier son Nom ot sa gloire , Pour pouvoir différer à vous dire une histoire , Qui peut aujourd'huy mesme illustrer la Victoire 30 Qu'il remporte sur les Enfers.
Je ne sçay pas , Seigneur , si , parmy les Nouvelles Qu'on débite à vos Courtisans f Ce qu'on dit de la mort du Sophi des Persans Se* compte entre les plus fidelles ; »5 Mais , qu'on doute ou non de son sort ,
Il est assuré qu'il est mort , Dans un temps qu'avec une Armée De deux cens mille combatans Il devoit attaquer l'Empire des Sultans , jo Et que déjà la Porte en estoit allarmée.
Il a laissé pour Successeur t
Un Fils qui touche à peine à sa douzième année ,
Et ce Fils est Chrestien , Seigneur .- t
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C'est l'aventure fortunée , 35 C'est le Triomphe singulier
Que je ne pouvois point remettre à publier. Long-temps avpnt la Mort du Grand Sophi , son Père , Ce Prince avoit esté nourry pour Jésus-Christ Et maintenu dans cet Esprit 40 Par les soins secrets de sa Mère.
Cette sainte Princesse , alors .
Par un trait de sa Politique , Luy faisoit à Terreur donner tous les dehors, Jusques à ce qu'un jour, le pouvoir Monarchique 45 Estans remis entre ses mains ,
Il pust avec plus d'efficace Et de beaucoup meilleure grâce Faire embrasser aux siens le Sauveur des Humains ; Mais , depuis qu'il s'est veu Monarque , 50 II s'est hautement déclaré
Et , devant tout le monde, il a porté la marque De ce Dieu qu'en secret il avoit adoré. Il a pris pour Garde affidée Douze mille soldats Chrestiens, $5 Qu'il comble tous les jours de biens
Et qui tous sur l'épaule ont une Croix brodée. Il est vray que l' Estât s'en trouve desuny Et qu'un nombre presque infiny De ceux dont le bonheur est dans les brouilleries , 60 Donnant à la révolte en cette occasion
Un masque de Religion , Excite des mutineries ; Les Satrapes séditieux , Sur ce prétexte spécieux , 65 Ont déjà mis son Oncle au Trône de son Père ;
Mais , outre qu'à mon sens ce n'est pas peu d'affaire De dépouiller un Roy qui voit dans ses Estats Presqu'autant de Chrestiens fidelles Que de sujets faux & Rebelles , 70 Quand on a Dieu pour soy , Seigneur , on ne craint pas
Devois- je f à vôtre avis , différer cette histoire , Qui fait voir que ce Dieu de gloire , Qu'aucuns n'estimoient pas le Rédempteur de tous , Est mort pour les Persans aussi bien que pour nous ? 75 Ce sont les Doctes Jésuites f
Ces Propagateurs de la Foy ,% Qui , par leurs ardantes poursuites , Ont mis ce Prince sous sa Loy.
Ah ! s'il plaist à la Destinée , 80 Ou plustost au Dieu qui la fait ,
La Terre la plus éloignée Deviendra , par leurs soins , Chrestienne tout à fait.
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' Je conseille aux Estats des Provinces Unies
De tenir fort secrets ces Païs , grands & beaux , 85 Qu'ont découverts leurs Compagnies ,
En voguant l'an passé sous des Astres nouveaux ,
Car, s'ils estoient connus de ces zelez Apostrks ,
Ce seraient dans un an des Païs tout Romains
Et Chrestiens sans erreur, ainsi que beaucoup d'autres ♦ 90 Ce qui ne serait point conforme à leurs desseins.
Sçavez-vous ce qu'on dit de ces terres nouvelles ? Trois ans se sont passez depuis qu'un grand Vaisseau , Errant à la mercy des Ondes inndelles , Apperceut vers le Nort un large courant d'Eau, 95 Qui • se perdant enfin de veue ,
Toujours entre de grands Rochers , Fit naistre l'envie aux Nochers De voir où se rendoit cette route inconnue. On entra bien avant dans cet affreux Canal , 100 Et tant qu'après six jours le Nocher, sans courage
De se voir équipé trop mal Pour tenter un plus long voyage , Se contenta pour cette fois D'en marquer seulement l'endroit & les Estoilles , «°5 Et s'en revint , à toutes voilles ,
En avertir les Holiandois.
On en fit un secret jusques à l'autre année , Qu'enfin quelques Marchands , un peu mieux équipez , S'abandonnant en Mer à toute Destinée , no Les Rochers furent ratrapez.
Le Courant se passa ; l'on prit à sa sortie Une Mer jusqu'alors inconnue aux Vaisseaux , Où la Flote , six mois après estre partie , Vit à la fin la terre & des Peuples Nouveaux. 1 15 On dit que ce sont des contrées
Qui , pour estre du Nort , sont assez tempérées. Les Peuples en sont doux , propres & bienfaisans : Ils firent aux Marchands aussi-tost des presens ; Mais ils furent surpris, dit- on , de voir sur l'onde \ 'ao Voguer des bastimens flottans ,
D'où l'on jugea que , de tout temps , Us s'étoient crû tout seuls au monde.
Ces Marchands en sont de retour, Afin de préparer une Flotte plus grande , "5 Qui puisse établir là les Estats de Hollande
Et leur Commerce , quelque jour.
Us n'osent , dit-on , mesme en parler à personne , De peur qu'un Envieux ne leur oste ce bien ; Mais que la peur les abandonne :
»3° • Qui que ce soit n'en sçaura rien ,
Que lors que vos Vertus extrêmes , Allant chez les plus inconnus , Ces gens-là , pour vous voir , nous viendront dire eux-mesmes
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Les lieux dont ils seront venus.
135 Auparavant cette Nouvelle ,
Seigneur , j'ay deu vous avoir dit Que nostre Langue en Perse est dans un tel crédit Qu'on l'y parle quasi comme la Naturelle. Voila de quoy nous sert d'avoir de beaux* esprits 140 Dans une Académie Illustre :
Ils l'ont si bien mise en son lustre , Qu'ils l'ont enfin rendue dans une langue sans prix.
Les Muses , en Cérémonie , Comme vous sçavez , ont offert 145 Une place à Monsieur Colbert ,
Dans cette illustre Compagnie , Et l'on passe en cela , Seigneur , Par dessus la Règle prescrite , Qui veut , au lieu qu'on l'offre à son rare mérite , *y> Qu'on s'empresse long-temps pour avoir cet honneur
Si nostre langue a fait merveilles Jusques à cette heure sans luy.
Que sera-ce donc aujourd'huy Qu'il s'en va luy donner quelqu'une de ses veilles ? 155 On suit fort en ce choix mes inclinations :
Je ne connois personne en France Qui puisse avecque suffisance Estendre le François en plus de Nations.
Que dit-on chez vous de la guerre ?
t*o On dit icy que chacun pense à soy
Et qu'en l'incertitude où fondra le Tonnerre ,
Tout le monde tremble d'effroy.
Pour la Paix d' Angleterre , on veut qu'elle soit faite Et que l'on soit d'accord des poincts les plus fâcheux ; 165 Mais , quand ce don de Dieu rendra I'Anglois heureux ,
Ce ne sera jamais si-tôt qu'on le souhaite.
Dites à Monsieur de Grammont Que quelque Adroit a sceu luy faire , Dans Paris , une étrange affaire : 170 Tous les jours cent Contes s'y font ,
Tres-fascneux pour sa renommée , De ce qu'au milieu de l'Estat Il a bien eu l'audace , en teste d'une Armée , De livrer à son Roy hautement le Combat. 175 Encor ce matin , une Belle
Disoit : « à qui se fira-t'on , » Si ce Mareschal de Grammon , » Que Le Roy croyoit si fidelle , /
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» Est coupable vers luy de cette trahison ? » 180 , J'eus pitié de luy comme d'elle ;
Pour la détromper, je luy dis Le Combat qui se fit , la semaine dernière, Où le Rot, Chef d'un des Partis , Et ce Mareschal, du Contraire , **5 Avoient t en exerçant l'adresse des Soldas ,
Fait paroistre v dans une Plaine , L'ordre & les horreurs des Combas Que conduit un grand Capitaine , Hormis la Mort, qui n'en fut pas ; >9<> Je luy fis un portrait de l'épaisse fumée
Que sans cesse y rendoit la bouche des Canons ,
Des Pistolets , des Mousquetons y Où ce Prince accoustume, en jouant, son Armée ; Et je luy parlav mesme encor "95 De ce Mousquet crevé qui , faisant quelque playe ,
Fut cause au'un soldat eut du Rot, pour sa paye , Sur le champ trente Louis d'Or.
O Dieu 9 qu elle en fut estonnée 1 Elle crut que du Marsscral **° Elle seroit assassinée ,
S'il venoit à sçavoir qu'elle eut parlé si mal ; Mais moy, qui le crov mieux connoftre , Je luy dis que , bien loin d'en avoir du dépit , Il la remerciroit de l'avoir bien maudit , *>5 S'il sçavoit qu'elle l'eut soupçonné d'être traître.
De Vendredy, Prince charmant , Monsieur PAbbé Colbert Saint Pouanoe Est Conseiller au Parlement :
Il a la probité , le cœur, l'esprit d'un Ange , a 10 Et n'y servira point d'un petit ornement.
On receut , la même journée , En cette même dignité , Le jeune Tarteron , dont la capacité 9 La qualité , l'honneur, le sens , l'ame bien née , ai 5 Sont connus de tous , Dieu mercy ;
Il s'y fit admirer aussi ; Mais de qui tiendroit-il s'il eut fait le contraire ?
Son Père est un homme sans prix , Et sa spirituelle & vertueuse Mère 930 N'a point sa pareille à Paris.
A Dieu , je finis cette lettre , Quoy qu'il me reste des sujets , Les plus galans du monde , à mettre ; Mais un temps si pieux cherche d'autres objets. 335 Allez , suivez , Seigneur v cette admirable Reine ,
Dont je voy les transports saints , amoureux & doux Ravir le Ciel aux yeux de tous ;
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Suivez un grand Roy, qui vous meine.
Au sepulchre d'un Dieu mourant ; *?o De ma part , en ces lieux je vais en faire autant ,
Et nous serons galans la prochaine semaine.
db SUBLIGNY.
A P*Hs , Chêç Pi$rr$ Là MonnUr, nu <U$ Hatkmrins , «s Feu Divin. i66y. Avtc Prroiltgt.
(La Muse Diuphine, etc. , 1667 — voy. le n° 209 , col. 640 — , pp. 109-120.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Pak CHAtLit ROBINET.]
Du 18. Avril 1667.
Pour vos Œufs de Pasque , Madame , J'ay dessein de changer de Game Et de varier mes Concerts.
Sçavez-vous bien comment , 6 charmante Princesse ? C'est qu'en ma Lettre à vôtre Altesse
Je désire mesler la Prose avec les Vers.
Si ce Plat d'Extraordinaire Peut avoir le bien de vous plaire , Nous le servirons quelque-fois , 10 Et , sans vous faire Ici de plus long Préambule ,
Je vais à ce genre de Bule Appliquer mon Esprit , & ma Plume , & mes doigts.
Chez le Sarmathe , en fin finale , De la Diète Générale
15 L'ouverture se fit le sept , de Mm
Et c'est tout ce que l'on en sçait , Si ce n'est oue les Seigneurs Nonces , Dans leurs Demandes & Réponces , Etoyent toujours tres-peu d accord ,
*> D'où Ton craignoit nouveau Discord.
D'ailleurs , quelques Francs cabalistbs , D'ordinaire peu Royalistes , Prennent à Tascbe , ce dit-on , De rétablir la Faction
35 Qui de Lubomirsqui , mal sage ,
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Fut ci-devant l'illustre Ouvrage ;
Et l'on écrit encor , de plus ,
Qu'ils font sonder DéM&nuus ,
Pour voir s'il serait à leur poste 30 Et s'il voudrait remplir le Poste
Qu'occupoit le défunt Patron
De la louche Rébellion ;
Mais ce Prince , toujours fidelle
Et pour Cazimir plein de zèle • 3 Fait la sourde-oreille à leurs Vœux
Et , sagement , se moque d'eux.
Mais il ne faut pas s'étonner qu'il ait l'Ame si royale : comme je me suis curieusement informé de sa Généalogie , j'ay découvert qu'il est de la Tyge des Roys & au'il descend de ce Démétrius qui étoit fils a Antigone , Roy de 4° Macédoine. Je ne vous jure pas néantmoins que cela soit fort vrai , & je vous laisse la liberté , si vous le jugez à propos , de vous en inscrire en feux contre cet Article.
A peine encor le Rossignol Ses divins roulemens desserre , 45 Qu'on void le Portugais , grand Anti-Espagnol ,
Préluder en Campagne & rechauffer la Guerre.
Mais on dit que les Exploits Printaniers ne lui sont pas heureux, & qu'après avoir emporté une petite ville • étant passé à l'Ataque du Château , les Castillans, piquez de cette hardiesse comme d'un Affront,
5° Le forcèrent à la Retraite ,
Où le grand Feu de leur Courroux , Fécond en homicides Coups , Fit choir parmi les Morts Noirmoutier & la Frète.
C'est , en vérité , dommage de ces deux Braves , & , pour le reste , le 55 Portugais peut s'en consoler, suivant le Proverbe qui dit que les Armes sont journalières.
tVautre part , son Roy, plus heureux Dedans ses Explois amoureux , A si bien carressé sa Reyne *> Qu'elle en a , d'un beau Fruit , Ceinture ronde & pleine.
L'Empereur , en pareils Explois , N'a pas eu ma ndre réussite , Et sa charmante Marguerite . En a , vraiment , pour ses neuf mois.
65 Le Premier Visir , en Candie ,
Roule fort sombrement sa vie ,
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Contristé de toujours prévoir Qu'il n'aura pas en son Pouvoir, Du moins si-tôt , la grande Ville 70 Que le Vénitien habile
Ajuste dedans et dehors , Si bien que , pour la prendre au Corps , Il faudra , pour le dire en somme , Qu'il soit un peu plus Diable qu'Homme.
75 Le bruit court aussi qu'ayant mandé dans la Canée un Ministre de la République, il lui en a fait en termes fort doucereux de nouvelles Propositions d'Accomodement , mais auxquelles , je croy , elle ne se fiera que de bonne sorte.
On n'est pas encor, prés, dit-on , So D'ouvrir & tenir le Conclave ,
Car Alexandre , comme un Brave , Fais toujours la Figue à Cloton.
Depuis quelques jours , le Saint Homme A même mit partir de Rome *; Six Bonnets ae Couleur de Feu
Pour mainte nouvelle Eminence , Comme on sçait , émanée encor, depuis peu , De sa souveraine Puissance.
Enfin , faisant à l'ordinaire ses fonctions, il a donné , dans le Consistoire, 90 le Chapeau au Cardinal Carraccioli & fait la cérémonie de lui fermer & ouvrir la Bouche ; & , bien davantage . sa Sainteté se promet de secourir les Vénitiens dans la Métropolitaine de Candie , lors que les Otomans l'auront assiégée. -
Au Maître Echevinat de Mets
On a receu , je vous promets , 95 Le Sieur Givri de belle Sorte ,
Et la joye encore transporte
Le Peuple Messin sur le Chois
Qu'en a fait le plus grand des Rots
Pour remplir cette belle Charge , 100 » De qui le Pouvoir ample & large
Le fait présider pleinement
A la Noblesse mémement.
Ce Givri , Personnage habile
Et Nourriçon d'icelle Ville , 105 Est le Lieutenant de Mouzon ,
Que Ton estime avec raison
Comme un Gentilhomme tres-sage ,
Et plein de zélé & de Courage.
Ce fut ce que le sieur de Choisi , Intendant , étalla à merveille dans une
1 10 belle Harangue , qu'il fit sur sa Réception , & qui obligea le Parlement , avec
tous les autres Corps , à lui rendre de particuliers honneurs. On le conduisit
en la Catedrale au son de la grosse Cloche , qui est la marque des grandes
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Cérémonies , avec un Concert de Flûtes douces , de Cornets à Bouquin , de Fifres , de Clairons & de Tambours , &, le lendemain , les Jésuites le firent 1 >5 aussi sçavamment complimenter par leurs Ecoliers.
Mais un autre Sujet m'appelle , Encor plus digne de mon zèle.
La brillante de Montpbnsibr ,
Nom qui porte un Eloge entier, "° Signifiant cette Mortelle
Qu'on appelle Mademoiselle ;
Cette grande Princesse , donc ,
Amazone , s'il en fut onc ,
Arrivant dedans Eu , n'aguéres , "5 Inspira les Vertus Guerrières
A cinq ou six pauvres Pescheurs ,
Et mêmes les rendit Vainqueurs.
En quatre mots , voici l'Histoire
Du Combat & de la Victoire.
i|o Un Avanturier des Anglois ,
Voulant, par d'importans Explois ,
Se rendre Avanturier de marque ,
Des Pescheurs enleva la Barque
Et mit dessus quelques Soldats , «35 Lesquels des moindres n'étoyent pas ,
Pour emmener en Angleterre
Une telle Prise , belle erre.
Mais la pensée qui vinst à ces Pescheurs , que leur auguste Pnncesse étoit proche de là , leur enfla tellement le cœur que , se ruants intrépidement sui 140 ceux qui les conduisoyent , ils s'en rendirent les Maîtres,
Et ces Guerriers frais émoulus , ,Mais dignes néanmoins d'une belle Guirlande , Amenèrent , tous sais , leurs Prisonniers confus , En Triomphe , à 1 Altesse & si belle & si grande , 145 Lui confessant , en bon François ,
Que ce premier de leurs Explois Etoit moins un Effet de leur propre Courage Que de sa Présence en ces Lieux , Dont ils venoyent à ses beaux Yeux , 15° Avecque plaisir, rendre hommage.
L'Héroïne , ne pouvant assez admirer la rareté du Fait , ne se contenta pas de leur donner des Louanges , que les plus fiers Conquerans préfereroyent aux plus superbes Triomphes, mais elle y ajouta des Effets de sa Libéralité qui ne plurent pas moins à cette sorte de Victorieux.
155 Mais, à propos de 1' Angleterre ,