‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 182 sur 257 · II · texte numérisé non relu

II

8o3 227. — Du 16. Avril 1667 (Robinet). 804

Aurons-nous la Paix ou la Guerre ?

Oui , nous aurons l'une des deux , Croyez-moy sur cette Matière ; Car vous dire autre chose , hélas I je ne le peux : 160 Trop courte est là-dessus ma petite Lumière.

Quoi qu'il en soit , lés Avances civiles de la France & des Provinces-Unies » avec les bons Offices de la Suéde, ont engagé l'Angleterre à faire aussi quelques nouvelles Démarches , par le Chois de Breda pour y travailler à ce

Çenible Ouvrage de Paix , & les Êstats Généraux ont déjà envoyé des Passeorts au Roy de la Grand' Bretagne pour la seurté de ses Ambassadeurs , qui sont Milords Holiis & Conventry.

Ajoutez à cela les Destins de Louis , Maîtres de la Terre & de l'Onde , Qui rendent , chaque jour, sa Gloire sans seconde 170 Par des Prodiges inouis :

Vous pourrez seurement conclure Qu'eux , dont tout l'Univers reçoit sa Tablature, Trancheront le Nœud Gordien , Et que , malgré tous les Obstacles , 175 Le Belge aura la Paix , sans qu'il en coûte rien

Que le moindre de leurs Miracles.

Je ne touche point aux Dévotions de nôtre Cour pendant la Semaine-Sainte. Il y a long-temps qu'on sçait que nos Majestez y vivent d'une Pieté exem-

[>laire ; qu'elles y retracent cette Action d'humilité où le Dieu fait Homme ava les pieds à douze Hommes ; qu'elles ne s'y nourrissent , le plus Saint des Vendredys , que comme autre-fois se nourrissoit le Prédicateur du Désert , de simples Racines ; que nôtre charitable Monarque y touche quantité de Malades ; & dire toutes ces belles choses est ne rien dire de nouveau.

Seulement , ici , je remarque 185 Que l'illustre Abbé le Teluer ,

A la Cène , prescha devant ce grand Monarque , Avec un Talent singulier De périodique Eloquence Et de merveilleuse Science , 19° Et que ce Dauphin plein d'appas ,

Qu'on void aussi beau que sa Mère , Et qui ne sera pas moins Héros que son Père , Comme un autre y portoit les Plats.

J'ajoute que I'Abbé le Maire , 195 De nôtre auguste Reyne annuel Orateur

Et bien Sorbonique Docteur, Fit , à sa Cène aussi t son Sermon ordinaire.

Je ne puis oublier que l'éloquent Mascaron , qui a distribué la Manne Evangehque à nôtre Cour durant la sainte Diète , y termina sa Carrière pat 260 le Sermon du Divin Crucifié & par celui de sa Résurrection ,

8o5 %%j. — Du 16. Avril 1667 (Robinet). 806

Avec beaucoup de Gloire Et d'applaudissement au Royal Auditoire.

Le Grand Général des Feuillans , qui avoit ici fait les Prédications de la même Diète , en l'une de nos plus fameuses Paroisses , avant esté suivi de la *>5 plus belle & plus brillante foule de cette Ville , eut 1 honneur de la voir augmenter, le jour de la Passion ,

Du beau Premier Monsieur de Francs ,

Qui , par chois & par préférance ,

Vinst pour l'ouir, avec grand Train , a,° Expressément de Saint Germain ,

Et Télogisa de manière

Que j'en voi sa gloire pléniére.

Mais , pour tout dire en peu de mots ,

Cet aimable & brillant Héros , t

21 ' Etant venu chez les bons Pérès

En suite faire ses Prières ,

Dom-Côme vinst diligemment ,

Par un tres-poli Compliment,

Lui rendre honétement le Change aao De son obligeante Louange.

Etant si avant sur le Chapitre des Prédicateurs , je ne sçaurois obmettre , sans être injuste envers la Pieté de la*Reyne d'Angleterre & le Mérite du Père de Saillant, que cette grande Princesse a esté plusieurs fois ajouter ses Applaudissemens à ceux de son Auditoire.

"5 Chacun ne conêt pas ce Père de Saillant,

Dont en Discours sacrez la Bouche est si fleurie :

N'aguére il commandoit à la Cavalerie Et même étoit , sans doute , un tres-rude Assaillant ; Mais il n'a pas perdu sa vertu Militaire ': *fo II l'exerce encor, dans la Chaire ,

A foudroyer le Vice & vaincre les Démons ,

Et la Merveille est singulière ,

Ou du moins tres-peu familière , Qu'un Homme de Combats fasse ainsi des Sermons.

«35 Nôtre Lieutenant de Police , P* R«ynfcj

Aimant la Mesure & le Poids ,

Ne sçailroit souffrir qu'il s'y glisse

Aucun abus contre les Loix.

Je vous le di , sans flaterie , *4*> Il n'entend point de raillerie

Sur ce Point, des plus importans,

Et de certaines Gens , n'aguére ,

Payèrent bien la foie Enchère De s'être rencontrez en fraude à contre-Temps*

807 «7. — Du i6. Avril 1667 (Robinet]. 808

345 C'estoyent des Boulangers & Chandeliers mal moriginez , du Faux-bourg S. Germain , dont il envoya le Pain & la Chandelle aux Prisonniers , qui . se trouvans fort bien des mêmes choses dont les autres se trouvoyent mal ,

Crièrent cent fois : c Dieu bénie » L'Equitable de la Reynie ! »

350 Le Public en disoit autant ,

Et, de tous costez l'exaltant.

Changeant le Proverbe , en son zélé, S'écrioit que son Jeu valoit bien la Chandelle.

De vrai , cette petite Sévérité , exercée avec la douceur qu'il y mesle , & qui 355 gagne même le cœur de ceux qu'il punit , contiendra chacun dans son Devoir : et, sur tout, le menu Peuple qui souffre le plus du faux Poids & de la fausse Mesure , en sentira les bons & utiles Effets.

Pour passer à d'autres Nouvelles, J'en tiens une au Collet qui n'est pas des plus belles , 360 Puis que c'est nouvelle de Mort ,

Mais c[ui peut nous instruire , en somme , Du triste & pitoyable Sort De l'Homme.

Le Comte de la Trinité , qui venoit Ici , de Savoye , en qualité d'Ambassa- 265 deur , n'y voulant parêtre qu avec un Equipage digne de la magnifique Passion qu'il avoit de soutenir son Caractère avec un éclat hors du commun , attendoit depuis quatre mois une superbe Tapisserie de Milan , avec plusieurs autres choses qui devoyent servir à la décoration de son Palais & à la Pompe de son Entrée. Enfin , selon les mesures qu'il avoit prises , tout s'étant trouvé en 270 estât , il arriva en cette Ville le 7. de ce mois , en la plus belle disposition du monde , & triomphant en lui-même de ce merveilleux Appareil ;

Mais des Parques la plus cruelle , De ses nobles Desseins souriant à part-Elle , L'atteildoit de pied-ferme , en son superbe Hôtel, 975 Et la Laide , avecque furie ,

Le perça de son Dard mortel , Comme il s'applaudissoit sur sa Tapisserie.

Hé bien , cher Lecteur , que dis-tu D'un si déplaisant in-promptu ?

280 Cela veut dire que l'Homme , qui se dit le Roy de la Nature , n'en est que le simple Jouet ; qu'il n'a rien d'asseuré que la Misère & le Trépas , & qu en vain il forme de vastes & de présomptueux Desseins, puis que l'exécution n'en est pas en sa puissance. Mais cette Morale est trop sérieuse & trop poussée dans une Lettre historique ; passons donc à un autre Chapitre.

2S5 Le rare Abbé de la Roquette

Porte sur son habile Tête ,

809 227. — Du 16. Avril 1667 (Robinei) 810

Où l'on ne loge rien de commun , La brillante Mythe d'Aunm.

De Sens le fameux Archevesque ^GonSEf d*

390 Sacra , Dimanche , cet Evesque ,

En un Monastère pieux , ^PiULï ai2ÎÏÏ69

*%. • «^ r • * -mr do Faux-court

Dont la Pompe surprit les Yeux , 8. An***

Et maints Prélats , Princes , Princesses, Du Rang des premières Altesses , *95 Firent en ce Sacre nouveau , •

Certe , un Concours nombreux & beau.

Le bruit a couru que Molière Se trouvoit à l'Extrémité Et proche d'entrer dans la Bière :

100 Mais ce n'est pas la vérité.

Je le connés comme moy-même :

Son mal n'étoit qu'un Stratagème Pour jouer même aussi la Parque au Trait fatal. Hélas 1 c'est un étrange Drôle :

W II faut qu'il exerce son Rôle

Sur le Particulier & sur le Général.

Parbleu , quoi qu'il en soit , ce seroit grand dommage Que la gloutonne Antropophage Eût dévoré ce bon Chrétien.

jio Je lui souhaite longue Vie :

De mainte autre elle est le Soutien , Et , s'il meurt , nous mourrons tous de Mélancolie.

Madame, vous serez de cet Avis , je croy. Là dessus , donc , je vais dater l'Epître mienne; 315 Le Ciel à vôtre Goût veuille qu'elle revienne ;

J'en seray bien ravi , ma foy.

J'ay fait cet Ambigu , tant de Vers que de Prose , A la veille de Pftque close.

A Perts, Cheç F. Muguet, rue de le Harpe , eux trois Rois. Avec Privilège eu Roy.

(Biblioth. nat., Lca, 33. Ré». — Biblioth. Masarine, 296 A* — Biblioth. de l'Arsenal , B. L. 11803. — Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par C

Page 1