‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 189 sur 257 · AVIS · texte numérisé non relu

AVIS

Mais , à la fin de cette Lettre , Pour le Public il me faut mettre Que , demain , la Troupe ou Roy,

390 Remontant en tres-bel arroy, Donne une Pièce toute neuve , Qui porte pour Titre la» Veuve , Mais Veuve à la Mode &du Temps. yVfÊà Sans doute , les Intelligens *

295 Concevront ce aue je veux dire ; Si donc ils ont dessein de rire , Qu'ils aillent au Palais Royal , Et, foy de Relateur loyal , Je croy, sans que je me méconte ,

300 Qu'ils pourront y trouver leur

[compte , Et les Comédiens aussi, [souci.

Si d'aller en bon nombre ils prennent le

Ismodt, comédie,

Doonesa devisé]

A Paris , Cher F. Muguet, rus de la Harpe , aux Trois Rois. Avec Privilège dm Roy.

Biblioth. tut., Le3, 22. Rés. — Biblioth. Mazarine , 296. Ai.

— Biblioth. de l'Arsen?l, B. L. 11802.

— Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Chaklbs ROBINET]

Du i5. May 1667.

Ma Fidèle G lion, sus, profitons des Feux Que nous avons repris dedans les divins yeux De l'auguste Héroïne Henriette-Marie :

Les plus beaux qu'inspirent Phœbus, Disons-le sans cajolerie , Sont , au prix , des Feux de bibus.

Oui , j'abjure aujourd'huy ce qu'en croid l'Univers ; C'est une vieille Erreur de nos faiseurs de Vers , Que , pour estre Sçavant , il faut qu'on le réclame. Un seul Trait de ces Yeux , qui font le plein Pouvoir

Du Dieu qui régne par la Flâme , inspire cent fois plus d'Esprit & de Sçavoir.

Quand ,« après quelque absence , enfin je les revoy Et qu'un de leurs Aspects se glisse jusqu'à moy , J'en ressens aussi-tôt les effets dans ma Verve Et mes Rimes vont d'un tel air , Que ce n'est point malgré Minerve Que je foi ma Veine couler.

Mais c'est assez , Clion, c'est assez préluder ; Nos Historiques Vers se veulent déborder Sur les divers Sujets que m'offrent mes Tablettes.

Laissons les jaser promtement ;

Ils s'en vont tailler des Bavettes t

Peut-estre , assez gaillardement.

25 Un tout frais ponu Messias , Lequel encor seize ans n'a pas , Mais oui montre beaucoup d'audace, Dans je Levant, a pris la place De cet autre impertmant Fat ,

30 Qui s'est enfin mit Renégat.

Ce jeune Cadet , ou Jocrice , En Mbsshub encor Novice , Est si grand» que Gargantua* Passeroit sous l'un de ses Bras ,

35 Ou du moins, comme dit l'Histoire, Le dernier Géant de la Foire.

Ce plus grand donc des Messias A. dans les Yeux certains Eclats

De vive & brillante lumière, 40 Qui rompent , dit-on , en Visière , A ceux lesquels , tout ébaudis , Se rencontrent assez hardis Pour l'oser regarder en Face.

Il est Blondin , a bonne grâce , 45 II parle fort benignement Et, pourtant , souverainement ; Il se pique de Prophétie , Et , soit noire ou blanche Magie , Les fades et crédules Juifs 50 En sont si fortement séduits , Ainsi qu'ils l'ont été des autres , Qu'il a plus de cent mille Apôtres ,

i3i. — Du i5. May 1667 'Robinet1.

Lesquels , le suivans aujourd'huy t Viennent à Smjrne avecque luy ,

55 Crians au'il faut que la Turquie Sa tres-humble Esclave se die , Car , comme son Prédécesseur , Il a la Monarchie à cœur , Et voudroit bien que la Fortune

60 Lui soumît celle de la Lune.

Mais on dit que le Grand Seigneur, Comme il y va de son honneur , A donné par tout si bon ordre Que le Galant n'y pourra mordre ,

65 Et qu'ayant bien fait le Badin , Ce çrand Messias & Blondin , Deviendra , comme son confrère , Bon Renégat & Janissaire,

Autre part j*ay dit , ci-devant , 70 Qu'une Nouvelle du Levant

N'étoit pas toujours l'Evangile ;

Or celles qui sont de ce Stile

Bien souvent le sont moins encor.

Ainsi , je ne fai point d'effort 75 Pour vous obliger à les croire ;

Mais ce qui suit est vraie Histoire.

Les Candiots-Vénitiens , Des Otomans Anti-Chrétiens Creusent très vaillamment les Tom-

[bes,

80 A coups de Grenades 9 de Bombes Et de l'alti-tonnant Canon , Quand , pour s'acquérir du renom Et montrer une ame hardie , Us les muguétent dans Candie ;

85 Ce qui rend lesdits Turcs-cornus Un tant soit peu plus retenus , Et fait que le Visir enrage De n'avoir point d'autre Avantage.

Les Majestez des Polonois 90 Se portent bien , à cette fois ; Leur Diète (que le Ciel bénie !) Est ou sera bien-tôt finie , Et le Moscovite a froté , En conséquence du Traité , 95 Monsieur le Cosaque rebelle , De manière égrillarde & belle.

Mais, parlons de sa Sainteté ,

Laissant toute autre Nouveauté, Car c'est aujourd'buy la Matière

»<*> Dont la Chrestienté toute entière S'entretient avec plus de soin , Autant de prés comme de loin , Et dessus quoi chacun sans doute Est présentement à l'écoute.

105 Le Quatorze Avril, constamment.

Elle dicta son Testament , Par lequel , pour le dire en somme, Elle léga certaine somme (Legs des plus justes & plus saints}

1 10 En faveur de ses Médecins , Et fit aussi quelqu'autre Grâce A ceux de sa Famille Basse.

Le Quinze , ce Héros sacré , Se sentant du Mal atterré ,

» «5 Receut le divin Viatique , D'une façon fort Catolique Et pleine de haute-vertu , Etant sur son Lit , tout vêtu , Qui vers le Ciel les mains extole ,

120 Avec le Rochet & l'Etole.

Alors , ayant Dieu dans son Sein, Il fit un Discours , en latin , A tous ceux qui , sur l'Omoplate , Portent la vermeille Ecarlate ,

125 Et c'est à dire , en plus clairs motz , A tous les Seigneurs Cardinaux.

Et cette Harangue pieuse, Tres-élégante & vigoureuse , S'étendant sur ce Texte-cy :

» J° Sic transit figura Mundi , Signifiant qu'en peu d'espace La Gloire de ce Monde passe , Il dist merveille , en vérité , Dessus cette Instabilité

1 35 Qui fait de toute la Nature Une passagère Figure.

Puis , sur luy faisant un retour , Comme il se croyoit près du Jour Qu'il devoit aller rendre Compte

140 Où jamais l'on ne se mécompte , Il fit un Examen exact De tout son grand Pontificat Et sentit beaucoup d'allégeance De conétre en sa Conscience

>45 Qu'il n'avoit oncques souhaité Cette éminente Dignité , Ny fait d'Intrigue & de Cabale Pour avoir la Thyare Papale ; Qu'il n'avoit employé non plus

150 Les saints & sacrez Revenus

23 1 — Du i5. May 1667 (Robinet).

Du grand Trésor Apostolique Que dans Ja louable Fabrique De maint Temple & de maint Autel Pour la Gloire de l'immortel ,

'55 Ou pour la pieuse Assistance De quoy chacun a conessancej Des Princes lesquels sont aux Mains Avec les Mécréans Turcains Et qui signalent leur beau Zèle

160 Contre cette Race Infidèle ; Et qu'enfin , si sa Sainteté Avoit mandé sa Parante , Ç'avoit été sur les Instances Du Collège des Eminences

»*5 Et même après un An complet.

Or , cet examen ainsi fait , Il conjura ledit Collège D'élire un Pontife au Saint-Siège , Qui réparât son manquement

170 Dedans ce Sien Gouvernement ; Puis , ayant baisé I'Evangile De façon bénigne & docile > Il leur donna , d'affection , A tous sa Bénédiction.

>75 La Nuit du Quinze au Seizième , Avec une douleur extrême , Il fit des Calculs rigoureux ; Mais , après , il se porta mieux , Et même Ton dit que sa Fièvre

iSoDe beaucoup moins en parut mièvre.

C'est , par l'Ordinaire dernier , Ce que rapporta le Courier Et, n'en sçachant pas davantage , Je m'en vais changer de ramage

1B5 Et vous discourir d'un Tambour , Lequel fait un grand bruit en Cour.

C'est un Tambour incomparable , Et de Prix autant qu'admirable , Par plusieurs Dauphins enlassez

19° Qu'on y void joliment tracez , Par divers belliqueux Trophées Dignes du Chant de mille Orphées , Par des Diadèmes fermez , Dont les Yeux demeurent charmez ,

«95 Le tout étant de Pierreries Sur de superbes Broderies , Avec des Dicxums , en Email , Expliquans ce riche Travail , Que vingt-cinq mille écus on prise ,

300 Si qu'on peut dire , sans méprise , Que jamais, jusques en ce jour ,

On ne veid un pareil Tambour.

Ce sont Pierres.

Aussi .pour vous dire l'Histoire , Ce riche Tambour a la gloire

305 D'être à nôtre Dauphin charmant , Qui le sçait batre gentiment , Et c'est le Régale , non mince , Que luy fait un autre beau Prince , Sçavoir le Prince de Piémont ,

a 10 Séparé d'ici par maint Mont , Et de qui la petite Langue S'est expliquée en sa Harangue , Sur le Sujet de cet Envoy , Par un Marquis , en bonne foy ,

Le Marquis de 8. Maurioe, Premier Bscuyer du Duc de Savoye et son Envoyé en cette Cour

315 Fort spirituel & fort sage ,

Lequel des mieux fit son Message.

Or le Motif de ce Présent Si beau , si riche & si plaisant , Est qu'un Ministre de Savoye ,

Le Comte Carroccio, Ambassadeur.

aao Avant qu'en reprendre la voye, Demandant à ce grand Dauphin , Si brillant , si vif & si fin , Et qui tant d'Esprit fait parétre , Ce qu'au Prince , son jeune Maitre ,

335 11 desiroit mander par luy :

« Rien », lui dit-il, « pour aujour-

[d'huy, » Sinon qu'un Tambour il M'ENvoyE,»

Découvrant à lors cette joye Qu'il témoigne ordinairement

330 Quand on lui parle d' Armement , Et qui montre qu'un jour Bellonne Sera sa plus chère Mignonne.

Ainsi , le Prince Savoyard , Quoi qu'il soit encor un Poupart ,

aj5 Désirant , malgré son Enfance , Déjà plaire au Dauphin de France , L'a fait régaler du Tambour Qu'admire toute nôtre Cour , Avec la manière galante ,

340 Et mêmement toute éclatante , Dont toutes les Choses se font Par l'illustre Cour de Piémont.

Mais , à propos de Tambour ,

[Qu'est-ce ?

J'oi sans cesse batre la Caisse , *45 Je ne voi qu'Armes & Drapeaux, Que Fantassins & que Chevaux ,

a3i. — Du îS. May 1667 (Robinet).

Lesquels partent de cette Ville , Remplis aune guerrière Bile ♦ Et Louis même , avec sa Cour , 35° S'en va partir au premier jour :

Ce n'est pas pour tirer aux Merles Et, ni pour enfiler des Perles , Je le gagerais , ma foy , bien ; Mais ne disons encore rien.

255 Le grand jour de Saints Monique , Suivant sa pieuse Pratique , La Retne , si pleine d'attrais , Alla , pour l'honorer , exprés Aux Auoustins portans Sandale ,

a6o Logez dans la Forêt Royale

Du beau Château de Saint Germain, Qui va de Monde être moins plein ; Et j'ay sceu que ce Père illustre , Digne de prescher au Balustre .

JJrygJJJJISçavoir le PéaE Valenttn ,

Fit en François , non en Latin , Bravement le Panégyrique De ladite Sainte Monique.

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