‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 190 sur 257 · LA MALE · texte numérisé non relu

LA MALE

Un Quidam beaucoup obéré , *7«S'étant vu mis in Cargêre De par la Troupe Créancière , Pour n'y loger Quinzaine entière S'avisa d'un drôle de Tour ,

Que bonnement je mets au jour ,

375 Pouvant servir de Tablature

A quelqu'autre , en telle Avanture , D'autant plus que l'Evénement Est arrivé tout fraîchement.

Il se fit porter une Baie ,

**°Ou plutôt une longue Maie , Qui contenoit plusieurs Dossiers Et Liasses de vieux Papiers , Sous prétexte qu'en ses Affaires Maints d'iceux étoyent nécessaires.

**5 Mais s'étant enfermé dedans , Par l'intrigue de quelques Gens , La Maie aussi-tôt se remporte Et lui se sauve de la sorte.

Le Tour vraiment n'est pas mau-

39 J Et le Quidam n'étoit pas mais ; [vais Au besoin , qui pourra , l'imite , Et de Prison sorte au plus vîte , Car c'est un maussade Logis.

Mais ces Tours ne se font pas aïs

*95 Et , de plus , les Geôliers de France Sont un peu trop matois , je pense , Car , pour vous parler franchement, Ce singulier Evénement Est arrivé dans la Hollande ,

300 Et de la Haye on me le mande.

Ne pouvant tourner le Papier , Je m'en vais dater ce Cahyer , Du mois de May le Quatorzième , Où la Chaleur n'est pas extrême.

A Paris, Chef F. Muguet, rue de la Harpe , aux trois Rois- Avec Privilège au Roy. s

(Biblioth. Maiartne , 296. A3. — Bibltotb. de l'Amenai , B. L 1 180s — Biblioth. de M. le baron James de Rothschild.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par C h ailes ROBINET.]

Du 22. May 1667.

Henriette-Anne , & non Marie , Belle Altesse Royale , excusez , je vous prie Si dans mon autre Ecrit je mis mal vôtre Nom. Hélas I alors qu'on se propose

23a. — Du aa. May 1667 (Robinet).

De discourir de vous , soit en Vers , soit en Prose 9 On peut en telle erreur tomber avec raison.

De tant d'Appas dignes d'hommages L'Esprit reçoit alors les brillantes Images , Que , comme en un Dédale il se trouve surpris

Et sonee peu , dans ces Idées , De lui tout à la lois ardamment regardées , Au vrai Nom dessous qui ce beau Tout est compris.

Aussi , croyez , belle Princesse , Que l'on connêt bien moins les Noms de vôtre Altesse Que ses divins Attrais & ses grands Attributs.

Ainsi , sans reste de scrupule , Je vais nouvelliser, après ce Préambule Et m'acquitter vers Vous de mes humbles Tributs.

Vous scavez cfe que je vais dire , Mais au Public je doi l'écrire :

Les Vers seront pour vous & les Choses pour lui. Madame , agréez ce Partage Et daignez , sur ce , sans ennuy , Ecouter mon petit ramage.

»5 En Public , et non en Secret , L'incomparable Duc d'ALBur , Que déjà la Gloire couronne , Fit encor miracle en Sorbonne , Soutenant • avec majesté ,

30 Bonne grâce & facilité , - Son dernier Actb de Licence , Plein d'une profonde Science , Si bien que , répondant couvert , On ne pût le prendre sans vert

35 En aucun endroit de sa Thèse , Qu'il vaudrait mieux , ne vous dé-

[plaise , Appeller un gros Livre entier , Qu on pourrait foire relier , Car elle contient la Doctrine

40 La plus solide & la plus fine , Comme aussi les Dimcultez Et rares Curiositez De tous les Siècles de I'Eguse.

Je puis le dire sans méprise ,

45 Ayant leu la Thézk . ma foy , Très-belle & dédiée au Rov , Duquel , comme un Astbe propice , Le Portrait est au Frontispice , Et qui sur le Sujet vient bien ,

50 Etant d'un Prince très Chrbstien.

D'étonnement , donc, fut comblée La noble et célèbre Assamblée , Dont • entr'autres Gens bien titrez , Etoyent quantité de Mitrez ,

55 Le grand Coudé , dont les lumières Egalent ses Vertus guerrières , Monsieur le Duc . son sage Fils , Aussi du Rang des beaux Esprits , De Saint Paul, jeune & digne Comte,

60 Que dans ce même nombre on

[compte , Force autres Grands & Ducs & Pairs, A nôtre Monarque tres-chers , Et , pour rendre la Liste entière , Maints Messieurs à Robe $ Rapière,

65 Sans que j'obmette de coter Deux Seigneurs des plus à noter , Le fameux Prince de Turenne, Si rare & si preux Capitaine , Et le vaillant Duc de Bouillon ,

70 Qui faisoyent les Honneurs , dit-on, En qualité d'ONCLE & de Frère , Ayans lors une joye entière De voir les Applaudissemens Que l'on donnoit à tous momens

75 A ce Soutenant d'importance , Que sa belle fit noble Naissance

a3a. — Du aa. May 1667 (Robinet).

N'élève paç , en vérité ,

Plus que fait sa Capacité ,

Sur ceux qui sont en concurrence

80 Pour le même Acte de Licence , Id est les autres Bacheliers , Tant ses Talens sont singuliers.

En concluant donc ce Chapitre , L'un des plus beaux de mon Epître,

85 Ajoutons encore cela , Qu enfin ce jeune Prince-Ié , Qui peut à tous faire la nique En Positive & Scolastique , Fit conêtre qu'asseurément

90 II seroit bien-tôt l'Ornement

ronM<to D* ladite Maison illustre , Bouillon Qui tire son ancien lustre

De la Valeur & du Sçavoir

Que tous ses Descendans font voir.

95 Dimanche , le jeune de Guyse , Duc d'une tres-charmante guise, Fils & Neveu de deux Héros Dont toujours vivra le beau los , Receut des Mains de I'Hyménée,

100 Par une auguste Destinée , Mademoiselle d'ALENçoN , De son Cœur le noble Ameçon , Où de nos Roys le beau Sang brille Et de feu Monsieur Gaston Fille ,

105 Comme le Duc , d'âge vraiment Propre à l'aimable Ebatement.

Une honorable Compagnie Signala la Cérémonie , Car , outre les deux Majestez

no Et les Parens des deux cotez.

Toute la Cour , gaye & pimpante , Au nœud Gordien étoit présente ,

[Gabriel Et Ce fut l'EvESQUE d'AUTUN ,

Roquette] Prélat qui n'a rien de commun , iî? Lequel dît, dans ce beau Mystère , Le, Conjungo-vos nécessaire , Que , sans doute , les jeunes Gens Font profiter , sans perdre Temps.

Alors la nouvelle Duchesse , 120 Ayant le cœur plein d'alaigresse , Dîna , dans son rang , aux cotez De nos chères Divinitez Et puis, de deux Pendans d' Oreilles, Riches , certe , & beaux à merveilles, »*5 Le plus charmant des Potentats Ayant régalé ses Appas , Le noble Couple , en cette Ville ,

| Vint gtter en son Domicile , Au pompeux Palais d'ORLÉANs.

'3° Or Monsieur , les suivant léans , Avec une pleine franchise , A I'Epous donna la Chemise , Et la Robe , je pense , aussi ; Mais le beau Duc prit le souci '35 Que tout Epous qui sjait l'entendre En telle occurence doit prendre , Et pour empêcher que meshui Sa Race ne finisse en Lui.

La nuit du quinze au seizième ,

uo Je ne sçai par quel stratagème ,

Cloton surprit Monsieur Guenaud tM2j^k?

Mais , las ! dont il fut fort penaut. i* Reyne Se retirant de chez la Reyne , Il fut saisi par l'inhumaine ,

145 Et , quoi qu'il fist pour éluder Et de ses Pâtes évader , Quoi quedeuxde ses chers Collègues Apportassent illec leurs Gréguei Et joignissent , pour son secours v

150 Leurs beaux Secrets &leurs Discours, La Masque , s'appellant là Roche, Dessus Guenaud son Trait décoche , Bravant même ainsi , par ma foy , Trois grands Médecins , chez le Roy.

155 Néantmoins, qu'avec moins de Elle vante cette Victoire : [gloire Le Mort ayant quatre-vingts ans .

Ce fut , comme je croi , le Temps Qui fit , aux pieds de ce Fantôme ,

160 Choir f de la sorte, ce rare Home, Cent fois plus grand Praticien Qu'Hypocrate ni Gauen.

Mais n'en parlons pas davantage ,

Il est dispensé du Voyage 165 Que fait la Reyne , en bel arroy ,

Sur la Frontière , avec le Roy,

Car , enfin , ce digne Monarque ,

Où tant de Hauteur on remarque ,

S'en va s'avancer , à grands pas , 170 Dans le fin cœur des Pays-Bas ,

Précédé de la Renommée

Et même suivi d'une Armée

De soixante mil Combatans ,

Qui sont tous de terribles Gens.

175 Mais , quoi ? le Grand Porte-Cou-

fronne

Ne veut faire mal à Personne

23a — Du 22. May 1667 (Robinet).

Et ne marche , il est bien certain , A si grand bruit & si beau Train , Comme Foy de Prince il l'atteste

180 Lui-même , par maint Manifeste , Que pour forcer quelque Illion Dont la louche Rébellion Fermerait la Porte à la Rbyne , Méconessant sa Souveraine ,

«85 Et qui déniroit en un mot , Dans le Brabant , dans le Hainaut Et dedans les autres Provinces , Tant les grosses comme les minces , Ce qui, selon toute équité,

190 Appartient à sa Majesté ,

Comme clairement on le preuve bans l'Impression toute neuve Des Traitez donnez rie à rie , Même en trois Langues au Public.

En François, Espagnol et Latin.

[Traité des Droits de la Reyne Trea Ghrestienne sur divers Estais de la monarchie d'Espagne. Paris, iupriwuriê Bornai; 1661. In-4.] . [Tratado dé los Derechos dis la Reyna Chrisoahlssinia sobre varlos Bstados de la monarquiade Bspana. ParU, Emprenta Beal, 16V7 In-12.1

[Régie» Christianisslmœ Jura in Duoatom Brabantia» et alios dltionls Hlspenicœ Prindpatna. 1667. 5. r,lo-4etin 12.]

«95 Mais quels Peuples , d'âme tygres- Ne recevroyent pas la Princesse [se, Et, de bon cœur, ne rendraient pas Hommage à tant de grands Appas Qui , joins à la Haute Naissance ,

*oo Font voir , avec trop d'évidance , Qu'on ne peut en plus belles Mains Mettre l'Empire des Humains?

Aussi Louis , & bon & sage , Avant qu'aller à son Voyage ,

205 Lui remit , avec grand éclat , Les Soins du dedans de 1' Estât , Luy laissant la plfcine Puissance De la Souveraine Régence , Et Sa Majesté mêmement

210 Le fit sçavoir au Parlement ,

Ainsi qu'à la Chambre des Comptes (Ce que je dis ne sont point contes), Et je dois ajouter ici :

A la Cour des Aydes aussi.

*»5 Sur cela , cette Reyne illustre Receut , en son royal Ballustre , Les Respects de leurs Députez , Qui furent d'aise transportez A l'aspect de telle Régente ,

"o Egalement sage & charmante.

Au reste , il n'est rien de pareil A nostre Guerrier Appareil ;

On dirait qu'il est fait pour peindre.

Mais il n'en est pas moins à craindre. 225 Tous ces riches Acoutremens ,

Tous ces lestes Ajustemens ;

Ces superbes Orphévreries ,

Ces Plumes & ces Broderies ,

Qu'on void juiques aux Gens de Pié, 230 Sont pour protester amitié ,

D'une façon plus solennelle

Et plus éclatante & plus belle ,

Avecque Messieurs les Flamens ,

S'ils ont pour nous des Sentimens 2i5 De chers & bons Compatriotes ,

Ennemis de toutes Rio tes.

Mais s'ils ne parlent, pas François

Et s'ils paraissent discourtois ,

Cette même Magnificence *4° Servira , comme je le pense

(Et je le pense tout de bon) ,

A les réduire à la Raison

P'une façon plus solennelle ,

Et plus éclatante & plus belle , 245 Car nos Gens , bien certainement ,

Sont des Gens Braves doublement

Et qui joindront , sans raillerie ,

La Bravoure à la Braverie.

Mais ,' attendant qu'aux premiers

[jours 25° Nous puissions pousser ce Discours,

Parlons un peu d'autres Nouvelles :

J'en tiens déjà deux assez belles.

En premier chef I'Abbé Paumy , Lequel a mérite & demy , 255 Et dans sa Maison , qu'on exalte , Compte des Grands Maîtres de

iMALTHE, 4 AIZ ,

Est Prélat Mitre de Rodez , Et , par notre illustre Archevêque .[JjJJïï 260 Qui du même Lieu fat Evêque , mont de" On le veid , n'aguere , mytrer , C'est à dire autrement sacrer , Ayant , pour Assistans de marque .

Ces deux qu'à côté je remarque.

Les Bvesques d*Angoulâme [François de Pérloard] et d'Aoq? [Hugues de Bar].

265 L'autre Nouvelle , la voici :

Par un louable & saint souci ,

Huit Députez de notre Dame ,

Où l'on chante en si belle Game ,

Composent une Mission , 270 Digne de Bénédiction ,

Péréflxe]

23a. — Du 32. May 1667 (Robinet).

Sur les Terres où ce Chapitre Seigneurie avec juste Titre , Et j'ay sceu, d'un fort bon Marchand, de sïï" Qu'à Saint Mathurjn de Labchamt 275 Ces ravissans Missionnaires Font des Progrez extraordinaires , Et que les plus grands Pervertis Deviennent de saints Convertis , Ce que je mets en mon Epître , 280 Pour bel Exemple à tout Chapitre.

Le vingt-deux du Mois trépassé , Le Pape n'étoit point passé Et combatoit en Alexandre La Mort, qui pensoit le surprendre.

285 Par un mauvais Aspect des Cieux, En je ne sçai combien de Lieux De la Province d' Albanie , Comme on Ta sceu de Dalmatie , Il s'est fait de tels Tremblemens ,

*9° Que tant Vénitiens qu'OroMANs Ont , avec des Villes entières , Ainsi trouvé leurs Cimetières.

Ah I baste encor pour les derniers ; Mais j'ay grand' pitié des premiers.

295 Ailleurs j'en diray davantage ,

N'ayant en ma troisième Page Que place pour dater & dire que ces

[Vers Sont du vingt-un de May, l'un des Mois

[les plus verts.

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