Du 16. Juillet 1667 (Rownht
A l'égard de la grand'Crri , Qu'il croyoit tenir dans sa manche (Vray comme il est demain Diman- Aussi-tôt qu'il ariva-là , [che)
250 Au lieu, pourtant, que le voila Encor rêveur sur sa Conqueste , Qui n'est pas pour luy viande preste.
Le bruit trôte plus que jamais Qu'à Brkda l'on a fait la Paix.
255 Que cela soit , à la bonne-heure 1 Ravy j'en suis , ou que je meure , Car toujours parler de Combats Et de Prises , ô quel tracas 1
Si 1' Espagne m'en vouloit croire, 260 L'on verroit dedans mon Histoire, Bien-tôt , son Acpmodement.
Elle n'a sinon , promtement , Qu'à donner à nôtre orand Sire Ce qu'avec droit d'Elle il désire.
265 Hé quoy ! faut-il tant de façons 1 Mais sus , vttement finissons.
Jouant l' autre-semaine aux cartes. Je sceus que le fameux Descartes , Dont le nom propre étoit René
370 Et que l'on voit , de fait , renay En maint Sectateur & maint Livre .
Qui le font sans-cesse revivre , Avoit été pompeusement Mis en son nouveau Monument ,
975 Dans cet éminent Monastère Où maint grand Miracle s'opère , En vertu du glorieux Nom De la Bergère de renom Que Geneviève l'on appelé.
280 L'Assemblée en ce Lieu fut belle Et toute plaine de Sçavans Des plus célèbres de ce temps , Qui , je pense , par Syllogismes Et , peut-être , par Aphonsmes ,
285 En Latin & Grec mémement , Prièrent pour luy doctement.
Je pourois , si bien je suppute , Ajouter : avèque dispute , Et c'est comme,, selon mon gré ,
390 Tout Docte doit-être enterré.
Adieu , Clion , fais ta retraite :
Voila ma Missive complète.
Le seize de Juillet icelle je finis , Disant pour ce Défunt un franc De ProfunTs.
A Paris, Cheç Ch. Ckemault , Imp. à lib., rue de la Hachette, aux Armes du Roy. Avec Priv. da
Ù* Mm
. (Biblioth. nat., U', 23. Rés. — Biblioth. Muârine, 296 A3.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charlis ROBINET.]
Du 23. Juillet 1667.
D'où me vient ce brusque réveil, Et qui trouble en mes yeux le cher Dieu du Sommeil
Au point qu'il est plus agréable , Et qu'enfin , retirant ses Pavots si pesans ,
Dans une extase délectable ,
9>9 *4'« — Du i3. Juillet 1667 (Robinet). 9*0
Il laisse le matin résusciter nos Sens ,
Si bien que de la Mort il n'est plus lors le Frère ,
Mais de mille douceurs le délicieux Père I
Ah ! c'est toy, ma noble Clion , 10 Et des grâces je dois t'en rendre un milion ;
C'est toy, di-je , qui me réveilles , Et qui , par un charmant & tres-digne souci , Dés que Von voit du Jour les naissantes merveilles , Le Samedy, me dit ainsi :
15 Sus , debout t & reprens une nouvelle Flftme !
Sçais-tu pas qu'auiourd'huy tes soins sont à Madame ?
Oui , je le sçais t & ce beau Nom , Sur qui de plus en plus s'établit mon Renom , M'entousiasme & me transporte, so Ça donc , viste , prenons encre , plume & papier,
Et rimons de si bonne sorte Que nous puissions remplir nôtre petit Cahier, Sans y rien recevoir qui ne soit digne d'Elle Et d'aller passer Montre en sa belle Ruelle.
15 Le pénultième Samedy,
Comme l'Astre du Jour, fort loin de son Midy, , Etaloit au Couchant beaucoup plus d'écarlate
f Qu'il n'en faudroit vraiment à tous les Cardinaux
Pour en couvrir leur omoplate io Et pour se Caire des Chapeaux ,
Le brillant Phœnix des Monarques , Louis , qui montre à mille marques Qu'il est le Fils chéry des Dieux • Vinst voir le beau Philipe & l'illustre Henriette , 35 Comme aussi l'Héroïne , en Appas si complette ,
Qu'ont produite leurs nobles Feux.
Leur Palais , dedans ce moment , Fit voir tous les Plaisirs dont il est l'élément , Afin d'avoir l'honneur de charmer ce Grand Sire 40 Et de ravir son cœur au Démon des Combats ,
Qui l'a rangé sous son Empire Et luy parêt seul plein d'appas.
Le beau Dieu des Cœurs & les Grâces Semèrent par-tout sur ses traces 45 Leurs enchantemens plus puissans ;
Mais la Gloire , à ses veux alors toujours présente , Luy paroissoit , hélas ! si belle & si plaisante Qu'à peine éfleuroyent-ils ses sens.
Dés le lendemain , le Héros , Avec cette Déesse aux belliqueux Travaux ,
9*1 241. — Du 23. Juillet 1667 (Robinet). 922
Partit de cet Esen , malgré tous ses doux charmes Pour aller entasser Lauriers dessus Lauriers ,
A la Tête de ses Gens-d'armes ,
Dont il fait de si grands Guerriers , 55 Et Philips , trois jours en suite ,
De ce même lieu prit la fuite ,
En forçant d'invincibles Nœuds , Des Nœuds les plus charmans qu'ait formé l'Hyménée , Pour suivre de Louis l'illustre Destinée 60 Et pour prendre encor part à ses Explois fameux.
Ce Potentat , qu'il faut qu'on aime ou que l'on craigne , A fait grand accueil , dans Compisgne , A 1' Abbé Rospiouosi , Qui sera Cardinal , sans doute , à bonne enseigne , 65 Etant digne Neveu de ce grand Papb cy,
Prédit par Malachib & non par Nostradame , Ainsi que je le mis ailleurs , en fausse Game.
Au Cours le Roy le conduisit , Dans le Carefour des huit Routes , 70 Où le Cerf Doursuiw n'a , ma foy , pas les goûtes ,
Et la Collation royalement s'y fit , Au son des Instrumens dont les fines merveilles Cependant chatouilloyent l'Ame par les oreilles.
Nôtre excellente Rethe êtoit au même Lieu , 75 Avec son Dauphin admirable ,
Plus beau que l'Enfant adorable Qui fait cner les cœurs au feu ; Et je ne sçay combien de Belles , Qui trouvent peu d'Ames rebelles , 80 Escortoyent ses rares appas.
Ainsi le Nbvbu du Pontife Conut qu'on pouvoit dire , & sans être apocrife , Que la Cour des François sa pareille n'a pas.
Il est maintenant à Paris , 85 Chez nôtre Grand Prieur de Francs :
Dieu sçait si ce Seigneur à si belle dépense Le peut traiter à juste prix 1 Non , non , comme il se pique D'être un vray Magnifique , 90 II le régale , en bonne foy ,
Comme chez-luy feroit le Roy.
Au reste , il voit comme l'on aime Son Oncle , couronné du Triple Diadème ; Il voit comme par-tout on fait pour luy des feux , 95 Et qu'avec une joye extrême
Nos cris s'en vont , jusques aux Cœux 9
9*3 241. — Du a3. Juillet 1667 (Robinet,. 934
Dire que I'Esprit S* a iemply tout nos vœux En donnant à I'Eguse un Chef si glorieux.
Jamais on n'avoit vu , dedans les Villes nôtres, 100 Pour aucun Successeur du Prince des Apôtres ,
Ny de semblables Feux , ny de pareils transports ; Toutes nos bonnes gens , lusques dessus les Ports , Y dansèrent autour, aux chansons t tant que terre, Ainsi qu'à la S. Jean , ou comme à la S. Pierre ; 105 Et mêmes quelques-uns , dessus un air tout neuf,
En chantoient en l'honneur de ce grand Clément neuf
Mais revenons à nôtre Auguste , A ce cher Dieu-donné , Fils de Louis le Juste. Avant que retourner en son Camp glorieux . 110 II est allé mener dans les Places conquises ,
Pour en être deux fois ainsi Victorieux 9 Un Objet souverain sur toutes les Franchises
Et qui le rendit de son cœur, Cy-devant , malgré Mars , le tout puissant Vainqueur. 1 15 Vous entendez sans mile peine
Que je veux dire nôtre Reine.
Après , d ira , que je crojr, Apprendre aux Gens opiniâtres Et qui voudraient , comme à Courtrat, ijo Faire encor les acariâtres ,
Qu'à ses yeux cela n'est pas bon ; Que l'on peut bien , en son absence • Faire un peu plus de résistance , Mais , pour en sa présence » non.
12$ Après cent bizarres Nouvelles ,
Qui partageoient maintes cervelles , On a sceu qu'enfin » pour le vray.
Nous avions réduit ce Courtray Et sa Citadelle si bonne ,
ijo Citadelle à la Gassionne ,
Où sept cent Scarabonbardos , Prenans nos Gens pour des Bados , Entreprenoient de se défendre , Quand la Ville eut daigné se rendre.
115 Mais nôtre Maréchal cTAumont,
Sur ce Procédé rodomont , Faisant , de son canon , sortir Boulets & fiâmes Et les menaçant mêmement De faire , en ce moment ,
140 Exposer Mesdames leurs Femmes
A 1 endroit qu'ils tiroient sur nous , Aussi-tôt ils filèrent doux Et dirent , changeans de langage Et de leur félon procédé :
i45 «r Tenez , nous vous cédons le Dé ,
9*5 241. — Du 23. Juillet 1667 (Robinet). 926
» Sans le disputer davantage. »
Or le Dé , sans rien commenter,
Etoit ladite Citadelle ; Donc, comme de la Ville , on fut se saisir d'elle , 150 Et c'est ainsi qu'on vient de me le raconter.
En deux jours , tout au plus , on termina l'Afaire , Et je blftmois à tort ces Espagnols rendus
D'avoir trop fait les entendus;
Vrayment , ils ne pouvoient moins faire.
155 Quant au grand Duc de Roanbz ,
Qui fait tant parler de ses Fais • Il n'est pas encor mort une fois en sa vie , Qùoy aue déjà deux fois , ce disoit un faux On , Par une pure calomnie , 160 II eut été tué d'un Boulet de canon.
Car, ainsi qu'à Coubtray, vous sçavez bien qu'à Furne Cet On vouloit encor qu'on préparât une Urne Pour les Cendres de ce Héros.
Hé 1 demeurez donc en repos , 165 Belle & digne Moitié de ce grand Capitaine ,
Car il s'immortalise à tel point par ses Fais Que c'est une chose certaine Qu'il ne peut mourir désormais.
Au reste , nos chers Volontaires , 170 Frians des hazards militaires
Plus que des douceurs de la Cour,
Les vont rechercher chaque jour.
Le Duc d'Enguyen , Guerrier de Tyge ,
Et brave au dernier point, vous di-je, 175 Comme aussi le Duc de Bouillon ,
Dont le sang boult à gros bouillon
Quand il faut faire un Exploit d'Armes ,
Lequel a pour luy mille cnarmes ,
Ayant appris , auprès du Roy, 180 Qu'on avoit de chacun commandé la Brigade ,
Ils parurent en désarroy
Et, par une noble boutade , Us la
allèrent (je vous dy vray) Rejoindre , sans aucun délay.
189 D'Armagnac , de son Père ayant toujours l'idée ,
Quoy aue la sienne alors ne fut pas commandée
Partit, avec célérité Aussi, d'auprès sa Majesté , Et ces ardans d'aller, ces Braves pleins de zelle
190 L'évitèrent, bonne-foy, belle.
Ils pensèrent , dit-on , être pris au colet
Par de certains Bateurs d'estrade , Lesquels auraient pu , sans bravade
16a prépara
9*7 34'* Du 23. Juillet 1667 (Robinet).
Se vanter d'avoir fait un beau coup de filet.
195 L'Empereur faisoit des Levées
Pour envoyer aux PaÎs-Bas ; Mais il ne prétend plus qu'elles soient achevées , Quoy qu'à Dom-Rodrigo cela ne plaise pas. Il ne veut , ce dit-il , songer cette Campagne
200 Qu'à divertir des mieux son illustre compagne
Et s'ébaudir luy-même avec ses doux Appas. Or moy, Charles Petit , & non pas Charlemagne , Je luy sçay fort bon gré de prendre ses ébas , Sans se vouloir mêler de nos petits débats :
205 II trouvera bien plus son compte à l'un qu'à l'autre ,
Et c'est-là , du moins , l'avis nôtre.
Cependant , Messieurs les Ibères , Se voyans sur les Bras un bon nombre d'Afaires
g eu: on dit que les Portugais étendent , dessus nouveaux frais ,
Leur venir foire encore niche) ,
Ont enfin au Conseil d'Etat
Fait revenir Don Juan d' Autriche ,
Avec honneur & grand éclat ; 215 Même , après cette belle Scène ,
Le Sieur Marquis de Caracbnb
De Madrid vite a détalé
Et devers sa débile Armée ,
Par ces Portugais allarmée , 220 Vaille-que vaille, il est allé.
Mais c'est assez parler de Guerre ; Parlons de la Paix d'Angleterre Avec Nous & les Holandois.
Grâces au Ciel , elle est signée , 225 Et c'en est fait à cette fois.
Adieu , guerrière Destinée , Adieu , tous belliqueux Explois :
Nôtre Discorde est terminée.
Je m'en vay finir promptement 230 Par un funeste Evénement ,
Dont je dois faire en mon Epitre , Depuis fort long-temps , un chapitre.
Les Crimes de la Jalousie & de l'Amour.
Une Dame du Languedoc , ^. îfcîÏÏS6
A qui maints Appas etoient hoc , 235 Etoit , par maie Destinée ,
L'Epouse trop infortunée
233 Le nom de la marquise de Grange a été ajouté eu marge, par une main du temps, sur V exemplaire de U Bibliothèque nationale.
a4t. — Du a3. Juillet 1667 (Robinet). 9)0
De l'un de ces Argus fâcheux
Qu'on nomme Mary» ombrageux.
Quoy donc que cette illustre Belle ,
Ce m'a-t'on dit , luy fut ridelle ,
Comme il en craignoit , pour son Chef,
Sans cesse le Cornu méchef ,
A tel point cette frénésie
S'augmenta dans sa fantaisie,
Qu'il conclud de mettre au Tombeau
Un Objet si rare & si beau.
Quelle épouvantable manie ,
Quelle rage & quelle insanie ,
En un mot, quel aveuglement!
Et depuis quand donc & comment
Une Belle est-elle coupable
Par la raison qu'elle est aimable?
Et doit-elle perdre le jour
Pour ce qu'elle est digne d'amour?
Ce Jaloux , dans ses rêveries , Poussé de toutes les Furies, A ses deux Frères a recours Pour éteindre de si beaux jours , Et ceux-cy, d'une une inhumaine .
Poussez d'un mouvement de haine, Veulent bien être ses Boureaux.
Juste Ciel 1 où sont vos careaux , Alors que ces Crimes insignes En paressent à tous si dignes ?
L'Histoire porte que tous deux S etoient pris dedans les beaux yeux De cette charmante Victime , Et que , leur fiâme illégitime N'ayant pu passer dans son cœur.
Ils avoient conclud dans le leur De l'immoler à leur colère.
Ainsi donc, pour se satisfaire, Servans le Jaloux sans raison , L'un luy fait prendre du Poison Et , comme un Remède contraire L'empêche de pouvoir rien faire, L'autre, Carnifex inhumain , Luy plonge un fer dedans le sein , Et d'Amour ce franc Sacrilège Fait couler, dessus de la nége, Un Corail liquide a grands flots.
Mais, pour tout dite en quatre mots.
Comme sa meurtrière Dague , En faisant cinq fois zague zague , N'a pas seeu réduire au Trépas Ce Recueil de charmans Appas, Une déloyale Mégère , De ces bons Fils la digne Mère , Vient promptement à leur secours
93 1 H1* — Du 23. Juillet 1667 (Robinet). 932
Et , par de séducteurs discours Ayant trompé l'Infortunée , Enfin tranche sa Destinée Par un funeste Lavement.
a95 O quel étrange Evénement I
D'horreur j'en sens glater ma Veine , Et je ne puis dater qu'à peine.
Je finis cette Lettre , en Juillet , le vingt-trois , Frissonnant jusqu'au bout des doigts.
A Paris, dut Ch. Ckeuault, Imp. à Ub., rus de la Huchette, aux Anus au Ray. Avec PriviUgt de S Jf.
(Biblioth. nat.f Le*, as. Réi. - Biblioth. Mazarine, 296. À*.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Pa* Craklis ROBINET.]
Du 3o Juillet 1667.
Agréez , 6 claires Nayades , Agréez , ô vertes Dryades , Agréez , vous , ô belles Fleurs , Prez émaillez , légers Zéphires , 5 Oysillons de toutes couleurs ,
Qui sçavez concerter & sans Luts & sans Lyres ;
O vous , Plaisirs , ô vous , Délices , Petits Amours , heureux complices Qui charmez ma Divinité , 10 Agréez que mon humble Rime ,
Dans vôtre Palais enchanté , Luy rende à l'ordinaire un Tribut légitime.
Vous l'entretenez à toute heure En cette charmante Demeure ,
19 Pendant la Nuit , pendant le Jour ;
Agréez que , chaque semaine , J'aye un seul moment , à mon tour,
Où . tout comblé de gloire , aussi je l'entretienne
Ah 1 je juge à vôtre silence
20 Que vous soufrez cette licence.
Je vous en baise à tous les mains
9?3 243. — Du 3o. Juillet 16167 (Robinet). (#4
Et je vais avec allégresse , Par des Vers quelques quinze-vingts, Dire ce que jje sçais à sa brillante Altesse
35 Madame , en premier lieu >, j'ay sceu
(Ce qu'on sçaura bien-tôt 4 Rosoe)
Que le Neveu du tirés-Saint Hojuue ,
Personnage plein de vertu , Fut Dimanche à S. Clou visiter Vôtre Altesse , 30 Et qu'il fut comblé de liesse
De voir un si charmant Palais
Et , plus encor, d'en voir l'Hôtesse,
Si féconde en brillans Atraits
Que jamais la Nature , en sa plus grand'largesse , N'en mit tant en aucun des plus rares Objets.
Il veid pareillement cette jeune Merveille , Cette Grâce encor en Bouton , Qui quelque jour aussi n'aura point de pareille , Et des Appas de qui l'Amour sera glouton : 40 C est vôtre mignonne d'iNFANTE,
Si brillante & si triomphante , Dont les Atraits déjà font tant les entendus Que l'on peut assurer, sans que trop on les vante , Que tous cœurs devant eux seront des cœurs perdus ; 4$ Et l'on n'ignore pas , adorable Héroïne ,
Que c'est 'à leur égard un beau Droit d'Origine.
Mais revenons au Cardinal Dont je parlois d'abord en ce premier chapitre , Car Rospigliosi de cet éminent Titre
50 Peut déjà faire capital.
Ce Personnage donc à Pourpre , sans que j'erre , A vu pareillement la Reyne d'ANGLETERRs , Nompareille en vertu , nompareille en bonté, Aux soins de qui , je croy, 1 on doit une partie
55 Du grand & solennel Traité
Par qui dessus nos Mers toute Guerre est finie.
Ce Monsieur Rospigliosi , Se promenant par-tout icy , Aux Gobelins alla , n'aguére , to Et Ait ravy par la visière
De tout ce qu'on fait en ce Lieu Par l'ordre de Louis , nôtre visible Dieu.
Mais , à propos de luy, son Oncle le Saint Père , Qui de tant de vertus , ce dit-on , est orné 65 Qu'il soutiendra des mieux son divin Caractère ,
Fut dernièrement couronné. l«» Juin
Etant dessus un Trône, on luy mit la Thyarb ,
g35 243. — Du 3o. Juillet 1667 (Robinet). 936
Thyarc à triple rang , sans-doute d'un Prix rare , Et la chose se fit avec solennité.
70 Mais , à vous parier franc , certaine circonstance En ce lieu m'eut déplu , dessus ma conscience , Et très-peu tout le reste en ce cas m'eut flaté.
Un Maître des Cérémonies
(En telle rencontre infinies), 75 Ajoutant trop de celles-cy,
Vinst avec une Cane & certaine filasse ,
Et luy dit , de mauvaise-grace , Y mêtant lors le Feu : c Saint- Père , c'est ainsy
» Que la Gloire du Monde passe :
80 » Sic transit Gloria Mundi. »
Le plaisant Compliment à faire
Dans une telle occasion 1
Et quelle Grandeur, tout-de-bon ,
Entendant ces mots , pourrait plaire ?
85 Mais le Cardinal Barberin ,
Pour dissiper tout le chagrin Dont ce beau compliment pouvoit être la cause , Alla faire cet autre à l'auguste Clément , Et que je mets en Vers comme il le fit en Prose : 90 c Saint- Père, puissiez-vous vivre très-longuement I » Tout le Sacre Collège à l'envy le désire. » Hé ! voila , de par-Dieu , comment il falloit dire,
Messire le Premier visir , Vovant qu'il y va de sa Teste 95 Si la vieille Candie enfin n'est sa Conqueste, Selon du Grand-Seigneur l'impérieux désir A fait la belle Tantative ; Mais la Place , un peu trop rétive , Se rit de cous ses vains éforts , 100 Quoy au'il ait une Armée ample & non point chetive ,
Et divisée en trois grands Corps.
Ainsi , je crains qu'il n'ait fort mal pris ses mesures , Quand, de l'autre Candie ayant fait des masures, og^
Il a dit à ses Gens que la vieille Cité Neure,
105 Devoit être leur Domicile ; «Iffiff1
Car, à dire la vérité , Elle pourrait bien être à ce point incivile De les laisser dehors long-temps Tous coucher au beau clair de Lune , 1 10 Dûssent-ils en avoir , par mauvaise fortune ,
Forte fluxion sur les dents.
En tel cas , le Visir, plus qu'eux encor à plaindre , En aurait bien une autre à craindre , Qui dessus son cou pouroit choir.
115 • C'est une fluxion funeste, *
Qui coupe cent fois mieux que le plus fin rasoir ; Mais le Lecteur m'entend de reste.
9*7 M*- — Du 3o. Juillet 1667 (Robinet). 938
Laissons-là cet laids Musulmans ; Discourons d'Objets tous charmans :
1» Parlons de nôtre grand Monarque ,
Parlons de sa digne Moins , Où tant de grâces Ton remarque , Qui peuvent mériter toute son amitié ; Parlons du cher Philips encore , 125 Plus aimable cent fois que l'Amant de l'Aurore ,
Et de l'Illustre Montpensibr , Qui sçait si bien mêler & le doux & le fier.
Toute cette brillante Troupe , Qu'accompagne à présent la Gloire , Amour & Mars , ijo Ayant par-tout le vent en poupe ,
Visite en divers lieux les Forts & les Remparts
Que , par Préludes de Campagne , Nôtre parfait Héros a gagnez sur 1 Espagne , Et-là , par-tout , Théréze étalant ses Appas • 135 Par eux encor elle regagne
Tout ce qu'il a conquis dedans les PaÏs-Bas.
Ayant fait dans Arras , n'aguére , son Entrée , Où , fort peu s'en falut , elle fut adorée , Elle s'est fait voir à Douay, 140 Et , comme on la trouva si belle ,
Cette Université s'écria d'un cœur gay,
Par le mouvement d'un beau zelle , Qu'elle ne vouloit plus enseigner d'autres Loix Que celles de Thérèse & du plus grand des Rois,
145 On devoit , au sortir de cette docte Ville 9
En aller prendre un'autre , importante , dit-on , Car de dire assiéger , c'est la vieille chanson , Et qui discourt ainsi passe pour mal-habile. Je sçay bien que du moins Courtray 150 Vous diroit qu'il est vray
Qu'il vaut bien mieux dire aller prendre. Voudriez-vous qu'à parler elle vinst vous aprendre?
Mais , à propos , sa Garnison Fut terriblement atrapée 155 Dans sa Capitulation ;
Jamais nule , jamais , ne fut si bien dupée. Comme elle eut oublié de faire stipuler Par où vers Oudenarde elle devoit aller, On vous la promena de terrible importance , 160 Car on dit qu'elle fit dix fois plus de chemin
Qu'elle n'en eust fait d'assurance :
118 UiMonU
g3g 342. — Du 3o. Juillet 1667 (Robinet). $41»
Je pensois 1 'Espagnol un tant soit peu plus fin.
Avant que d'achever ma Lettre , Je dois encor un mot y mettre 165 De ce qui se passe à Paris ,
Et cela pourra bien réveiller les Esprits.
La Pouce est toujours exacte au dernier point ; Elle ne se relâche point :
Jugez-en , s'il vous plaît , par ce que je vay dire. iy Vous pourez bien vous en sourire ,
Mais vous en conclurez , & selon mon souhait , Qu'il ne faut pas vrayment que nôtre Bourgeoisie
Nonchalamment oublie De tenir son Devant , soir & matin , fort net.
175 Vous conessez assez l'Aîné des deux Corneilles ,
Qui , pour vos chers plaisirs , produit tant de merveilles ; Hé-bien 1 cet Homme-là , malgré son Apollon , Fut n'aguére cité devant cette Police, Ainsi qu'un petit Violon , 180 Et réduit , en un mot , à se trouver en Lice
Pour quelques Pailles seulement Qu'un trop vigilant Commissaire Rencontra fortuitement Tout devant sa Porte cochére.
1S5 O jugez un peu quel afront !
Corneille , en son Cothuf ne , êtoit nu Double-Mont
Quand il fut cité de la sorte , Et , de peur qu'une Amande honnist tous ses Lauriers, Prenant sa Muse pour escorte , 190 II vint, comme le vent , au lieu des Plaidoyers ;
Mais il plaida si bien sa Cause , Soit en beaux Vers ou franche Prose , Qu'en termes gracieux la Police luy dit : « La Paille tourne à vôtre gloire ; 19) » Allez , grand Corneille , il sufit. »
Mais de la Paille il faut vous raconter l'Histoire , Afin que vous scachiez comment Elle étoit à sa gloire en cet événement. Sçachez donc qu'un des Fils de ce grand Personnage 900 Se mêle , comme luy, de cueillir des Lauriers ,
Mais de ceux qu'aiment les Guerriers Et qu'on va moissonner au milieu du Carnage. Or ce jeune Cadet , à Douav faisant voir Qu'il sçait des mieux remplir le belliqueux Devoir, 205 D'un mousquet Espagnol , au talon , receut niche , Et niche qui le fit aller à cloche-pié ,
04t M** — Du 3o. Juillet 1667 (Robinet). 94a
Si bien qu'en ce mqment , étant estropié , Il falut , quoy qu'il dist sur ce cas cent fois briche, Toute sa bravoure cesser 210 Et venir à Paris pour se faire penser.
Or ce fut un Brancart qui , dans cette Avanture , Luy servit de voiture , Etant de paille bien garny, Et , comme il entra chez son Père , 915 II s'en fit un peu de litière :
Voila tout le Récit finy, Qui fait voir à la Bourgeoisie (Il est bon que je le redie) Qu'il faut , comme par-cy-devant t i3o Qu'eUe ait soin de tenir toujours net son Devant.
Je n'av plus qu'une Historiette , Et puis je date ma Gazette.
L'ardente Jalousie.
Une Femme est jalouse aussi-bien qu'un Mary. Il est vrav que la chose est moins à l'ordinaire ; 125 Mais aussi quel charivary !
Une Lionne a moins de bile & de colère. N'aguere , une telle Junon , Dont je dois, taire icy le nom , Sçachant que son Epous volage 230 Alloit porter ses Droits ailleurs ,
Tous les plus beaux & les meilleurs , Voicy ce qu'elle lit dans sa jalouse rage : Elle dressa, dit-on , un Bûcher sous son lit , Et , comme le mal-heureux homme 235 Y ronfloit en son premier somme ,
Le feu , tout soudain , elle y mit ; Puis elle même aussi se couche , Pour brûler avec luy tout ainsi qu'une souche , Suivant le beau dessein 240 Qu'elle couvoit de longue-main.
Le feu donc , à ses vœux trop & trop favorable , A pénétré bien-tôt & plume & mateiats Et tiré du sommeil le pauvre misérable , Qui se sent pris sans verd & griller dans les draps. 245 Ignorant d'où provient ce fatal Incendie ,
Il se levé en sur-saut; au feu soudain il crie ; Mais , las ! sa jalouse Moitié , Qui veut , par éfet d'amitié , Qu'avec elle ce feu promptement le consume , 250 Le retient & lui dit ce qu'icy met ma plume :
« Perfide , il faut brûler dedans ce feu vangeur » Qu'exprès vient d'allumer, la juste Jalousie » Dont mon ans est saisie ;
94' H2- — Du 3o. Juillet 1667 (Robinet). 944
» Il faut qu'avec le mien il rejoigne ton cœur , 155 » Il faut. . . » — c II faut, » repart l'Epoux, tout en fureur
De se sentir griller la fesse, Et s'arachant des bras de sa fiére Tjrgresse , « Il faut qu'en ce brasier tu brûles , s'il te plust ; » Mais je désire , mot, me sauver de sa flamb. 960 » Our, JE LE veux , ô bonne Lamb ,
» Malgré ton rigoureux Arrest. »
Mais , las ! il conte sans son hôte ; Sa Femme , en son transport , de la moitié trop caute , Dessus eux a fermé la porte à double tour, 365 Et s'il veut échaper de cet ardant Bissêtre ,
Faut que ce soit par la fenêtre Et que , s'il ne brûle en ce jour.
Il ait le cou cassé par fortune d'Amour. Quelle diantre d'alternative «70 Où contre luy le Sort également estrive
Et luy montre un trépas certain !
Mais , quelque rigoureux que semble ce Destin , En même temps qu il le menace , Il luy fait prace , 975 En soufrant au'd soit secouru
Par un favorable in-promptu ; Car, in-promptu , son Voisinage Vinst métré la porte dedans , Malgré , dit-on même , les dehs sSo De sa Femme, au félon courage ,
Qui , pour l'empêcher, faisoit rage ; Et , des que l'huys est abatu , Le Mary, de très-grand courage , S'enfuit tout comme si , selon que dit l'Adage , »*5 II avoit eu le feu au eu.
L'histoire dit que de la flftme Aussi l'on retira la Femme , Ayant plus de mal que de peur, Car, helas I la pauvre Femelle 990 A peine de ce feu la cnaleur sentoit-elle , Tant de sa jalousie elle sentoit l'ardeur ; Et vous pouvez juger, sans que je vous le die , Si ce n'étoit pas-là I'Ardante Jalousie.
Grande Altesse , daignez , de vôtre air gracieux , 995 Acueillir cette mienne Lettre ,
Qu'en vos charmantes mains on doit demain remètre , Car je l'ay vrayment faite exprés pour vos beaux yeux.
Nous étions dans le sept des jours Caniculaires , Alors que j'achevay ces Carmes circulaires.
APOSTILE.
joo Quiconque portera les yeux
Dessus ce petit Apostile ,
945 242. — Du 3o. Juillet 1667 (Robinet). 946
Que l'on adresse aux Curieux ,
Dehors & dedans cette ville ,
Sçaura . s'il ne le scavoit pas , 305 Que des Lettres au Roy, dont l'on fait très grand cas 9
Et qu'on nomme Histoire Royale , tosimrdf»
S'impriment du bel-air & , certes v comme il faut hmu.
(Croyez en ma Muze loyale) ,
Chez le même Charles Chenault 310 Où l'on presse à présent les côtes à la Lettre
Qu'à Madame j'écris , comme l'on voit • en Métré ;
Et , si de son Hostel vous êtes en soucy,
En Prose , cy-dessous • tout joignant , le voicy :
A Paris, Ckêx Ch. Chenault, Imp. à Ub., rue de la Hachette , Aux Armes du Roy. Avec Privilège de 5. M.
(Biblioth. nat., Le3, aa. Res. — Bibltoth. Maxarine, 396. A3.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Chaiiis ROBINET.]
Du 6. Aoust 1667.
Belle Princesse , un Imposteur T Jfîr*
Aujourd'huy me met hors de game ; JV
Il faut que je l'avoue , il me fait perdre cœur, ]
Et je n'ay ni vigueur ni filme.
5 Vous avez encor dans l'Esprit
Toutes les choses qu'il vous dit ; Il ocupe encor vos oreilles Depuis le dernier jour qu'il vous raisonna tant • Et , quand je ferois des merveilles , 10 Autant, je m'en assure , en emporte le vent.
Hélas ! vous avez écouté Avec plaisir, avéque jove , Ce que le Séducteur devant Vous a conté , Et de me faire ouir je ne sçay plus de voye. 15 Mais quoy ? qui ne l'écouteroit
Et qu est-ce (ju'il ne séduiroit , Quand il est instruit par Moubrb ?
Hélas 1 Madame, hélas 1 tout viendra l'écouter; Il aura de chacun l'oreille toute entière , ao Et d'avoir charmé tout il poura se vanter.
, en foule on le veid , Et je croy que long-temps on le verra de même ;
947 HS* — Du 6.. Aoust 1667 (Robinbt). 948
On se fait étoufer pour ouir ce qu'il dit 9 Et l'on le paye mieux qu'un Prêcheur de Carême. 95 Princesse , agréez néantmoins
De ma Clion les petits soins ; Daignez luy donner audiance :
Je puis vous assurer qu'elle {ait de son mieux Pour plaire à vôtre Esprit , qui n'est qu'Intelligence 30 Et qui brille de pair avec vos divins yeux.
Aujourd'huy j'ay tant de matières Qu'à peine deux Lettres entières Suâroîent pour la contenir, Fussent-elles plus que pleniéres ; » Mais à-bout il en faut venir.
Le moyen que je m'en propose , C'est d'avoir recours à la Prose , Qui sçait des mieux l'art d'abréger :
Et puis c'est quelquefois une agréable chose 40 Que d'ainsi mélanger
La Prose avec la Rime , Quand des deux un peu l'on s'escrime.
Le Roy des Sarmathes est , sans mentir, tout-à-lait digne de pitié. L'espérance du repos dont il se flate de temps en temps est aussi tôt détruite , ou 45 par ses Sujets rebelles , comme les Cosaques , ou par de mauvais voisins , comme les Tartares. Ces derniers se proposent encor d'entrer dans la Pologne au nombre de 40,000, sous deux Chefs qui sont deux étranges Garnemens.
C'est le Bassa de Silistrie Et le Seigneur Sultan Galga , &%ff#
50 Qui dessus ce dessein. plein d'atroce furie
Tiennent conseil à Rusava.
L'Ambassadeur de Tartarie , Désirant palier cela , Dit , mais c'est pure raillerie , -
59 Que ces maudits Tartares-là
Ne sont que gens à volerie , Que le Grand-Kam , & cotera , Ni peu , ni prou , n'aprouve mie ; Mais , sur ce point , ouy-da , ouy-da.
60 On sçait à peu près ce que Ton doit croire , & Ton ne doute point que ces Malins ne se laissent du moins emporter à leur grand Mobile.
Ce grand Mobile c'est la Porte , Laquelle , comme on tient , les porte A ces projets d'iniquité; 65 Mais , sur ce , le Ciel reconforte
Cazimir, car, en vérité , Sans que ce Sort l'outrage encore de la sorte , C'étoit assez du mal de sa vuiduité ; Comme dit l'Axiome , à qui je me rapporte , 70 Mal dessus mal n'est pas santé.
949 2/fi- — Du &> Aoust 1667 (Robinet). 950
Nôtre glorieux Héros , qui ne veut pas que ses Armes soient moins utiles au secours de ses Alliez qu'à l'augmentation de -ses Conquestes , avoit résolu d'en envoyer une partie à ce Monarque persécuté ; Mais l'Assemblée des Electeurs & Princes de l'Empire, qui dévoient donner passage à ses Troupes, 75 a répondu (je ne sçay si c'est sincèrement) que rien ne pressoit si fort en Pologne qu'il exigeât de luy une si prompte Assistance ,
Et qu'elle suplioit ainsi Sa Majesté D'en demeurer à ce beau zelle , Qui faisoit éclater sa générosité So Et h devoit couvrir d'une gloire immortelle.
Vous devinerez ce qu'il vous plaira lé-dessus , & moy j'ajoûteray que
Les Députez de l'Empereur ,
Ainsi que ceux de tous les Princes ,
Tant des plus Grands que des plus minces , 85 Ont tous promis , en Gens-d'honneur,
Suivant le Munstérien Pacte ,
Authentique & solennel Acte ,
De n'envoyer aux Pays-Bas , Où l'Ibère est ainsi , ma foy, percé fort'bas , 90 Aucun Secours , quel qu'il puisse être.
Après cela , tlirez-vous pas Que Louis des Destins en tous Lieux est le Maître ?
Au reste , ce Résultat fut passé sur la demande que fit en son nom , dans cette Assemblée, le sieur dcGaumont, Gentilhomme ordinaire de Sa Majesté & son Député en ce Lieu-là , ce qui suffit pour luy donner un caractère glorieux & le faire compter parmy les Personnes que le Prince a distinguées.
Thérèse , au sortir de Douay, Fut aussi visiter Tournay, , Et ces Citez firent merveilles , 100 On le peut dire , en vérité,
Pour témoigner leur zelle à cette Majesté , Dont les grâces sont* sans pareilles.
Elles semèrent son chemin De Roses & de Lys , d'Oillets & de Jasmin , 105 Et chaque rue alors sembloit un beau Parterre ,
Où le Printemps avoit , d'une prodigue main , Epanché les trésors qu'à sa Flore il desserre.
Les mêmes rues êtoient aussi toutes tapissées, & l'on ne découvrait
qu'agréables spectacles de tous cotez, ainsi qu'aux Triomphes des Conquérans.
no Aussi, cette Auguste Princesse étoit-elle conquérante d'autant de cœurs
Ju'elle avoit de Spectateurs de ses divins charmes , de manière qu'on ne luy evoit pas moins qu'aux Vainqueurs les plus célèbres/
9^ i 243. — Du 6. Aoust 1667 (Robinet). 952
D'abord sept jeunes Cavalières , Qui représentaient des Vertus , 11$ Mais toutes plus douces qu'austères ,
Et si charmantes que rien plus , Vinrent à ses Appas rendre un profond hommage , Toutes lujr presentans , d'un air modeste & sage , Le nombre aussi de sept Lauriers , iso Comme autant d'honorables marques
Des principaux Exploits guerriers Qu'a faits en leurs Pays le plus grand des Monarques.
Plus avant» cette belle Princesse rencontra un superbe Chariot» où l'Asie, l'Afrique, l'Amérique & l'Europe paressoient soumises aux belli- 125 queux Destins de la France; &au milieu étoit, sur un Dauphin mouvant, un Arion , qui , après avoir salué la charmante Héroïne , chanta un Récit sur les Victoires de nôtre Héros , dont toute la belle Cour demeura presque enchantée.
Après un spectacle si beau , 130 On en découvrit un nouveau ,
Qui n'étoit pas moins admirable.
C'étoit un large & long Vaisseau ,
D'un artifice incomparable ;
Là se montrait la Piété , 135 Debout , avec la Charité ,
Qui dignement apostrophèrent
Du Grand Louis la Majesté ,
Et très-bien luy représentèrent
L'éfrovable captivité 140 Des Cnrètiens chez la Gent profane
Que l'on nomme Mahométane.
Cette Harangue tendoit , pour faciliter le passage aux Mathurins qui s'craployent à la délivrance de ces malheureux Captifs , à persuader au Roy la Conqueste de l'Isle de S. Jacques , & , par un merveilleux artifice , elle parut 145 en même temps comme réduite , & la Victoire en étoit annoncée par les fanfares des Clairons & le bruit des Tambours , qui formoient un Concert tout-à-fait convenable au Sujet.
Enfin , deux Géans , hauts de cinquante coudées , Qui des plus grands ainsi passoient toutes idées , 150 Se firent voir en bel-arroy ,
Et , par cette hauteur, designoient la puissance De nôtre incomparable Roy Et la grandeur de nôtre France.
Hé bien ! se peut-il rien voir de plus galand que la magnificence de nos 155 nouveaux François , & ne diroit-on pas qu'ils n'ont jamais fait autre chose que préparer des Entrées à des Victorieux , aussi brillans & aussi augustes que leurs nouveaux Souverains?
Est-il rien plus plaisant aussy Que de faire ainsi des Conquestes,
953 243. — Du 6. Aoust 1667 (Robinet). 954
160 Et de trouver par-tout ainsy
Des jeux , des ébats & des restes ?
En bonne-foy, si mes Avis
Etoient dignes d'être suivis ,
Nôtre charmant Seigneur & Suis 165 Prendroit incessamment de nouvelles Citez
Et , se divertissant , étendroit son Empire
Au Pays-Bas de tous cotez.
Mais il n'est vrayment pas besoin de luy donner des Avis sur ce sujet. Ce brillant Potentat n est que trop ardant à la victoire. A peine a-t*il pu donner
170 quelques jours à ces Entrées de la Reine , qu'après l'avoir fait reconduire à Arras , il s'est remis à la teste de son Armée , & qu'Oudenarde a sceu de ses nouvelles de plus prés qu'elle ne l'auroit souhaité. Je veux dire la Garnison , car, pour les nabitans, il n'auront pas esté moins charmez de se voir sous la Domination Françoise que ceux des autres Villes , qui sont leurs Ainez dans
175 cette bonne fortune.
Ce n'en fut pas , dit-on , pour un bon dejûner, Et jamais on ne fut en besogne si vite. En vain elle voulut tant-soit-peu lanterner : En six heures au plus elle quita son gtte ; 180 J'entens ladite Garnison ,
De qui le Gouverneur & les Soldats , dit-on , Furent faits Prisonniers de Guerre.
C'est donc un nouveau Te Deum Et nouveau Feu par tout, sur la Françoise Terre.
185 On dit que deux cens Egrillards , SrïïoïS u5
Pour gagner quelque renommée , Quitans de Lite les Remparts , Quand Louis rejoignit sa triomphante Armée , Vouloient , en qualité de petits Fanfarons , 190 Surprendre aux environs
Un grand Corps de seize Gens-d' Armes. Gens d'Ara» du Boy Ils n'agissoient pas en Poltrons , Et c'étoit-là sans doute un fameux Exploit d'armes :
Mais on ne leur souffrit pas l'honneur d'une belle Action , & nos Volon- 195 taires, par une étrange jalousie de 1p. gloire de ces Messieurs , leur coururent sus & achevèrent de les mener batans chez eux , avec 80 Gens d'Armes survenus au secours de leurs Compagnons.
Monsieur le Duc , en ce rencontre , Faisant de sa valeur une nouvelle montre , 900 A la teste de tout , les poursuivit fort loin
Et , de leur hardiesse étant tout en colère , En força du moins trois de mordre la poussière. J'ay de ce que je dy maint illustre Témoin ,
Car le Duc de Bouillon , qui est des premiers de toutes les belles Parties, étoit