‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 215 sur 257 · LA JALOUSIE AFFAMÉE · texte numérisé non relu

LA JALOUSIE AFFAMÉE

155 La Jalousie , o justes Cieux ,

A des transports bien furieux 1

C'est une étrange frénésie ;

Je le montrois dernièrement

Dans un certain Evénement 160 Que je nommois , je croy, Tardante Jalousie.

Mais voicy la Passe-outre encor , Et je pense qu'en cet essor Toute sa rage est consommée'.

Icv, par un horrible effet , 265 Elle dévore son Objet ,

Et je puis la nommer Jalousie affamée.

Une jeune Femme, en Anjou , Avoit un Epous un peu fou , Qui luy mettoit martel en teste , 270 Faisant comme maints Emportez

Qui travaillent de tous cotez Et font , chez eux , chommer & mainte & mainte Feste.

Elle , aimant le Travail aussi , S'ennuyoit de se voir ainsi 275 Les bras croisez , toujours oisive ,

Et , tant le soir que le matin , Conjuroit son fâcheux Destin Sur cela , mais en vain , d'une voix trés-plaintive.

Voyant donc , par un sort fatal , 280 Que sans remède étoit son mal ,

Elle se porte à la vangeance , Et conciud (quel transport jaious !) Enfin de manger son Epous , Pour en avoir ainsi la pleine jouissance.

285 Dés le soir , sa perfide main

Luy plonge un poignard dans le sein

Et , par une horrible furie ,

Sans en avoir aucune horreur,

D'abord tire & mange son cœur 290 Et tout ce qui pouvoit causer sa jalousie.

Quant au reste , le lendemain , Elle en fait , dit-on , un festin Plus cruel que celuy d'Oreste , Qui fit coucher l'Astre du Jour, 295 Ne pouvant achever son tour

Tant il avoit d'horreur d'un Repas si funeste

997 *46- — Du 28. Aoust 1667 (Robinet). 998

Les Parens elle y convia , Mais l'un des Mets les éfroya:

C'étoit de son Mary la teste • Qu'elle avoit placée au milieu.

Ah I quel triste Objet , juste Dieu , 300 Et pour les Conviez quelle funèbre Feste 1

Le surplus , vous le devinez.

Ces Conviez , bien consternez , Font arrêter la Conviante , Et chez l'équitable Thémts w Son Procez en état est mis ,

Et, dans l'air, elle en dance une triste Courante

Princesse , vous sçavez ce que je vous ay dit , Que j'avois l'esprit interdit; Ainsi je suis digne d'excuse , 310 Si ma Clion icy parét tant soit peu buse.

Je fis , en Août le vingt-sept , Cette belle Légende , & comment ? Dieu le sçait.

A Paris . Cher C. Ckenamlt , Imp. A Ub. , nu de la Huchettt , aux A mus du Roy . Avec Privilège de Sa Majali.

(Biblioth. nat. Le2, 22. Rét. — Biblioth. Maxarine, 296. A3.)

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charlis ROBINET.]

Du 4. Septembre 1667.

Notre Muze , vôtre humble Ancelle 9 Ne manque point , tous les huit jours , Princesse qui valez la plus belle Immortelle , De redonner pour vous naissance à ses Discours , 5 Et , bien loin qu'elle s'en ennuyé ,

Il faut tout franc que je vous die Qu'elle voudrait sans-cesse être dans cet Employ.

Mais la chose est aisée à croire,, Et Ton verrait ce zélé en tout autre qu'en moy ; 10 Sur les Nouvelles donc poursuivons notre Histoire.

247* — Du 4* Septembre 1667 (Robinet).

Lieutenant dans l'Artillerie

Ce sont Bombes

ainsi

appelées,

à cause de

tour longueur.

[le comte do Bruoy]

Nous avons dequoy gazeter Et d'importance caqueter.

Grâce au Monarque magnanime Que la Gloire si bien anime.

15 Lile est enfin dessous les Lois De ce grand Modèle des Rois , Et de cette illustre Conqueste Il mit , Dimanche , sur sa Teste Le beau Laurier prématuré ,

20 Car nôtre Siège auroit duré Peut-être bien encor huitaine , Ou même toute une quinzaine , Sans le Courage & le Bon-heur De nôtre adorable Vainqueur.

35 O combien j'ay l'Ame ravie De ce qu'ainsi ma Prophétie Ait eu de si prés son éfet !

Car enfin Vôtre Altesse sçait Que , Samedy, dans ma dernière

30 (Que Gens ayans sens & lumière Ont trouvée assez à leur goût) , Je dis qu'avant la fin d'Août On entreroit dedans la Ville , Malgré son Gouverneur habile

35 Et sa superbe Garnison , Qu'on a sceu mettre à la raison En neuf jours de Tranchée ouverte , Et presque sans aucune perte.

Mais touchons un si rare Exploit

40 Par le Détail , comme on le doit , Et donnons-nous un peu carrière Sur une si belle Matière.

Comme nôtre Canon , d'abord , Ne tonnoit pas encor bien fort , Les Ennemis , pleins d'insolence , Nous railloient dessus son silence ; Mais , le vingt-un , avant Midy, Aussi vray que je vous le dy, Il les força bien de se taire , Par les soins du Sieur Saint-Hy- Car il tira , pour le certain , [laire, Mille coups, en ce seul matin.

Le soir aussi , nos Bonets rouges , Furetans Greniers , Chambres ,

[Bouges , A leur tour firent très-beau jeu Et mirent en maints lieux le Feu , .

Si que toute la Bourgeoisie D'un étrange éfroy fut saisie.

En vain leur Comte & Gouverneur Tâcha de luy redonner cœur

Et , convoquant les plus Notables t Pensa , par des Discours affables , Afilant des mieux son caquet , Leur foire prendre le Mousquet ,

65 Pour se joindre avec ses Gens-d'ar- Et venir ainsi, sous les Armes, [mes Faire tous leurs petits éforts Pour le salut de leurs Dehors.

Nul ne fit cas de son Bien-dire ,

70 Et maint, s'en mettant même à rire, Luy dit, sans craindre son couroui:

« On s'en raporte fort à vous » Et l'on prétend vous laisser faire , » Car, en un mot , c'est vôtre affai-

75 » Dont vous devez avoir l'honneur.

» Bon-jour, Monsieur le Gouver- Ainsi donc fut anéantie [neur. »

Une générale Sortie Qu'il attendoit de ce Bourgeois ,

80 Dont il pesta plus de cent fois , . Jugeant bien que les Destinées , Au plus tard dedans sept journées »

Borneroient son Gouvernement , Cas déplaisant certainement.

85 Mais il convint à sa colère D'avaler la Pillule amére , Et toute sa resource alors Fut dedans ses propres éforts , Employant sa Mousqueterie

90 Et grosse & mince Artillerie , Le plus utilement qu'il pût ; Mais le Succez petit en fut , Hors quelques Testes amputées , Ou , parlant plus clair, emportées

95 Par le décapitant Canon , Qui les décoloit , tout-de-bon , Aussi proprement que le Glaive , Lequel les fait sauter en Grève.

Mais il fut bien-tôt démonté

100 Par le nôtre , des mieux pointé , Qui mit les Dehprs en ruine Et , rendant la Ville chagrine , Abatit , outre ces Dehors, Maint pan de muraille du Corps.

105 Cependant , aux Ataques nôtres , Chacun disant ses Patenôtres , Sans pourtant songer à trembler.

Poussa le Travail d'un tel air Qu'on se trouva, le vingt-deuxième,

ÎOOI

Page 1