‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 229 sur 257 · LE NOUVEL ACTÉON · texte numérisé non relu

LE NOUVEL ACTÉON

255 Un bon & véritable Hermitk , Et non point du tout hypocrite (Comme maint, digne d être Hon- AUant de Guise à Trepigny, [nyt) Prés d'où , dit-on , étoit sa Grote ,

260 Comme il feisoit un temps de crote Et que le Jour, à-cu réduit , Paisoit place à la noire nuit , Il fut prié , par bien-séance , De gîter en certaine Censé

265 Qui se trouvoit sur son chemin.

L'Hôte, le prenant par la main , Ravy de tenir le bon Père »

L'emmené , lui fait grande chère , Et puis , luy-même , le conduit

37« En bonne chambre & fort bon lit. x Or le brillant Fallot du Monde N'eut pas mis le nez hors de l'Onde Pour redonner naissance au Jour, Commençant son obliaue Tour,

•75 Que luy pareillement dégîte ,

Pour s'en retourner au plus vite En son solitaire Manoir.

Mais en quel mal-heur va-t'il choir Et quel est l'étrange Desastre

aSo Où le conduit son mauvais Astre ?

D'ilkc à peine est-il dehors , Hélas ! qu'il se sent prendre au corps Par huit gros Limiers de la Censé , Qui prennent sur luy la licence

285 Que prirent , dit la Fiction , Autrefois les Chiens d'Actéon Sur le corps de leur propre Maître.

Mais quoy ? dans ce dernier Bissétre, L'Hermite n'étoit point cornu

390 Et n'avoit , certe , non plus vu , Comme ledit défunt Profane, A nud le beau corps de Diane ; C'est pourquoy donc ces Chiens

[pervers Avoient bien l'esprit de travers

295 De traiter ainsi le pauvre homme.

Aussi , pour tout vous dire en somïls n'ont pas fait inpunément [me , Ce Meurtre si felonnement ; La juste Justice de Guise

300 Les ayant fait , de belle guise , Tous étrangler par l'Ecorcheur, Pour montrer, par telle rigueur, A tous Dogues des autres Censés A corriger leurs violences ,

305 Et ne pas ajler faire ainsi

Un Qui-pro-Quo , comme ceux- d.

Voila ma Lettre assez remplie ; Puisse-t'elle vous plaire . ô Prw-

[ cesse accomplie.

En Octobre , le vingt-&<leux , 310 Je la rimay pour vos beaux Yeux.

A Paris, chef Ch. Ckeuault, Imp. A Lib., rue de la Huchttte, aux Armes du Ror. Avec Privilège de Sa 'Majesté.

(Biblioth. nat., Le3, 22. Rés. — Biblioth. Maurice, 296 A3.)

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LETTRE EN VERS A MADAME

[Pai Charles ROBINET.]

Du 29. Octobre 1667.

Je vais faire, au Parnasse; un tour de Biouac

Pour le plus digne Objet qui , de France en Affriqub ,

Mérite qu'on le loue en Vers , Prose & Musique ,

Et qui soit plus fécond en Appas , sans Mic-Mac.

Muze, qui haïssez le Parfum de Tabac,

Déesse de l'Histoire & de la Politique ,

Par qui tous les huit jours ma Lettre je fa Brique ,

Sus , la Belle , aidez-moy, non Ab hoc & Ab hac.

Le Jour déjà s'avance & s'enfuit sans Remède ;

Donc, de par Jupiter &son cher Ganiméde,

Dépêchons nôtre Tâche & laissons les Rébus.

Apres , nous souperons de Poulet ou d' Eclanche ;

Mais bon ! en mange-t'on la veille du Dimanche ,

Si l'on n'est Parpaillot ou Chrétien de Bibus?

15 On a conduit , de Varsovie , La Revnb morte à Craoovie , Dans un riche & pompeux Cercueil, Avec tout le superbe Deuil* Que la vaine Grandeur Royale

** Dedans les Obsèques étale ; Et ce Corps , jadis plein d'Appas , Mais maintenant par le Trépas Rendu , sans doute, affreux & hâve, Est logé dans la sombre Cave

35 Où gîtent tous les Défunts Roys Et les Reynes des Polonois.

Telle est par-tout la Catastrophe Des. Personnes de cette Etophe , * Car, en tous lieux , en tous Estats ,

30 Les plus sourcilleux Potentats , [re ; Comme nous, ont leur dernière heu- Faut , di-je, que chacun d'eux meu- Qu'il entre dans le Monument , [re, Jusques au jour du Jugement ,

35 Et qu'ainsi sa Gloire s'efface ,

34 duttUMppUd.

Sans qu'il en reste aucune trace , Sinon par quelque petit bruit Qui bien-tôt après se détruit.

Mais brisons sur cette Pensée ,

40 Quoi que très-juste & tres-censée , Pour ajouter que Cazimir , Qui ne peut nre ni dormir, Ce dit-on , en aucune sorte, Depuis la mort de sa Consorte ,

45 Voulut assister au Convoy, Quoy aue d'ailleurs en desarroy, Et par la Fièvre & par la Goûte , Où nul Médecin ne void goûte , Et dont chacune , tour-à-tour,

50 Attaque ce Prince , en son Jour, Comme si ces deux Maux barbares S'entendoient avec les Tartares Et les Cosaques rebellez , Par qui ses Pays sont troublez.

s 5 Quand les uns gémissent & crient, Les autres chantent, ballent , rient ,

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