‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 38 sur 257 · Du 11. Juillet 1666 (Mayolas · texte numérisé non relu

Du 11. Juillet 1666 (Mayolas

230 Par leur piété trés-fameuzes , Et c'est , selon mon Alphabeth » Celuy de Sainte Elizabeth.

Pour son ame en ladite Eglize Chaque jour Messe on solennize ,

235 Et le défont, pour cet éfet , De dix mil écus don leur fait.

Son Epouze , illustre & fidelle , Ressent une douleur mortelle Et , dans l'excez de l'amitié

240 Qu'elle a pour sa chère Moitié , Désormais elle ne peut vivre Que du seul espoir de le suivre.

Monsieur La-Haye-Ventelé

Fut splendidement régalé 245 Par 'e Grand Vizir de Turquie, En belle & bonne Compagnie , Ce qui marque qu'il est aimé Et fort justement estimé Pour son adresse & sa prudence 250 Et pour le titre d* Excélence.

Altessb , j'ay mis quatre mots Au Prélude fort à propos , Mais ma Muze dans son Ouvrage N'en métra jamais davantage.

255 J'ay aîné tout ce que je dis En Juillet justement le dix.

A Paris, Cher C. Cheuault, Imp. à Lib., Aux Arma du Rey, rue de la HuckeUe. Avec Privilège de Sa Majesté.

(Biblioth. de l'Arsenal, B. L. 1 1800. — Biblioth. de M. le baron Jamcade Rothachild. — Ce dernier exemplair* porte la date du 14 juillet ai lea adresses suivantes : A Péris, Cher C. Ckememlt, Imp. A Lib., Aux Armes au Roy, rue de la Huckette. Avec Privilège de S. M. Et à Lyon, cher M. Mathevet, à S. Thomas JAqum.)

[Par Chauds ROBINET.1

Du 10. Juillet 1666.

Je doi , sans partage en ce Jour , Tous mes soins à la belle Altesse Pour qui ma Muze a tant d'amour Et travaille toujours avec tant d'alaigresse. A part donc tout autre souci ; Je vais voir si , coussi coussi , Je pourray de nouveau faire auelque Missive Qui vaille l'exposer à son brillant Esprit. Liais I je n'espère pas cette gloire excessive , Mais je vais au hazard commancer mon Ecrit : L'Héroïne prendra par sa bonté propice La bonne volonté pour digne Sacrifice.

Ayant , ainsi qu'en un clein d'oeil Et plus viste que le Soleil, 15 Fait presque tout le tour du Monde

Et visité la Terre & l'Onde , Depuis le lumineux Berceau [beau Jusqu'au non moins brillant Tom-

144* "- Du 10. Juillet 1666 (Robinet).

De cet Astre de la Lumière ,

aoJe n'ay dédans cette Carrière Rencontré nule nouveauté Digne de curiosité.

Tout s'y retrouve en même place Et , rien n'ayant changé de iace ,

25 Les Affaires , je ne mens point , Y sont encor au même Point Que l'ont chanté mes petits Métrés Dans la dernière de mes Lettres , Hors qu'à Naples les Mécontans

30 Y font tres-mal passer le temps ^JjgJ A leur nouveau Vice-Monarque; d'Aragon] Que l'homicide & laide Parque A , dans son An soixante & six , Pris I'Eminence Médicis ,

35 Doyenne du Sacré Collège , Sans croire faire un Sacrilège ; Que Gennes a réduit à deux Les huit Ambassadeurs fameux Qui, d'une façon triomphante,

40 Devoyerit complimenter TInfante , Epouse du Sire Allemand , Qui de son beau cœur est l'aimant ; Et aue la même République , Qui tranche de la magnifique >

45 Tout autant que le plus grand Roy, Envoyé , en un tres-bel arroy , A sa Hautesse Impériale (Et ne croyez pas que j'embale ) Des Regales & des Présens ,

50 Valans six fois cent mille francs , Sur lesquels aura sa Prébande (Il ne faut pas qu'on le demande) Le Premier Ministre, ou Vizir, Qui même pourra bien choisir.

55 Les Célestins, tres-braves Pérès, Dans l'un de leurs sacrez Repaires , En Savoye , à Villerfalet , Se sont signalez tout-à-fait , Et c'est à dire d'importance ,

60 Sur la bien-heureuse Naissance Du beau Prince Piémontois, Que l'on feste depuis deux mois.

. Comme ils ont l'ame toute noble , Ils envoyèrent à Grenoble ,

65 Non sans le coût de maints Doublons, Quérir l'Elite des 'Violons Et les meilleurs Entonneurs même, Pour, en cette alaigresse extrême Qui lorstriomphoit dans leurs cœurs,

70 En rendre .Grâces à deux Chantas.

Après , désirans d'en découdre, Avec deux gros Barils de poudre Et des Feux Artificiels , En pareil cas essentiels ,

75 Ils nrent retentir leur joye Dans ce Canton de la Savoye ; Et je croirois bien mêmement Qu'ils purent fort honêtement , Quoi que le Mémoire s'en taise ,

80 Encore signaler leur aise Par quelque agréable Festin , Car un petit de Chère enfin N'est pas aussi moins de l'essence De semblable réjouissance',

85 Puis , quand la Musique a chanté , Elle a grand' soif en vérité.

A propos de Feux d'Artifice , Je ne sçaurois, sans injustice, En obmettre un des plus galans ,

90 Des plus bruyans, des plus brillans, Que, sans de Poudre être Econome, On fit à 1* Hôtel de Vandôme , Lundy, quand la Nuit se fit voir Et nous vint donner le bon soir.

95 Tout au moins , plus d'une grosse

[heure ( Si je ne dis vrai que je meure ) , Il remplit la Terre & les Airs Et de Tonnerres & d'Eclairs , Et de Serpenteaux & d'Etoiles ,

100 Qui , de la Nuit rompans les Toiles Et faisans renaître le Jour ,

. Contraignoyent dans tout le Con- La pauvre Nocturne Brunette [tour De jouer à Cligne-Mussette.

105 Or ce6 Artifices bruyans ,

Par leur bruit, alloyent publians Jusques dans les Célestes Sphères , Qui de Joye en sembloyent plus clai- Que la charmante de Nemours [res ,

1 10 Venoit , au milieu des Amours , Par une illustre Destinée , De conclure son Hyménée Avec le Roy des Portugais , Qui, sans doute, en seront bien gais,

1 15 Car, enfin , cette Affaire est faite , Et je m'en vais tout d'une traite Vous en mettre Ici le Récit , Vous racontant comment se fit Ces jours passez , à la Rochbllb ,

iso Une Solemnité si belle.

L'Ambassadeur de Portugal , En un Carrosse sans égal Et brillant comme celui-méme De Phœbus , quand il n'est pas blê-

125 Se rendit , le soir, au Palais [me , Qui récéloit les grands Aurais De la Souveraine future , Etant tout couvert de dorure , Avec un Train brave & pimpant ,

130 Où rien ne paroissoit rempant.

Il avoit jusqu'à douze Pages , Tous Adolescens beaux & sages , Qui sembioyent des Amours Co-

[quets, Mais verts comme des Perroquets ,

135 Et des Estafiefs en bon nombre , En pareille étofe peu sombre , Qui plus que des Faons se carroyent Et dans leurs Plumes se miroyent , Etans tous fiers de leurs Livrées ,

140 De riche galon chamarrées.

Un Cortège de Chars pompeux , Dont la beauté charmoit les yeux , Et remplis de fort galans Hommes , Je crojr, Portugais Gentils-hommes ,

145 Le suivoit honorablement , En l'escortant conjointement Avec une Troupe bien leste De cent Hommes & tout le reste.

De Vandôme le Duc accort ,

150 Aine du Héros de Beaufort, Le receut avec une Suite De Gentils-hommes, tous d'élite, Et le conduisit galamment Dedans le propre Appartement

155 Où la Princesse , étant ornée Comme en sa plus belle Journée , Faisoit voir mille Appas nouveaux Qui sembioyent n'avoir point d'é-

[gaux , Et tous nais à cette heure même

160 Pour la grandeur du Diadème.

Cette future Majesté Avoit à lors à son côté "«jj3* Sa grand' Maman , rare Princesse Qu'on prend pour la même Sagesse; Et , si tôt que 1' Ambassadeur, Qui certe agit là de bon cœur, Eut dit ce au'il avoit à dire De la part de son jeune Sire ,

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