Du 10. Juillet ib66 (Robinet
Et la Princesse répondu
170 Ce qui d'EUe étoit attendu , On passa dans une Chapelle Tout exprés parée A fort belle , Où de Laon le digne Prélat Jgé»'
Accomplit avec grand éclat
175 De THymen la Cérémonie , Au plaisir de la Compagnie.
La Princesse , dés ce moment Etant Reyne certainement , Sur un Trône alla prendre place ,
180 Et , bref, avecque tant de grâce De ce haut Rang fit les Essais , Recevant les premiers Respects , Que l'on auroît jugé sans peine Qu'elle avoit toujours esté Reyne.
185 L'Ambassadeur de son Epous , Pliant tout bas l'un des genoux , Luy fut en même temps remettre , De sa part , une belle Lettre , Où , sans doute , l'illustre Amant
190 Luy parloit passionnément De la noble & charmante flâme Qu'Elle avoit fait naistre en son Ame, Et des beaux transports qu'il aura En l'embrassant , et ccetera.
195 Sans m'amuser à la moutarde • Je dois ajouter que la Garde Dés lors à son Palais monta , Et , dés le soir, qu'on la traita En Souveraine véritable ,
aoo Le Fauteuil au bout de la Table , Et le Cadenas : en un mot , Comme aux Majestez il le faut.
A propos , parlons de la Nôtre A qui semblable n'est nule autre ,
205 J'enten le merveilleux Louis, De qui les Fais sont inouis.
Comme il a I'Ame belliqueuse Et des beaux Explois amoureuse , Si bien qu'au défaut des Combas,
210 Qui feroyent ses plus chers ébas , 'Il se plaist dans les Exercices De ses florissantes Milices , L'autre jour, ce brillant Héros Veid deux mille sept cens Chevaux
215 Dedans une verte Carrière , Devant Trevers , sur la Rivière.
Ayans tous passé sous ses yeux , Honneur pour eux bien glorieux , Ce charmant Porte-Diadême
en]
à trois lieues de Fontainebleau
144* — Du 10. Juillet 1666 (Robinet).
330 Donna l'ordre, en Personne même , Pour établir leur Campement, Ce qui se fit si promptement Qu'on veid à l'instant mille Tantes, Dont plusieurs estoyent éclatantes ,
225 Former comme une Ville ou Bourg; Et , dessus le déclin du Jour, Ces Troupes firent trois décharges , Par Escadrons fort beaux & larges , Puis le Rot les veid défiler
2}o Auparavant que s'en aller.
Le lendemain , ce digne Sire , Comme on a daigné me l'écrire , Reprit ce Divertissement Et régala royalement [les ,
335 Monsieur , Madame & maintes Bel- Qui , faisans un peu les Cruelles , Paressoyent là sous le Harnois Des Amazones d'autres-fois.
Ce fut au beau milieu des Tantes
340 Que ces friandes Combatantes Trouvèrent dequoy festiner Et des mieux collationner, Dans un gay Salon de Feuillée , Avec symmétrie assamblée
245 Par le fameux Vigarani , Et le Tout de Lustres garni.
Après la Chère grande & belle , On fit sonner le Boute-selle Et l'on revint toute la Nuit ,
350 Non pas sans doute à petit bruit , Au Camp que nôtre auguste Reyne , Cette divine Souveraine , Avoit , pour donner son Cadeau , Fait faire aussi près le Château.
355 Car, à la fin de la journée , Qui fut encore terminée Par l'Exercice Martial Des mêmes Troupes à Cheval , Et qui se fit , pour l'amour d'EUe ,
360 Avec grande addresse & grand zèle , Ainsi que pour son beau Dauphin Qui mérite un amour sans fin , .Elle fit un si grand Régale A toute la Troupe Royale
365 Que Banquetans & Spectateurs Furent ensemble Admirateurs , Et dirent qu'après Chère telle Il falloit qu'on tirât l'échelle.
Je n'en veux nulement douter, 270 Et , sur ce , je m'en vais dater, A dessein de r' ouvrir ma Veine Pour ma belle Patronne, à l'Octave j>ro-
[chaine.
Le dixième Juillet ceci fut achevé Sans avoir grandement resvé.
A Paris, Cher P. Muguet, nu dé la Harpe, aux trots Rois. Avec Privilège du Roy.
(Biblioth. rut., U2, 22. Rés. — Bibliotb. Masarine , 296, A*. — - Biblioth. de l'Arsenal , B. L. 1 1802.)
LA MUSE DE LA COUR
[Par PERDOU ob SUBLIGNY. ]
VIIIe SEMAINE.
Du Jeudy quinzième Juillet 1666.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
Je ne vous vis pas Vendredy ,
Comme j'avois promis Jeudy,
Car, j'eus beau vous dire & beau faire ,
Vous voulûtes absolument ' 5 Estre en personne au Campement
Avecque le Roy vostre Père ,
Et j'en eusse parlé, je croy, '
A qui l'avoit veu mieux que moy ;
Mais , après tout , que vous en semble ? 10 Les gens du Roy sont-ils galans ?
Et croyez vous que ces Vaillans ,
Estant neuf ou dix mille ensemble ,
Fussent capables d'estonner
Ceux qui voudraient trop raisonner ?
15 A vous en dire avec franchise
Et nettement ce que j'en crois ,
S'il s'agissoit d'une entreprise ,
Ils n'en feraient point à deux fois.
On m'a dit ce qu'ils observèrent x> Dans leurs Exercices divers
Et l'ordre auquel ils se trouvèrent , Soit à Fontaine-bleau , soit auprès de Trevers. D'abord , un vray Dragon , dont l'audace est connue , A la teste de tous , occupoit l'avenue , 25 Comme pour la garde du Camp ,
Et c'est Pegdillin qu'on le nomme.
Je raisonnay fort sur le champ Quand je sceus que c'ètoit ce Maistre Gentilhomme ,
Et dis , au nom de Pequillin :
yo L'Adage n'est plus qu'une beste ,
Qui dit qu'en queue est le venin :
Il est maintenant à la teste.
S'il sçavoit ce que j'ay dit là ,
Il serait peut-estre en colère ; 35 Mais dequoy servirait cela ?
BC portent simplement VU. Semaine.
55 145. — Du i5. Juillet 1666 (Subligny). 56
Je ne pretens pas luy déplaire :
Il n'est qu'un venin en effet , .
Et le plus dangereux que la Nature ait fait.
On se plaint dans quelques ruelles 40 Que quelques cœurs atteints en sont prests à mourir.
Et , si l'Estat avoit à vanger des querelles , On en verroit encor nos Ennemis périr.
Mais passons. La Cavalerie
Qui sert à la Garde du Roy , 45 Et qui seule est égale à soy,
Estoit sur une ligne, en posture aguerrie ;
Rien ne sentoit mieux la grandeur
D'un si redoutable Monarque.
La pompe , la taille , l'ardeur 50 De cent jeunes Seigneurs de marque,
Qui sont les Gardes de son Corps , Pour tous les Estrangbrs estoient de vrays trésors ;
Mais les Broilles , dit-on , entr' autres
Y paroissoient superbement.
55 ' m Les vites-vous , Dauphin charmant?
Toujours ceux de leur race ont secondé les Nostres ,
Et je croy bien , entre nous deux,
Qu'on fera quelque chose d'eux.
Ce beau Monde avoit bonne grâce 60 A camper avec la cuirace ,
Et c'estoit un objet fort beau
Que de voir tant d'Illustres Gardes
Avec les diverses coquardes
Qu'ils portoient tous à leur chappeau.
6y On m'a rapporté que les Tentes ,
Toutes de diverses façons , Estoient de la couleur des plumes différentes
Qui distinguoient les Escadrons ;
Qu'elles estoient fort bien rangées 70 Et la pluspart bien outragées ;
Que la Tente du Roy» toute pleine au dedans
De bijoux & de broderie ,
Avoit esté prise en Hongrie
Sur un Bassa des Ottomans , 75 Et que son Altesse Royale
En avoit une encor qui n'avoit point d'égale.
Pour la vostre aussi , Monseigneur ,
Vous pûtes vous en faire honneur ,
Car, comme vous estiez tres-leste , So Je croy que son éclat a deu répondre au reste.
Une Tente servoit à deux communément , Assez souvent à trois , à quatre rarement ; Et chacun à ses frais faisoit son tripotage
Et faisoit aller au Fourage.
85 Que j'aurois eu là de plaisir
De me voir au nombre des Belles
5a A estoient là de vrais sorts. I 67 A Et toutes de couleur des plumes différentes.
53 A Mais les Broolio. — 66 A Estoient de. | 76 B C encore.