‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 55 sur 257 · Du S. Aoust 1666 (Subumt · texte numérisé non relu

Du S. Aoust 1666 (Subumt

Je ne vous mentiray de guère*.

Depuis que le Soleil a commencé son cours

Jusqu'à la nuit presque passée , On entend que haut-bois , que flûtes , que tambours , Que violon touché , que mandore pincée

Que luts , que voix A que concerts ,

Qui par tout remplissent les airs.

Dans chaque Barque est une table ,

Que l'on ne dégarnit jamais ,

Et que l'on sert de friands mets

Et du vin le plus délectable.

Je me suis trouvée une ibis 9

Ce jour-là , dans cette Province ,

Et je vous jure bien 9 mon Prince , Qu' Aoust est dans Aunes un agréable mois. Avec tous les concerts que je vous viens de dire ,

On a des canons , que l'on tire ,

Chaaue fois au'on boit la santé

De Vous ou ae Sa Majesté.

Vous verriez cent batteaux, se suivant à la file,

A rangs doubles & prés à prés ,

S'entrecouper souvent exprés , Pour faire voir d'entr'eux miel est le plus habile ; Et le moindre plaisir que 1 on ait sur les eaux N'est pas celuy d'aller loin de plus de deux mille

Des murailles de cette ville , Sur un canal couvert de superbes rameaux. Cette Chasse qu'on fait tous les ans pour lbs Cignes

Fut encor faite , devant hier,

Avecque Tordre singulier

Qu'on observe aux restes insignes :

Mille feux d'artifice éclairèrent la nuit ,

Et meslerent leur charme au bruit Qu'y faisoit une aimable & douce mélodie ; De sorte qu'on peut dire , après cet entretien ,

Que le peuple de Picardie

N'est pas si sot qu'on croiroit bien.

De là , nous vinsmes à la guerre.

Nous discourûmes des Combats , Que les Victorieux Estats Vouloient livrer à l'Angleterre.

L'un dit qu'on luy donnoit avis Que dix-huit Vaisseaux dans Harvïs

Seraient pour les Anglois un secours inutile , Et que 1' Amiral de Rtjyter , Les faisant sans cesse guetter,

Leur ostoit les moyens de quitter cette Ville ;

151 A guieres.

155 A mandole.

lia A Je me rencontra/ planeurs fou.

163 A Ce jour 1« dedans U Province.

1 64 A Que l' Aoust est 174 A ces Eaux

190-191 A Que cherchent Mmsiiurs lm Estât» A rendre contre I'Aiioistsswb.

i3g 154. — Du 5. Aoust 1666 (Suhugny). 140

Que , dés le vingt-six du passé , Les ennemis devans. sortir de la Tamise , 200 II estimoit que , sans remise ,

Le Combat seroit commencé , Et que , si la chose estoit telle, Nous en aurions bien-tost Nouvelle.

L'autre assura qu'il estoit vray

*<>5 Que devant Harwis & Nortbay

Ruyter avoit si bien occupé les passages Que les Anglois feraient un inutile effort v Et mesme ne seraient pas sages S'ils tentaient de sortir du Port ;

*"> Mais qu'il n'estimoit pas de mise

Ce que l'on disoit des Anglois , Qu'ils estoient hors de la Tamise Dès le vingt-six de l'autre Mois.

Ce n'est pas aussi ma pensée

a,5 Que cette Flotte soit.passée ;

Je sçay bien qu'elle est en estât De sortir pour rendre Combat , Et que la Vedette Hollandoise Peut , de son poste , à tout moment

220 Conter assez facilement

Les voiles de la flotte Angloise ; Mais elle n'ose s'avancer, De peur que , devant qu'estre au large , L'Amiral Ruyter ne la charge

«5 Au point qu'elle voudrait passer.

Elle a raison , Prince , sans doute, De craindre une telle déroute Et de ne se jamais frotter A ce dangereux de Ruyter :

*}° Il est encor suivi du Diable

Qui les emporta tous, dans le dernier Combat , De Tromp , dont l'audace effroyable Les mit en si fâcheux estât ; Et l'on m'a dit encor , pour Nouvelle certaine ,

*3> Que le Chevalier de Lorraine

Et le Chevalier de Coaslin Avoient à sa Victoire engagé le Destin.

On les vit monter sur sa Flotte , Le vingtième du dernier mois ; 240 Nous aprendrons leurs beaux exploits

Si la Flotte Angloise s'y frotte.

Le premier e§t un enragé , Qui , se tenant fort outragé

2ja A Autrement dit de Tromp. | 240 A de beaux exploits.

338 A IU montèrent deiftit sa Flotte.

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