Du S. Aoust 1666 (Subumt
Je ne vous mentiray de guère*.
Depuis que le Soleil a commencé son cours
Jusqu'à la nuit presque passée , On entend que haut-bois , que flûtes , que tambours , Que violon touché , que mandore pincée
Que luts , que voix A que concerts ,
Qui par tout remplissent les airs.
Dans chaque Barque est une table ,
Que l'on ne dégarnit jamais ,
Et que l'on sert de friands mets
Et du vin le plus délectable.
Je me suis trouvée une ibis 9
Ce jour-là , dans cette Province ,
Et je vous jure bien 9 mon Prince , Qu' Aoust est dans Aunes un agréable mois. Avec tous les concerts que je vous viens de dire ,
On a des canons , que l'on tire ,
Chaaue fois au'on boit la santé
De Vous ou ae Sa Majesté.
Vous verriez cent batteaux, se suivant à la file,
A rangs doubles & prés à prés ,
S'entrecouper souvent exprés , Pour faire voir d'entr'eux miel est le plus habile ; Et le moindre plaisir que 1 on ait sur les eaux N'est pas celuy d'aller loin de plus de deux mille
Des murailles de cette ville , Sur un canal couvert de superbes rameaux. Cette Chasse qu'on fait tous les ans pour lbs Cignes
Fut encor faite , devant hier,
Avecque Tordre singulier
Qu'on observe aux restes insignes :
Mille feux d'artifice éclairèrent la nuit ,
Et meslerent leur charme au bruit Qu'y faisoit une aimable & douce mélodie ; De sorte qu'on peut dire , après cet entretien ,
Que le peuple de Picardie
N'est pas si sot qu'on croiroit bien.
De là , nous vinsmes à la guerre.
Nous discourûmes des Combats , Que les Victorieux Estats Vouloient livrer à l'Angleterre.
L'un dit qu'on luy donnoit avis Que dix-huit Vaisseaux dans Harvïs
Seraient pour les Anglois un secours inutile , Et que 1' Amiral de Rtjyter , Les faisant sans cesse guetter,
Leur ostoit les moyens de quitter cette Ville ;
151 A guieres.
155 A mandole.
lia A Je me rencontra/ planeurs fou.
163 A Ce jour 1« dedans U Province.
1 64 A Que l' Aoust est 174 A ces Eaux
190-191 A Que cherchent Mmsiiurs lm Estât» A rendre contre I'Aiioistsswb.
i3g 154. — Du 5. Aoust 1666 (Suhugny). 140
Que , dés le vingt-six du passé , Les ennemis devans. sortir de la Tamise , 200 II estimoit que , sans remise ,
Le Combat seroit commencé , Et que , si la chose estoit telle, Nous en aurions bien-tost Nouvelle.
L'autre assura qu'il estoit vray
*<>5 Que devant Harwis & Nortbay
Ruyter avoit si bien occupé les passages Que les Anglois feraient un inutile effort v Et mesme ne seraient pas sages S'ils tentaient de sortir du Port ;
*"> Mais qu'il n'estimoit pas de mise
Ce que l'on disoit des Anglois , Qu'ils estoient hors de la Tamise Dès le vingt-six de l'autre Mois.
Ce n'est pas aussi ma pensée
a,5 Que cette Flotte soit.passée ;
Je sçay bien qu'elle est en estât De sortir pour rendre Combat , Et que la Vedette Hollandoise Peut , de son poste , à tout moment
220 Conter assez facilement
Les voiles de la flotte Angloise ; Mais elle n'ose s'avancer, De peur que , devant qu'estre au large , L'Amiral Ruyter ne la charge
«5 Au point qu'elle voudrait passer.
Elle a raison , Prince , sans doute, De craindre une telle déroute Et de ne se jamais frotter A ce dangereux de Ruyter :
*}° Il est encor suivi du Diable
Qui les emporta tous, dans le dernier Combat , De Tromp , dont l'audace effroyable Les mit en si fâcheux estât ; Et l'on m'a dit encor , pour Nouvelle certaine ,
*3> Que le Chevalier de Lorraine
Et le Chevalier de Coaslin Avoient à sa Victoire engagé le Destin.
On les vit monter sur sa Flotte , Le vingtième du dernier mois ; 240 Nous aprendrons leurs beaux exploits
Si la Flotte Angloise s'y frotte.
Le premier e§t un enragé , Qui , se tenant fort outragé
2ja A Autrement dit de Tromp. | 240 A de beaux exploits.
338 A IU montèrent deiftit sa Flotte.