Du 5. Aoust 1666 (Subugnt
Que la Mort ait surpris son invincible Père , Exilant pour jamais du party des François Cette cruelle sanguinaire , La chassera chez les Anglois ; Et le second , qui suit la trace De cent Cavaliers glorieux , Qu'a produit sa fameuse Race , Ne pourra pas manquer d'estre victorieux.
Après avoir dit ces Nouvelles ,
A quoy nous n'adjoustâmes rien , Sinon que la Pologne estoit toute aux Rebelles ,
Nous finismes notre entretien.
L'un & l'autre Amy Mousquetaire
Me demanda que , quelque fois ,
Je vous contasse ses Explois ,
Et je leur promis de le taire.
Vous sçaurez donc , Prince , en un mot , Qu'après m'avoir priée avec cérémonie
De manger en leur compagnie ,
Ils me firent payer l'écot.
de SUBLIGNY.
A Paris, Ckei Alexandre Lesseliu , au coin de la me Dauphine , devant le Pont-neuf. Avec Privilège du Roy.
La signature de t auteur et V adresse du libraire ne se trouvent que dans A. — B C placent ici la date , qui est par erreur celle du viugUneufiéme juillet 1666.
{A La Muse de Cour 1666 (voy. tome I , col. 909) pp. 81-88. B La Muse Dauphine 1667 — 92-100.
C La Muae Dauphine 1668 — 92-100.)
LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS
[Pai LA GRAVETTE db mayolas.] Du 8. Aoust 1666.
Princesse , à ce toup , je parie Que plus d'une personne rie , Pour peu qu'elle soit en humeur.
Car la Lectrice & le Lecteur, 5 A qui tout bon-heur je dézire , Ne sçauroient s'empêcher de rire
En oyant , voyant ou lizant Cet accident assez plaizant , Qui ne doit point passer pour fable , 10 Puis que l'histoire est véritable.
iSS. — Du 8. Aoust 1666 (Matous).
Sur les dix heures du matin , Dimanche , poussant mon chemin Vers la Grève , place marchande , Quoy que quelques gens on y pande,
15 Etant allé dans ce quartier Avec un homme du Métier, J'aperceus une Populace Amassée en icelle place, Qui regardoit avec plaizir,
30 En ayant alors le loizir, Deux fiers combatans & deux drôles, Qui se donnoient des croquignolles Et , tous-deux étans bien terrez , Se portoient des coups bien serrez.
35 L'un êtoit de couleur rougeâtre Et l'autre de couleur blanchâtre ; Ce n'êtoit pas petits Bidets , Mais bien deux fantasques Mulets Qui , se trouvans liez fort proche ,
30 S'en trebatirent sans reproche, [mens Leurs beaux premiers commence- Furent quelques hannissemens , Et les secondes saluades Poursuivirent par des ruades ;
35 Dans les treizièmes incidens , Se mordirent à belles dens.
Un, plus méchant qu'un âne rouge, Mangea l'oreille à 1 autre , d'où je Conjecture , dans cet instant ,
40 Que c'êtoit-là le plus méchant.
Cependant , la foule s'augmante , La troupe devient importante , Et les grands comme les petits S'arêtoient pour voir ces conflits :
45 Fenêtres , balcons & boutiques , Les plus rares , les plus modiques , S'emplissoient de bonne-façon , Les places valans un teston.
Les Maistres de ces bonnes-bêtes ,
50 Qui peut-être êtoient à des Fêtes , Au bruit de ces deux champions Et de leurs belles actions , Plus intéressez , s'aprochérent , Les fiatérent , puis les grondèrent ,
55 Mais enfin , réconoissans bien Que sur eux ils ne gaignoient rien , Avec le fer un chacun tâche De rompre leur grossière atache , Croyant , les éloignans d'un pas ,
60 Qu'après ils ne se mordraient pas ; Mais ces animaux , de plus belle , Lors , continuans leur querelle ,
36 Ils ee mordirent.
Ne se sentans plus enchaînez , Furent cent fois plus éfrenez :
65 Se mordent & se font la guerre ; Ils se jétent d'abord par terre , Les quatre pies ou fers en haut , En se cul-butans comme il faut.
En vain , avec de grosses barres
70 On veut apaizer leurs bagarres ; En vain , on met flamberge au vant : Ils sont plus fougueux que devant , Et les armes dont ils se parent Vont droit à ceux qui les séparent.
75 Les grands combats , plaizans ou
[beaux, Des lions , des coqs , des taureaux , N'ont point causé plus de délice Que ces deux Mulets (dans leur lice ; Deux mille témoins de ce jeu ,
80 Qui ne dura pas pour un peu , Pouront dire la même choze Qu'en rimes icy je compoze.
Je croy qu'encor il dureroit , Ou qu'à grand'peine il finirait
85 Et leur victoire & leur injure , Si d'avoine quelque mézure , Qu'on leur nrézenta devant tous , N'ût enfin nny leur couroux.
Par l'ardeur qu'ils ont fait paraître ,
90 Us ont pu donner à conoître , Tant à leur Maître qu'au Valet , Qu'il fait bon garder le Mulet.
En certains lieux de la Hongrie ,
La Gent y semble assez aigrie , 95 Car, de temps en temps, les Hongrois
A maints Turcs donnent sur les
[doigts ,
Qui , dés qu'ils peuvent , se revan-
[chent ,
Tuent, pillent, rognent & tranchent.
Ils ont mis mêmes , depuis peu , 100 La Ville de Turnaw en feu ,
Ou , du moins , on les en acuze.
Je ne sçay si le Turc s'excuze ,
Mais je sçay-bien , de ce côté ,
Qu'on brûla toute la Cité , 105 Horsmis l'Egiize principale;
C'est-à-dire h Catédrale.
Des Jézuistes la maizon ,
Par bon-heur, miracle ou raizon ,
Fut heureusement garantie 1 10 D'une si cruelle partie.