Du 29. Aouat 1666 (Mayolas
Après que leur Ambassadeur A dit à mon Roy ce bon-heur.
305 Mais on craint que le Moscovite Ne signe point la Trêve écrite.
Selon l'ordre & la volonté Et dessein de Sa Majesté , La rézolution fut prize
310 D'une utile & grande entreprize , De faire un Havre & Port nouveau Pour métré à couvert maint Vaisseau, Prés Montpellier, au Cap-de-Cette , Et la choze vaut déjà faite.
J15 Monsieur Tubeuf, digne Intendant, Non moins équitable qu'ardant , Ayant receu de nôtre. Sire Le mandement pour le construire ; Et , Monsieur Bezons , lors absant ,
aaoEn autre endroit le Roy servant.
Ce premier donc , sur cette Terre , • Fit pozer la première pierre , Qu'on porta solennellement Et processionœllement.
335 On mit dessus une Médale Du Roy , qui ces six mots étale :
In dcpobtooso Tutum llttore rex struxit portum.
En François, cela sinifie
330 Qne notre Monarque édifie Un Port de grande sûreté En un bord qui n'ût rien porté.
Au bruit de la mousqueterie Et de toute l'artillerie ,
335 Des boëtes & des tambours , Qui seroient entendus des sours , Des fanfares & de trompétes , Qui toucboient mille chansonnétes , Et du monde , en trés-bel aroy ,
340 Qui crioit-là , vive le Roy, Cette pierre fondamentale Fut pozée avec sa Médale.
Le grand Prélat de Montpelier, Plein d'un mérite singulier,
345 En cette illustre Compagnie Fit toute la Cérémonie Et , de la muzique assisté , Dit la Messe avec piété.
Une superbe architecture ,
350 Dont la vive & douce peinture Ofroit aux yeux de ce côté Une grande & belle cité , Reprézentoit sur toutes çhozes , Parmy les œillets & les rbzes ,
355 Une Eglize , un Temple sacré , Aussi vaste que bien paré Des plus riches tapisseries Et des plus belles broderies ; Le Portrait de sa Majesté ,
360 Fidellement reprézenté, Paroissoit sur le frontispice De cet éclatant édifice , Avec maintes inscriptions Contenans ses perfections ,
365 Entre deux colonnes de marbre Plus hautes que le plus haut arbre.
Après cela , Monsieur Tubeuf , Qui prend le soin de ce Port-neuf Régala, sur quatre grand'tables ,
370 Les Gens les plus considérables.
Ce festin , suivy de concerts , De passe-temps & feux divers , Couronna la réjouyssance De cet Ouvrage d'importance ,
375 Que les soins de cet Intendant Rendent tout-à-fait éclatant.
Princesse digne de louange.
Je vays un peu faire vandange.
J'ay fait mon Ouvrage, sans bruit, 380 du prézent mois le yingt-&-huit.
[François
A Paru, GA*{ Ch. Chensult, Imp. A Lab., aux Armel due Roy, me de lu Hachette. S. M.
Avec Priv. de
(BIblioth. de l'Arsenal, B. L. 1 1800.— Bjblioth. de M. le baron James de Rothschild. — Ce dernier exemplaire porte la date du 31 août 1666 et tes adresses suivantes : A Paris, Cheç C. Chenault, Imp. à Lib., Aux Armes du Roy, rut dt la Huchetic. Avec Privilège de Sa M. Et à Lyon , Che^ M. Mathevet, à S. Thomas tTAquin.)
LETTREEN VERS A MADAME
[Pai Chailis ROBINET.]
Du 29. Aoust 1666.
Ayant vu , ces jours-ci , tant de fois les beaux Yeux De vôtre Héroïne adorable , Plus brillans <jue l'Astre des Cieux , Clion , vous devez faire une Lettre admirable. Ces Yeux , par qui l'Amour peut tout dessus les Cœurs, Mieux aussi qu'Apollon & mieux que les neuf Soeurs,
Font couler le Sçavoir en l'Ame , Et ce que vous avez de Brillans & d'Attrais , Vous le devez vraiment à leur divine Flame , Comme le Dieu des Cœurs lui doit ses plus beaux Trais.
Ce qu'on écrit de la Pologne , Où l'on n'a que trop de besogne , Pjjjgj Est que des Rebelles le Coc , Lequel , pour éluder le Choc
15 D'une Armée en ordre & complète , S'ébatoit à Cligne-Mussette , Vouloit de Nuit , non pas de Jour, Incendier le grand Faubourg De la 'Cite de Varsovie ,
30 Pour rendre son Ame assouvie En toutes sortes de façons ; Mais , qu'ayant senti les frissons D'une appréhension extrême De venir se brûler lui-même
»5 A la Chandelle , comme on dit , Tout en suspens , tout interdit , Il avoit surcis l'Entreprise , Pour éviter telle méprise , Et , mitigeant ce grand Transport ,
30 Réduit son éfroyable effort Au Sac de deux ou trois Villages.
Là , ses Soldats aux faux courages , Par leurs Faits d'Armes plus qu'hu-
[ mains , Bâtirent maints pauvres Câlins ,
35 Quelque nombre en cocufiérent , De qui les Femmes ils forcèrent , Firent peur aux petits Enfans f Comme aux Poussins font les Milans, Prirent le Beurre & le Fromage ,
40 Répandirent tout le Laitage ,
Oçcirent deux ou trois cents Chats En faveur de Messieurs les Rats , Tuèrent aussi trente Dogues , [gués t Qui contr'eux faisoyent trop les Ro-
45 Firent , comme mauvais Garçons , Prisonniers Vaches & Moutons , Dessus les Poules se jettérent , Que fort vaillamment ils plumèrent.
Et , ne trouvans point de Quibus
50 Qu'ils auroyent aimé beaucoup plus, Ainsi que des Sergents de Taille, Qui raflent tout , vaille que vaille , Emportèrent des susdits Lieux Tout ce qui leur duisoit le mieux ,
55 Et , de la sorte , avecque gloire Retournèrent, crians Victoire , De leurs Explois fiers & contans Comme d'illustres Capitans.
Bremen est en grande détresse, 60 Car Vrangel, qui toujours la presse D'accepter une Garnison Suédoise dans sa Cloison , Par un étroit Blocus la serre , Selon le stile de la Guerre ; 65 Et l'on dit que ce Général , Qui ce Stile n'entend pas mal , Mais n'entend pas fort raillerie , Mande sa grosse Artillerie Pour dans les formes l'assiéger
7oEt de ce Siège ne bouger Qu'il ne l'ait à la fin conquise Et sous le Joug Suédois mise.
Or des Députez , cependant , Avez un zélé tres-ardant ,
75 Sollicitent dedans la Diette , Pour cette Ville fort inquiète, Un effectif & grand Secours ; Mais ils ne parlent qu'à des Sourds , Ou bien à Gens dans l'impuissance
So De leur donner nule Assistance , Et ces Messieurs les Députez Pourront retourner dépitez De n'avoir , en ce cas , pu faire Sinon que de l'eau toute claire.
85 Comme à présent sa Sainteté Songe à cultiver sa Santé (Qu'en bon Chrétien je lui souhaite.
Ainsi qu'à moy., pleine & parfaite , Si quelques ans qu'elle a ae plus
90 Ne rendent mes Vœux superflus), L'illustre Ambassadeur de France , En attendant son Audiance , Visite les Rouges Chapeaux , C'est à dire les Cardinaux
95 Composans le Sacré Collège ; Ce qu'il fait avec un Cortège De six vingts Carrosses vitrez , Plus que des Alcôves dorez , Outre dix autres de sa Suite
100 Pour les Personnes de mérite , Et, bref, son Carrosse du Corps, Tout en deuil , dedans & dehors , Où, pour dire la chose en somme , Plusieurs rares Prélats de Rome
105 L'accompagnent incessamment Et tout-à-fait civilement ; Au surplus , à ses deux Portières On void deux douzaines entières De ces Gens, de Trousses vestus ,
110 Qui sont par fois un peu testus ; Et des Estafiers bien cinquante , Ainsi qu'un Mémoire le chante , Marchent, & derrière & devant , Et tous un bel ordre suivant.
115 D'autre côté. 1' Ambassadrice Ben«- A la Princesse Bérénice Sp^° A rendu sa visite aussi ,
Et, pour la bien-seance, ainsi Devoit la rendre à chaque Dame
120 (S'entend de la plus haute game) ,
i65. — Du 29. Aoust 1666 (Robinet).
Où , scachant, le cas est bien clair.
Faire les choses du bel air.
On l'aura beaucoup admirée Et , sans aucun doute , honorée :
135 Oui , j^en mettrais la main au feu , Car je conois la Dame un peu.
On écrit de la même Ville Que le Seigneur Prince Pamphujle A fait banqueroute aux Vivans ,
130 N'ayant que quatre fois orne ans, Par un coup de Fièvre maligne Qui de ses Jours trancha la Ligne.
Il a fait quantité de Legs Qui, bonne foy, ne sont point laids,
135 Sçavoir : la Primooéniture , Suivant Tordre de la Nature , Au Premier nay de ses deux Fils , Comme le Pape Innocent dix L'avoit lui-même instituée
140 Et soigneusement statuée ;
Item , deux beaux cent mille écus , Legs qui ne craint point un refus , A deux de ses Filles aînées , Qui sont, ce dit-on, très-bien nées;
145 Item , à leur Cadette Sœur , Soixante mille , pour le seur, Outre Diamans , Carcans , Perles , Plus grosses que des yeux de Merles, Dont, avant son triste départ,
150 A chacune il donna sa part ; Item , pour sa Famille basse, Qui les prendra de bonne grâce Quand elle les verra comptans , Trois mille Ecus , jaunes ou blancs ;
155 Item , à Diseurs (I'Antiphoines , Qui sont Augustiniens Moines , Six mil cinq cent, ni plus ni moins, Qu'ils prendront avec de grands Item, huit mille aux Jésuites, [soins ;
160 Qui sont de sages Casuites ;
Item , au Pape, un grand Tableau , D'un Dessein exquis & fort beau ; Item (car bien fou qui s'oublie , Et ce seroit grande folie) ,
165 Une grosse somme d'argent Pour le besoin ,. certes urgent , Qu'auroit son Ame , au Purgatoire , Afin de passer à la Gloire ,
157 mille. La correction a été fait* par nue msm dm temps sur l'exemplair* de la «••Afc**A»«*
i65. — Du %g. Aoust 1666 (Robinet).
Alias dans le Paradis , 170 De Messes & Déprofundis.
En Languedoc, au Cap de Cette, Où la Mer en grondant se jette , On desseigne un Port des plus beaux Pour mettre à couvert les Vaisseaux 175 De Commerce & non pas de Guerre.
N'aguére , la Première Pierre [Car tout a son commancement) Fut mise solennellement Par les beaux soins d'un Personnage, 180 L'un des habiles de son âge, Et de la Province Intendant , Pour le Rot plein d'un zélé ardant Comme tous ceux de sa Famille , Où ce louable Zélé brille , 185 Et» vous disant son nom , Tubeuf , Je ne vous diray rien de neuf.
Le Sieur de Besons , son Collègue , Qui ne parêt vraiment pas Bègue Alors qu'il harangue aux Estats 190 Pour la Perle des Potentats , Faisant admirer son Génie , Eust de cette Cérémonie Avec lui partagé le soin , N'eust été qu'il étoit plus loin , 195 Où quelque tres-notable Affaire Requeroit son fin ministère.
Au reste , Tubeuf fit des mieux , Remplissant la Place de deux , Et rien jamais dans son Principe , aoo Sans qu'à flater je m'émancipe , Ne fut plus beau , plus solennel , Et digne d'un Los éternel.
En ce Lieu désert & stérile , Il parut une vaste Ville 305 Qu'en trois Semaines seulement-.
Ainsi que par Enchantement , On avoit construite à merveille , Avec une Eglise pareille , François Où le Prélat de Montpellier , k"*"1! Suivi du Clergé Séculier , Commença la Cérémonie Avec Musique & Symphonie , Présens des millions de Gens , A venir là tous diligens , 215 Revenans à lors de Beaucaire , D'une Foire tres-populaire , Et qui furent ravis bien fort De ïa nouveauté de ce Port.
En suite , à quatre grandes Tables
339 On fit des Chères délectables.
Des Chères qui , je vous promets .
Ailleurs ne se veirent jamais ; •Et puis, pour comble de Délices, De Jouxtes & Feux d'artifices
335 On eut les Divertissemens ,
Qui sembloyent des Enchantemens.
Mais il faudrait, pour tout écrire , Un gros Livre ici vous transcrire , Qui contient la Relation
330 De cette éclatante Action , Et qui d'un admirable zélé Est le grand & rare Modèle.
Certaine Fièvre , l'autre Jour, A Monsieur vinst faire sa cour;
335 Mais , recevant mal sa Visite , La Dame gagna la guérite Sans qu'on eût le temps, tout de bon, De sçavoir seulement son nom.
Le Rot, vainement, prit la peine
340 Deux fois de venir de Vinceme Pour l'apprendre: Elle avoit fait flus, Et , depuis, ne retourna plus ; Dequoi , fut-Elle Quarte , Tierce , Quotidienne , ou Double-Tierce ,
345 On lui baise humblement les mains, Et, de par Dieu, de par ses Saints On la supplie & la conjure De ne faire jamais figure Dans le Sang de nos Demi-Dieux ,
350 Les chers Objets de tous nos Vœux.
Vlncennes
Jeufiy, les pimpantes Milices , Qui de Louis font les Délices , Parurent aux Yeux de la Cour Dedans son verdoyant Séjour,
255 Si pompeusement ajustées Et martialement montées Qu'on eût dit d'autant de Cézars , Ou mêmement de oetits Mars.
Dessus tout, les Cjrands Mousquetaires ,
260 Si frians d'Explois militaires , En Bufles neufs & manches d'or.
Avec les Plumes au Castor, Ttent Passoyent ce que les Romans cnan- De leurs Héros qui nous enchantent.
365 L'Ambassadeur des Polonois , M R°r-
l65. — Du 19. AoVUt l666 (ROBINET;.
Qui sçait très-bien parler François , Vient d'asseurer nôtre Grand Sire (Et c'est une Nouvelle à dire dans le moindre retardement) 270 Que la Paix est présentement Dedans son Pays asseurée, Ce qui vraiment si fort m'agrée Que je vais borner là dessus
Mes petits Vermisseaux , ou bien ou
[mal conceus.
375 Le vingt-huit Août les a vus naître Pour avoir l'honneur de paraître Aux Yeux d'une Divinité Qui ravit tout par sa Beauté.
A Paris. Char F. Muguet, rue de la Harpe, aux treis Rois. Avec Privilège du Roy. „
(BibUotb. nat.. Le*, 22. Réa. — Biblioth. Mazarine, 296. A*. — tBiblioth. del'Areenal, B. L. 11802.)
LA MUSE DE LA COUR
[ Pai PERDOU oi SUBLIGNY. ]