XV. SEMAINE
Du Jeudy deuxiesme Septembre 1666.
A MONSEIGNEUR LB DAUPHIN
IO
Estes vous fasché , comme on dit ,
Et conceûtes vous du dépit De vous voir appeller un conteur de fleurettes ?
Vous seriez délicat & fier Si vous vous rebutiez de mes Amours discrettes
Pour un petit mot familier.
Voyez-vous , Monseigneur , je suis Amante et Muse ,
Et, quand mes sentimens jalous Obligeront mon cœur à se plaindre de vous ,
Il faut toujours que l'on m'excuse.
Alors que vous me fâcherez ,
Je vous feray voir ma colère ;
Alors aue vous me complairez ,
Je tascheray de vous complaire ; Et , si vous vous plaignez de cette liberté
A vostre Maman Mareschale ,
Elle est sincère , elle est loyalle , Et j'en feray mon Juge avecque seureté. Elle ne sera point pour l'un plus que pour l'autre ,
(la maréchale de La MotiUfcHoQdaoooaxtl
B C parteut amplement XIV. Semaine.
6 ^ au moindre.
19 A Elle ne sera point plut pour l'un que pour
[l'autre.
235 t66. — Du a. Septembre 1666 (Subugny). *36
30 Car elle est ma Maman aussi bien que la vostre.
Mais laissons là ce différent :
Peut-estre , en ce mois de Septembre , Le mal qui jusqu'icy m'a fait garder la chambre , Avec l'aide de Dieu , ne sera pas si grand , 35 Et j'iray, Monseigneur , vous demander moy-mesme
Comme vous voulez qu'on vous aime.
Broille est enfin l'Epoux de son Objet charmant, Et , si l'en crpy ta médisance , Le lendemain l'Espouse avoit l'œil si dormant y> Qu'on a crû qu'ils avoient travaillé pour la France.
Ce fut Dimanche , au soir , que le festin se fit , Et le reste sur le minuit.
Mais ce reste est peu nostre affaire ; Passons , Prince , & laissons les faire.
35 La mesme nuict du mesme jour,
Que de Broille faisoit sa Nopce , On m'a dit que le Rov fit la Media-Noce
Avec les Dames de sa Cour.
Je suis toute hors de moy-mesme 40 D'avoir mal à la jambe icy,
Pendant qu'on les regale ainsi
Avec magnificence extrême.
Gagnastes-vous quelques bijoux
A la galante Lotterie 45 Que le Roy fit en suite a ces Objets si doux ,
Et dont chacun tira sa riche pierrerie ?
Il n'appartient en vérité
Qu'à ce magnifique Monarque De donner de la sorte une galante marque 50 De tant de libéralité ;
Et je ne pense pas que sa grandeur suprême Nous donne lieu jamais de trouver son égal ,
A moins que mon Amant Royal
Ne le coppie un jour luy-mesme.
55 On m'a dit qu'un Prince charmant ,
Revenu depuis peu d'un glorieux voyage, Et tout surprenant pour son âge , Estoit du divertissement :
C'est le jeune Saint Pol , Prince , que je veux dire. 60 Qu'y pensa-t'on de luy ? le remarqupstes-vous ?
Soit dans Rome , soit dans 1 Empire , Tdus les Princes qu'il vit , il les effaça tous. Plus de vingt Souverains ont vanté sa sagesse , Son air, sa grâce' & son adresse , 65 Et je croy mesme , sur ma foy,
Qu'ils en portent envie au Roy.
32 A sur la my-nuit.
i&j 166. — Du 2. Septembre 1666 (Subugny). «38
le entrer au monde avecque tous ses charmes Il est du moins aussi galant Qu'il sera terrible & vaillant , 70 Lors qu'il faudra prendre les armes.
Son voisin v Monsieur de Crossol , A ce que m'en sont venus dire Des gens du Comte de Sajnt-Pol, Ne souffre plus tant de martire ; 75 Sa playe enfin se guérira
Et , s'il plaist au bon Dieu , Prince , il vous re verra. Pour moy, j'enrageois dans mon ame D'entendre le bruit journalier Dire que l'on verroit bien-tost finir la trame 80 De cet accomply Cavaluer ,
Et je sentois au double augmenter les allarmes Que j'en avois de jour en jour , Quand je songeois qu'avec la Cour La sage Montausjer en verseroit des larmes.
85 Le Comte de Vaillac se porte aussi bien mieux ,
Et , malgré la gent peu Chrestienne Qui fait mourir le Monde en mille & mille lieux , Pour peu que dans' le lict la fièvre le retienne. Soudain qu'il sera sur ses piez , 90 Nous luy pourrons tous deux faire des amitiez.
Le Duc de Mazarin luy-mesme , Qu'on faisoit mort encor avec audace extrême , N'est , dit-on , non plus mort que rien , Et , Dieu-mercy , se porte bien.
95 II semble , Monseigneur , qu'on ait haste qu'il meure
Parce aue l'on sçait bien que, sans De profundis , Il doit aller en Paradis ; Mais ce n'est pas encor son heure.
Quand pour leur piété des Seigneurs comme luy 100 Devraient viste mourir pour mériter un Temple ,
Il faut qu'ils vivent pour l'exemple Et pour édifier autruy.
A propos de vie exemplaire , Discourons un peu du Saint-Pere.
105 II n'est , dit-on , rien de si beau
Que les ordres que ce grand Homme Met dans les amures de Rome , Afin qu'avec repos il descende au tombeau. On tient qu'il pourra vivre encor bien des années ;
83 A Alors que je songeais qu'avec toute la Cour. | 95 A Qu'on a haste. S4ALM grande.
i$ç 166. — Du a. Septembre 1666 (Scbligny). 240
1 10 Mais luy, se sentant affaiblir,
Et n'étant pas certain du coup des destinées , Ayant causé la Paix , il cherche à l'establir. Enfin , ce Pape tout Auguste , Mon Prince , veut mourir en Juste , 115 Ce qui me persuade assez facilement
Que , dans un dernier Consistoire , Nostre Duc de Vendôme enfin aura la gloire D'estre fait Cardinal indubitablement.
Le Duc de Chaunes , cet Illustre , iao Qui remplit là sa Charge avec un nouveau lustre
Et qui jpour son grand Roy ne veut perdre aucun temps , Sceut si bien ménager ces coups de conscience Qui mettoient le Saint Père en ces beaux sentimens Qu'enfin il en eut audiance.
125 Le Pape , qui ne pût la donner que du lit ,
Ne l'escouta pourtant , en faveur de la France , Que pour voir seulement ses lettres de créance Et témoigner le cas que toujours il en fit. Mais nostre adroit Monsieur de Chaunes ,. 130 Au lieu de s'arrester aux protestations ,
Qui ne sont que des contes jaunes En pareilles occasions , Prit son temps , comme un habile homme , De le prier , au nom du Roy , 135 De conférer la pourpre à Monsieur de Vandôme ;
Et Ton le fera que je croy.
Je voudrais posséder assez d'intelligences Pour, après le Cardinalat , Le faire élever au Papat , 140. Car j'en espererois au moins des Indulgences.
Son Puisné , Monsieur de Beaufort, En dépit du calme & du sort , Arriva devant la Rochelle , Le vingt & trois du dernier mois , 145 Et sa Flotte est toujours fort belle
Et digne , m'a-t'on dit , du grand Nom des François. Le lendemain matin , il entra dans la ville ,
Dont le Peuple accourut par mille Le recevoir au bruit des acclamations.
150 II a bien mérité tout l'honneur qu'on luy porte ,
Et c'est le moins qu'on doive aux Héros de sa sorte Que de leur souhaiter des bénédictions.
On dit que le Duc de Navaille L'y regala splendidement 155 Et fit bien les honneurs de son gouvernement.
1 19-136 C$s 18 vert sont supprimes dams B C. 14S A courut.
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