XVIII. SEMAINE
Du Jeudy vingt-troisième Septembre 1666.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
L'Ambassadeur d'Espagne , allant faire sa Cour, Vit son attente bien trompée Quand vous luy dites l'autre jour :
« Je ne donne point mon espée ; »
5 II n'attendoit pas , sur ma foy ,
Lors qu'il vous en fit la demande , Que vous deussiez répondre avec fierté si grande Que vous la gardiez pour le Rot.
Que je vous ayme , quels délices , 10 Ne conçois-je pas dans mon cœur,
Quand je vous voy donner ces fidelles indices
De vostre future grandeur!
Continuez , Dauphin , ces choses surprenantes Et , par de telles actions , 15 Obligez le Marquis de Fcbntes
A vous faire admirer de mille Nations.
On m'a dit que bien-tost il retourne en Espagne , Où sa Reine luy donne une place au Conseil , Et . si ce penser l'accompagne 20 Que vous soyez un jour un Prince sans pareil ,
Vous luy ferez faire une affaire Avantageuse à ces Estats , En ce qu'il ne manquera pas De vous y faire craindre ainsi que vostre Père.
25 On vous vit faire encore une belle action ,
A ce qu'on dit , l'autre semaine :
Vous obtîntes Remission Pour un Chevau-leger de nostre aymable Reyne. Lors qu'un pareil soldat s'est un peu fourvoyé 30 Et que l'ardeur du sang l'a fait estre coupable ,
Si vous sçaviez , Dauphin aimable , A quel poinct un pardon est là bien employé , Vous vous applaudiriez vous-mesme avec la France
BC portent simplement XVII. Semaine.
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De l'essay de vostre démence.
9$ Ce n'est pas qu attenter contre son Officier
Ne mérite la mort en bonne discipline : Il la meritoit sans quartier, Je n'en veux pas faire la fine; Mais , si j'ose à la bonne fby 40 Excuser tant soit peu sa faute ,
Comme parmy Isa Gens de la Maison du Roy Il n'en est pas un seul qui n'ait Famé très-haute ,
Qu'il n'en est point qui n'ait esté Ou qui ne pût bien estre un fort grand Capitaine , 45 Lors que l'un d'eux est emporté
De quelque passion soudaine , Ce qu'il fait par surprise , en ce fascheux moment , Vient de croire qu'il est ce qu'il est digne d'être , Ou de penser innocemment , 50 N'estant plus que soldat, qu'il est encore Maître.
Je vis , le mesme jour, les Mousquetaire* blancs Qui traversoient Pajus pour aller à Vincenmes ,
Et je ne plaignis pas mes peines , Car je ne vis jamais de Éraves plus galans. 55 Tous avoient au chapeau des plumes différentes
Et , tous , des plus assortissantes A leur pompeux ajustement ; Des buffles piquez d'or faisoient leur vestement , Et les manches en estoient telles 60 Et si couvertes de dentelles
Que , comme le fond même en estoit d'or cncor, On eut pu dire aux Mousquetaires Que , ce jour-là , de deux manières Leurs bras valoient leur pesant d'or.
65 L'Equipage des Noms estoit*aussi fort leste ,
Et les justaucorps bleus dont ils estoient parez , D'or & d argent tout chamarez , Les rendoient bien égaux au reste. Pendant qu'ils defiloient ainsi , 70 Je causois dans la rue avec un Gentil-homme
Qui depuis -deux mois est icy, Et qui se dit enfant de Rome :
« A voir , » dit-il , « marcher les soldats de la Cour , » Le siècle de César est , je croy , de retour. 75 * Jadis quand on disoit a ce fier redoutable
» Qu'en pompe & qu'en parfums ses gens n'épargnoirnt rien:
» Our, dit-il , mais ils frappent bien ; » Et l'effet faisoit voir son dire véritable. » Un jour , au milieu du hazard , 80 » Les vostres se verront sur la terre & sur l'onde ,
» Comme les soldats de César , » Rendre vostre grand Rot maistre de tout le Monde. »
42 A II n'en est pas seul. | 4} A n'en est pas.
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Quoy qu'il eut dit la vérité , Il ne dit pas de nouveauté :
85 On 'avoit entendu déjà dire à bien d'autres.
Mais , pour bigarer l'entretien , Tandis qu'il parlera des nostres , Laissons nostre Pays & discourons du sien. De tout aujourd'huy, que je pense, 90 Mes discours ne seront que de Magnificence.
On m'a dit qu'à la Saint Louys , Qui par de Chaunes fut festée , Jusques à tel excez dans Rome on l'a portée Que plusieurs des Romains sont encore éblouis. 95 Les plus riches Tapisseries v
Les plus superbes broderies Régnèrent tors extrêmement Et plurent admirablement.
Tous les Cardinaux du Saint Siège , 100 Hormis un seul pauvre coûteux
Qui n'en eut point le privilège , Y furent en ordre pompeux.
La curiosité Romaine Le remarqua fort bien aussi 105 Et trouva fort nouveau qu'on tint chapelle ainsi ,
Sans qu'il s'en exemptât du moins une douzaine. On n'en avoit jamais tenu Que , soit pour un grand mal d'oreille Qui pour ce jour exprés sembloit estre venu , 1 10 Ou pour quelque chose pareille ,
Plusieurs n'eussent une raison De ne bouger de leur maison.
Mais pour moy, qui sçais bien que c'est la Paix de Rome Qui produit ce bon changement , nr Et que De Chaune est un grand homme ,
Je n'en suis surpris nullement.
Je croy que le £hœur de I'Eglisb Estoit superbe en cramoisy, Car il estoit tendu de ce velours choisy iac Que sur tous les autres on prise,
Et que relevoit fort encor Une riche crespine d'or.
La Nef estoit aussi tendue D'un Damas de mesme couleur, 12s Et, jusqu'à la façade au dehors de la rue ,
Mille brillans partaient pour nostre Ambassadeur. Le service finy, l'on y fit place nette Et Ton porta ses pas ailleurs.
On n'en délogea pas toutefois sans Trompette : 130 Monsieur le Duc de Chaune en avoit des meilleurs ,
Dont les agréables fanfares Estoient à Rome des plus rares.
En suitte de cette action,
85 B C dire bien d'autre». | 117 A Cour
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Il traitta tout du long de l'aune 135 Messieurs les Cardinaux de nostre Nation ,
Et cela veut dire à la duras ,
C'est à dire sans rien borner Et sans pitié du goust de pas une Emmence,
Qui , dans un si fameux disner , 140 Ne sçavoit que choisir parmy tant d'abondance.
Après, ils furent promener Dans le carosse du Duc mesme , Et vinrent encore donner
Sur un souper friand & superbe à l'extrême. 145 Mais ce que fit dans ce souper
Nostre Grand Aumônier de Francs
Ne doit point passer sous silence
Et me plaist trop pour m'&happer.
Vous connoissez ce galant homme , 150 C'est ce grand Cardinal Anthoine Barberin ,
Qui nous fait mourir de Chagrin
Quand il est trop longtemps à Roms.
Comme on estoit sur le dessert
Et qu'on y beuvoit à la ronde , ,5, On vit arriver un Concert
Sur deux Chars Triomphaux les plus galans du monde. A vray dire , cela sentoit le Barberin :
Aussi , dés qu'on les vit paroistre ,
« A vous mesme , » luy dit-on , « Maistrb , 160 » En voila de vostre plus fin. »
Rien n'estoit de plus magnifique
Ny plus beau que cette Musique
Et , pour vous en parler sans fart , Je croy que bien des gens , charmez de ces merveilles , 165 Furent , pour en avoir leur part ,
Amenez là par les oreilles.
A Milan , l'on se mesle aussi
De faire des Magnificences
Et de grandes réjouissances , 170 Mais elles vont Cosi Cosi,
Et de dire que rien réponde
A ce que je viens de conter ,
J'aurois tort de le débiter
Et je me mocquerois du Monde.
175 On y dépence plus, peut-estre , quatre fois,
Mais , pour le faire bien paroistre ,
Il faudrait estre vray François.
Et c'est ce qu'à Milan il est mal-aisé d'estre.
L'Impératrice y doit rester 180 Avec son coffre dans sa chambre ,
136 A Et sans eompassion, c'est-à-dire à la Chaume, | 158 BC le viit paroistre.
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Où , deut-elle cent fois pester, Des harangueurs seront tout le mois de Septembre
Apres , elle en pourra partir
Pour prendre le chemin de Busses , 185 Où Venise a fait avertir
Que passera cette Princesse.
Ce sont autres apprests , que nous ne sçavions pas ,
Que la grandeur Vénitienne
Veut qu'on fasse dans ses Estats 190 Lors qu'elle y passera pour se rendre à Vibnne.
On y prépare des Palais
Et des regales de grands frais ,
Dont on doit là luy faire l'offre.
Mais nous avons parlé d'un coffre , 195 N'en éloignons pas nos discours.
C'est un coffre qu'elle a tousjours ,
Et dont cinquante de ses Dames 9 * Qui toutes ont beaucoup d'esprit
Et bien du pouvoir sur les âmes , aoo Voudroient égaler le crédit.
L'aventure est assez nouvelle '
Que , tout exprès pour l'amour d'elle ,
Il se soit trouvé des Bkaotbz ,
Dont les yeux valussent les offres 905 De mille & mille libertés ,
Qui voulussent se voir faites comme des coffres ;
Mais , Prince , elles avoient raison ,
Et mesme une raison tres-forte ,
Car , leur ressemblant de la sorte , 210 Elles eussent esté riches à million.
On dit qu'arrivant à Final Le Cardinal Colonne est mort de fascherie : N'en* prenez jamais , je vous prie , Puis que cela fait tant de mal.
211 Faschez-vous toutefois un peu de l'aventure
Qui fait garder le lict à Monsieur de Ruiter. Si son mal de long-temps n'alloit pas le quitter, Cela mettrait I'Anglois en trop belle posture. Vous n'ignorez pas le mal-heur s*o Qui cause ses langueurs cruelles ,
Et qu'en rendant combat avec trop de chaleur Il avala des estincelles :
C'estoit estre bien prés des cous.
Au reste, un Médecin habile, 225 Qui dans peu le veut rendre aussi dispos que nous ,
Dit qu'elles ne feront que luy purger la bile.
184-9 15 Cesj2 vert sent supprimés dans BC. I % 1 1-2 1 a A Le Cakoimal Colonne est mort de fat- -
I A ton irritée à Final, [chérie
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Dieu bénisse le Médecin , Ses remèdes & sa science Et les conduise à bonne fin !
«30 Mais, quant à moy, mon Ordonnance
Seroit qu'il fit encore un combat furieux Contre son ennemy farouche, Afin qu'il jettast par les yeux Le feu qu'il a pns par la bouche.
rj5 Nostre illustre Duc de Beaufort
Estoit l'autre jour à Belle-Isle , Où sa Flotte joignit dix vaisseaux de renfort, Qui ne luy seront pas un secours inutile. Ce sont les mesmes dix Vaisseaux 340 Qui venoient de conduire une Reyne à Lisbonne ,
Et l'on dit qu'il n'est point de Navires si beaux,
Ny d'Escadre qui soit si bonne.
Peut-estre est-on à Brest à l'heure que j'escris , Car on joindra Rtjiter , si la chose est possible , 345 Et le Duc de Beaufort qui se sent invincible ,
Avecque les Anglois voudrait bien s'estre pris.
Une part de nos Volontaires Monta, ces jours passez , la Flotte de Ruiter , Et le reste dans Dieppe est allé se poster 350 Pour attendre ce Duc , malgré les vents contraires ;
Tant que la Mer sera favorable aux explois , Ils veulent tuer des Anglois.
Et puis , disent-ils , s'il en reste , Et que par la saison leurs désirs soient trahis , 355 Ils les renvoyeront à la Peste
Qui les estoufFe en leur Païs.
de SUBLIGNY.
A Paris, Chef Alexandre LesseUn, tu coin dé la mi Dauphine, devant le Pont-neuf* Avec Privilège
330 A Car, quant à moy* La signature de fauteur il V adresse du libraire manquent dans BC , qui placent ici la date.
(A La Muse de Cour. 1666 (voy* tome 1 , col. 909) , pp. 137-144. B La Muse Dauphine 1667 — 157-165.
C La Muse Dauphine 1668 — 157-165.)