‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689 (volume 3)Chapitre 99 sur 257 · XX. SEMAINE · texte numérisé non relu

XX. SEMAINE

Ou Jeudy septième Octobre 1666.

A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

IO

J'ay la fièvre , Mon Prince , & je pleure Sery. Mon esprit , doublement aigry , Ne croit point cette fois avoir de quoy vous plaire Et r sous le faix de son ennuy, Dans les Nouvelles d'aujourd'huy N'aura point sa joye ordinaire.

Le Comte de Sert mourut ces jours passez , Au regret de toute la France , Qui ne sçauroit pleurer assez La perte de tant de vaillance.

Un dessèchement gênerai

B C portent amplement XIX. Semaine

| 5 A tes. — 7 B C aea.

357 l8°' — Du 7- Octobre 1666 (Subligny). 358

Fut le principe de son mal.

Dès qu'on l'en vit atteint , l'on crût sa mort certaine,

Et l'Art des plus grands Médecins 15 Ne luy pût différer au plus qu'une semaine

Le coup mortel de ses destins.

Ah I dites au Roy vostre Père

Que c'est là le fruit de la paix

Et qu'il ne la donne jamais, *o S'il se veut conserver une ame un peu guerrière.

Bien d'autres que luy périront

Si bien-tost on ne les employé,

Et la noble ardeur qu'ils auront , Chez quelques ennemis ne trouvant pas sa proye , «5 Agissant contr eux sans mercy,

Les desséchera tous ainsi.

Depuis cet accident funeste , Avez-vous veu De Plumartin ?

Le Mort & luy, charmant Dauphin , 30 Effaçoient ce qu'on eut de Piladb & d'ORESTE

Et je suis assuré que , n'ayant point d'amy. Ce mal-heureux Marquis ne vit plus qu'à demy. Dés que Sery reconnut l'heure Qu'il luy Éalloit s'en séparer :

35 « Va , » dit-il , « Plumartin , puisqu'il faut que je meure ,

» Laisse-moy loin de toy mourir sans murmurer. » De l'air dont tu u'aymas , ma mort te fbroit peine , » Et moy je n'aurois pas l'entier détachement » Qu'il faut avoir dans le moment 40 » Que l'on voit sa mort si prochaine. »

Plumartin le quitta ; tout outré de douleur, Ne pouvant, en effet, souffrir de tels supplices , Et , croyant arrester le cours de ce mal-heur , Fit en aeux mille lieux faire des Sacrifices.

45 Cependant le Roy, tout surpris

Du cours précipité qu'a cette maladie , Commande au Grand Colbert d'aller viste à Paris

Pour faire qu'on y remédie.

L'Augustin Frère Marc s'y voit mesme appelle , 50 Sur le bruit de cent belles cures

Qui l'ont autresfois signalé Dans de pareilles conjonctures.

Mais vainement Colbert y nt tout son effort : Il sçait , avec des soins fidelles , 55 Guérir de cet Estât les blessures cruelles ,

Mais il ne peut guérir l'atteinte de la Mort.

O Mort , en le privant de vie , Tu n'as point fait le coup que tu t'estois promis ,

J5 A contre eux. 47 A Fait prompte ment aller son Colbert à Paris.

M A aaseuré que, n'ayant plut d'amy. | 54 A «es soins.

359 180. — Du 7. Octobre 1666 (Sobugny). 36o

Car tu pers en sa mort un monde d'ennemis 60 A qui ce Cavalier l'auroit enfin ravie I

Si-tost que Louis eut appris Que Sery n'estoit plus au Monde, Il en eut quelque temps une douleur profonde , Car toujours les Guerriers furent ses favoris. 65 II fit partir en suitte un de ses Gentils-hommes

Pour porter dans le Havre au Duc, Père du Mort, Et le plus affligé de ce Siècle où nous sommes , Dequoy le consoler dans un si rude sort ; A I'Abbé Saint Agnan donna la survivance 7o Des Charges & Gouvernemens

Que son Père remplit en France Avec tant d'applaudissemens , Et , pour mieux consoler ce Père de sa perte , Le fit asseurer tout d'un temps 7} Que sa faveur seroit ouverte

Pour ce dernier de ses enfans.

C'est à dire , Dauphin , si je ne suis trompée , Que I'Abbé va prendre l'épée ; Mais qu'il soit marié dans l'an , 80 Si l'on veut conserver la race

Du fameux Duc de Saint Aignan , Et puis , pour prévenir la mortelle disgrâce

Qui ravit son Frère à son Roy, Qu'on donne à son courage un glorieux employ 1

85 Mais, puisque nous tombons sur le Havre de Grâce ,

Discourons de ce qui s'y passe.

On y vit arriver un Navire Holandois , Le dernier jour de l'autre mois , Et c'estoit un des six Navires 90 Qui , joints à Monsieur de Beaufort,

Avoient en Portugal conduit jusques au Port Un Objet Couronné digne de mille Empires. Il avoit , dit-on , évité La fascheuse nécessité 95 De se brûler luy-mesme , ainsi que les cinq autres ,

Qui , par les ennemis surpris , Apres s'estre éloignez de la Flotte des nôtres , Avoient voulu sauter plustost que d'estre pris. Ouy, ces six vaisseaux , Prince aimable , 100 Croyant regagner sans combats

Les ports de Messieurs les Estats , Ont eu ce sort épouvantable :

Ils furent chargez des Anglois Et se battirent bien , m'a-t'on dit , en retraitte , 105 Mais , à la fin , leurs Chefs , prévoyant leur défaite ,

79 A Mais qu'on le marie. | 88 A Detaiu la fin de l'autre mois.

36i t8o< — Du 7. Octobre 1666 (Subugny). 36st

En tres-avisez Hollandois , Firent sauver dans des chalouppes Leurs équipages & leurs troupes , Et , pour tromper l'espoir de leurs tiers Ennemis , no Le feu dans cinq vaisseaux par eux-mesmes fut mis.

Jeudy dernier, je fut trompée , Quand Je crûs que contre I'Anglois Nôtre Flotte estoit occupée ; Dés le vingt cinq de l'autre mois, 115 Le Duc de Beaufort, au contraire,

Ne voyant pas de jour à se joindre à Ruitkr , Avoit repris , sans s'arrester , Le chemin qu'il venoit de faire , Et l'on dit que , malgré le vent , iao II a gagné Brest à présent.

Le jeune Comte de Limoge ,' Qui suit tousjours cet Amiral , Et de qui la valeur mérite quelque Eloge , Escrit que ce retour leur fut presque fatal 125 Et que jamais , dans le voyage

Qu'il avoit entrepris chez les Turcs & les Grecs , Il ne s'estoit trouvé si prés De l'heure de faire naufrage.

On me vint dire aussi , Lundy, 130 Le coup extrêmement hardy

Que trois de nos Navires firent , Qui , n'ayant pu voguer si viste que Beaufort , Qui cingloit devers Dieppe avecque trop d'effort , Trouvèrent en chemin cinq ânglois qu'ils défirent. i)5 Ma fièvre me fait du dépit ,

Lors que j'apprenstde ces Nouvelles ,• Car je souhaiterois faire un effort d'Esprit Pour en bien discourir lors qu'elles sont si belles , Et ma langueur, Dauphin charmant, 140 Ne me le permet nullement.

Tout ce que je puis faire en cette conjoncture Est de vous raconter la chose toute pure. L'Ànglois , tenant environnez Ces vaisseaux demeurés derrière , 145 En vit d'abord les siens tellement canonnez ,

Que , sans trop s'obstiner dans son humeur altiere,

Si-tost qu'il en vit deux à fonds , Sa fuite déroba le reste à nos canons. Apres cela , les vents contraires 150 Dispersèrent deçà de là ,

Ces vainqueurs de nos aversaires ; Chacun à l'aveugle cingla.

143 A ayant environne*. | 144 A Ces trois vaisseaux reste;

363 i8o. — Du 7. Octobre 1666 (Smuemr). 364

Jusqu'à ce qu'un mal-heur étcange Fit prendre à la Rochh le change, 155 Et que luy-mesme il se fut mis

Dans les mains de nos Ennemis.

Ce Capitaine redoutable , Dont le nom estoit seul un écueil aux Anglois , Croyant qu'il s'alloit joindre à l'Amiral François , 160 Fût à sa perte indubitable :

Il prit les Anglois pour Bbaufo&t.

Le nombre des Vaisseaux , leur contenance égale, Leur marche vers le mesme Port Causa sa méprise fatale 165 Et fit que, contre leur espoir,

Il s'alla mettre en leur pouvoir.

Ce n'est pas que , dans cette approche, Il ne leur fist sentir par les coups de son* bras Qu'il avoit vrayment Nom La Roche 170 Et que cet accident ne l'épouventoit pas ;

Mais cent fois vainement il se mit en deffetise. A la fin , ce Lion fut pris , Et conduit dans un lieu , je pense , Où l'on luy fera voir qu'on le croit de grand pris.

175 On me mande de 1 Angleterre

Que bien du monde y couche à terre Et qu'on ne sçauroit concevoir Rien de plus pitoyable à voir.

On dit qu'on tirera de ce mal-heur funeste , 180 Du moins, ce bon-heur consolant

Que le cruel feu de la peste N'y sera plus si violent , Et que les ardeurs consumantes De vingt mille maisons que Ton y vit brûler, 185 Ayant fort purifié l'air.

En auront pu bannir ses iâmes pestilentes. Mais j'en craindrois plustost de contraires effets : L'air fort de plusieurs lieux infects, La puanteur qu'y peuvent rendre 190 Dix mille corps ensevelis

Sous trois ou quatre pieds de rendre , Le manque de vivre et de lits , Les injures de 1 air qu'il faut que l'on y souffre , Faute d'avoir des lieux propres à se couvrir, 195 A mes yeux paroissent un gouffre

Où Londre achèvera peut-estre de périr.

On parle toute-fois de rebastir la Ville Mieux qu'elle n'estoit autrefois :

Ce projet , se faisant par un de ses bons Roys , aoo Pourra n'estre pas inutile ;

Mais , la perte montant à trois cens millions ,

171 A Mais i! se mit cent fois vainement en deffence. 1 87 A Mais moy j'en crains plustost de contraires

[affecta.

191 A Dessous un pied ou deux de cendre. 194 A Un lieu dont pouvoir se couvrir.

ito. — Du 7. Oefebrt i666<Suauo*t:).

Quelque pUtre dont oa la pare , Il faut pour rétablir une pièce si rare De grandes réparations.

En ce moment , un homme, à qui la barbe est grise • Et qui veut , me dit-il ( que je le tympanise , M'apprend que , sur lavis que le Duc de Beaufort

Estoit à Dieppe dans le Port, On a remis en Mer la Flotte de Hollande , Et qu'on la vit , le trente , à la hauteur d'OsTENDE. On adjouste à cela que 1' Amiral Editer A bon dessein de joindre une Flotte si belle ;

Mais de tout cela, bagatelle, Beaufort est retourné dans Brest sans s'arrester, Et le vent emporta le Hollandois malade

Un peu trop tost de nôtre rade.

Je sçay qu'il est pourtant , dés le second du mois ,

Aux Dunes mesmes des Anolois , Attendant que leur Flotte exerce sa vaillance ; Mais je croy qu'il aura besoin de patience.

L'Empereur a donné le plaisir d'un Balet Au Commandeur de Gremonvillb , Qui n'estoit , dit-on , pas trop lait.

Cet Ambassadeur est habile Et non moins connoisseur en divertissemens , Qu'il conduit , quand il veut , avec mille agrémens , Qu'il a d'adresse A de prudence Dans les affaires d'importance.

A Lisbonne , on en fait de mesme :

Ce ne spnt que jeux , que plaisirs

Et que magnificence extrême •

Et mesme qu'amoureux soupirs.

Le vingt-huitiesme d'Aoust , chacun y vit l'Entrée De l'Auguste Nemours ( qu'on y veut adorer, Et les Marchands divers avoient fait préparer,

Chacun , dit-on , pour sa contrée , Les plus riches apprests qu'on eust sceu désirer. Cette Nouvelle Keyne , en se faisant paroistre

De temps en temps à sa fenestre ,

Y met le Peuple Portugais

Dans le comble de ses souhais.

On y court les Taureaux , on joue à tirer l'Oye ,

Afin que la Reyne le voye

Et d'en prendre l'occasion De la voir elle-mesme avec attention.

202 Ce vers m. dans B C.

204 A D'eitrtnges.

233 BC y vis ton Entrée. — A tll«f fit ton entrée*

234 Ce vers m. dans A.

235 A y firent.

22a A U a#i*B , qui e'y fri* perotttre

367 !&>• — Du 7- Octobre 16C6 (Sublkhct) 368

Enfin , MON ADORABLE PWHCE ,

Je sçay qu'il n'est pas de Province Du Royaume de Portugal Qui ne rouste à longs traits ce bon-heur sans égal. 250 II n'en est pas mesme des nostres

Qui ne publie à haute vois Le plaisir qu'elle sent qu'un cher Objet François Fasse ainsi le bon-heur des autres.

Moy seule j'av ce grand mal-heur 255 Que , quand j'en aurois , ce me semble ,

Plus que tout l'Univers ensemble , La mort de mon Amy m'accable de douleur. Ouy, Sery, sortant de la vie , Aux regrets m'a toute asservie.

260 Prince , n'en soyez point jalous ;

J'en rapporte la cause à Vous :

Je l'aimois tendrement , je n'en fais point la fine, Parce qu'il se plaisoit à me voir discourir De voste Ame toute divine 265 Et qu'on ne peqt manquer par là de m'attendrir.

de SUBLIGNY.

A Paris , Chez Alexandre Lesulm ,. au corn de la me Dauphin* , devant le Pont-neuf. Avec Privilège du Roy.

La signature de Fauteur et l'adresse du libraire manquent dans BC , qui placent ici la date.

{A La Muse de Cour 1666 (voy. tome I , col. 909), pp. 157-164. B La Muse Dauphine 1667 — 175-184.

C La Muse Dauphine 1668 — 175-184.) -

LETTRE EN VERS A MADAME

[Par Charlbs ROBINET.]

Du io. Octobre 1666.

Belle & précieuse Personne , Qui recevez de la Couronne Mille Brillans de tous cotez Et qui , par l'auguste Naissance

5 Et les Degrez de l'Alliance ,

Touchez à tant de Majestez , Princesse , di-je , ainsi des mieux Apparantées , Aussi-bien que des mieux rantées , Voici nos Vers tous frais éclos.

10 Soyez en , s'il vous plaît , Maraine favorable ,

t8i. — Du 10. Octobre 1666 (Robinet).

Car, si vous les nommez par un nom honorable , Ils seront en tous Lieux accueillis avec los.

De chez-Vous part la Renommée , Dont toute belle Ame est charmée ; Elle naît de vos Sentimens , Et c'est enfin par vôtre Estime Qu'on passe à l'Honneur légitime Qui triomphe des Monumens.

S'il prenoit à quelqu'un envie

10 De s'en aller en Moscovie , Tres-froidureuse Région , Four suivre la Religion Qu'à la Grecque IUec tra professe (Pour moy ,si j y vais,qu'on m'y fesse),

35 II sçaura que v selon les Loix , Il doit une seconde fois S'y régénérer au Baptême Et recevoir un nouveau Crème.

On dit qu'à Moscou , sur ce Point ,

joLe Peuple ne s'accorde point, D'où s'ensuit beau remu-ménage , Les uns dizans que c'est l'Usage De tout temps pratiqué chez-eux ( Et les autres, moins scrupuleux

15 Et qui n'en font mêmes que rire , Soûtenans qu'il le faut détruire.

Or le Grand Duc , chaussé , dit-on , De l'ancienne Opinion , Veut absolument qu'on la suive ,

40 Sans qu'en faux sur ce l'on s'inscrive , Et fait écorcher les Retifs , De pied en cap , & voire vifs ; Lequel avis aussi je donne Afin que , si quelque Personne

45 Ne veut pas mourir comme un Veau En sa jeune & sa vieille Peau , Elle coure à I'Ecorcherie Dudit Grand Duc de Moscovie.

Les Suédois , un peu testus , 50 Tiennent toujours aans leur Blocus Bremen serré d'étrange sorte; Mais, d'autre part, on nous rapporte Que les Assiégez , belliqueux , Sont du moins aussi testus qu'eux 55 Et qu'ils leur font , dans leurs Sor- De si fâcheuses Reparties [des , Que Maints s'en trouvent étourdis

Et dignes d'un Deprofundis , Si Deprofundis au Vandale 6oN'étoit pas Pierre de scandale , Car au Ciel tout Vandale mort Peut entrer sans tel Passeport.

L'Empereur attend , en Extase, La Beauté qui sera la Base

65 De ses plus amoureux Transports Et , sur les ravissans rapports Qui lui sont faits de son approche , A présent , sans nule Anicroche , U bénist sans cesse les Cieux

70 Pour un Bonheur si précieux.

U détache aussi de son zélé Mille soupirs au devant d'EUe , Qui vont lui dire élégamment :

« Princesse , avancez promptement ;

75 » Le Coeur qui vers vous nous envoyé » Se prépare à mourir de joye » Plus de dix fois, en l'heureux Jour » Où les Dieux d'HvMEN & d' Amour, » Lors bien d'accord l'un avec l'autre,

80» Le feront pâmer sur le vôtre. »

Les Musulmans , antichretiens , Menacent fort les Vénitiens , Ce dit-on , dans la Dalmattb ; Mais cela certe les soucie , a

85 Je vous proteste , comme rien , Et ces Braves s'en moquent bien.

Les Heiducs seuls & les Morlaques, Par les niches & les ataques Qu'ils leur font jusqu'en leurs Foyers,

90 Arrestent prou ces gros Limiers ; Mais de certaines Bestelettes Que l'on nomme les Cavalettes , Ou Sauterelles autrement , Comme en Egypte anciennement ,

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