Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689
Nous avons le projet de grouper à la fin de notre publication les renseignements que nous avons pu recueillir sur la vie des auteurs qui viennent d'être cités et sur celle des autres rimeurs à qui nous devons des lettres en vers. Cette manière de procéder nous permettra de renvoyer directement à leurs ouvrages , d'en extraire les détails biographiques qu'ils contiennent et de mettre à profit les documents que nous pourrons découvrir dans le cours de notre travail. Quelques rapides indications sur l'étendue des gazettes qui font suite à celle de Loret suffiront en tète de ce premier volume.
Conune Loret, Mayolas adressa ses premières lettres à la duchesse de Nemours et, comme son devancier, il reçut une pension de cette princesse (0. Ses premières lettres , qui sont la véritable continuation de la Muze historique , commencent le 25 mai 1665 ^^ s'arrêtent le 19 septembre 1666. Au mois de décembre 1669 le même Mayolas reprend sa publication qu'il dédie cette fois « Au Roy » et qu'il accompagne d'un feuilleton en prose ; il la continue sous cette nouvelle forme jusqu'à la fin de décembre 167 1 , mais il n'a plus la même régularité que par le passé ; il laisse parfois s'écouler des semaines sans prendre la plume.
Robinet est plus assidu et plus relier. Il conmience, comme Mayolas, le 25 mai 1665 et reste le fidèle gazetier de Madame jusqu'à la fin de juin 1670. Après la mort tragique de cette princesse, il adresse ses vers « A l'Ombre de Madame f» (juillet 1670)» puis « A Monsieur » (août 1670 - septembre 167) ) , enfin « A LL. AA. RR. Monsieur et Madame » (avril à décembre 1674). A partir de cette dernière date Robinet paraît avoir suspendu sa publication. De nouvelles lettres en vers également dédiées « A LL. AA. RR. Monsieur et Madame », voient le jour depuis le mois de janvier 1677 jusqu'au mois de décembre 1678 , mais elles sont l'œuvre d'un autre gazetier, Jacques Laurent (^).
(1) Voy. le début de la lettre 84 (17 janvier 16^).
(2) Nous ne savons pourquoi les rares auteurs qui se sont occupés de nos gaxetiers ont fait de Charles Robinet et de Jacques Laurent un même personnage ; Robinet, comme nous l'apprend le Mercure hist&nqiu etpoUHfËê du mois de mai 1698 , p. 557, mourut , âgé de plus de 90 ans , le 25 avril 1698 (voy. La Borde , Le Palais Ma^arim , 143) ; Laurent ; nous le vojrons par un manuscrit de la Bibliothèque nationale (franc. 1803) vivait encore en 1701.
AVANT-PROPOS. ix
Auprès de ces longues séries de lettres les gazettes de Boursault et de Subligny sont peu importantes. Du premier nous ne possédons que six lettres qui se placent entre le 19 juillet 1665 et le 15 mai 1666 CO; du second nous avons : i^ onze lettres comprises entre le 15 novembre 1665 et le 25 janvier 1666; 2® trente-une lettres comprises entre le 27 mai et le 24 décembre 1666; )^ neuf lettres allant du ) février au 7 avril 1667. Subligny avait d'abord intitulé sa gazette La Muse de Cour y mais un privil^e du 11 octobre 1666 l'autorisa à prendre le titre de Muse Dauphine, nom sous lequel cette gazette est restée connue dans l'histoire littéraire.
Il existe en outre diverses pièces anonymes qui prennent rang dans la collection. Ainsi nous possédons quatre ^pitres adressées au président Talon, par un auteur inconnu, pendant le mois de mai 1669,
Nous n'avons retrouvé aucune gazette rimée se rapportant aux années 1675 ^^ 1676, 1679 a i68j. Pour les années 1684 ^ 1689 nous publierons quelques lettres de Robinet et quelques relations en vers de J. Laurent, dernières productions d'un genre de poésie désormais abandonné.
En résumé notre recueil offrira l'histoire plus ou moins détaillée de la cour pendant les années 1665 à 1674, 1677 ^t 1678. Les pièces qui le terminent ne constituent pas une histoire suivie. Nous les reproduisons au même titre qufe les pièces de Saint-Biaise et Du Mesnil qui se rapportent aux années 167} et 1687.
Vers 1691 , Boursault eut le projet de faire revivre les gazettes en
(i) Comme les Lettres de Rangouze, comme les Devises de Mayolas , les gazettes de Boursault étaient dédiéct en mèmt temps à difTérents personnages. Non content de s'être adressé à la reine , à Mademoiselle , à la duchesse d'Enghien , le poète reprit après coup des fragments de ses lettres en vers et les fit entrer dans d'autres épîtres. Ainsi les Lettres nouvelles de Monsieur Boursault (A Paris , chez la vcvTc de Théodore Girard, M.DC.XCVII, in-12, 176-190; Suivant la Copie imprimée à Paris, M.DC.XCVIII, petit in-i3, 146-157) contiennent une Grâiti« Lettre à Son Altesse Serenissime Monseigneur U Prince, dans laquelle on retrouve divers passages des gazettes des la et 37 septembre 1665 et dn 15 mai 1666. Nous avons cru inutile de reproduire ces rapsodies.
L'auteur de l'Avertissement placé en tête des Œuvres de Théâtre de Boursault (A Paris, chez la veuve de Pierre Ribou , 1725 , 3 vol. in-ia) nous apprend à la suite de quel incident les cordeliers obtinrent la suppression de la Gazette de Boursault et le retrait du privilège que le chancelier Sérier lui avait accordé. Cf. Histifire du Théâtre françois [par les frères ParfaictJ , XII , 380.
X AVANT-PROPÔS.
vers. Il annonça la publication d'une Muse enjouée qui devait donner chaque semaine des nouvelles de la cour et de la ville. A l'exemple de Subligny, qui avait placé la Muse de la Cour sous la protection du grand Dauphin , alors âgé de quatre ans , Boursault dédiait la sienne au duc de Bourgogne qui venait à peine d'atteindre sa neuvième année : c'était initier bien jeune les princes aux charmes de la poésie burlesque. La nouvelle Muse pour justifier son titre devait contenir en outre des fables, des contes et des énigmes. Ce projet a'eut pas de suite. Le chancelier Boucherat , après avoir accordé un privilège à Boursault , le lui retira subitement , avant même que Tauteur eût eu le temps de publier un seul numéro de son journal. Boursault relate le fait dans ses lettres (0 ; et pour donner une idée de ce que devait .contenir la Muse enjouée, il en reproduit un extrait qui n'est pas de nature à faire regretter la décision du chancelier.
Notre rôle d'éditeur n'a pas laissé que de présenter d'assez grandes difficultés. Tandis que la Muze historique aeudei658ài665 les honneurs d'une réimpression que les éditeurs modernes ont pu se borner à reproduire , en annonçant un recueil de variantes et des tables dont la publication se fera peut-être attendre longtemps encore , les lettres des continuateurs de Loret n'ont jamais été réunies. Il nous a fallu les poursuivre une à une dans une foule de bibliothèques , les faire copier séparément et les placer à leur date ; nous livrer, en un mot , à un véritable travail de mosaïque. Il est probable que , malgré nos recherches , un certain nombre de ces gazettes nous auront échappé ; aussi accueillerons-nous avec reconnaissance les communications qui nous permettraient de donner plus tard un supplément.
Les lettres en vers étant avant tout des documents historiques, nous avons cru devoir les ranger toutes dans un même ordre chrono-
(i) Grande Lettre de différentes nouvelles à Madame la Duchesu e^Angoulesme (Lettres nouvelles «fa Monsieur Boursault, éd. de 1697, 33^355 ; ^- ^^ 1^8 1 280-295). — L*auteur de l'avertissement qui nous avons cité dit que Boursault s'était permis, au moment où la paix allait être conclue avec l'Angleterre une attaque contre le roi Guillaume III que la cour jugea impolitique (cf. Histoire du Théâtre français ^ XII, 384). Il est possible aussi que la décision du chancelier ait eu pour but de sauvegarder des droit .acquis, notamment ceux des éditeurs de la Galette et du Mercure , fort jaloux de leurs privilèges et txh âpres à s'en assurer la jouissance exclusive;
AVANT-PROPOS. xi
logique, sans nous préoccuper de classer ensemble les œuvres d'un même auteur. Il y a de la sorte des semaines pour lesquelles nous possédons jusqu'à trois lettres différentes. Malgré d'inévitables redites , les gazettes s'éclairent et se complètent ainsi l'une par l'autre.
Nous avons reproduit les originaux avec la plus grande fidélité possible, respectant non seulement les irrégularités orthographiques, mais encore les capitales et les accents. Les seuls changements que nous nous soyons permis sont la distinction uniforme des i et desy , des u et- des y , ainsi que l'introduction d'une ponctuation qui rendit la lecture plus facile. Sur le premier point, la distinction s'imposait d'elle-même. Depuis qu'en 1664 Corneille l'avait adoptée dans la grande édition de son Théâtre , les typographes cherchaient à l'introduire d'une façon générale. Mais il était difficile de rompre tout d'un coup avec les habitudes reçues , et la réforme ne fut adoptée par tous qu'après des tâtonnements qui amenèrent pendant longtemps une assez grande confusion. Sur le second point, nous n'avons fait que nous conformer à l'usage universellement adopté par les éditeurs modernes (0.
Nos gazettes ne nous ont été pour la plupart conservées que par des feuilles volantes dont il n^existe qu'une seule édition et souvent même qu'un seul exemplaire. Nous possédons cependant deux textes pour la première des lettres de Boursault (n** 19) et de nombreuses variantes nous ont obligé de les imprimer en regard. La seconde série des lettres de Subligny constitue une autre exception. Outre l'édition originale publiée en 1666, par cahiers de 8 à 12 pages, il existe une réimpression corrigée qui parut sous les dates de 1667 et 1668. Les variantes de la réimpression portent principalement sur le style et nous n'avons pas hésité à les admettre , suivant le principe qui veut qu'un auteur ait toujours le droit de corriger son œuvre ; mais ,
(1) Nous avons fait çà et là quelques corrections indispensables , ayant pour but de rétablir la mesure des vers ou de rectifier des fautes typographiques. Quoique ces corrections eussent d'autant moins d'inconvénient que nous avons conservé au bas des pages les leçons primitives , nous en avons été très sobre ; ainsi nous avons laissé subsister un certain nombre d'hiatus. Voy. col. 307 , v. 89 ; 678 , v. 242 ; 706 , y. 252; 803 , V. 87 ;*824 , v. 118 ; 825 , v. 138 et 142 ; 913 , v. 83 ; 941, v. 196 et 203 ; 967, v. 175 ,