‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 100 sur 317 · r^ Du 9, Aottst |6$f (Robinet · texte numérisé non relu

r^ Du 9, Aottst |6$f (Robinet

Et j'avois pensé, Justes Dieux , Que vous n'aviez que des Guxriandes Pour des Vertus qui sont si grandes, Et que les Peines & les Maux

40 Des Péchez étoyent les Fléaux.

Mais tout beau, comme je raisonne!

N'enten-je pas le Ciel qui tonne .

Et menace les Indiscrets Qui veulent sçavoir ses Secrets?

45 Tâchons donc seulement d'écrire Ce qu'on plaint, ce q.ue l'on admire Et ce qui , depuis l'autre Jour , Tient en un mot toute la Cour , Tout Paris & toute la France

50 Entre la crainte & l'espérance.

Dimanche , comme un cruel fer Eut un funeste Abcez ouvert A cette Souveraine aimable , Une létargye éfroyable

51^ La surprit trois heures après , Que le Trépas suivoit de prés , Car, nonobstant une Eau salubre , Cet Assoupissement lugubre Vers Minuit s'augmenta si fort

60 Qu'on le creut un sommeil de Mort.

Alors chacun, dans les allarmes, Jette des soupirs & des larmes , Et quelques-uns des plus constans Se disent tout bas qu il est temps

65 Qu'on avertisse la Princesse Qu'il faut qu'elle pense sans cesse (Approchant du fatal Moment) Au grand Séjour du Firicament.

Mais, comme chacun d'eux balance

70 Et d'un tel Avis se dispense, L'Héroïne, qui le void bien Et dont le grand Cœur ne craint

[rien , Dit qu'on s'allarme en vain pour Qu'elle souhaite avecque zélé IjElle ,

75 (Loin que ce Discours luy déplût) Qu'on luy parle de son Salut Et qu'à son Ame l'on apporte Ce qui peut seul la rendre forte Contre les Assauts du Trépas ,

8o"Où même elle void mille appas.

Après, de sa Main blanche & belle, Qui mérite d'estre immortelle , Elle bénit fort tendrement , Comme on fait maternellement ,

$5 Le MoNARQUP & Monsieur son

[Frère,

Dignes Fils d'une telle Mérb , Et puis ses deux illustres Brus, ' En qui brillent tant de Vertua, En suite, cette Reyne sage ,

90 D'un amoureux & doux langage Dont tous se laissèrent charmer, Les exhorte à se bien aimer , Puis l'auguste & bonne Princbss Qui jpour chacun d'eux s'interess

95 Les tait approcher tour à tour Pour leur exprimer son amour.

Enfin I'HéroÏne Chrétienne Veut seulement qu'on l'entretien Pour animer sa Piété ,

100 Des choses de l'ETERNrré, Et seule, inébranlable & ferme * Proche du redoutable Terme , Elle Console, Elle ravit Tous ceux qui , proche de son L

105 Peuvent la voir ou bien l'entend Non sans bien des larmes répanc Ce spectacle attendrit les Dieu Ils font à lors couler des Cieux Une Vertu toute divine

no Dans le beau Corps de I'HéroÏni Qui lui cause fort à propos Un cher Sommeil , un cher Rep Qui repare un peu la Nature Pendant les cinq heures qu'il duj

115 Le Pouls, auparavant mortel.

Grâce aux Eternels n'est plus te Et les DisaPLES d'Hypocrate, Que le retour de ce Pouls flate.

Lui font prendre un Remède doi

120 Qui fait merveille au gré de tous Et rameine du moins la France De la Crainte vers I'Espérangb.

En effet, la Reyne, depuis.

Dont nos Cœurs sont bien r^oa

125 Du Trépas revient à la Vie , Et Paris , selon son envie , La doit revoir après-demain , Voire peut-être dés demain , C'est ce qu'écrit en belle Prose

130 Un OBJET qui vaut quelque chose Et , pour parler plus justement.

Qui vaut certes infiniment ; Mais, pour poursuivre nôtre Epi Faisons vîte un autre Chapitre.

135 Qui l'eust dit? la belle de Foo Mère pour la première fois , Comme je dis l'autre Semaine ,

aS. «- Du 9. A<ni8t i645 (Robinst).

A de Cloto, Parque inhumaine , Senti le Trait des plus cuisans,

140 A l'âge d'environ seize ans. Si qu'à bien parler de la chose , C'estoit une naissante Rosb Que la Mort, au désir glouton , A voulu cudllir en Bouton.

145 Mais quoy 1 l'on dit que la Ca-

Jmarde, azarde, Sur lés reproches au'il lui fit, De ce Meurtre se défendit, Jurant que c'étoit la Lancette ,

150 Et non son obscure Sagette, Par qui la Duchesse de Fou Avoit été mise aux abois ; Mais la MàsBcnrE indignée , Afin d'excuser sa Saignée ,

15^ Vint protester que sur le Sobt Il Mloit mettre tout le tort, Et, tous disputans de la sorte , La Défunte demeura morte.

Monsieur le Duc, Tun de ces jours léoA la Chasse , & non pas au Cours Son Cheval , quoi que fort superbe Avant trébuché dessus l'herbe , S estoit en quelque endroit blessé , Mais le mal est déjà passé.

165 Le Rot, qui tendresse lui montre, L'envoya dans cette rencontre Visiter tres-diligemment Et tout-à-fait obligemment is- Par un aimable Gentil-homme £. Qui le Sieur de Gomont se nomme, Et même le fameux Guenaud , Qui fait son Employ comme il faut.

Ainsi que chacun le remarque , Fut aussi , de par ce Monarque , 175 Voir le susdit Prince charmant, Ce qu'il fit cordialement.

Aimant fort le Fils & le Père.

A propos. Madame sa Mère , S'est mêlée, encor qu'un peu tard ,

«• D'avoir ce mal qui n'est pas fard Pour les Teints de Lys & de Rose , Mais qui souvent mâamorphose Funestement les belles Gens Par ae* fâcheux contre-agrémens.

185 J'ajoute avec grande allégresse , Que, pour Madame la Princesse, Elle est hors de plus grand danger ,

Mais qu'on ne peut encore juger Si ce venin sur son Visage 190 Fera remarquer son Passage.

Mais à part sujets de douleur ; C'est assez prêcher de mal-heur^.

Disons un peu comment Madame , Pour qui nôtre Muze s'enflame,

1*95 De Versailles à Saint Germain , Samedy, retourna soudain.

Ayant donc été trois semaines Toutes complètes , toutes pleines , Régalée en ce Lieu charmant ,

300 Mais tout-à-fait royalement

ge le sçais & je le puis dire) ar l'ordre de nôtre Grand SikE , Qui voulut avecque raison Faire l'honneur de sa Maison.

205 Elle en partit bien à son aise , En fres-belle & mignarde Chaise , Où des Amours avec des Cœurs , Jouoyent entr'eux parmi les Fleurs.

Cette grande Altesse Royale ,

210 Qui nulle part n'a son égale, Ayant repris tous les Appas Qui la suivent à chaque pas , Ayant rçpris toutes les Grâces Qui l'accompagnent sur ses traces ,

215 On ne sçavoit sur le Chemin De Versailles à Saint Germain Pour qui la prendre : ou pour l'Au-

[rore.

Qui bien moins qu'elle éclate encore, Ou pour la Déesse des Fleurs ,

220 Dont son Teint ternit les couleurs , Ou pour la Beauté de Cithére Que moins qu'Elle son Fils révère , Ou pour la Déesse des Bois Qui , lasse de mettre aux abois

225 Cerfs & Sangliers sous ses Armes , Faisoit ainsi porter ses Charmes , Et cherchoit quelque part le frais , De son Frère fuyant les Trais.

Remarquons, à propos de Chasse , 230 Que nôtre Roy , qui s'y délasse Des soins qu'il prend pour ses Sujets, De son amour les chers Objets , Occit dans une large Plaine , Samedy de l'autre Semaine , 235 Jusqu'à deux cent tant de Perdrix, D'un beau plumage rouge & gris ; Mais , si tout périt par la Parque ,

Page 1