‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 112 sur 317 · Du 6. Septembre i665 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 6. Septembre i665 (Robinet

Je vous souhaiterois leur glorieux Destin. Examinez-vous donc avant que de parétre ,

Et, si vous n'estes beaux enfin ,

N'ayez pas l'audace de naistre.

Mais comment , ô petite Race ?

A sortir vous vous obstinez , Dans le flateux espoir que l'on vous fera grâce , Soyea^-vous mal éclos , ou soyez-vous bien nez ? Non , ne le croyez pas , je vais imiter 1' Aigle ; Ce grand Roy des Oyseaux ici sera ma Reigle , Exposant ses Petits aux Rayons du Soleil. Je vais vous exposer aux beaux Yeux de Madame , Et des Aiglons bâtards craignez le Sort pareil . Si je vous trouve laids à leur divine Flame.

Nôtre nombreux & beau Clergé , De Domicile ayant changé , Est venu plus viste qu'en Poste Reprendre son ancien Poste

35 Au grand Convent des Augustins , Presque vestus en Célestins.

L'ordre qu'il en eut du grand Sire Lui plût , je l'oserois bien dire , Car il est , par ce changement ,

40 Ainsi que dans son Elément , Et , sans doute , fort à son aise.

CHardonio Or, étant dans le Diocèse p^^^j De nôtre merveilleux Prélat, Afin d'avoir tout son éclat ,

45 II l'envova de bonne grâce Inviter d'y prendre sa place , Et , dés l'instant qu'il y parut , Cent fois plus auguste il en fut.

Qu'il a la mine grande & haute I

50 Fortune , tu fais une faute Qui marq^ue ton aveuglement , De n'appliquer pas promptement Ce certain Morceau d'Ecarlate Qui sied si bien sur l'Omoplate

55 D'un Prélat taillé comme lui.

Ah ! j'en suis tout rempli d'ennui I

Vendredy, jour auquel I'Eglise Son cher Augustin solennise , Ce grand Débauché Pénitent

60 Et nôtre Modèle éclatant.

Ledit Clergé, qui le révère , Lui rendit en ce Monastère Des honneurs brillans & pompeux , A la clarté de mille feux.

65 Primo , nôtre Prélat illustre A cette fin , dans un beau lustre ,

Officia pieusement Et tres-ipajestueusement , Puis ce Prestre de rORAXOiRB , 70 Qui, par un beau comble de Gldr En Mytre a changé son Bonmet, En son style brillant & net , Ardant, curieux, énergique.

Qu'il tira l'Echelle après luy.

Mais ajoutons dans nôtre Lettre Qu'il fallut pourtant la remetre Pour un autre Orateur mytré ,

80 De crainte d'être chapitré , Car j'ay sceu de mainte Personne Que Monsieur I'Evesque ï>Oiovm Après Vespres , le même Jour, Monta dans la Chaire , à son tou

S5 Pour un second Panégvrique De ce Saint Monstre de 1 AFniQii

Tandis que je suis là-dessus , Muz^TTTE , remarquons de plus Qu'aux Augustins quise déchausseï

90 Et qui sur Patins se réhaussent , En imitant leur Saint Patron , Qui marchoit déchaux, ce dit-oo.

Le Sieur Abbé la Bouverie , Dont Téloquence est si fleurie,

95 Fît un Eloge délicat ,

Qui valoit mieux que l'or Ducat

Du défunt beau Duc de Mantoi Pour qui je fais un pied de moue A la Parque qui l'a ravi , 100 L'Ambassadeur très-bien suivi Et , 'montrant un visage morne .

34* — Du 6. Septembre i665 (Robinet;.

Je puis dire quasi sans borne , Jeudy, vint au Royal Manoir , Entouré d'un long Manteau noir, 105 Et 6t aux Testes couronnées , De très-beau inonde environnées , Un Compliment accommodé Sur le Sujet du Décédé.

Ses tristes Accens les touchèrent, 110 Et ces Souverains témoignèrent PâLT leurs discours & par leur deuil Qu'ils plaignoyent ce Duc au cer-

[cueil.

Mais lors qu*il entra chez la Reyne, Si belle & digne Souveraine , feH Je ne sçai combien de Beautez , 5^ Qui poussoyent de vives clartez ■ Et pouvoyent par leurs brillans char- M Causer de bien fortes allarmes, [mes **'Y sembloyent comme autant d'A-

[mours , 1)0 Qui , sous de lugubres Atours , Accusoyent la F^que cruelle D'avoir, de sa Flèche mortelle , Occis un Prince si galant , Qui les Amours cherissoit tant.

135 Le lendemain , ou le jour même , Montrant toujours un Deuil extrême itkiï loin de faire le rieur].

Ce Ministre fut chez Monsieur Et chez son Epouse éclatante ,

ijoOù, d'une voix presque mourante, D fit semblables complimens ; Et là plusieurs Objets charmans , Qui font la Cour de la Princesse , Dans cette Action de Tristesse , Parurent , sous pareils Atours , Encore de dolens Amours.

Ce que de la Pologne on mande Est que le Parti se débande , Et vous devinez bien de qui ,

140 C'est de ce bon Lubomirsqui , Lequel vouloit trancher du Sire , Mais on l'en fera bien dédire.

Il demande déjà Pardon A Cazimir , ce nous dit-on ,

^5 Mais , comme il le veut honorable , On vous répond à ce Coupable Qu'il doit sans Car, sans Mais, ny Si, A son Prince crier merci.

Un tas d'Ecumeurs de nouvelles ,

150 Dont ils nourrissent leurs cervelles, Sans nul besoin de Cure-dents , Estans ces jours-ci trop ardans , Vouloyent , & d'estoc & de taille , Qu'il se fut redonné Bataille

155 Entre nos Belliqueux Anglois Et leurs Voisins les Hollandois , Mais , qu'ils en ayent la Migraine, La Fièvre Mule , ou la Quartaine , Et d'impatiance & d'ennuy,

160 On n'ensçait rien pour au)ourd*huy.

Un des Habitans de TIrlande , Digne d'une belle Guirlande , S'il est bien vrai ce qu'on en dit , Miraculeusement guérit

165 Tous les Maux & tous les Malades , Comment? par ses seules œillades , Ou , ce dit on , tout simplement Par un bénin attouchement.

Ainsi tous les Paralytiques ,

170 Les Aveugles, Pierreux, Phtisiques, Les Ecrouellez , les Goûteux , Les Sourds, les Borgnes, les Boiteux Les Febricitans & tous autres , Mieux qu'autrefois par les Apostres,

175 Sont guéris par cet Irlandois Avec ses Tour puissans dix Doigts.

Doucement & de bonne grâce Dessus vostre Mal il les passe , Et par de simples Frictions :

180 « Allez, nous vous congédions , »

Dit-il , « ô Madame la Fièvre , » Qui voulez faire Icy la mièvre.

» Esquivez, noir Aveuglement , » Sortez de ces Yeux prestement ;

185 » Dénichez , Goûte opiniâtre ; » C'est trop faire l'acariâtre.

» Paral^sie^ allons , campos , » Et laissez ces Membres dispos!

» Abandonnez ces Reins , Gravelle ;

190» Faite gille, laide Ecrouelle.

» Adieu, Vous, qui que vous soyez. »

Quels Prodiges ! Lecteur, voyez Si l'on peut faire davantage.

O Ciel I quel est ce Personnage ?

195 II estoit jadis Lieutenant , Il est Luthérien maintenant ; Mais, quel qu'il soit, qu'il vienne en

[France, Qu'il s'y transporte en diligence , Et, s'il peut la Reyne guérir, 300 De l'Encens je luy veux oftrir.

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