‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 123 sur 317 · Du 20. Septembre i665 (Robimst · texte numérisé non relu

Du 20. Septembre i665 (Robimst

S'il est retardé d*un moment.

Ce bon Serviteur, au contraire , N'avoit autre but (jue de plaire A la Maîtresse qu'il servoit ;

3^ Ses plus grands Secrets il sçavoit , Mais , quoy qu'il eût sa Confidance, Je puis dire avec asseurance Que ce bon & sage Valet N'a jamais porté de Poulet ,

a55 Et que pour un tel ministère La Dame oncque n'en eut affaire , Si ce n'est à quelque Convent , Où l'on sçait bien qu'assez souvent Il portoit • sans nuls Hyperboles ,

a^ Billets & Sacs pleins de Pistoles.

Or, ayant aux Champs fait séjour.

Il trouve un Laquais au retour Ne portant plus verte Livrée De quelques Galons bigarrée ,

1^5 Mais vestu d'un halnt de Dueil , Qui luy dist qu'un sombre Cercueil Enfermoit la bonne Comtesse Qui fut si long-temps sa Maîtresse ; A ces mots , changeant de couleur,

170 Soudain la niortelle Pâleur S'estant peinte dessus sa face , Il cheut roide mort sur la Place.

Mais il âiut ma Veine fermer.

Car je pourrob , pour trop rimer, 175 Fatiguer à la fin Madame , Qui ravit la Muse & l'enflame.

Que je vous revoye , mes Vers , Ne marchez vous point de travers ?

N'estes-vous point petite Graine , ;8o Comme on dit, Vers à la Douzaine?

Vous me paressez peu brillans , Peu polis , jolis & coulaïis Pour bien plaire à vostre Déesse ,

Et valoir qu'elle vous caresse.

aS5 Allez pourtant , de par Phœbus , Luy rendre vos humbles Tributs ; Dites-luy qu'elle vous excuse , Et que vostre Mère , la Muse , Vous rendra peut-estre plus beaux

390 Dans l'un de ses Discours nouveaux. Allez après , petite Engeance , Complimenter en diligence Toutes les Belles de sa Cour ; Rendez leur grâce tour à tour

395 De leurs bontez, de leurs Caresses, Et leur en montrez vos tendresses.

Prenez un honorable Ton , Parlant à l'illustre Gourdon , Qui fit merveille à la Toilette

300 En exaltant nostre Gazette , .

Et que son mérite éclatant A mise en son Poste important.

N'oubliez pas dans vostre Zèle Cette belle Spirituelle

305 Cette obligeante du Bellay Qui vous reçoit d'un air si gay j A la ravissante de Fienne , Si digne d'amoureuse Antienne , Faites un beau remérciment ;

310 Vous sçavez que , d'empressement Qu'elle témoigne de vous lire , Elle perd ses Gands , c'est tout dire.

Mais étendez vostre soucy Envers cette autre Belle aussi ,

315 Laquelle d'AsTiGNY se nomme ; Ennn, pour vous instruire en somme, Apprenez que le mesme soin (Si de le dire il est besoin).

Se doit à l'aimable d'AMPiERRE ,

330 Qui peut toucher un cœur de pierre.

En Septembre le dvl & neuf Cette Epistre je fis aussi plewe qu'un

[œuf.

d*UooiieQr

de

lÙkdUDO.

FUlM d'Honneur

Kf . CMê^ F. Muguet, rue de la Harpe , aux trois Rois. Avec Privilège du Roy.

(Biblioth. net., Lc^, 3a . Rés. ~~

Biblioth. Maurine, 39^, A^. ~-

Biblioth. de rArscnal , B. L. 11803.)

LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOU

[PAt LA GRAVETTE di MAYOLAS.]

Du 27. Septembre i665.

Est^U rien de si variable , De plus changeant, de moins durable Qu un jour scrain & qu'un bon vent Qui, sans mentir, trompent souvent ?

5 Encor qu'en écrivant ma Lettre .Le beau temps semble me permettre De durer pour le moins un mois , Il m'a déceu plus de deux fois.

Le calme, Téclat, la lumière

10 Régnoient quand je fis ma dernière ; Le lendemain beaucoup il plût , Et cela bien fort me déplût.

Quoy que la haute Astrologie , Aprochante de la Magie ,

15 M'ait apris à conjecturer, Je n'oze pas trop m'assûrer Aux félicitez, aux dézastres Que prédizent Messieurs les Astres , Puis que tous les quatre Elemens

ao Causent des bouleversemens.

Princesse , qui jamais ne change , Digne d'éternelle louange , Dont l'Esprit remply de douceur Est toujours ferme en ma faveur,

35 Je me moque de l'inconstance , Et jure avec persévérance De gayement m'assujétir A vous noblement divertir.

La République de Venize 30 Rit de la diverse entreprize Que Sa Hautesse propozoit Et des aprêts qu'Eue faizoit, Pour troubler à sa fantaizie La Candie & la Dalmatie ; 35 Mesmes le Mémoire contient Que le Provéditeur revient.

Loin de craindre un mauvais ménage Par l'aigreur du haut Personnage ,

Les florissans Vénitiens

40 Morguent l'Ennemy des Cbrèùt De plus , le Morlaque n'aguéres A fait de très-belles afaires , Et prés de Lica , vers Sara , D'un nombre de Turcs s'empars

45 En occit une cinquantaine , En blessa plus d'une centaine.

Et mit tous les vivans aux fers , Qu'ils ont patiemment souferts.

Outre ces grandes avanturei ,

50 II a fait de bonnes captures »

Saizi cavales & chevaux »

Qui couroient par monts & par vs Asnes, asnesses, mulets, mules»

Animaux assez ridicules ,

55 Brides , licols , selles &. bâts , Qu'on amenoit à petits~pas , Quantité de Bestes à corne , Deux Eléfans , une Licorne , Deux cens moutons» autant d

\got»

60 Quatre cens tant vaches que veai Item, des bœufs en très-grand IM

Des chèvres quipaissoientàToml Enfin des truies , des cochons, Cinq cens paires de gros chapoiu

65 Contant poulets & gélinotes »

Sans oublier cinquante botes De raves , tant d'oignons & d'aui Que d'asperges & a artichaux (Il n'est pas dificile à croire ,

70 Puis que c'êtoit un jour de Foire] De^uoy les Morlaques susdits , Qui sans doute êtoient plus de di Tous ensemble bien déjeunèrent.

Dînèrent, coUationnérent

73 Aux dépens des pauvres Marcbani

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