SONNET
Que voi-je ? est-ce Louis en Marbre converti , Ou le Marbre en Louis ainsi/changé lui-même ? Non , je suis par mes Sens ici mal averti ; Les Trompeurs m'ont jette dans une Erreur extrême.
Aydé de la Raison , j'en suis déjà sorti , Et je voi seulement l'Effet d'un Art suprême Qui nous montre en ce Marbre un Monarque assorti De toutes les Vertus que veut le Diadème.
Mais redoutez cet Art, ô Héros glorieux , Qui peut tout ce qu'ont pu la Nature & les Dieux Et de; qui la Science est si peu limitée.
On confond leur Chef-d'œuvre avec ce qu'il a fait, Et , s'il peut imiter encore Promethée , Il vous aonne un Second en ce même Portrait.
Princesse , aussi Bonne que Belle , Agréez cet Ecrit nouveau , ^
Que vôtre Historien fidelle Vient de tirer de son Cerveau , Trois jours avant celui de Saint Michel Archange , Et le vingt-six du mois où chacun fait Vendange.
A Paris , Chê^ F Muguet, rue de la Harpe, aux Trois Rois. Avu PriviUge ém Roi.
(Biblioth. nat., Le*. 33, Ré». —
Biblioth. Masarine , 39^. A' -^ Biblioth, de l'Anenal, B. L. iiSo'^
Si 282
A SON ALTESSE ROYALE MADEMOISELLE
[Par Eomi BOURSAULT.]
Du 27. Septembre i665.
Mademoiselle ,
Est-il possible que Vostre Altesse Royale ait la bonté de se fÎEÛre lire toutes les Semaines des Gazettes qui ne valent c^ue ce qu'elle les fait valoir ? Et se peut-il qu'elle employé des momens aussi précieux que le sont les siens à vouloir entendre de quelle façon je débite des nouvelles qui souvent ne le sont
5 plus pour Elle quand elles sont venues jusqu'à moy? Je sçay, Mademoiselle, que vous estes la princesse du monde la plus obligeante & cpit vos bontez vous attirent plus ae Louanges quevostre Naissance ne vous attire de Respects, mais je ne sçavois pas que vous ressemblassiez si parfaitement à Henry le Grand, vostre Auguste Ayeul, qui le plus souvent, laissant la Majesté à part,
10 se communiquoit personnellement à tous ceux qui avoient besoin de luy ,
Et, dépouillant le Roy pour ne paroistre qu'Homme ,
S'abaissoit jusc^u'à s'entretenir avec son Peuple & ne cherissoit pas moins la gloire d'estre aimé de ses Sujets que celle d'estre craint de ses Ennemis. Les Bénédictions que l'on donne à vostre Vie sont des larcins que l'on fait à sa 5 Mémoire : Non que V. A. R. ne les mérite de la mesme façon qu'il les meritoit, mais ce que vous estes fait oublier ce qu'il a esté. Et, comme il ne seroit plus qu'un peu de Cendres sans les Vertus dont vous avez hérité de* lui &
2ue vous faites si glorieusement revivre, chacun refuse ses hommages à de la lendre qui ne représente plus Henry le Grand oour les rendre tous à des
o Vertus qui le représentent encore. Pour moy, Maaemoiselle, qui n'estois pas de son oiecle & qui ay l'honneur d'estre du vostre, je ne parle de la Ressemblance que vous avez avec luy qu'après ce qu'en disent les Histoires. Si V. A. R. prend la peine de se les taire lire , elle y trouvera tout ce que je luy en escris. Il n'y en a pas une qui n'asseure qu'il estoit Vaillant sans témérité,
^ Prudent sans crainte , Fier sans orgueil , Libéral sans profusion & Bon sans foiblesse. C'est dire, aussi véritablement que vous luy Ressemblez, que je suis avec un véritable Respect ,
Mademoiselle ,
De V. A. R. ,
Tres-humble . &c.