Du 27, Septembre i665 (Boursault
A LA REYNE
Charmante Epouse de Louis , Malgré l'honneur dont je jouis Lors que j'enrichis mes Epîtres De vos grands & glorieux Titres ,
5 Des remors me viennent saisir Qui me volent tout mon plaisir.
Ma Raison reproche à mon Zèle Que cette Matière est trop belle , Et qu'un Escrivain comme moy
10 Devroit prendre un plus bas Employ , Mais ce Zèle un peu téméraire , Osant soutenir le contraire, Luy répond qu'il peut tout oser, Que son Nom fait tout excuser,
15 Et partant , qu'estant excusable , La Raison n'est plus raisonnable Pour peu qu'elle trouve suspect Un Zèle si plein de respect.
Que cette Raison & ce Zèle
ao Vuident, s'il leur plaist, leur que- Moy, qui cherche à vous réjouir[relle.
Pour vous obliger à m'ouir, Quoy que ma monture soit mince , Je vais de Province en Province
35 Recueillir les contes divers
Que vous apprendrez par mes Vers , Et , de peur que je ne l'oublie , Je commence par l'Italie.
30 Le Pape , que la mort guettoit , Est en meilleur point au il n'estoit ; Madame sa fièvre maudite S'avise de prendre la fuite , Et Monsieur son insolent flux
35 Ne le tourmente quasi plus.
Si jamais flux , flevre ou migraine Causent quel(jue espèce de peine A ce grand Lieutenant de Dieu , Je m'asseure qu'en temps & lieu
40 Ses impertinens traîtres d'hostes Se repentiront de leurs fautes.
Pour la mort qui n'épargne nul Et qui trouve jusqu'au Consul , Si cle son S. Siège de Rome
45 Elle met à bas ce grand Homme , Il en faut rendre un , s'il luy plaist, Aussi Saint que celuy-cy l'est ; Autrement , après cet outrage,
Ses enfans (tout l'humain lign 50 Ayant tant de sujet de deuil Ne la verront plus de bon œil.
C'est pourquoy, si la mort est Sans le talonner davantage , Pour avoir des succès meilleur.
55 Elle ira butiner ailleurs ; S'il l'en faut prier, je l'en prie , Et puis je galope en Turquie.
Le grand Turc, qui n'est pas Ou, s'il l'est, c'est si peu que li Car Mahom , ce Dieu sut^dten
60 Que Belzebut maintenant bem Autre fois dans ce maudit liea S'avisa de se faire Dieu , Et depuis dans un lieu ai large Ayant, exercé cette Charse ,
65 II a si bien fait que l'on T'a Naturalisé Dieu de là; Mais enfin , comme il est croyi Que ce Dieu ne vaut pas le Dit Pour n'en pas dire un mot de
70 J'en reviens au Turc cy-dessus
Le Grand Turc , & j en jure A fait une notable perte ; Le feu qui s'est pris au Serrail A bruslé tout son attirail.
75 Un porte mal-heur, un Eunuq Qui n'a point de poil sur la nu A quiconque dormoit un peu Fit d'abord grand chère & bon Treize ou quatorze hommes péri
80 Cinq ou six Sultanes rostireht.
Et le reste que l'on sauva En piteux estât se trouva , Si bien qu'à présent l'une crie De se voir la cuisse rostie,
85 Et l'autre a le cœur désolé D'avoir autre chose bruslé.
Celle-cy, qui n'est plus si belle Craint de sortir de la Pucelle , Et cette autre a perdu l'espoir
90 D'avoir désormais le mouchoir Quand le Turc sera d'Andrino De retour à Constantinople • Où bien-tost l'on croit qu'il sei Il fera ce qu'il luy plaira ;