Du i5. Novembre i665 (RoBmET
60 Par le Bénéfice du Vent.
Quant aux Troupes Munstérien- Qui ne sont pas Luthériennes [nés, Mais Catholiques à gros grajin , Vivans & sans bride & sans frein
6§ Dans tous les Lieux de leur Con-
[queste , Elles auront bien-tôt en teste Des Gens qui les réfréneront Et qui les disciplineront »
Car enfin les Troupes de France
70 Vont les trouver en diligence.
Et , marchons au nom de Louis , Un peu conu par tout Pats , Chacun leur fait un flrand Passage , Et fait voir ainsi qu'U est sage.
75 Dans Oxford , gaillarde Cité , La Britanique Majesté , Avecque poids , sagesse & grâce , Devant la Maison Haute & Basse , Id est devant le Parlement,
80 Fit harangue dernièrement , Et puis le Chanceuer , pour Elle , Poursuivit avec tant de zelle Sur le sujet qu'elle avoit pris Que tout ce grand nombre d'Espris
85 Qui luy prêtoyent illec l'Oreille En furent contans à merveille , Et conclurent joyeusement Qu'on leveroit incessamment Une Somme de conséquence
90 Pour entretenir la Dépence De son grand Armement Naval A la Holande si fatal.
Du Corps de Cézar de Vandôme , Qu'a fait Capot ce laid Fantôme
95 Vulgairement nommé la Mort, N'aguére on a fait le Transport Devers la Vandomoise Ville »
Où , dans son dernier Domicilie , Il attendra patiamment
100 Le Jour du dernier Jugement.
Comme un Prince après la Victoire Marche en Triomphe avecque gloire, Ainsi le I>éFUNT fut mené Sur un Char richement orné ,
105 Où les superbes Armoiries Brilloyent parmi les Broderies , Et tiré par nuit Palefrois , Mais couverts d'un sombre Harnois.
Et dont la marche lente & ti
iioSemoit le Deuil dessus leur I Du moins aussi cent Coches Comme autant de roulans m De k Tristesse & du Silence Alloyent en pesante cadance
115 Tous de six (]hevaux attelez Et d'un sombre atour affeubl Les Officiers & Domestiques Tant les Jeunes que les Antii Avantageusement montez •
i3oL'environnoyent de tous cost Chacun en noire Draperie.
Les beaux Chevaux de l'Esa Esto^ent menez dans ce Cor Pareillement en morne arrov
135 Par leurs Valets de Garderot Aussi vestos de brune Robe.
Environ trois cent Capucins , Qui vivent comme petits Saii Si que sur eux rien n'est à n
1 jo Marchoyent en teste & tres-be Chacun un Cierge dans la m Et prians Dibu sur le Chemi Ennn des Flambeaux en bot Produisoyent une clarté somt
135 Parmi ce lugubre Appareil »
Qui de la sorte étoit Pareil A celui des Pompes Funèbrei Qu'on fait pour les Défunts c^ C'est à dire qui sont du Ran
140 De Messieurs les Princbs do I
Ces jours passez, la Dame !
Se saisit d'un Homme de ma S'il en fut un depuis long-tei Par divers Emplois impoilaa
143 Et cet illustre Personnage (Jugez un peu si c'est dommi Qu'il soit ainsi dans le Cerca Est le Granjd Fontknay-Maii Mais passons, à d'autres nouv
150 Qui soyent plus gayes & plas
Que r Amour est un grand
Hélas chacun lui doit son Ca Du moins une fois en la vie , Et la dure Philosophie 1 55 Qui fit les StoSques jadis (Pour vous prouver ce^qiie je Ne put pas exempter leurs Ac De sentir ses plus chaudes ta
kHais . sans avoir aucun besoin De chercher des Témoins si loin Pour la Vérité que j'avance , J'en produis un de conséquence .
Qui vous fera foy que l'Amour En tout cœur se peut taire jour.
.«} C*esi nôtre Moderne Aristote Que» ce Chapitre je vous cotle.
I^r qui I'Akistote Grégeois Parle aujourd'hui si bon françots Que (ce qu'il ne fit pas en Grèce) 170 II se fait entendre au beau Sesf.
En des Termes aussi charmans Que ceux qu'on void dans les Ro-
C'csl nôtre Illustre de Lesclache Qui , las de faire le Bravache
i7{ Et de livrer un long Combat A l'Amour par le Célibat .
Vient enfin de lui rendre hommage Par Sachekent de Mariage , Suivant le Conseil de Saint Padl ,
ilo Certainement sans aucun dol , Mais Conseil qui . tout au contraire.
Est fort bon & fort salutaire , Sçavoir qu'il vaut mieux convoler, Ou se marier, que brûler.
,9% Mais quel est l'Objet de sa fiâmc? C'est un beau Corps, une belle
W [Ame .
K E( . pour en parler comme il faut ,
■ C'est Mademoiselle Giraut.
■ Celle Fille si singulière .
190 Qui , ci-devant son Ecouere , Parloit en Public comme Lui Si bien qu'on peut dire aujourd'hui Qu'il l'avoit fajte à son Image Tout exprés pour ce Mariage .
199 Ec que . par un effet charmant .
Il jouit dedans ce momem De u propre Philosophie Incarnée en cette Sophie , Dont & de lui , s'il plaît ù Dieu .
F On verra naître en temps & lieu De petits Poupons Philosophes; Mais faisons quelques autres Stro- [phes,
A propos d'HvMEN & d'AMonR, Depuis cinq Jours . en nôtre Cour.
to^ \\s ont joint un aimable Coupl»: . El dans leur Manège fort souple .
C'est le beau Coûte de Mabi^ .
- Du i5. Novembre i665 (Robinet}.
Grand & bien fait selon mon gré .
Et de Grancé , tendre Pucelle , 11
10 Vérahenté brillante & belle ,
A qui le Comte . en bonne foy . ""
Semble encor bien mieux fait qu'à "'
Le Grave Prélat de Lutéce . [moy. a-
Plus qu'un Caton plein de sagesse . "" 1; Chez la Rf.yne les fiança ,
Où pour les voir l'on se pressa .
Puis on mena la Fiancée ,
Lors superbement ajencée ,
Avec Monsieur son Fiancé , 10 Droit au bel Hôtel de Grancé ,
Où Collation , Mélodie
Et raèmément la Comédie
Les divertit passablement ,
En attendant l'heureux moment 35 Où , la suivante Matinée ,
Fut conclud leur cher Hyménce.
Du reste je ne vous dis rien ,
Mais je croi que tout alla bien.
Une Belle , en Cour ires-prisée .
no Et Compagne de I'Epousée.
C'est la mignarde d'ARQUiEN , p
Digne aussi que le doux Lien d->
Bien-tôt lui donne un jeune Sire , '■'' Afin que je puisse l'écrire, •>
IJ5 M'a dit l'Article cy-dessus , "'\
Et n'en sçavoit aussi pas plus.
Mais de quelqu'autrc Belle encore .
Plus vermeille que n'est l'Aurore ; J'ai sceu qu'à Versaillk la Cour .
140 A la Veille de son retour.
Se divertit aux Loteries , Seulement de galanteries , Où , selon l'ordre des Dksi ins .
U échcut divers Buletins
Ms Notamment à nos jeunes Dames , Qui parloyent d'Amour & de fiâmes Et disoyent . bien que par hazard .
Des Véritez à la pluspart , Dont les unes étoyent contentes Et d'autres un peu déplaisantes.
Le Jeune & beau Duc SAVoyARD , Nous le sçavons de bonne part , Et sa jeune & charmante Epouse Qui des vertus a plus de douze ,
(5S Se sont si bien fait les doux yeux Et caressez à qui mieux mieux , Ils ont dedans leurs Amourettes Si bien cultivé les Fleurettes,
5j. — Du i5. Novembre i665 (Robinet).
Ils ont si bien joint leurs Soupirs 360 Et fait quadrer tous leurs Désirs , . Ils ont enfin dans leurs caresses Si bien fÎEdt valoir les Tendresses , Les Ris , les Plaisirs & les Jeux , Bien-séans aux Jeunes comm'eux , 365 Qu'ils en pourront mettre en Lu- Avec une alaigresse entière , [miére , Un beau Prince , c^ui trait pour trait Sera des deux un vif Portraft.
Voila ma Missive remplie.
370 O PHncesse . en tout accomplie , Vous divertira-felle ? hélas !
Le croire je n'oserois pas , Mais pourtant , ô grande Héroïne , C'est pour vous divertir que je vous la
[destine.
Je fis ceci trois jours après la Saint
[Martin , Qui fait répandre bien du vin.
APOSTILE.
Ces jours passez dans un Yi Scitué dans le Voisinage , De Léonard , un Saint fort gr
380 Et de défunt Clovis Parent , On fit la Feste solennelle Avecque d'autant plus de zèle Qu'on a pour luy dans nôtre < Beaucoup de respect & d'amo
385 Car on oit que nôtre Anne illi Le reclamant dans son Balusi Sentit au^si-tôt dans ses flanc Le plus aimable des Enfans »
Et oui , présentement Grand I
390 Est le plus digne d'un Expirb Un jeune Père Celestin , Qui sçait François , Grec & L Fit ses Eloges à merveille .
Et j'étois prié dés la Veille
395 D'aller aussi l'entendre , mais Ma foy , je ne le pus jamais.
A Paris, Cke^ F. Muguet, rue de la Harpe, aux troU Rois. Avec Privilège dm Rcy.
(Btblioth. Nat., Lc^, 2a. Réf. — Biblioth. Muahne, 396. A^