‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 160 sur 317 · LA MUSE DE LA COUR A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN · texte numérisé non relu

LA MUSE DE LA COUR A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN

[PAt PERDOU DB SUBLIGNY.] SECONDE SEMAINE

[Du 22. Novembre i663.]

Je sçay dequoy l'on vous accuse Et ce que dit de vous la commune rumeur ; Je sçay combien vous faites déjà peur Et combien l'Europe est confuse 5 De vostre future Grandeur ;

Je scay de plus à^quoy la Cour s'amuse ; Beau Dauphin , seriez vous d'humeur D'entendre causer une Muse ?

A voir vostre port tout charmant 10 Et tous vos traits plus doux que ceux de la Peinture,

On vous accuse hautement D'avoir à vous former, épuisé la Nature » De peur qu'à l'avenir son caprice îàXal Ne voulut vous foire un égal.

15 A voir dedans vos yeux déjà briller les charmes

Qui se font tout seuls des sujets , Tous les Potentats en allarmes Disent qu'on ne naist point avec de telles armes Pour s'en tenir à de simples projets.

20 L'Empereur , des premiers , députe en diligence

Et demande a Madrid l'objet de son Amour, • Prévoyant bien la conséquence

D'avoir dequoy vous plaire un jour,

6i. — ï>a %%. Novembre i665 (Simuoinr). 418

^ Et tel autre Roy daos sa Cour Travaille ^ur entrer dedans vostre alliance Qui ne dit pas ce qu'il en pense.

On s'amuse à la Cour a chasser de nouveau

Le Rot joue encore à la Paume ,

Se promeine quand il fiût beau , Et puis reprend le som de son Royaume ;

Chacun s'amuse à raisonner

Sur cette Royalle Espérance

Qu'on vous voit donner à la France ;

On s'y pique de deviner

Qui sera le premier des Princes

Qu'un jour vous irez détrôner.

Attendant que Louis vous donne ses Provinces Et se soit lassé de r^er.

On va chez le Sultan d'abord ,

Mais» ne pouvant estre d'accord

Si c'est là que vous irez fidre

Vos exploits d'Armes inouis, Tous font enmi tomber vostre jeune colère Sur le premier des Roys qui fisuchera Louis.

Ouy, cette Cour est occupée

A fidre des reflexions

Sur vos i)etites actions :

Vous n'aimez rien tant qu'une Espée ;

Quand on vous la met au côté

Vous tranchez du petit Pompée :

Rien n'egalle vostre fierté.

En cet estât guerrier vous fûtes diffisrence

De ceux qui s'ofiBrent à vos yeux ; Vous estes fiuniker avec des Pairs de France ; Pour de simples Sujets vous estes sérieux.

La Marsschalb de la Mothb

Goûte à toute heure la douceur De se voir envier le suprême bon-heur

De conduire une Ame si haute ; On apprend a régner, dit-on , entre ses bras.

En un mot , la Cour estonnée Entend dire aux Agens de cent puissans Estais

Qu'ils ont veu la Majeké née

Où la raison ne l'estoit pas.

Vous allastes aux Fiançailles .

A ce que l'on m'a dit , de la belle GRANci Et du grand Comte de MàxA.

Que croyez vous qu'après leurs EspousaiUes , Dont on m'a dit encor que le jour est passé » Puisque le tout se fit au retour de Versailles ; Charmant Dauphin , que croyez vous

43 Tout.

41$ 6 1. — Du 22. Novembre i66S (SubugnIt).

Que pour vostre Grandeur bsst un couple si dous ? Ils feront des soldats que vous verrez aux cous

Quand vous donilerez des batailles , 75 Car Tun & l'autre ils sont issus

De Cavalliers instruits à forcer les murailles

Et qu'on ne vit jamais vaincus.

Nos Trouppbs sont enfin passées Dans les Estats des Hollandois , 8o A ce qu'on tient , un peu lassées ,

Mais un jour de repos délasse des François.

Je crois que de Munstbr les Trouppes ramassées

N'en auront pas moins sur les dois.

Avant que les quitter le âimeux de Turennes Les avoit &it passer en reveue aux Ardennes.

Monsieur le Marquis de Lonvov Ne sçait à quel costé respondre , Tant le nombre de ceux qui demandent employ Et qui veullent servir dans les Trouppes du Roy 90 Lui montre dequoy le confondre.

Mille & Mille Officiers sont chez luy du matin, Et , son Hostel n'y pouvant pas suffire , Lors que leur nombre croist, son jardin les retire. Au lieu d'en estre tout chagrin , 95 Si Monsieur de Louvoy vouloit tant soit peu rire ,

Fort galamment ne pouroit-il pas dire Que les Soldats croissent dans son jardin ? C'est sérieusement que son Hostel abonde De tant & tant de Combattans , 100 Que pour le$ employer tous dans le mesme temps

Il faudroit que le Rov combatit tout le Monde.

Le Généreux Marquis d'ALLUV.

Sortant l'autre jour ou Carrosse, Tomba si rudement , & la vitre avec luy , 105 Pour s'estre rencontré le pied dans une fosse ,

Que , cette vitre s^cassant Dessous la cheute de ce Brave , Dans sa cuisse entra fort avant Et luy pensa couper la veine cave.

110 II semble que le grand Beaufort

Veuille rendre compte à son Père Des beaux Combats qu'on luy voit faire Depuis que ce grand Prince est mort , Car à sa valleur sans seconde

1 15 Autant qu'il s'ofïre d'ennemis

Autant , s'ils ne luy sont soumis , Il en envoyé en l'autre Monde.

6i. ■'^ Dq-s». Novembre i665 (Subugny). 421'

Il prit encor, ces jours derniers ,

Deux Vaisseaux qu'il eut a combattre , En fit couler à fonds le plu6 opiniastre

Et fit dans l'autre un tas de Prisonniers. Pourtant ce grand succez ne fut pas sans disgrâce :

Revenant tout victorieux , Un orage soudain , qui troubla la Bonnace ,

Fit tomber la foudre des Cieux ,

Qui foudroya devant ses yeux

Cinq de ses soldats sur la place.

Vous qui voudrez suivre Èbaufort,

Que la peur d'une telle Mort

N'èmpesche jpas de vous résoudre ;

Apprenez plustost aujourd'huy

Que qui Va combattre sous Lut

Ne doit redouter que la foudre.

Un Trompette du Rot fait retentir les airs De mille ravissans Concerts Depuis aue de Louis l'unique & charmant Frère Nomma son Fils ces joiu^ passez ; Je ne scais qui fut la Commère ,

Mids le Compère A dû la satis&ire assez.

Un GentiMiomme Milanois

Dont la science est singulière ,

Qui n'est icy que de ce mois ,

Vient pour guérir la Retnb Mkre.

Quelle joYe à ses bons Sujets

Si cette Nouvelle est certaine Et si ce Milanois peut remplir ses projets t

CXiy, sans doute , ô ma bonne Keyne ,

Le Ciel veut prolonger le Cours De vos beaux jours ; Ce n'est pas aux douleurs d'une playe inhumaine A tenir plus long-temps contre tant de secours. Il feut estre témoin de cent belles Journées Que va fiedre bien-tost un Fils tout Glorieux ; Il fiiult voir le Dauphin un jour Victorieux » Et pour cela vivre encor trente années.

Que vous donnent les Destinées !

Le Grand Duc qui règne en Toscanne [PerdinuKi iij

Revoit la Paix dans sa Maison ,

Et ce Domestique tison Qui ne semble régner qu'alors qu'il nous chicanne , L'Amour enfin , s'est mis à la raison.

La Princesse sa Bru , qu'un peu de fiEischerie ^***?ort2Siif '

Avoit finit sortir de la Cour,

4^3 6i. — Du 2^. Novembre i665 (Subuqnt).

165 Chez son Espoux est de retour ,

Et tout se passa mesme avec Galanterie Dans cette Paix conclue par l'Amour.

Nostre Monarque a Mt de nouveaux Ducs & Pairs : Ennemis de TEstat , ce sont autant d'éclairs 170 Qui vous annoncent des tempestes

Lorsque vous forcerez le plus Grand de nos Roys A lancer le Foudre François Dessus vos orgueilleuses testes.

Les Mareschaux d'AuM ont, la Fbio^ , du Plbssis 175 Et le grand Montausier , si fameux dans l'Histoire ,

Sont les quatre Héros qui bien-tost avec ^oire. En qualité de Ducs , au Parlement assis , Brilleront sur les Fleurs de Lys.

L'Abbé d'AcBiGNY , d'Angleterre , 180 Ces jours pissez fut mis en terre.

11 Alt en Vertu sans égal ; 11 estoit un des plus grands Hommes Du Siècle où nous sommes , Et la Mort l'a réduit a son terme iatal 185 Sur le point qu'on devoit le fidre Cardinal.

Si je continuois quelque nouvelle Stance , Ce seroit trop long-temps troubler, mal à propos Peut estre , des jeux d'importance Où s'occupe un jeune Héros, i 90 AdiéU, charmant Dauphin, Je n'ay plus que deux mots :

Faites-moy lire au Dieu de nostre France , Et pour huit jours je garde le silence.

EXTRAICT DU PkiyiLEGE DU ROY .

Par Lettres Patentes du Roy , Signées & scellées du grand sceau de ( jaune , il est permis à Alexandre Lesseun (voy. la Lettre n** 58, ci-<lcs«

A Paris , Che;( Alexandre Lesseliu , au coin de la rue Daupkine devant le PoHt-neftf. Du aa. HtQi* 166$.

ln-4 de 8 pp. chiffr. de 9 à 16.

(Biblioth. de l'Arsenal, B. L. 11798).

LETTRE EN VERS ;SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS

f P*« U GRAVETTE de MAYOUS ]

Du 29. Novembre i665.

Princesse . voicy la saizon Où je pourois faire un sermoa Au lieu d'une plaizante Lettre .

Si l'on me le vouloit permettre , Mais ce n'est pas-là le Métier D'un Poétique Gazetier, D'un Apollon , ny d'une Muze ; Aussi . tout-franc , je m'en excuze Et laisse à ces saints Orateurs .

Bons & fameux Prédicateurs , Qui . l'Avent, rerapliront nos Chai- [res.

L'Art de prêcher sur nos Mystères , De loucher vivement les coeurs

|r Et de convertir les pécheurs.

ij Sur ce sujet je me dois taire

Pour marcher mon train ordinaire .

Et c'est . je pense . être bien fin

D'aller toujours mon grand chemin.

[tes,

Sénateurs , Maistres des Reques-

10 Sans conter maintes bonnes Testes, Lundy dernier, allèrent tous Au Palais , â leur rendez-vous .

En apareîl , en Robe-rouge.

Je quite ma chambre & mon bouge, Et m'habille bien promptement Pour m'y rendre diligemment.

Et dans la Salle je m'écoule Malgré l'embaras & ta foule.

Lahoigkon , FVemier Prézidant , Esprit sublime & transcendant , De qui l'équitable prudence Tient loûjours la juste Balance Qu'entre ses chères mains a mis L'insigne Déesse Témcs , Ce demy-Dieu fit la Harangue En nôtre merveilleuze Langue, Et l'éloquence & la beauté

De son discours bien inventé La rendirent à tous si belle

40 Qu'on n'en a point ouy de telle Sur la justice « le bon droit Qu'à tout le monde chacun doit Et sur l'utile vigilance Du Puissant Monarqoe de France .

4^ Qui par son bon gouvernement N'ordonne rien que sagement.

Ducs & Prélats qui l'entendirent Avéque raizon l'aplaudirent , Et tout l'auguste Parlement

jo L'admira généralement.

La rare piété qui brille En sa vcrtucuze Famille .

En ses Parantes & Parans , Réluit en ses Nobles Enfants ;

55 Ces fameux & grands Personnages Qu'Athènes nommoit les sept Sages, Que Ion vante encore aujourd'huy, Revivent dignement en luy.

B1GN0N , de qui l'intelligence ,

60 L'esprit , la grâce & la science Sont assez connus des François , Après luy fit ouïr sa voix .

Et , dans cette belle carrière , Sur une si riche matière ,

6i Un chacun n'admira pas mal Ce grand Avocat Général.

La grande & célèbre Assemblée, Qui dans ces lieux êtoit allée , Comme moy, pour ouïr cela ,

70 Sortit fort contente de-là.

La Reine, pour marquer son zèle.

A Dabmansac , noble Pucelle , Ces jours passez . donna l'Habit , Qu'aux Carmélites clic prit. ^J^^

Page 1