LA MUSE DE LA COUR A MADEMOISELLE
[Par PERDOU ob SUBLIGNY.] QDATRIESME SEMAINE
Du 7. Décembre i665.
Vous , belle & charmante Princesse , A vostre tour ne m'entendrez-vous pas ? Un violent désir me presse De revoir vos jeunes apas 5 Depuis le jour que sur mes pas
Je rencontray vostre Royale Altesse , G>mme j'accompagnois le plus grand des Prélats.
Appeller des plus grands l'Evesque de Valence , (oum i Ce n'est pas beaucoup le flater ; 10 Son mérite cent fois fut mis dans la Bidance :
On le croit tel , sans contester, Parmy tout le Clergé de France.
C'est un digne Prélat , noble , civil & dous ; Princesse , c estoit luy qui me menoit chez vous.
15 Nous traversions la salle de Madame
Où je ne sça]^ pas qui vous portoit dans ses bras
(Tousjours estoit-ce quelque femme Qui sembloit mériter de conduire vos pas] ;
Là , dans la douce nonchalance 20 Où vostre Altesse fît accueil
Au rare Monsieur de Valence ,
A vostre air , au petit dein d'oeil
Dont vous fîtes la révérence ,
Je crûs que , sans me mépriser, 2«i Vous pourriez m'entendre causer.
Ecoutez donc , jeune Héroïne , Et prestez moy ces yeux que je voy plein d'attraits ; Si mes Vers pouvoient plaire à leur beauté Divine . Ils sçavent le tour des Portraits , 30 Et , sur la naïfve peinture
Qu'ils en feroient à l'Univers , J'irois porter le feu dans toute la Nature Et mettre tout d'un coup aux fers Tous les Roys qui liroient mes Vers.
35 * Déjà vostre bouche de rose ,