‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 199 sur 317 · Du 27. Décembre i665 (Subugny · texte numérisé non relu

Du 27. Décembre i665 (Subugny

Je ne pense pas aujourdliuy

Ny me tromper, ny foire un crime De vous croire du moins aussi brave que luy), Enfin qu'une Campagne aura pu vous suffire

A les mettre tous liors a estât

De vous livrer jamais Combat.

Que cela les doit fiûre rire I

Nous le verrons en temps et lieu ; Cependant , ô Grand Duc , acceptez mes Nouvelles

Et , si vous en trouvez de telles Qu'elles mentent bien que l'on en rie un peu ,

Riez un peu pour l'amour d'elles.

La première que vous sçaurez Et dont , s'il vous jplaist • vous rirez , C'est qu'en lisant m Dédicace Que je luy fis dernièrement.

Le vaillant Condé, de sa grâce , Jura « Diable I » assez galamment.

Or je croy qu'ayant juré € Diable » , Sans y cneraier d'autre milieu , C'est comme s'il eut juré « Dieu »

Qu'il trouvoit ma Muse agréable.

Et • pour vous ouvrir franchement Le secret d'une ame contente , Ce « Diable » estrangement me tente De luy fiûre un remerciment.

On m'a dit que la Reyne-Mbre ,

Pour témoigner à Barthillat

Combien elle faisoit d'estat

Des bons services de son Père , Fit don d'un Diamant à sa belle MornÉ ,

Qui valloit douze cens pistolles ,

Sans le don de son amitié Qu'elle luy fit encore en quatre ou cinq paroUes. Ce qui vaut de l'argent est charmant à mes yeux ,

Mais , si j'osois porter envie A l'un de ces presens dont mon ame est ravie , Le premier semble beau , bien cher, bien précieux ,

Mais le dernier. Mort de ma vie I

M'accommoderoit cent fois mieux.

Mériter les Presens d'une Reynb si grande , Espouser un Objet qui vaut argent comptant Et dont CoLBERT fit la demande I Barthillat doit estre content.

Ce fidèle Colbert qui fait naistre les roses ^ù naissent seulement des poisons inouis ,

$4^ 77^. — I>u 27. Décembre i665 (Subught). S44

Ne &it rien que de grandes choses , Et qui ne soit utile à nostre grwd Loms , 80 Si bien que Barthilult peut dire

Qu'en le mariant de sa main Ce grand Ministre à arû profiter à L'Empire . De son glorieux Souverain.

J'oubliay qu'à sa Noce on vit dans l'Assemblée 85 Un ^and nombre de gens triez ,

Comme le Duc & Pair & Marescbal d'EsTRÉE ,

Oncle des jeunes Mariez , Monsieur de Beunghan , Monsieur de la Vrilubre , Et les deux successeurs du Tour du defïunt Roy, 90 Du Père Barthulat l'un & l'autre Beau-frere ,

Et l'un & l'autre égal à soy, Autrement Les Lucas , les fils du Secrétaire.

Mais de l'Abbé sur tout Ton fait beaucoup de cas ; L'honneur de son Monarque est le but de sa plume , 95 Et j'ay veu tels Escrits oui tiendroient un volume ,

Dont on nommoit l'Autlieur Monsieur l'Abbé Lucas, Où , traittant de l'indépendance Et du pouvoir de nos grands Rovs »

11 en faisoit la preuve avec tant d'abondance 100 Que* ses raisons estoient'des Lois.

Madame de Tonnay-Charante En estoit aussi /ce dit-on , Et l'histoire en est bien plaisante ; Elle y rioit de la bonne façon , 105 Et ses doux airs y charmoient les oreilles.

Car on dit qu'elle est sans pareilles Et que sa belle humeur feroit rire un glaçon.

« Mon Dieu » , dit-elle , « je suis grosse , Et je disois toujours : ha I mon enfant viendra ' 1 10 Sans que je sois encore une fois de la Nopce ;

Maintenant que ma crainte est fausse , J'accoucheray quand on voudra. »

Comme si le Poupon qu'elle avoit dans le ventre Eust entendu tout ce qui s'estoit dit , 115 Le petit incarné se mit

A la presser comme le Diantre ; Il falut la porter promptement dans son lit , Où cette Dame sans seconde Fut contrainte , quoy qu'elle fit , De le laisser entrer au Monde.

lao

Ce grand Secrétaire d'Estat Qu'on appelle De la Vrillere S'en rejouit conune doit un bon Père Qui dans un petit fils voit croistre son éclat

Page 1