‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 233 sur 317 · LA MUSE DE U COUR MONSEIGNEUR DE LA MOTHE HODENCOUR · texte numérisé non relu

LA MUSE DE U COUR MONSEIGNEUR DE LA MOTHE HODENCOUR

ARCHEVESQUE D'AUCHE,

NMEOB DBS Ou>RE8 DU ROY BT GRAND AUSMONIBR DE FEUE L4 RSYNB MeRE . centcMiit ce qui s'est psssé i U mort de cette grande Reyne.

[Par PERDOU ds SUBLIGNY.] UNZIBSME SEMAINE

[Du a5. Janvier 1666.]

Un grand Prélat meurt de douleur ; Depuis le trépas de sa Reyne U est sans force & sans couleur, U ne respire plus qu'à peine , Et tout luy donne de la haine Excepté l'entretien de son dernier malheur.

Prenez le deuil, meslez vos larmes Aux soupirs que son coeur en pousse vers les Cieux ,

Muse ; si malgré ses allarmes Vous desirez avoir dequoy plaire à ses yeux

Il ne vous faut pas aautres charmes,

Au seul nom de la Reynb en vos vers exprimé , Vous allez voir sa douleur mesme , Ou plustost son amour extrême , Adorer vos appas dans cet Objet aymé.

Jamais Esprits ne se trouvèrent

Plus unis que furent les leurs ,

Jamais en plus sainctes ardeurs

Deux âmes ne se rencontrèrent ,

Et vous plairez asseurément A ce rare Prélat qui fut tant aimé d'Elle

Si vous en parlez dignement.

Commencez d'annoncer cette triste nouvelle*

Mercredy, vingtiesme du mois .

Mourut la plus aimable Rbinb

65 1 89. — Du 25. Janvier 1 666 (Subught). fft

Qui Jamais ait tenu le Seçtre des François ; N'eftacerons-nous pas ce jour de la semaine ?

Non , souvenons-nous-en toujours. Quand la Reine mourut ce fut devant l'Aurore ; io Mercredy n'avoit pas encore

Recommencé son triste cours.

Sur les huit heures & demye Du soir qui précéda ce funeste malheur, D un redoublement de douleur 35 Sa Majesté fut afFoiblie.

Son cœur, qui dans ses maux n'eut jamab de recours

Qu'au grand Médecin de son ame;

Devant que de finir ses jours Voulut jouir encor de ce Dieu tout de fiame.

40 L'AcHEVESQUE d'Auche , allarmé

Qu'à telle heure ce désir presse Son incomporable Princesse , Luy va quérir son bien-aimé.

Le Roy luy mesme va jusques à là Parroisse , 45 Et , dans son port triste & conftxs ,

Il n'est aucun qui ne çonnoisse Qu'il croit sa perte seure & qu'il n'espère plus.

La Pompe accompagna cette cérémonie , Et d'un amas de Courtisans , 50 De douleur presque agonisans ,

Sa Majesté se vit 'en un moment suivie , Mais , l'oserai- je dire? en ce juste transport, Quoy que chacun courut à la source de vie , On sembloit aller à la mort.

55 Sur tout son Altësse Royale

Y {>arut dans une langueur,

Qui dans son Noble & tendre cœur

Ne trouvera jamais d'égale ,

A moins que par un sort nouveau , 60 Dont la Nature se confonde ,

La Reine ne revienne au monde

Pour entrer encore au tombeau.

Pour la dernière fois cette Auguste mourante , Dans un profond respect receut ce Dieu d'Amour ; 65 Pour la dernière fois sa tendresse innocente

A ce divin aspect charma toute la Cour.

Le Roy , malgré la grandeur d'ame Dont il faisoit profession , En recevant allors sa Bénédiction ,

89* — Du 25. Janvier 1666 (SuBLuufV). 654

Ne fut pas moinâ touché que Momismt & Madame.

Sans croire faire honte à son bandeau Royal , Son coeur écouta la Nature , Et dans ce cœur tout martial Il trouva des soupirs pour sa triste avanture.

Thbrbsb ne receut la bénédiction Que par Tenvoy de la Mourante , Qui supplia son Fils a'une voix expirante D en prendre la commission.

On avoit esloigné cette charmante Rrtiib , De peur qu*un excès de douleur, Voyant la KBTKB-MEitB en sa mortelle peine , Ne causast un double malheur.

En suite on ramena le sacré Vutiqub Dans l'Eglise de Saimct Csaium ; Le Roy , fondant en pleurs avec son Frère unique , Tenoit comme le reste un cierge dans la main.

Mais que de larmes respandues , Que de personnes éperdues , Sur les six heures du matin , Quand cette grande Rbdœ acheva son Destin !

En un instant sa chambre s'ouvre ,

On remplit de cris tout le Louvre ; On né sçait où Ton court à pas précipitez ,

Et, dans un deuil de cette sorte ,

On n'entend de tous les costez Que ces funestes mots : € la Rbynb Mbrb bst morte 1 »

Pauvre Peuple François , elle est morte en effet Oublie un jour ou deux le bien qu'elle t'a fait Pour ménager le temps de luy donner des larmes ;

C'est l'unique & cruel secret

Qui puisse empescher tes allarmes De te faire mourir sur le champ de regret.

Tu luy dois tes biens & ta vie , Que , sans l'amour qu'elle eut pour toy, Les desordres civils t'auroient cent fois ravie , Et tu luy dois encor ton invincible iRov.

Dans ta fidélité tu la vis toujours preste D'immoler son repos au gré de tes souhais ; Lorsque tu fus ingrat tu ne luy vis jamais De foudre à lancer sur ta teste.

Tu ne goustes la Paix que par ses nobles soins Après tant de guerres passées

655 89* — Du 25. Janvier i666 (Sobugny).

Et ses derniers soupirs sont encor des tesmoins Que ton repos estoit l'objet de ses pensées.

115 « AlMBZ VOSTftB PbUPLB, MON FiLS, »

Dit tendrement au Rot cette Retnb admirable; « On triomphe par la de tous ses Ennemis. » O Parolle I 6 Sentence à jamais mémorable , Digne d'une bouche adorable I20 Et de la Mère de Louis !

Dés le moment (qu'elle eut la paupière fermée Et devant qu'à Pans cette mort rat semée ,

Suivant la coustume dès Rois De s'eloimer soudain du lieu des funérailles , La Royalle Maison se rendit à Versailles Pour demeurer en suitte à Saint Germain six mois.

La Maison de Monsieur partit à l'instant mesme Pour aller à Saint Cloud librement soupirer, Et l'on dit que ce Prince , en sa douleur extrême « 130 S'y trouve à tous momens sur le point d'expirer.

Jeudy l'on vit le Corps sur son lit de parade. Mais quelle pompe , justes Cieux I Deux tréteaux luy servoient d'estrade Et deux ais en estoient l'ornement précieux.

1 35 Pour tout manteau Royal une Veste de bure ,

Pour Sceptre un Crucifix, pour Couronne un bandeau : C'est la Majestueuse & Royalle figure

D'Anne d'Austriche en son Tombeau.

Cet habit avait fait sa plus douce espérance 140 Durant qu'elle voyoit le jour;

Il ornoit sous la pourpre une Reyne de France , Dont le grand Saint François captivoit tout l'amour.

Jusques au Vendredy chacun la vit de mesme , Mais ce jour là tout fut en deuil , 145 Et l'on mit son corps au cercueil

Avec l'ordre pompeux qu'exige un Diadesme.

On dressa dans sa chambre un lict de velours noir Sur une estrade magnifique , Afin de le faire mieux voir 150 A la multitude publique

Qui s'y rend tous les jours du matin jusqu'au soir.

Plus de cent chandelliers , tout chargez d'Armoiries Faites de riches broderies , Plus de cent cierges édairans

132 juste.

Sg. — Du «5. Janvier 1666 (Sobugny). 65S

Y couvrent en carré cinq degrez differens.

Au haut du Poêle est la Couronne Dessous un^crespe sombre & noir, Qui rend Téclat qui l'environne Obscur & difficile à voir.

Aux quatre coins les Hérauts d'Armes , Assis paisiblement, le caducée en main , Et semblans n'avoir pas de mouvement humain ,

Y servent de lugubres charmes.

A toute heure , douze Feuillans Et d'autres Ecclésiastiques , Tour à tour se renouvellans ,

Y chantent de tristes Cantiques.

Lft je vis mesme des Prélats, Qui , percez de douleur jusqu'au fonds de leurs âmes »

Trouvoient de sensibles appas A mesler leurs soupirs aux pleurs de trente Dames.

Le mesme jour, au soir, un funèbre Convoy Porta son Cgiur au Val-db-gracb Avec un train sortable à la Mère d'un Rov, Aux yeux d'une nombreuse & triste Populace.

Des Carosses drapez , tirez à six Chevaux , Precedoient environ cent Pages Portans à cheval des flambeaux , Et qu'avec la douleur peinte sur leurs visages Les Hérauts precedoient encor.

Chargez d'Ecussons tissus d'or.

Le Carosse du Cosur , roulant d'un air funeste, Suivoit cinq pu six pas après ; Monsieur d'Auche y tenoit ce pitoyable Reste , Qui luy cause tant de regrets.

Pauvre Archsvbsque, hélas 1 qu'à bon droit il soupire! Ce Cœur , qu'il porte dans ses mains Et que ne cievoit pas détruire Le Commun Destin des humains ,

Ce CcsatL , plus grand que la Couronne De l'Objet qu'il sceut animer, Sembloit vivre pour estimer Le mérite de sa personne.

S'il se souvint des derniers mots De cette incomparable Reine , Lors ^ue , dans le fort de sa peine , Elle tint ces tendres propos :

aïo

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