LA MUSE DE U COUR MONSEIGNEUR DE LA MOTHE HODENCOUR
ARCHEVESQUE D'AUCHE,
NMEOB DBS Ou>RE8 DU ROY BT GRAND AUSMONIBR DE FEUE L4 RSYNB MeRE . centcMiit ce qui s'est psssé i U mort de cette grande Reyne.
[Par PERDOU ds SUBLIGNY.] UNZIBSME SEMAINE
[Du a5. Janvier 1666.]
Un grand Prélat meurt de douleur ; Depuis le trépas de sa Reyne U est sans force & sans couleur, U ne respire plus qu'à peine , Et tout luy donne de la haine Excepté l'entretien de son dernier malheur.
Prenez le deuil, meslez vos larmes Aux soupirs que son coeur en pousse vers les Cieux ,
Muse ; si malgré ses allarmes Vous desirez avoir dequoy plaire à ses yeux
Il ne vous faut pas aautres charmes,
Au seul nom de la Reynb en vos vers exprimé , Vous allez voir sa douleur mesme , Ou plustost son amour extrême , Adorer vos appas dans cet Objet aymé.
Jamais Esprits ne se trouvèrent
Plus unis que furent les leurs ,
Jamais en plus sainctes ardeurs
Deux âmes ne se rencontrèrent ,
Et vous plairez asseurément A ce rare Prélat qui fut tant aimé d'Elle
Si vous en parlez dignement.
Commencez d'annoncer cette triste nouvelle*
Mercredy, vingtiesme du mois .
Mourut la plus aimable Rbinb
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Qui Jamais ait tenu le Seçtre des François ; N'eftacerons-nous pas ce jour de la semaine ?
Non , souvenons-nous-en toujours. Quand la Reine mourut ce fut devant l'Aurore ; io Mercredy n'avoit pas encore
Recommencé son triste cours.
Sur les huit heures & demye Du soir qui précéda ce funeste malheur, D un redoublement de douleur 35 Sa Majesté fut afFoiblie.
Son cœur, qui dans ses maux n'eut jamab de recours
Qu'au grand Médecin de son ame;
Devant que de finir ses jours Voulut jouir encor de ce Dieu tout de fiame.
40 L'AcHEVESQUE d'Auche , allarmé
Qu'à telle heure ce désir presse Son incomporable Princesse , Luy va quérir son bien-aimé.
Le Roy luy mesme va jusques à là Parroisse , 45 Et , dans son port triste & conftxs ,
Il n'est aucun qui ne çonnoisse Qu'il croit sa perte seure & qu'il n'espère plus.
La Pompe accompagna cette cérémonie , Et d'un amas de Courtisans , 50 De douleur presque agonisans ,
Sa Majesté se vit 'en un moment suivie , Mais , l'oserai- je dire? en ce juste transport, Quoy que chacun courut à la source de vie , On sembloit aller à la mort.
55 Sur tout son Altësse Royale
Y {>arut dans une langueur,
Qui dans son Noble & tendre cœur
Ne trouvera jamais d'égale ,
A moins que par un sort nouveau , 60 Dont la Nature se confonde ,
La Reine ne revienne au monde
Pour entrer encore au tombeau.
Pour la dernière fois cette Auguste mourante , Dans un profond respect receut ce Dieu d'Amour ; 65 Pour la dernière fois sa tendresse innocente
A ce divin aspect charma toute la Cour.
Le Roy , malgré la grandeur d'ame Dont il faisoit profession , En recevant allors sa Bénédiction ,
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Ne fut pas moinâ touché que Momismt & Madame.
Sans croire faire honte à son bandeau Royal , Son coeur écouta la Nature , Et dans ce cœur tout martial Il trouva des soupirs pour sa triste avanture.
Thbrbsb ne receut la bénédiction Que par Tenvoy de la Mourante , Qui supplia son Fils a'une voix expirante D en prendre la commission.
On avoit esloigné cette charmante Rrtiib , De peur qu*un excès de douleur, Voyant la KBTKB-MEitB en sa mortelle peine , Ne causast un double malheur.
En suite on ramena le sacré Vutiqub Dans l'Eglise de Saimct Csaium ; Le Roy , fondant en pleurs avec son Frère unique , Tenoit comme le reste un cierge dans la main.
Mais que de larmes respandues , Que de personnes éperdues , Sur les six heures du matin , Quand cette grande Rbdœ acheva son Destin !
En un instant sa chambre s'ouvre ,
On remplit de cris tout le Louvre ; On né sçait où Ton court à pas précipitez ,
Et, dans un deuil de cette sorte ,
On n'entend de tous les costez Que ces funestes mots : € la Rbynb Mbrb bst morte 1 »
Pauvre Peuple François , elle est morte en effet Oublie un jour ou deux le bien qu'elle t'a fait Pour ménager le temps de luy donner des larmes ;
C'est l'unique & cruel secret
Qui puisse empescher tes allarmes De te faire mourir sur le champ de regret.
Tu luy dois tes biens & ta vie , Que , sans l'amour qu'elle eut pour toy, Les desordres civils t'auroient cent fois ravie , Et tu luy dois encor ton invincible iRov.
Dans ta fidélité tu la vis toujours preste D'immoler son repos au gré de tes souhais ; Lorsque tu fus ingrat tu ne luy vis jamais De foudre à lancer sur ta teste.
Tu ne goustes la Paix que par ses nobles soins Après tant de guerres passées
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Et ses derniers soupirs sont encor des tesmoins Que ton repos estoit l'objet de ses pensées.
115 « AlMBZ VOSTftB PbUPLB, MON FiLS, »
Dit tendrement au Rot cette Retnb admirable; « On triomphe par la de tous ses Ennemis. » O Parolle I 6 Sentence à jamais mémorable , Digne d'une bouche adorable I20 Et de la Mère de Louis !
Dés le moment (qu'elle eut la paupière fermée Et devant qu'à Pans cette mort rat semée ,
Suivant la coustume dès Rois De s'eloimer soudain du lieu des funérailles , La Royalle Maison se rendit à Versailles Pour demeurer en suitte à Saint Germain six mois.
La Maison de Monsieur partit à l'instant mesme Pour aller à Saint Cloud librement soupirer, Et l'on dit que ce Prince , en sa douleur extrême « 130 S'y trouve à tous momens sur le point d'expirer.
Jeudy l'on vit le Corps sur son lit de parade. Mais quelle pompe , justes Cieux I Deux tréteaux luy servoient d'estrade Et deux ais en estoient l'ornement précieux.
1 35 Pour tout manteau Royal une Veste de bure ,
Pour Sceptre un Crucifix, pour Couronne un bandeau : C'est la Majestueuse & Royalle figure
D'Anne d'Austriche en son Tombeau.
Cet habit avait fait sa plus douce espérance 140 Durant qu'elle voyoit le jour;
Il ornoit sous la pourpre une Reyne de France , Dont le grand Saint François captivoit tout l'amour.
Jusques au Vendredy chacun la vit de mesme , Mais ce jour là tout fut en deuil , 145 Et l'on mit son corps au cercueil
Avec l'ordre pompeux qu'exige un Diadesme.
On dressa dans sa chambre un lict de velours noir Sur une estrade magnifique , Afin de le faire mieux voir 150 A la multitude publique
Qui s'y rend tous les jours du matin jusqu'au soir.
Plus de cent chandelliers , tout chargez d'Armoiries Faites de riches broderies , Plus de cent cierges édairans
132 juste.
Sg. — Du «5. Janvier 1666 (Sobugny). 65S
Y couvrent en carré cinq degrez differens.
Au haut du Poêle est la Couronne Dessous un^crespe sombre & noir, Qui rend Téclat qui l'environne Obscur & difficile à voir.
Aux quatre coins les Hérauts d'Armes , Assis paisiblement, le caducée en main , Et semblans n'avoir pas de mouvement humain ,
Y servent de lugubres charmes.
A toute heure , douze Feuillans Et d'autres Ecclésiastiques , Tour à tour se renouvellans ,
Y chantent de tristes Cantiques.
Lft je vis mesme des Prélats, Qui , percez de douleur jusqu'au fonds de leurs âmes »
Trouvoient de sensibles appas A mesler leurs soupirs aux pleurs de trente Dames.
Le mesme jour, au soir, un funèbre Convoy Porta son Cgiur au Val-db-gracb Avec un train sortable à la Mère d'un Rov, Aux yeux d'une nombreuse & triste Populace.
Des Carosses drapez , tirez à six Chevaux , Precedoient environ cent Pages Portans à cheval des flambeaux , Et qu'avec la douleur peinte sur leurs visages Les Hérauts precedoient encor.
Chargez d'Ecussons tissus d'or.
Le Carosse du Cosur , roulant d'un air funeste, Suivoit cinq pu six pas après ; Monsieur d'Auche y tenoit ce pitoyable Reste , Qui luy cause tant de regrets.
Pauvre Archsvbsque, hélas 1 qu'à bon droit il soupire! Ce Cœur , qu'il porte dans ses mains Et que ne cievoit pas détruire Le Commun Destin des humains ,
Ce CcsatL , plus grand que la Couronne De l'Objet qu'il sceut animer, Sembloit vivre pour estimer Le mérite de sa personne.
S'il se souvint des derniers mots De cette incomparable Reine , Lors ^ue , dans le fort de sa peine , Elle tint ces tendres propos :
aïo