‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 243 sur 317 · Du 7. Février 1666 (Robinbt · texte numérisé non relu

Du 7. Février 1666 (Robinbt

Dans ce Convoy viendront au Rang Que leur y doit donner le Sanff;[bre, D'autres suivent en tres«-grand nom- Plusieurs étofiez du Drap sombre

135 Et par quatre Chevaux traînez , • Houssez & caparaçonnez , Tous de la Famille Royale , Dont la douleur %st sans égale.

Au reste , dans leur triste Cours ,

140 Ces Coches, en sombres atours , Roulent à la clarté blafarde , Clarté d'emprunt , Clarté bâtarde Des Flambeaux , çà de là portez Par maintes Gens, tres-Uen montez,

145 Montrans de modestes Visages, Qui sont Valets de Pied & Pages , Tous en Dueil, comme leurs Che-

[vaux, Amplement houssez & fort beaux • Des deux Royales Escuryes ,

130 Mais sans aucunes Broderies.

Ce lugubre Cortège est joint , Et , dira quelqu'un , mal à point , Par les Omciers de la Bouche , Car un Mort à nul Mets ne touche ,

155 Mais , helas , ils ne sont Ici ,

Que pour montrer leur Dueil aussi.

On le void bien à leur visage Encor mieux qu'à leur Eauipage Et (ju'à ces funestes Flamoeaux

160 Qu'ils portent tous sur leurs Che-

[vaux.

Quatre Prélats à Mytre & Crosse

L'AjroheTesqne â*Auohe [Henri de La Mothe-Hoodanomirt], et lea Bveeqùes de MandesjHyaointhe Serroni] , de Lencres [Louis BarSier de La RiTiére] et de valanœ [Daniel de Cosnao ]

Viennent dans un obscur Carrosse , Où le Curé des Majestez Aussi se trouve a leurs Costez.

165 Les Hérauts , avec le Roy d'Armes , Qui n'ont pas Icy bien des Charmes, Je le puis dire tout de bon , En Robe noire à Chaperon , Avec de sombres Caducées ,

170 Suivent tant de Troupes passées , Et l'on void après eux enfin Les Sieurs de Saintot & du Pin Qui relent les Cérémonies Avec des peines infinies.

175 Ils devancent le Char pompeux.

Et toutes fois d'aspect affreux , Où Cloton étale la Gloire

De sa solennelle Victoire , Le Poësle étant soutenu

180 iPar quatre Abbez d'un nom co Tous Aumôniers de la Princett Qui fait l'Objet de leur Tristes

t Au costé droit , seul & resveor, Parét le Chevaubr d'Hoinnnnt

185 Que l'on range parmi les Saga Entouré d'Estaners & P&ges ; ' Et , de l'autre , est un Escuier Qui représente le Preioeb , Que sa douleur, sans doute extr

i9oEmpe$che d'estre Ici Im même.

Ce Char, d'un pesant mouvemi Roule presque insensiblement.

Et , de l'air que les Chevaux dr On diroit qu'eux-mêmes soûpii

195 De se voir, en ce triste Sort, Les Coursiers de la pâle Mort.

Les Gardes de cette Héroïne, Suivent la roulante Machine, Nous dépeignans leurs déplaisû

joo Par des pleurs & par des soupii Et les Valets de Pied l'éclairent Non pas sans qu'ils se desespâ De l'éclairer présentement Pour la Conduire au Monumet

305 Enfin voici les cinq Princesses , Dont il faut nommer les Altes»

D'autant qu'elles font en ce Du Le plus grand Honneur du Cen C'est l'auguste Mademoiselle ,

a 10 Qu'accompagne, en son triste Et dans un Carrosse du Corps Noir par dedans & par dehors, Une autre Princesse éclatante.

Princesse Guisarde , & sa Tant

ai5Avec la Comtesse de Fiés, Dont le Cœur est plein de regi Et la Duchesse de Noailles , Non moins triste en .ces Funen La seconde Princesse a nom

330 Mademoiselle d'Alençon.

Apres cette excellente Altesse Tient rang Madame la Pantcssa Puis , dans le leur, viennent au Ainsi que je les place Ici ,

235 La Duchesse de Longuevillb , Des plus pieuses de la Ville, Et Madame de Carignan , Pour qui me manque Rime en Ces Princesses , accompagnées

350 De Dames conditionnées

93 — Du 7* Février i666 (Robwet).

Et de Princesses mémement , Marchans ainsi séparément , D'autres Carrosses sont suivies , Avec des Clartez infinies ,

15 Bornans ce triste & beau Convoy ; Et c'est comme du plus grand Roy, Que la Fortune flate & trompe , ' Se verra terminer la Pompe.

Que de Peuples de tous costez

fo Qui ne sçauroient estre comptez , Voyent , l'ame d'efroy saisie ,

Une si lîineste Sortie !

Mais allons jusqu'à Saint-Denys , Le fameux Monument des Lys ;

345 C'est là que d'ANNs l'on dépose Le Corps afin qu'il y repose .

Et c'est Jà , que , par un respect Qui ne doit point être suspect, Ma Muse sur sa Sépulture

35oAppend ce Morceau d'Ecriture :

Par un fatal effet des éternelles Loix , Une Reyne Ici git oui de quatre grands Roys

Étoit Fille , âœur, Femme & Mère , Mais qui tiroit bien moins de gloire & de splendeur

De cette éclatante Grandeur Que des Vertus qui font qu'encor on la révère.

La Charité se plaint autour de ce Tombeau , La Foy semble y votiloir éteindre son Flambeau

Dans l'amer Torrent de ses larmes , Et l'Espérance enfin auprès de ce Cercueil ,

Comme auprès d'un funeste Ecueil , Abandonne son Anchre au milieu des Alarmes.

La Justice & la Force y répandent des pleurs , Et toutes les Vertus y font voir leurs douleurs ;

La Paix éfi'ayée y soupire , La France s'y désole & l'Espagne y gémit. En te disant cecy , Passant , j'a]^ beaucoup dit . Mais , las.! en moins de mots , je puis encor plus dire

Anne d'Autriche en ce Lieu git.

o J'avois sur la même Matière ,

8ui nous fournit ample Carrière , n Service des plus brillans Qu'ont fiiit les illustres Feuillan s , Mab, ma Lettre étant plus que pleine, 3 J'en parleray dans la prochaine.

Belle Epouse d'un Demi-Dieu , En attendant qu'en temps & lieu D'un autre air je vous puisse écrire, Daignez lire ces Vers ou vous les faire

[lire.

Ce fut le six du Mois le plus brief de tous Que je leur donné l'Estre, & tout exprés pour vous.

 ^sris , Ckê^ F. Mngtui, ruêiâU H^rpê , mue trois Rois. Avec Privilège du Roy,

(Biblioth. nat., U' , ji. Rét. — Biblioth. Muarine. 296. A'. — Biblioth. de rArtcMl . B. L. iiSoa.)

•^mm

LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMO

[Par la GRAVETTE di MAYOLAS.]

Du 14. Février 1666.

A rhonneur des fameux Mar-

[chands , •Soit' de la Ville soit des champs»

Il me semble à propos de mettre Quatre petits mots dans ma Lettre,

5 Grifonez de ma propre main , Touchant la Foire âuNT-GsRioiN.

Princesse, aussi sage qu'illustre, Sans abandonner le Balustre , La Toilette , ny le Miroir,

10 Je m'en vay vous la faire voir Par un Récit court & fidelle De toutes les beautez d'icelle.

Après avoir &it Quelque tour Au beau Jardin de Luxembour,

15 11 me tomba dans la mémoire D'en faire quel^u'autre à la Foire , Où par ma cunozité Je fus prestement transporté.

En entrant . si-tôt que )'arive ,

30 J'aperçois une Perspective Dont les ornemens précieux Prapérent prontement mes yeux.

Sans m'arëter à tout le reste , Je m'avançay , je vous proteste ,

35 Pour admirer plus aizémant Cet éclat superbe & charmant.

J'y rencontray nombre de Dames , Dont les atraits charment les Ames , Qui de ce Palais enchanté

30 Admiroyent aussy la beauté.

Toute sorte d'Argenterie Et la plus belle Orfèvrerie , Dont je ne fais point le détail , Les cristaux , l'ambre & le corail

35 Etaloient'là leur gentillesse , Le beau travail & la richesse ,

30 J'aperçoy.

Qui sembloit le séjoiur des Dk . Et la claire voûte des Cieux, Eclairez de maint & maint dei 40 Je demande alors le Gonderge Du susdit Palais lumineux , Où le Marchand plus curieux; Du bout du doigt on me le mi Luy-mesme, montrant qoeki

45 Avec d'autres fort beaux huoia A des Objets cbarmans & don Aux plus belles , aux plus piri Qui recevoient bien ses fleurél « Ce gros Garçon , assez bien

50 Me dit-on , a l'esprit parfait , « Et sa grâce & galanterie > Brille autant que sa Pierrerii Je sceus , en demandant son n Que c'êtoit le Sieur Périgon,

55 Marchand de Pierres prédeo»

Et de cent Pièces cuneuzes.

Sortant de-là tout éblouy, Bien satisfait & réjooy.

Je m'aproche de la peinture

60 Qui sçait imiter la Nature.

Je vis quantité de Tableaux , De petits , de grands & fort be Quatorze ou quinze Paysages, Et plus de trente Personnages

6^ Mais un Albame , un Poussaix Un Maltois , de plus un Gou Me parurent plus admirables Et les quatre plus rémarquabb Vous les pouvez voir, s'il vous |

70 Dans la Loge du Sieur Fcxun

Un Amy, me venant semond

94' — Du 14- Février 1666 (MayolasJ;

D'aHer à la Ville de Lonsre Pour nous mirer dans maint Miroir, Où l'on prend plaizir à se voir 75 Depuis les pies jusqu'à la teste , Ma personne fut d'abord preste.

De grands , de petits , de moyens .

Et la plus-pan Vénitiens , Enrichis de belles bordures io De mille sones de figures ,

Nous furent à l'instant montrez , ; Et nous nous sommes bien mirez K Dedans ces glaces de Venize , pLouant fort cette Marchandize.

Ensuite, prenant le chemin ivers la DamoîzeUe Hutin , ûs encore quelques allarmes l'aspect des écfatans charmes lue 4it voir son Étain Royal [ui. Sans mentir, n'a point d'égal.

Qts , plats , assiétes , écuelles , Cbenets, bassins. Croix & Chapelles, Passent pour vaisselle d'urgent A l'oeil assez intelligent .

9} Et mille autres pièces gentilles Aussi merveilleuzes qu'utiles.

Après avoir vu tout cela , Je sortis guyement de là El je rencontray dans ma voye «n Trois ou quatre Marchands de Soye, Où les velous , pane & brocars , Tafetas , tabis & damars , Montroient leurs couleurs diférantes, Aussi pompeuzes qu'éclatantes ; o) Mais . comme je porte le deuil , Je ne voulus qu'y jeter l'œil , Ainsi que sur la Draperie , La Mercerie & Lingerie , Où n'ayant rien vu de nouveau , «oJe n*en Siens pas le tableau.

Marchant au fonds . je vy paraître Les Cristaux de François le Maître, Dont la transparante blancheur Jéte une agréable splandeur,

»5Et certainement elle enserre [verre , Maints pots , mainte tasse & maint Des lustres & des chandeliers , Si brillans, si particuliers.

Que beaucoup deGensd'tmportance.

^£t mesme des plus Grands de

{France.

En ont paré quelques bufets , Des chambres & des cabinets.

Son Cristal est si pur & rare Que luy seul si bien le prépare , 115 Et par Privilège du Roy

U le débite aussi chez-soy. B<<i""ar

Il faudra passer souz silance La Porcelaine & la Fayance .

Car sa beauté n'enferme rien

ijoQue chacun ne conoisse bien ,

[veilles Comme beaucoup d'autres mer- Charmant les yeux & tes oreilles :

Tambours , corncmuzes , siflets .

Pièces d'Alemagne & souflets ,

ij; Eventails, manchons, évergétes , Busqués, écritoires. pincétes, Calotes , chapeaux de Castor, Cordons d'argent & de lin or.

Cabinets , tables & tablétes ,

140 Flambeaux, guéridons & mouchetés, Des peignes , dantelles & glans , Des rubans , des coifes , des gans , Des cizeaux , des couteaux , des gaî- [nes, Des bonnets, des bas , des mitaines,

145 Des pantoufles & des souliers , Des brasselets & des coliers , Des ratons & du pain-d'épice , Toute sorte de fine épîce , Du poivre , muscade & des doux ,

ijoDes oranges & citrons doux.

Je cherchay par-tout des Libraires, Mais certes je n'en trouvay guéres , Et c'est signe que les Autneurs Sont mal-payez de leurs Labeurs.

i;;Je n'aprofondis pas leurs cauzes Pour discourir de toutes chozes Et pour parler un peu de tout De l'un (usques à l'autre bout

Ayant pris & poudre & pomade .

160 Bû vin d'Espagne & limonade,

J'allay chez les Confituriers,

Qui receufent de mes deniers.

Ou la confiture & dragée.

Dans des boStes arangce, 165 Ou , si vous voulez , en des sacs .

En sortant ne m'échapa pas:

Et , fatigué de cène vue

De cent divers atraita poorvùe ,

Page 1