‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 256 sur 317 · Du 28. Février 1666 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 28. Février 1666 (Robinet

Et , persécuté de la crairïte D'avoir au front cornue empreinte ,

1S5 Bien que ce mal soit fort humain , Y portoit sans cesse la Main.

Mais il fuit en vain sa disgrâce :

Il faut qu'il tombe dans la nasse , Et lui-même est enfin contraint

1^ De se livrer au Mal qu'il craint , D'une assez plaisante manière ; Ecoutez donc l'Histoire entière. Un soir» avec un sien Voisin Ayant pris du Jus de Raisin

J5 Par delà sa charge & mesure , Il fait avecque Lui gageure , Sans bazarder plus d'un Ecu , Qu'il ne peut le faire Cocu.

L'autre le contraire parie ,

^Et • comme seur de la Partie , Plus hardi , gage deux Ecus.

Le Jalons , troublé de Baccus , Accepte la gag^eure o£ferte , Pour son Voisin croyant la perte ,

4^ Et • dans un penser si bourru , Le Mal-heureux L'eusses-tu crû .

Beaucoup plus que fol et plus qu'Ivre, Sa Femme & son Honneur lui livre.

Il lui donne à l'instant , dit-on ,

350 Toutes les Clefs de la Cloison , Où son Epouse prisonnière Est lors couchée et sans lumière , Et de plus charitablement Il Tin forme tres-amplement

355 De ce qu'en ce cas il doit faire Pour ne pas manquer au Mystère.

Le Voisin , après ces Leçons , Observant toutes les façons , Joue en un mot si bien son rôle

360 Que la Femme , sans nul contrôle , Mais tout ainsi qu'un Agneau doux.

Reçoit au Lit son Vice-Epoux.

Je laisse à deviner le reste , Comme un Historien modeste ,

365 Et j'ajoute ici seulement , Pour narrer tout l'Evénement , Que , comme l'on a sceu les choses Et découvert le Pot aux Roses , Il s'en est ensuivi Procès ,

370 Dont je vous diray le succès Dès que j'en auray la nouvelle Par un mémoire bien fidelle Qu'on m'envoyera de Montargis , D'où m'est venu ce que j'écris.

Allez mes Vers , allez vous fourrer sous la Presse , Et vous irez demain voir l'obligeante Altesse Pour qui vous estes destinez , Ainsi que vos Défunts Ainez.

Le vinçt-sept Février, ma Veine assez féconde Mit ces Vermisselets au Monde.

Zê Pmris , Ckix F Mmgutt , rut tU U Hërpê, aux trois Km, Avec PrivUdgê du Roy.

(Biblioth. nat., U^, 23. Rés. — . Biblioth. Maurine, 296 As. Biblioth. de l'Artcnal , B. L. 1180a.;

LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMC

[Par la GRAVETTE de MAYOLAS.]

Du 6. Mars 1666.

J'entens fort peu de Violons Et ne voy guéres de momons ; Les Masques & les Mascarades Sont bien tristes ou bien malades , Et, quoy qu'on soit au Carnaval, Je ne cours pas souvent le Bal.

Chacun banit sans répugnance Les jeux & la réjouvssance , Depuis... mais je n en dis plus rien Et tout le monde m'entend bien.

Princesse , la saizon gaillarde Aucunement ne me retarde D'écrire & de rimer pour Vous ; Je quite tous les bons ragoûts , Les bisques les mieux préparées , Bégnets, pâtez, galimafrées Et toute sorte de gibier Pour maintenant historier.

Je chante icy d'une humeur gayc ao Que l'illustre oc prudent la Haye , Nôtre superbe Ambassadeur [gneur, Prés Sa Hautesse ou Grand-Sei- De luy fut receu d'importance ; Et , pour marquer sa oienveillance , 25 II luy parla civilement , L'acuedlit agréablement , Et dans son Palais luy fit faire Un honneur extraordinaire , Tel qu'exige sa dignité 30 Et que luy-même a mérité.

Lucrèce Bouhier, Maréchale ^ Veuve pieuze & libérale Du feu Maréchal de Vftry , Sans pousser seulement un cry , 35 Sans faire la moindre grimace , Dans Arques a quité la place ,

Pour aller au Ciel aquerir Le prix qu'elle a sceu conqo La soixante-sixième année

40 Borna sa dernière journée»

Et son mérite & ses vertus Par ses œuvres sont bien cou Car sa magnifique démance , Selon ses vœux & sa puissaoc

45 A soulagé de pauvres gens • Secouru beaucoup de Conven Et par-là vous pouvez bien cr Combien on chérit la mémoii D'un objet qui n'êpargnoit ri(

50 Et donnoit justement son biei

Monsieur le Prince de Tabj Dont l'Ame est prudente &vu A la teste des Holandois , Irritez contre les Anglois, 55 A fait ou prize ou tuerie De maints bons Guerriers de 1 Qui , dans Oudenbosc retranc

Y furent bien-tôt recherchez, Et le Marquis de la Valuéie,

60 Exerçant son humeur guérién A la teste de nos François

Y fit aussi de beaux exploits.

Cette Troupe ennemie & fiére S'enfermant dans le cimetière,

65 Devoit bien prézager d'abord Qu'elle y pouroit trouver la n Quoy qu'elle fut bien assorde N'ozoit faire aucune sortie Sur nos vigoureux Agresseurs

70 Qui ne craignoient point leu Nôtre Cohorte, bien fleurie, [ Ayant fait une baterie De quelques pièces de canon , L'Ennemy trembla tout de-boi

loo. — Du. 6. Mars 1666 (Mayolàs).

les nôtres ver&-€ux poussèrent s prirent ou les tuèrent lies au nombre de sept cens »

là passèrent mal leur temps, aleûreux Colonel <]arpb ,

demy-lune et contrescarpe, I Lieutenant-Colonel,

maint autre preux mortel , cuvent parmy les Esclaves fyes.

n ce rencontre ont fait nos Bra-

ins Saint-Germain de l'Auxerois, le Paroisse de nos Rois , e Monarque , qu'on révère , * Annb , la Reyne sa Mère , EÛre un Service Royal , un èdat sans égal , le de Luy , très-diçne d'Elle , ' marquer son deuil et son zèle, loif CosMB , Père Feuillant , it docte, juste & brillant, tant sa vie en louanges , :ette Rxinb au rang des Anges.

onsieur Pblot , sage Intendant , moins habile que prudant , "és-bon amy de Justice , lussi faire un grand Service , ies soins tous particuliers , I Montauban , aux Cordeliers , >luzieurs autres s'y rendirent rurs prières bien y firent, s je ne dois point oublier Monsieur 1 Abbè Vialibr 'Eloge avec èloquance : la KEiNE-Mère de France , Bourgeois & les Magistrats 'y trouver ne manquans pas , ime Madame l'Intendante , paroissoit la plus dolante ; » Calvinistes aussi , : bien témoigner leur soucy , mirent dans cette Eglize , ; uzer d'aucune remize , : voir cette solennité t ils louoient la piètè.

» jours passez, nôtre Monarque, time donnant une marque 'aillant Prince de Condé , bant son Frère décédé ,

Dans cette perte , qui m'excite , Ce Grand Roy lui rendit vizite ,

135 Ou , si vous voulez , le fut voir, Pour avec luy se condouloir Sur le trépas de ce cher Prince ; Et , les Intendans de Province Nous ayans avertis d'abord

130 D'une si triste & prompte mort , Toute la Cour en fut touchée Et la Parenté bien fâchée.

Un Député vint l'autre-jour

De l'Electeur de Brandebour , 135 Qui fit au Roy dans l'audiance

Compliment de condoléance

Sur le trépas & le sujet

Que sçait assez chaaue Sujet.

Après son discours héroïque , 140 On fit un festin magnifique

A ce Baron de Blumental ,

Qui ne le satisfit pas mal.

Encor un coup, ne vous dèplaize.

Il ne faut point que je vous taize ,

145 Dans un chemin si bien ouvert.

Que, Mercredy, Monsieur Colbbrt, Témoignant ses soins sans relftche , A fait ndre dans saint Eustache , Dont il est Marguillier d'honneur,

150 Un Service avéque splendeur Pour la défunte et grande Reine , Marquant & son zèle & sa peine.

Le Révérend Père SÉNAirr, Pourvu d'un mérite très-haut,

155 Général de tout l'Oratoire , Aplaudy de tout l'auditoire , Y fit la funèbre Oraizon D'une merveilleuze façon , Avec cette belle èloquance

160 Qui le fait admirer en France.

Je ne puis obmétre en ce rang Que le Marquis de Nérestang , Non moins pieux que magnanime , Dont chacun fait beaucoup d'estime,

165 Aux champs . à la Ville , à la Cour, Samedy, fit faire à son tour.

Avec grand'pompe & très-bel ordre.

Comme étant Grand-Maître de l'Ordre Des Chevaliers du Mont-Carmel ,

170 Un Service trés-solennel

M» de

BésoDS

etTolieiif

et de S. Laxaro

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