Du 25. May i665 (Mayoias
270 II étoit sçavant sans science ,
Grand pécheur & grand'conscience ;
11 blâma toujours les méchants
Autant à la ville qu'aux champs ;
Son ame détesta sans cesse 275 La lâcheté , fraude & bassesse ,
Et les Gens-de-bien , à ses yeux ,
Sembloient être des demy-Dieux.
Son humeur étoit débonnaire ,
Mais, par un mal-heur ordinaire 280 Et par la malice d'autruy ,
Elle se séparoit de luy.
Il ne sçavoit tromper, ny feindre ,
Ny se gêner, ny se contraindre.
Touchant l'entretien jovial 285 II ne s'y prenoit pas trop mai ,
Car il étoit çlus gay que triste ;
Mais d'ennuis une longue liste
Avoient vizibiement gâté
Toute sa jovialité
290 Et le rendoient insuportable Aussi-bien ailleurs qu'à la tabk.
Du vin sobrement il bûvoit , Et pourtant nez ro^ge il avoit ; Mais il aimoit, au lieu du boire,
295 Le Jeu , la Muzique & l'Histoirt, Qui furent durant tout son temps Ses plus chers & doux passe^emp
De luy couroit divers langage Qu'il étoit fou, qu'il étoit sage ;
300 Mais tel qui fou le débitoit Plus fou c^ue luy souvent étoit • Tant le vain amour de soy-mesme Cauze souvent erreur extresme.
Enfin ce Loret est à bas ;
305 II a ma foy passé le pas ,
Car Dieu tout bon & pitoyable , Voyant qu'U étoit mizérable , L'a retiré de ces bas lieux [Qeiu Pour le rendre heureux dans h
A Paru, Che^ Charles Chenault, Imp. & Lit., rue de la Huckette. Avu Privilège deSa MajesH.
(Biblioth. de l'Arsenal, 6. L. 18956).
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET.]
Du 25. May i665.
ViEN-ÇA, MuzETTE ; as-tu du cœur ?
Voici pour toy bien de Thonneur ; On t'ouvre certe une Carrière Qui doit te rendre beaucoup fiére ,
5 Mais aussi , pour te dire tout Et t'instruire de bout en bout , Il te faut être bien tymbrée, Bien prudente, bien éclairée , Et bref avoir le cher Talent De rendre un vers doux & brillante Car enfin, ce qui m'inquiète, C'est à la Divine Henriette , A ce grand Astre de la Cour, Que tu dois écrire en ce jour ;
15 C'est à cette belle Princesse Que chacun admire sans cesse , Et qui fait si bien dans ses yeux
Voir qu'elle est du pur Sang de C'est à la Première Madame, [Dieu:
20 Que joint une sortable Trame Au premier Monsieur de la Cour , Plus leste & plus beau que l'Amoui Mais, outre son Sang si sublime Qui cause un respect légitime ,
25 Outre son éclat glorieux Qui contraint de baisser les Yeu:
Elle a plus d'esprit que Minerve, Et nul secret n est en réserve Chez les neuf Sœurs du clair Phœbi
30 Le croire autrement c'est abus , Qui ne se découvre à son Ame Toute de lumière & de flame , Et ne luy soit plus familier Qu'aux Dévotes le vieux Pseautiei