‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 54 sur 317 · Du 25. May i665 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 25. May i665 (Robinet

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35 Par cette assez plate Peinture Qui fait outrage à la Nature , Juge , Muze , si j'ay raison , Et s'il n'en est pas de saison , De me défier de ta force

40 Dans l'entreprise qui t'amorce Et de craindre, en un mot, pour Toy , En un si glorieux Employ ?

Toutesfois • que rien ne t'éfraye ; Courage , ma Mignonne , assaye :

45 II est beau de faire un effort Pour mériter un noble sort.

Si tu peux plaire à l'Héroïne , Ah ! que pour toy je m'imagine Et d'avantage & de bonheur !

50 Sus , vole dohc à tant d'honneur !

Dans le beau Feu qui nous em-

[braze , Montons prestement sur Pegaze , Sur ce noble Cheval ailé, Toujours bridé, toujours sellé ,

55 Pour la monture tres-comode De quiconque sçait la métode De le conduire comme il faut , Car il va par bas ou par haut , Il esc bon , ou bien il est rosse ,

60 Cheval de selle, ou de Carrosse ; Il est triste, il est enjoué , Beste en fiii , ou d'esprit doué , Selon que celuy qui le monte , Ou pour sa gloire ou pour sa honte,

65 Le guide bien, le guide mal.

Jadis ce plaisant Animal Sous moy, j'ose quasi le dire Quand quelqu'un devroit en sous- Alloit un assez joli train , [rire,

70 Mais , de peur de faire le vain Sans en avoir le Privilège , Remettons-le dans le Manège , Et voyons comment il ira Et si son allure plaira.

75 Or, sus, vien donc, Cheval qui voles, Et souffre que sur tes épaules Ou sur ton dos je fasse un tour Où naist & vient mourir le Jour, Et que des Nations diverses ,

80 Y compris Otomans & Perses , Je rapporte Testât précis En termes netz & bien concis , Car, comme Beste raisonnable , Il est, ce me semble , équitable

85 Que je t'informe du dessein Que j'ay maintenant dans le sein , Et qu'en un mot je t'avertisse Qu'entrant dans ma nouvelle Lice, C'est par là, sans plus caqueter,

90 Que je désire débuter.

En moins de rien & sans fortune, J'arrive où de la blonde Lune Le beau Croissant est arboré.

Bref où Mahom est honoré

95 Comme un grand Homme à Prophé- D'autant que par quelque magie, [tie, Du Peuple fascinant les yeux , Il persuadoit que des Cieux La Lune glissoit dans sa manche

100 (Pensez si cette erreur est franche) , Et qu'avec grains de chenevis , En présence de maints Dervis Applaudissans à la merveille , Il attiroit à son oreille

105 Un Pigeon, ainsi qu'on Técrit.

Qu'il appelloit le saint Esprit , Et qui venoit , disoit le Fourbe A la simple & crédule Tourbe , L'instruire des devins secrez

1 10 Pour les révéler par après.

Or, chez ces Peuples Lunatiques, Qui sont de rusez Politiques , Je vois maints Apprêts meurtriers , Et c'est à dire Apprêts guerriers ;

1 15 Je voi canons , grenades, bombes, Instrumens à creuser des Tombes ; Je voi sabres & coutelas Pour trancher testes, jambes, bras ; Je vois des lances & des flèches

120 Qui font au corps mortelles brèches ; Je voi Galères oc Vaisseaux , Des Brigantins & des Bruleaux , Et tout ce qu'il faut pour la Guerre, Soit sur les flots, soit sur la terre.

1 25 Ces Apprêts étoient destinez Par les Turcs mal moriginez Contre la digne Republique , Si courageuse & si bellique , Et qui contr'eux est le soutien

130 De tout le grand Peuple Chrétien.

Ils en vouloyent à la Candie , Au Frioul , à la Dalmatie, Mais , grâce à nos heureux destins, Certains grabuges intestins

135 Dans l'Asie & dans le Grand Caire I^ur donneront assez d'affaire,

a. — Du 25. May i665 (Robinet).

Outre le puissant Armement Qui se fait tres-diligemment Par le grand Potentat de Perse , 140 Qui veut venir à la traverse , Outre le mal Contagieux , Ardent Fléau par qui les Cieux Vangent eux-mêmes jios Querelles Allencontre des Infidelles.

145 Cependant, Messieurs de saint

[Marc, Qui de mérite ont plus d'un marc , Ces Républicains de Venise De oui la gloire s'éternise Par leur bravoure & leur valeur,

150 Poursuivent avecque chaleur Aussi leurs Appareils de guerre, Afin (^ue sur mer & sur terre Ils puissent , comme tous les ans ,

* Debeller ces Mahometans.

I ^5 Le Souverain de la Savoye , L'un des galans Princes qu on voye, Ne songe plus qu'à ses amours Avec l'aimable de Nemours , Princesse de son sang, très-belle.

160 Pour mieux luy témoigner son zèle, Comme en Amour il n'est pas neuf, Estant un Prince déjà veuf, Il fut avec grande liesse Rencontrer la jeune Déesse ,

165 Et , par de tendres complimens , Tels qu'en font de pareils Amans , Il lui montra combien ses charmes Luy causoient de fortes Allarmês.

Apres un entretien si dout,

170 La Belle & son futur Epous Vinrent, dit-on, souper ensemble, Mais non pas coucher, ce me semble.

Non , car jce n'étoit pas le jour Où les Dieux d'Hymen & d'Amour

175 Eussent fait la Cérémonie Du CoNJUNGO vos , qui nous lie.

Ailleurs donc nous en jaserons , Aussi tost que nous le sçaurons.

La Ville où ré^ne le saint Homme , 180 Autrement la Cité de Rome ,

Est en pleine exultation

Pour la Canonisation

De Monsieur saint François de Sales,

Dont les vertus ont peu d'égales, 185 De sorte que c'est justement,

Qu'on uza du tres-instamment , l^essant Alexandre septième D'élever à l'honneur suprême , Ce rare Prélat Piémontois ;

190 Devant qui Prélats plus de- trois

Mais , Muze, chut , tu dois te taire Et ce n'est pas là ton affaire.

Chez les Vandales & les Gots , Hommes bien fais & non magos,

195 On équipe aussi maint Navire, [dire. Mais pourquoi ? L'on ne sçait qu'en Quelques-uns pourtant vont pié

[chans Que c'est en faveur des Marchans , Qui n'oseroyent aller belle erre

200 Ni sur l'Onde ni sur la Terre , Tandis qu'Anglois & Holandois Se veulent donner sur les dois.

Si l'on en croid à l'apparence , Us se batront à toute outrance *

20s Jamais Neptune sur son Dos

Ne porta tant de lourds Vaisseaux , Jamais on ne vid tant de Voiles Qui morguent presque les Etoiles, Jamais tant d'Hommes , de Canons,

210 Qu'en font voir ces fiers Compa- Les plus intrépides Courages [gnons.

Ne sçauroient voir ces Equipages Sans un peu de frissonnement , Et mesme le fier Elément

215 Qui soutient ces pesantes Flotes En sent comme trembler ses Hôtes.

Attendant le Choc principal Qui doit aux uns estre fatal , Ils se font tousjours quelque niche,

220 Dont je croy que chacun dit briche. Mais nostre grand & pieux Roy , Pour empescher leur desarroy.

Par de célèbres Ambassades, Veut moyenner leurs embrassades ,

225 Id est, leur Accomodement; Attendons-en l'événement.

Tournons bride vers la Pologne :

Elle a tousjours force besogne Par les desordres intestins 230 Qu'y causent les esprits mutins.

Lubomirski, ce grand Rebelle , Pour y soutenir, sa Querelle , Y crossit sans fin son Party , Et le bruit court qu'il est party

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