Du 1. Juin i665 (Robinet
D'en avoir de la jalousie.
Un jour donc resentant ce mal ,
A son bf^u petit Animal
55 Elle tinst un rude langage Pour luy témoigner son ombrage ; Et luy, faisant le Chien couchant, Alloit ses blanches mains léchant , Et de sa Queue avec adresse
60 Luy faisoit flateuse carresse Pour fléchir son esprit jalous Et mitiger son grand courous.
Mais d'ailleurs , comme Prelamie Bien satisfaite n'étoit mie
65 Qu'on lui ravist petit Baron , Qu'elle aimoit aussi tout de bon , Elle en ût promptement sa plainte , Avec quelque aigreur, à Melinte.
Or si loin de ces deux Beautez
70 Les grands Cœurs furent emportez Qu'oubliant leur Sexe , chacune , Dans cette bouillante rancune , Elles montèrent à Dada , Jambe deçà , jambe de la ,
75 Et ces Amazones nouvelles , Lors moins douces que Tourterelles, Allèrent , d'un esprit folet , Faire le coup de Pistolet.
Enfin , arrivans dans la Lice ,
80 Chaque belle Cavalerice Ne pense qu'à souiller sa main Par un exploit tout inhumain , Et , se saisissant de son Arme , Lorgne l'autre en parfait Gendarme.
85 L'effet à la menace est joint , Et , tirans à brule-Pourpoint , Melinte est bien tost outragée Par la meurtrière dragée Qui d'un de ses membres polis
90 Fait couler le sang sur les Lys.
Petit Levron, aimable Beste , Ne mettez plus martel en teste A la Beauté qui vous chérit , Et , si son mal vous attendrit ,
95 Demeurez toujours auprès d'Elle ; Soyez constans , soyez fîdelle , Et çardez-la de ces combas Qui pour son Sexe Qpt peu d'appas
Le noble Duc de la Savoie 100 A mis le doux comble à sa joye , Donnant la main , par Sacrement , A cet Objet doux & charmant , Qui faisoit d'une belle flame
Depuis lon^-temps brûler son ame.
105 Comme û est galant en Amour Autant que Prince d'alentour.
Ayant conduit la Mariée A son Altesse appariée En un petit Salon par bas ,
1 10 II fit seoir ses brillans Appas Sur un Trône enrichi de Perles , Plus grosses que des yeux de Merles.
Il s'assit aussi tout auprès , Et , muguetant ses doux Attrais ,
1 15 Se mit à luy conter fleurettes , Comme on fait dans les amourettes, Ou plutost alors que l'on joint Le tatal moment , l'heureux point , Où sans doute un beau Couple aspire
120 Pour apaiser son doux Martyre.
Je pense ouir les Oïifé Que poussoit son Cœur tout charmé Si çres de son illustre Belle , Qm, reconnoissant bien son zèle
125 Et son impatient désir.
En sentoit aussi grand plaisir.
Pourtant une pudeur honéte , De son Cœur déguisant la feste , Venoit semer subitement ,
130 Et par un nouvel agrément , Des Roses sur son blanc visage , Qui^charmoient le Duc davantage.
Or, durant ses galans discours , Soudain une troupe d'Amours ,
135 Ajustez d'une façon leste
Et sortant d'un Lambris Céleste , Par d'assez merveilleux resors , Au bruit de mille doux accors , Les enleva dans une Chambre
140 Qui ne sentoit que musc & qu'ambre Et qui sembloit certainement Un petit lieu d'enchantement , Où , ce dit-on , leurs tendres Ames, Pour consommer leurs belles fiâmes,
145 Abandonnèrent les cinq Sens
Dans les transpors les plus charmans.
Ainsi , dans la fleur de son âge , Ce Prince a fini son Veuvage Au milieu des plus doux plaisirs
150 Qui pussent suivre ses soupirs.
Veuillent les Destins favorables Qu'ils soient solides & durables , Et bref qu'ils ayent un plus long Que ses précédentes Amours ! [cours
155 De Beauvais à Paris l'on mande